LE TRAITÉ DE CAMPO-FORMIO
L'empereur céda la Belgique et le Milanais. En échange Bonaparte lui donna le territoire de la république de Venise que l'armée française occupa malgré les protestations du sénat de Venise.
Comme chef de l'Empire allemand, l'empereur « reconnut les limites de la France décrétées par les lois de la République française », c'est-à-dire l'annexion h la France de la rive gauche du Rhin. Il promit de réunir un congrès des États allemands pour lui faire accepter la nouvelle frontière et régler les indemnités à prendre sur la rive droite. L'empereur s'engageait donc à détruire la constitution de l'Empire.
En conséquence de ce traité tous les États de l'Empire allemand furent convoqués à Rastadt pour un « Congrès de la paix de l'Empire ». Le Congrès se réunit, Ig. France y envoya des agents pour négocier la paix; mais, avant que les négociations fussent terminées, l'Autriche avait déclaré la guerre et formé avec l'Angleterre et le nouveau tsar de Russie une nouvelle coalition (1798).
Histoire de la frontière française. — Le territoire de la France, complété par l'acquisition du duché de Lorraine, était en 1789 à peu près (1) le même qu'au XIX® siècle (jusqu'aux changements de 1860 et 1871). Les hommes d'État français le regardaient alors comme assez étendu et avaient renoncé à l'agrandir. Le rôle de la France, pensaient-ils, devait être de maintenir la paix en Europe en soutenant les petits États contre les grandes puissances. La France était alors sur sa frontière entourée d'une ceinture de petits États (les Pays-
(1) La France possédait en 1789 quelques places fortes détachées, (au Nord Philippeville et Marienbourg, à TEst Lindau et Sarrelouis), qui lui furent enlevées en 1815.
Bas autrichiens, les trois électorals ecclésiastiques de la rive gauche du Rhin, le Palatinat, le duché de Bade, la Suisse, le royaume de Sardaigne), qui formaient une sorte de tampon et la préservaient des chocs contre les grands États.
Les guerres de la Révolution mirent fin à cette politique pacifique. Dès 1792 les armées françaises avaient conquis tous les pays voisins, la Savoie et le comté de Nice, la rive gauche du Rhin, la Belgique, jusqu'au Rhin et aux Alpes; elles les avaient occupés presque sans résistance, les gouvernements désorganisés n'avaient pas eu la force de les défendre, et les habitants avaient accueilli avec satisfaction les Français qui se présentaient en libérateurs, annonçant qu'ils venaient pour détruire les abus.
Une question nouvelle se posa. Que devait faire la France des pays occupés par ses armées? La Convention décida de consulter les habitants, qui avaient seuls, disait-elle, le droit de régler leur sort. On les fit voter, mais en écartant comme suspects de sentiments aristocratiques ceux qui avaient occupé des fonctions sous l'ancien régime. Les populations, ainsi consultées sous la direction des agents français, demandèrent que leurs pays fussent annexés h la France. Tout le pays jusqu'au Rhin et aux Alpes fut incorporé à la République française (1792).
Ces acquisitions furent bien vite reprises à la France par les coalisés. Mais en 1794 les armées françaises les avaient de nouveau occupées et la question se posa de nouveau. 11 se forma alors dans le gouvernement français deux partis : l'un, revenant à la politique de Louis XVI, trouvait la France assez grande et voulait rétablir la paix sur-le-champ en renonçant k la Belgique et à la rive gauche du Rhin; c'était le parti « des ancien-
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nés limites ». La France, disait-il, était épuisée et ruinée par la guerre, les Français souhaitaient la paix, et quant aux habitants des pays conquis, depuis qu'ils avaient été vexés et ruinés par les soldats et les fonctionnaires français, ils ne désiraient plus l'annexion. L'autre parti avait repris la politique conquérante de Richelieu et de Louis X[V : la France, disait-il, devait s'étendre jusqu'à ses frontières naturelles, le Rhin, les Alpes et les Pyrénées ; elle ne pouvait cesser la guerre qu'après les avoir obtenues.
Ce fut le parti des frontières naturelles et de la guerre qui l'emporta. Et comme le gouvernement français n'avait pas d'argent pour soutenir la guerre, il la fit aux frais des pays occupés. Il écrivait au chef de l'armée du Rhin : « C'est un principe général à la guerre que les armées doivent vivre aux dépens de l'ennemi. Vous devez donc employer tous les moyens qui sont à votre disposition pour faire fournir par ce moyen tout ce qui sera possible de subsistances. » Ce système ne fit pas aimer la France aux habitants des pays occupés, mais le gouvernement ne se crut pas obligé de consulter ceux qui avaient été déjà annexés pour les annexer de nouveau. La guerre seule décida du sort des pays.
La France annexa donc tout ce qui se trouvait dans les limites du Rhin et des Alpes. Elle prit à l'Autriche la Belgique, — è, la Hollande les pays au Sud du Rhin que les Hollandais possédaient depuis le xvii° siècle, — aux princes allemands tous leurs domaines à gauche du Rhin, — à la Suisse Genève, — au roi de Sardaigne la Savoie et le comté de Nice. Toutes ces annexions furent faites sous forme de lois (1), puis ratiûéespar des traités.
(1) Pour Genève le gouvernement genevois demanda l'annexion, mais il avait délibéré entouré d'un détachement de soldats français.
La frontière compliquée et artificielle qu'avaient faite les acquisitions des rois de France était remplacée par une frontière simple et naturelle, les Pyrénées, les Alpes, le Jura et le Rhin.