LA GUERRE
du rétablissement de Tordre et de la monarchie en France (27 août 1791). Il y était dit que l'Empereur et le roi de Prusse espéraient que les autres puissances d'Europe ne refuseraient pas de les aider à ce rétablissement. « Alors et dans ce ca<, ajoutaient-ils, Leurs Majestés l'Empereur et le roi de Prusse sont résolues d'agir promptement d'un mutuel accord avec les forces nécessaires pour obtenir le but proposé en commun. » — Les deux souverains comptaient bien que les autres puissances refuseraient d'intervenir et qu'eux-mêmes seraient par suite déliés de tout engagement puisqu'ils n'avaient promis d'agir que dans le cas où les autres agiraient. « Ces mots : alors et dans ce cas sont pour moi la Loi et les Prophètes, » écrivait Léopold. — Ce manifeste de Pillnitz n'était donc qu'une « comédie auguste », comme disait Mallet-Dupan. Mais les émigrés eurent soin de le présenter au public comme une promesse formelle. On publia une lettre des princes où il était dit : « Les puissances dont ils ont réclamé le secours sont déterminées à y employer leurs forces, et l'Empereur et le roi de Prusse viennent d'en contracter l'engagement mutuel. »
Les partisans de la Révolution prirent au mot les déclarations des émigrés et s'habituèrent à l'idée que les souverains d'Europe avaient formé une coalition pour forcer la France à rétablir l'ancien régime. Dès 1791, l'Assemblée s'occupa de renforcer l'armée qui depuis 1789 avait cessé de se recruter ; à côté des anciens soldats qui conservaient l'uniforme blanc on créa les volontaires avec l'uniforme bleu.
La Législative, composée en partie déjeunes députés, fut dominée bientôt par le parti républicain (les Girondins et le club des Cordeliers de Paris) qui désirait une guerre pour renverser la royauté. « Un peuple, qui
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après dix siècles d'esclavage a conquis la liberté, a besoin de la guerre, disait Brissot, pour affermir sa liberté, se purger des vices du despotisme, éloigner de son sein les hommes qui pourraient le perdre. »
Les émigrés étaient alors établis sur la rive gauche du Rhin, dans les États de TÉlecteur de Cologne, où ils avaient formé une petite armée dont le quartier général était à Coblentz. La législation demanda à Louis XVI de faire expulser les émigrés, Louis XVI lui-même et son ministre de la guerre Narbonne ne redoutaient pas une petite guerre contre l'Électeur de Cologne qui aurait eu Tavantage de fortifier Tarmée. Mais ce fut à l'Empereur qu'on s'adressa pour lui demander de sommer les électeurs ecclésiastiques de renvoyer les émigrés. L'Empereur refusa, la Législative lui déclara la guerre.
Ainsi ce fut la France qui commença la guerre contre les souverains d'Europe sans être directement menacée d'une invasion ; mais il est certain que les souverains regardaient la France de la Révolution comme un danger pour l'Europe et qu'ils auraient désiré y voir rétablir l'ancien régime. Dès le 7 février 1792, l'Empereur et le roi de Prusse avaient signé un traité « d'amitié et d'alliance défensive » ; le 17 ils écrivaient au roi de France : « L'Europe aurait laissé la réforme (en France) s*accomplir en paix si les attentats contre toutes les lois divines et humaines n'avaient forcé les puissances à se mettre en concert pour le maintien de la tranquillité publique comme pour la sûreté et l'honneur des cou^ ronnes. »
Dans cette première guerre de 1792, la France n'eut çncore contre elle que l'Empereur, le roi de Prusse, les princes allemands, le roi de Sardaigne et le roi de Suède Gustave III, qui regardait la Révolution comme une insulte à tous les monarques.
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Les opérations furent assez misérables dés deux côtés. L'armée française désorganisée, démoralisée, mal commandée, se mit en déroute au premier choc et laissa la frontière ouverte.
L*armée prussienne put arriver jusqu'en Champagne ; mais elle opéra avec tant de prudence qu'elle n'osa pas marcher sur Paris et revint contre l'armée française que Dumouriez avait postée sur ses derrières; puis elle se retira sans avoir combattu. Les Français prirent alors l'offensive et occupèrent la Belgique, la rive gauche du Rhin et la Savoie et le comté de Nice.
L'exécution de Louis XVI rendit la guerre générale. En 1793,1a France, devenue une République, eut conlrc elle, outre les coahsés de 1792, l'Angleterre, la Hollande, l'Espagne, le Portugal, les États italiens, c'està-dire toute l'Europe excepté la Suisse, le Danemark et Venise. (Catherine de Russie s'était déclarée l'ennemie de la Révolution, mais elle refusa d'envoyer les troupes; elle gardait ses soldats, disait-elle, pour combattre les« Jacobins de Pologne. » La Suède s'était retirée de la coalition.)
C^était une sorte de croisade contre les républicains de France, ennemis de la royauté et de l'Église, une croisade pour rétablir le pouvoir du roi et du clergé. Mais les alliés voulaient profiter de l'occasion pour s'agrandir aux dépens de la France et, comme disait François II d'Autriche, « se procurer tout le dédommagement que nous sommes en droit de prétendre. » Chacun cherchait à conquérir une province et à s'y établir. Ce fut là ce qui fit mancjuer la coalition. — Les forces des deux côtés étaient très inégales. L'armée française avait été désorganisée, la plupart des anciens officiers avaient émigré, on n'avait pas eu le temps d'en former de nouveaux^ les volontaires n'étaient pas encore devenus
de vrais soldats. Pendant les huit ou dix premiers mois de 1792, les Français furent toujours battus et reculèrent sur toutes les frontières. Mais les armées alliées, au lieu de marcher ensemble ou séparément sur Paris, s'attardèrent à soumettre les provinces que les souverains étrangers comptaient s'approprier ; les généraux, habitués à manœuvrer suivant les règles, ne voulaient avancer qu'après avoir occupé tous les points stratégiques et ils s'arrêtaient à faire le siège de chaque place forte.
On donna ainsi aux armées françaises le temps de se réorganiser; à la fin de 1793 elles avaient déjà pris l'offensive.
L'année 1794 fut décisive, l'armée autrichienne fut repoussée de Belgique, l'armée prussienne se retira de la guerre.
La paix fut signée avec la Prusse en 1795, avec l'Autriche en 1797.
Les armées françaises. — La Révolution avait désorganisé l'armée française, la plupart des officiers étaient nobles et ils émigrèrent. Quand la France eut à soutenir la guerre contre les puissances coalisées, le gouvernement chercha d'abord à recruter l'armée par enrôlement volontaire comme en 1791, en faisant appel aux patriotes. La Législative déclara la patrie en danger; des bureaux furent ouverts pour recevoir les engagements : à Paris il y en avait huit sur des places publiques, un magistrat en écharpe tricolore était assis sur une estrade et inscrivait les noms. Les engagés élisaient eux-mêmes leurs officiers. On espérait ainsi avoir, à la place des soldats mercenaires qui faisaient la guerre par métier, des soldats citoyens qui la feraient par devoir. Mais les volontaires de 1792 ne furent pas assez nombreux pour les besoins de l'armée. La campagne de