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Chapitre Vin

La paix en Europe. — La guerre entre la France républicaine et TEurope monarchique dura jusqu'en 1801. Napoléon avait trouvé la France en lutte contre une nouvelle coalition formée en 1798, qui réunissait trois des quatre grandes puissances (l'Angleterre, l'Autriche, la Russie) et les princes italiens. Les coalisés avaient reconquis l'Italie et essayé d'envahir la France, mais ils avaient été repoussés, avant d'avoir atteint la frontière, en Suisse et en Hollande (1799). Puis Napoléon avait décidé le tsar de Russie à se retirer de la guerre, chassé les Autrichiens de l'Italie et de l'Allemagne du Sud, et renoncé à garder l'Egypte malgré les Anglais. Il put ainsi remettre la France en paix avec la Russie, l'Autriche, l'Angleterre. Les guerres de la Révolution étaient terminées. La paix, ardemment désirée de tous les peuples, fut alors rétablie dans toute l'Europe. La France gardait les institutions nouvelles qu'elle s'était données malgré l'Europe, les pays qu'elle avait annexés, les alliés qu'elle avait acquis et placés sous son influence, (Hollande, Suisse, pays d'Italie, Espagne). L'Angleterre rendait à la France et à ses alliés les colonies qu'elle

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avait conquises, mais elle restait la plus grande puissance coloniale et maritime. Les trois grandes puissances de TEst, Autriche, Prusse, Russie, refoulées du côté de l'Ouest par la France, s'étaient dédommagées en se partageant la Pologne (1793 et 1795); rAutriche s'était en outre étendue jusqu'à l'Adriatique en annexant les possessions de Venise.

Les conflits avec les grandes puissances, — La paix ne dura que deux ans. Il se posait deux questions que les guerres de la Révolution n'avaient pu résoudre : 1° Qui dirigerait les petits Etats de TEurope centrale (Allemagne et Italie)? 2° Qui serait maître de la mer et des colonies ?

Sur ces deux questions la politique de Napoléon fut en conflit avec celle des autres grandes puissances.

d® Dans l'Europe centrale il entendait dominer et régler seul les limites et le gouvernement intérieur des petits États : il transformait de sa seule autorité la constitution des républiques batave et helvétique, ligurienne et cisalpine ; il imposait à tous ses voi&ins une alliance offensive et défensive avec la France, les obligeant à mettre à son service pour ses guerres leur flotte, leur armée, leur trésor : c'était faire de la Hollande, de la Suisse, de l'Italie, de l'Espagne, des pays vassaux de la France. Il remaniait à son gré les territoires; il créait avec le grand duché de Toscane un royaume d'Étrurie ; dès 1802 il avait annexé le Piémont à la France, dépassant ainsi la frontière naturelle des Alpes.

En Allemagne il avait fallu régler les indemnités promises aux princes laïques qui avaient perdu des domaines sur la rive gauche du Rhin; cette opération devait être faite par la diète ou par un congrès allemand. Mais l'çmpereur aurait pu avoir assez d'influence

pour empêcher de détruire les États ecclésiastiques qui donnaient dans la diète la majorité au parti catholique et autrichien. Napoléon préféra s'entendre directement avec les princes laïques allemands; ils envoyèrent à Paris négocier chacun pour soi avec la France (ce furent le roi de Prusse et le duc de Bavière qui donnèrent l'exemple). Napoléon disposa des pays allemands comme s'ils lui avaient appartenu; il détruisit presque tous les petits Etats (Etats ecclésiastiques, villes libres, comtés et seigneuries) et donna leurs territoires aux principaux princes laïques d'Allemagne, qui reçurent non pas seulement des indemnités comme il était convenu, mais des agrandissements (1803). Puis, dans un voyage à Aix-la- Chapelle qui faisait alors partie de la France, il se fît rendre les mêmes honneurs qu'à un empereur d'Allemagne. — Le gouvernement autrichien ne voulait pas abandonner à Napoléon l'Italie et l'Allemagne, où depuis un siècle l'empereur avait une influence reconnue.

2° Sur la mer et aux colonies Napoléon ne prétendait pas dominer seul, mais il voulait partager la domination avec l'Angleterre. Il avait à son service non seulement la flotte française, mais les flottes hollandaise et espagnole. Il voulait refaire à la France un empire colonial; il s'était fait rendre par l'Espagne la Louisiane (c'est-àdire l'Amérique du Nord à l'ouest du Mississipi) ; il avait reconquis sur les nègres révoltés depuis 1793 la grande île d'Haïti. Il voulait ouvrir au commerce français les colonies non seulement de la France, mais de l'Espagne et de la Hollande. — Les Anglais, pendant la guerre, avaient occupé les colonies de la France et de ses alliés; ils avaient détruit sa marine de guerre et arrêté son commerce; comme ils étaient maîtres de la mer, eux seuls pouvaient envoyer des navires marchands; ils avaient attiré à eux presque tout le commerce d'Europe,

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