ESSAIS DE RÉFORME EN FRANCE
projets déplaisaient aux gens de cour et à la reine qui ne voulaient pas laisser faire d'économies sur les dépenses de la cour, — aux nobles et aux parlements qui ne voulaient pas de Tégalité d'impôt, — aux maîtres des métiers qui ne voulaient pas de la liberté de l'industrie. Il n'avait pour lui que quelques écrivains sans grande influence.
Il ne pouvait songer à faire adopter au roi toutes ses réformes d'un seul coup; il les lui présenta une à, une. Louis XVI commença par les approuver : « Je vous donne ma parole d'honneur d'avance d'entrer dans toutes vos vues et de vous soutenir toujours dans tous les partis courageux que vous aurez à prendre ». Turgot put faire ainsi quelques réformes :
1° Il établit la liberté du commerce des grains (1774) et la maintint malgré une émeute ;
2° Il abolit les maîtrises et les jurandes, c'est-à-dire l'organisation des corps de métier privilégiés, et établit la liberté complète du travail (1776) ;
3° Il posa le principe de l'égalité de tous devant l'impôt; ce fut sur une question secondaire, il disait luimême « qu'il serait absurde de vouloir faire payer la taille à la noblesse et au clergé, parce que les préjugés ont attaché une idée d'avilissement à cette imposition ». Il avait choisi un très petit impôt : la corvée royale (ce que nous appelons les journées de p^'estation), pesait seulement sur les gens du peuple, tous les privilégiés en étaient exempts; Tui*got la supprima et mit h la place un impôt en argent^ qui devait être payé par tous les jpropriétaires (1776).
Turgot présenta ensuite à Louis XVI un plan pour réformer l'administration, en créant des assemblées provinciales. Mais Louis XVI était fatigué de l'opposition soulevée par les réformes ; le parlement avait reÇv\^^
CiitUSATlON COiVTBMPORAINE. ^
d'enregistrer les édits de 1776; la cour, la reine, tout le monde se plaignait de Turgot; on lui disait que c'était un théoricien, qu'il allait bouleverser le royaume. Il le renvoya (177G). Les successeurs de Turgot rétablirent ce qu'il avait supprimé.
Son projet d'assemblées provinciales fut repris par Necker, très timidement (1778-79). Dans le Berri et la Haute-Guienne on créa une assemblée formée de députés de la noblesse, du clergé et des propriétaires de campagne; le gouvernement nommait une partie des députés, et l'assemblée n'avait d'autre fonction que de s'occuper de la répartition et de la levée de l'impôt, des routes, du commerce et de l'agriculture; elle devait aider l'intendant à administrer. « On a pris toutes les précautions nécessaires, disait Necker, pour que ces administrations sentent continuellement qu'elles ont besoin de se montrer dignes de la confiance de S. M., et qu'elles n'ont de force qu'à ce prix... Ce sont de simples administrateurs honorés de la confiance du roi, des commissaires autorisés par le souverain à. seconder en commun ses vues bienfaisantes. »
Ce fut seulement en 1787 que le gouvernement se décida à organiser des assemblées provinciales dans toutes les provinces (excepté celles qui avaient déjà des États). Mais il était trop tard, le mécontentement était trop grand; ces assemblées entrèrent en lutte avec les intendants et aidèrent h désorganiser l'administration.
Malesherbes voulait faire une réforme dans la police et la justice ; il parvint à améliorer un peu les prisons, et à faire abolir la torture comme moyen d'instruire les procès criminels. Mais il ne put supprimer les lettres de cachet. 11 eut contre lui les mômes adversaires que Turgot, et fut renvoyé en même temps.
L'œuvre de réforme, commencée dans les premières
années de Louis XVI, avait avorté par la résistance des privilégiés. Le système ne fit que se consolider. En 1781, le ministère de la guerre décida que les nobles seuls pourraient devenir officiers. Les bénéfices du clergé, évéchés, abbayes, prieurés, furent réservés aux nobles. Dans les campagnes les seigneurs firent faire des recherches par les hommes de loi, pour rétablir toutes les redevances que leurs paysans avaient cessé de payer. Pendant ce temps le déficit augmentait toujours. Ce régime aboutit à la Révolution.