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Chapitre VI

Le conflit entre la /{évolution et les Etats de l'Europe. — En 1789 la France était en paix avec tous les États de l'Europe. Il y avait alors cinq grandes puissances : deux à l'ouest, la France et l'Angleterre, — deux au centre, l'Autriche et la Prusse, — une à l'est, la Russie; séparées par de petits Etats faibles que les grandes puissances travaillaient à s'approprier ou à dominer. •«

L'Autriche voulait acquérir la Bavière en échange de la Belgique, la Prusse voulait l'en empêcher.

La Russie voulait dominer la Pologne ; l'Autriche et la Prusse préféraient la démembrer.

L'Autriche et la Russie s'entendaient pour partager TEmpire turc; la Prusse ne voulait pas laisser s'agrandir TAutriche.

Sur mer l'Angleterre voulait dominer, elle prétendait avoir en temps de guerre le droit d'arrêter sur mer les navires des nations neutres et de les forcer à subir une visite pour vérifier s'ils n'avaient pas de marchandises de la nation ennemie cachées à leur bord. Cette prétention la mettait en conflit avec les Etats maritimes du nord, Danemark, Suéde et Russie qui, d'accord avec la France . et l'Espagne, réclamaient la liberté des mers.

Il y avait ainsi entre toutes les grandes puissances des causes de conflit ; toutes s'étaient fait la guerre les unes aux autres pendant le xvni® siècle. Divisées par les intérêts, elles n'étaient réunies par aucun principe commun. Chacune choisissait ses alliés suivant l'intérêt du moment. — Le système des alliances anciennes avait été bouleversé par la guerre de Sept Ans, où la France avait aidé l'Autriche son ancienne ennemie contre son ancien allié le roi de Prusse. Aucun autre système n'avait pu se rétablir; les États se défiaient les uns des autres; ils ne pouvaient se réunir pour une action commune.

La France se trouvait dans une situation très avantageuse : elle n'était engagée dans aucun des principaux conflits; elle possédait un territoire assez grand et parfaitement uni; elle n'avait sur toutes ses frontières que des États petits ou faibles (Belgique, électorats allemands, royaume de Sardaigne, Espagne), qui ne pouvaient lui faire la guerre et qui lui servaient de tampon contre le choc des grands Etats. Il lui était donc facile de maintenir la paix. C'était la politique de Vergennes, ministre des afïaires étrangères de Louis XVI. Ce fut aussi celle de Mirabeau et de Talleyrand. La Constituante l'adopta après une discussion solennelle ;

LE CONFLIT ENTRE LA RÉVOLUTION ET L'EUROPE. i23

le 12 mai 1790 elle vota la déclaration suivante : « La nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes et n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple. »

Cette déclaration fut insérée dans la Constitution de

Mais il ne dépendait pas de l'Assemblée de maintenir l'entente avec les gouvernements de l'Europe. La Révolution était par elle-même un acte d'hostilité contre les monarchies absolues. Les droits de r homme que la Constituante avait proclamés n'étaient pas seulement les . droits des Français mais ceux de tous les hommes. La France donnait l'exemple de les reconnaître à ses citoyens, elle attendait que les autres nations fissent comme elle. Elle ne voulait pas employer sa force con- ^re la liberté des peuples, mais il lui était difficile de refuser son aide aux peuples joowr établir la liberté. Dans les pays voisins les sujets, mécontents de leurs gouvernements, commençaient à espérer leur délivrance et beaucoup de Français les encourageaient, ne voyant pas pourquoi le règne de la liberté s'arrêterait aux frontières de la France.

Un premier conflit se produisit avec le Pape au sujet des habitants d'Avignon, qui s'étaient soulevés et demandaient à être annexés à la France, un autre avec l'Empereur à propos des princes allemands propriétaires de seigneuries en Alsace qui réclamaient contre l'abolition des droits seigneuriaux. La Constituante céda sur la question d'Avignon ; mais elle maintint le droit des sujets alsaciens à être aff'ranchis de leurs seigneurs. « Le peuple alsacien, disait le rapport présenté à l'Assemblée, s'est uni au peuple français parce quil Va voulu, c'est donc sa volonté seule et non le traité de Munster qui a légitimé l'union. » C'était fonder le droit public sur un

principe nouveau, la volonté du peuple souverain ; tandis que les autres gouvernemeuts ne reconnaissaient que Théritage et les contrats entre les rois sans tenir compte de la volonté des sujets.

Entre ces deux principes opposés il n'y avait pas de conciliation; mais il fallait des motifs plus directs pour amener la guerre. La grande masse de la nation française ne la désirait pas, et les monarchies d'Europe avaient besoin de se réconcilier entre elles avant d*agir en commun contre les révolutionnaires ; or en 1790, le roi de Prusse avait réuni une armée en Silésie pour attaquer l'Autriche.

La guerre, — 11 fallut deux ans pour amener la guerre entre la Révolution et l'Europe. Deux partis, français tous deux, la préparèrent. Une partie des nobles français, mécontents de la Révolution, émigrèrent en Allemagne et agitèrent auprès des gouvernements pour les décider à envoyer des armées en France délivrer Louis XVI prisonnier du peuple de Paris et de l'Assemblée. Les partisans de la République de leur côté poussèrent à la guerre afin de compromettre Louis XVI qu'ils croyaient l'allié secret des souverains étrangers.

L'empereur Léopold, que les émigrés cherchèrent d'abord à entraîner, ne désirait pas la guerre ; mais il ne voulait pas rompre ouvertement avec les émigrés français à la tête desquels s'était mis le frère même de Louis XVI, le comte d'Artois. Il se trouvait dans le château de Pillnitz en Saxe avec le roi de Prusse et l'Électeur de Saxe quand le comte d'Artois vint lui demander son appui et lui présenter un plan de campagne contre la France. Les souverains décidèrent de ne pas s'engager dans cette aventure; mais, pour satisfaire les émigrés, ils consentirent à publier un manifeste en faveur

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