LA PRISE DE LA BASTILLE
Saint-Antoine et Sainl-Marceau avaient pris parti contre le gouvernement.
Les Parisiens eurent peur d'un coup de force, ils empêchèrent les troupes royales d'entrer. Puis ils s'organisèrent pour se défendre. Le roi avait dans Paris une forteresse à l'entrée du faubourg Saint-Antoine, la Bastille, qui servait de prison d'État. On y enfermait les gens arrêtés en vertu de lettres de cachet; plusieurs écrivains y avaient été détenus. A ce moment du règne de Louis XVI les prisonniers y étaient peu nombreux et elle n'avait d'autre garnison que des invalides et quelques Suisses. Mais le rôle qu'elle avait joué l'avait rendue particulièrement odieuse comme le symbole du pouvoir arbitraire et despotique.
Les Parisiens, dès qu'ils eurent des armes, se portèrent sur la Bastille. Toute l'armée de Paris se réduisait h. deux régiments; l'un des deux, les gardes françaises, établi depuis longtemps au milieu des Parisiens, se mêla à la foulé au lieu de la combattre. Ainsi la population de Paris put faire le siège d'une forteresse royale, et l'un des chefs qui dirigèrent l'attaque fut un sous-officier du régiment royal des gardes françaises.
Le gouverneur capitula, la Bastille fut prise et démolie sur-le-champ ; le peuple dansa sur l'emplacement.
La prise de la Bastille n'avait par elle-même aucune importance; mais elle fut saluée par les partisans de la Révolution comme une grande victoire; elle signifiait que le peuple de Paris avait vaincu par la force le gouvernement royal. Le roi en effet se sentit vaincu; il était à Versailles avec l'Assemblée le 14 juillet; le lendemain il vint en personne à l'Assemblée et lui fît cette déclaration : « Comptant sur la fidélité de mes sujets, j'ai donné ordre aux troupes de s'éloigner de Paris et de Versailles. Je vous autorise, je vous invile même à
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faire connaître ces dispositions à la capitale. » Puis il se relira, TAssemblée se leva et le suivit jusqu'au château au milieu des cris d'allégresse de la foule : la musique se mit à jouer l'air : Où peut-on être mieux quau sein de sa famille ?
Le roi renonçait à se servir de son armée contre Paris et l'Assemblée. En même temps les Parisiens s'armèrent et s'organisèrent en garde nationale, sous le commandement d'un partisan de l'Assemblée, Lafayette : la force passait du roi à l'Assemblée.
L'Assemblée, défendue par les Parisiens, devenait le seul véritable souverain. C'est pourquoi la prise de la Bastille fut prise pour la date officielle du commencement de la Révolution; c'est du 14 juillet 1789 qu'on fit partir tan 1 de la liberté,
La nuit du 4 août. — A partir de la prise de la Bastille le gouvernement royal fut entièrement désorganisé dans toute la France ; il ne restait plus de police pour maintenir l'ordre, des bandes couraient le pays en pillant; les habitants des villes s'organisèrent en gardes nationales pour se défendre. Dans les campagnes, surtout dans l'Est, les paysans, entendant dire que l'Assemblée nationale avait proclamé la liberté, se chargèrent de l'établir h. leur façon; les charges qui leur pesaient le plus étaient les redevances et les corvées dues aux seigneurs (ce qu'on appelait les droits féodaux). Ils vinrenFattaquer les châteaux, se firent livrer les terriers (registres de redevances) et les archives et y mirent le feu ; en plusieurs endroits le château fut pillé et le seigneur maltraité ou menacé.
L'Assemblée, informée de ces désordres, chargea un comité de rédiger un projet de loi pour la sûreté du royaume. Ce projet fut discuté dans une séance qui