LA PROPAGANDE RÉVOLUTIONNAIRE
et établir partout le règne de la justice et de Tégalité. Ils espéraient d'abord que Texemple du peuple français entraînerait les autres peuples. Il y eut en efl'et parmi les hommes « éclairés », surtout en Allemagne, beaucoup d'admirateurs de la Révolution. Quand la guerre commença, le gouvernement déclara qu'il ne la faisait « qu'aux tyrans », non aux peuples (1). Quand les armées françaises entrèrent sur le territoire ennemi, les généraux déclarèrent qu'ils venaient délivrer les peuples de leurs tyrans. Partout où ils arrivaient, ils faisaient la révolution : ils abolissaient les droits féodaux et les privilèges, déposaient toutes les autorités, convoquaient les habitants pour leur faire élire leurs municipalités et leurs magistrats et organisaient un gouvernement nouveau copié sur le gouvernement de la France. Ils traitaient en amis les gens du peuple, en ennemis les privilégiés, noblesse, clergé, bourgeoisie, les « aristocrates », comme les appelaient les Jacobins. Carnot écrivait : « Il faut faire peser les contributions exclusivement sur les riches ; les peuples doivent voir en nous des libérateurs. »
Les traités de Baie et de Campo-Formio, — La guerre avait été entreprise pour soumettre la République française. Dès 1794 il fut évident que ce but était manqué. Quelques-unes des puissances alliées se dégoûtèrent d*utië tentative inutile et demandèrent la paix . La Prusse fit les premières avances ; elle n'avait aucun intérêt à la guerre, le roi seul l'avait désirée, les hommes d'État prussiens le décidèrent enfin è, revenir à la politique du
(1) C'est ce sentiment qui inspire ce couplet de la Marseillaise ■:
Soldats, en guerriers roagnaniiiies Portez et retenez vos coups ; épargnez ces tristes victimes  regret s' armant contre vous.
grand Frédéric : maintenir la paix et garder Tinfluence prussienne sur les États de T Allemagne du Nord.
Le seul pays avec lequel la République française eût gardé des relations diplomatiques était la Suisse ; ce fut l'agent français en Suisse, Barthélémy, qui fut chargé d'ouvrir des négociations avec les agents prussiens, et ce fut en Suisse, à Bâle, que le traité fut signé (1795).
Le roi de Prusse céda les domaines qu'il possédait sur la rive gauche du Rhin. La France lui promit qu*il serait indemnisé sur la rive droite, le traité n'indiquait pas par quel moyen; on avait fait exprès de ne pas l'expliquer ouvertement, mais on savait des deux parts que rindemnité serait prise aux dépens des princes ecclésiastiques. LaPrussedonnaitainsiTexemple dedétruire la vieille organisation de l'Empire et de céder à la France un morceau de l'Allemagne.
Le traité établit en outre une ligne de démarcation, et il fut convenu que tous les Etats allemands au nord de cette ligne seraient compris dans la paix avec la France. Le traité de Bâle coupait ainsi l'Allemagne en deux : l'Allemagne du Sud unie à l'Autriche restait en guerre avec la France, l'Allemagne du Nord devenait neutre sous la garantie de la Prusse.
L'Espagne signa aussi la paix à Bâle.
La France, débarrassée de la guerre au Nord et en Espagne, dirigea toutes ses forces contre l'Autriche. Elle l'attaqua à la fois en Allemagne du Sud et en Italie (1796). L'attaque contre l'Allemagne fut repoussée ; l'attaque contre l'Italie réussit : Bonaparte chassa les armées autrichiennes, occupa toute l'Italie du Nord, envahit l'Autriche par les Alpes et marcha sur Vienne. L'Autriche fut forcée de demander la paix ; Bonaparte la signa sans tenir compte des ordres du Directoire. Ce fut la paix de Campo-Formio (1797).