‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 35 sur 122 · LA RÉVOLUTION · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION

(hngines de la Révolution. — Les adversaires de l'ancien régime avaient espéré que le gouvernement ferait lui-même des réformes; le ministère de Turgot leur montra que les privilégiés ne se laisseraient pas enlever leurs privilèges sans résistance, et ils commencèrent à dire qu'il fallait une révolution pour supprimer les abus et régénérer le royaume.

On ne voyait pas d'abord par quel moyen se ferait cette révolution. Toutes sortes de gens étaient intéressés à l'empêcher : le roi et ses fonctionnaires pour maintenir le pouvoir absolu, les privilégiés pour conserver l'inégalité en leur faveur. Or le gouvernement et les privilégiés réunissaient tous les pouvoirs, même celui d'empêcher les mécontents de parler. Un Anglais, Arthur Young, parcourant la France en 1787, remarquait qu'on y parlait beaucoup moins des affaires du pays que de celles de la Hollande. Deux ans plus tard la Révolution était faite. Le mouvement a donc été très rapide. C'est que le gouvernement et les privilégiés, au lieu de se soutenir pour contenir les mécontents, se sont combattus et affaiblis mutuellement.

L'occasion de la lutte fut une question de finances. Depuis un demi-siècle le gouvernement dépensait au

que depuis le xvi^ siècle, sous le régime de la monarchie absolue. Mais les hommes éclairés du xvin° siècle détestaient le moyen âge et ils avaient pris Thabitude de lui attribuer tout ce qui les choquait; aussi regardaient-ils tous les abus, quels qu'ils fussent, comme « l'œuvre de la féodalité ».

Civilisation contemporaine. 1

delà de ses ressources, le déficit était devenu une habitude. L'arriéré s'accumulait donc toujours; la guerre d'Amérique, qui coûta près d'un demi-milliard, acheva de rompre l'équilibre du budget. On s'en tira d'abord par des emprunts. En cinq ans Necker emprunta 450 millions (sans compter 40 millions d'anticipations et 45 d'aliénations) ; son successeur, Galonné, en emprunta 650. Les intérêts de ces emprunts firent monter le déficit à 80 millions en 1783, et en 1787 h 112 au moins. Ce régime pouvait se maintenir sous la direction d'un banquier comme Necker, qui connaissait les moyens d'obtenir de l'argent : il avait su inspirer la confiance aux capitalistes en publiant les comptes de 1781, qui semblaient indiquer un excédent des recettes sur les dépenses (1). Mais un moment vint où les gens qui avaient de l'argent refusèrent de le prêter, de peur d'une banqueroute. Pour se procurer les ressources nécessaires il fallait revenir au système de Turgot : diminuer les dépenses en supprimant les pensions et les emplois inutiles, augmenter les recettes en établissant un impôt qui pesât sur les riches comme sur les pauvres. C'est ce que proposa Calonne. Il lui fallait une assemblée pour exposer la nécessité de sa réforme, il fit réunir une assemblée de notables choisis par le gouvernement. 11 comptait qu'elle approuverait son projet; le public le croyait aussi, on se moquait des notables; on vendait des « notables à quatre sous la pièce », (c'étaient des pantins articulés qui faisaient oui de la tête). Mais dans cette afl*aire le gouvernement et les privilégiés avaient des intérêts opposés. — Le gouvernement avait besoin de supprimer les privilèges ûnanciers pour augmenter le pro-

(1) Cet excédent était fictif; le Compte était im procédé pour rassurer le public, ce que nous appellerions une réclame. Mirabeau le montra déjà à celte époque.

duit de ses impôts; les privilégiés tenaient à ne pas payer Timpôt, qui leur semblait à la fois incommode et déshonorant. — Le gouvernement tenait à conserver son pouvoir absolu et sans contrôle, il ne consultait les privilégiés que pour leur faire approuver ses mesures; les privilégiés cherchaient à. profiter des>embarras du gouvernement pour contrôler ses actes, discuter sa politique et lui imposer leur collaboration. — Le gouvernement voulait établir l'égalité (au moins en matière d'impôt) et maintenir le pouvoir absolu; les privilégiés voulaient établir la liberté politique et maintenir l'inégalité. Ainsi les deux pouvoirs intéressés à sauver l'ancien régime, au lieu de s'unir pour le défendre, luttaient l'un contre l'autre, chacun pour en détruire une partie.

Le gouvernement se heurta successivement à trois résistances :

1° Les notables, réunis par Galonné, refusèrent d'approuver son projet. Galonné renvoyé fut remplacé par Loménie de Brienne, qui voulut établir un nouvel impôt et faire de nouveaux emprunts. Mais, pour donner confiance aux prêteurs, il fallait faire enregistrer l'édit d'emprunt par le Parlement de Paris.

2® Le Parlement de Paris refusa d'enregistrer, à moins qu'on ne lui prouvât la nécessité de l'impôt et de l'emprunt ; (il outrepassait ses pouvoirs, n'ayant jamais eu que le droit de faire des remontrances au roi, non de discuter ses édits). Puis, se sentant soutenu par le peuple de Paris, il déclara « que la nation représentée par les États généraux est seule en droit d'octroyer au roi des subsides » et supplia le roi « d'assembler les États généraux de son royaume. » (Gette théorie, empruntée h l'Angleterre, n'était plus appliquée en France depuis deux siècles.) Le gouvernement hésita sur la conduite à tenir. Il chercha h apaiser les mécontents en promelta.\vV.

les États généraux et en faisant quelques réformes (il rendit Tétat civil aux protestants et créa des assemblées provinciales pour aider et surveiller les intendants). Il essaya aussi de faire céder le Parlement en Texilant à Troyes, puis en tenant un lit de justice, enûn en lui enlevant son droit d^enregistrer les édits.

3° Les États provinciaux et les assemblées provinciales prirent parti pour les Parlements et protestèrent contre le despotisme dès ministres. Il y eut même des émeutes en Bretagne, en Provence, en Dauphiné. C'étaient les nobles qui menaient la résistance pour maintenir leurs privilèges. (En Dauphiné cependant les nobles s'unirent aux bourgeois et reprirent l'ancienne forme des Étals abolis au xvii® siècle. Les États de Vizille réclamèrent la liberté politique non seulement pour le Dauphiné, mais pour toute la France; aussi ont-ils pu être considérés comme le premier mouvement de la Révolution.)

Ces résistances ébranlèrent tout l'ancien régime. Dans toutes les réunions on discutait les institutions. La censure sur les livres cessa à. peu près de fonctionner ; il parut, en 1787 et 1788, des milliers de brochures qui critiquaient le pouvoir absolu et les privilèges. Il se forma une opinion publique de plus en plus puissante. Young, revenant en France en 1788, trouve tout le pays agité et entend dire partout qu'on est à la veille d'une révolution. L'idée et le mot sont antérieurs même à 1789.

Le gouvernement ne peut plus trouver d'argent, même pour les besoins les plus pressants; il ne reste pas un demi-million en caisse. Il avait promis les Élats généraux pour 1792, il les convoque pour le 5 mai 1789 et en attendant suspend le paiement de la dette.

Les Étals généraux, — Pour se procurer de l'ar-

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