LES COALITIONS
d'Amérique et des Indes. La guerre avait donc enrichi les armateurs et les industriels anglais. La paix, en leur enlevant le monopole du commerce, diminua leurs bénéfices. Les Français étaient libres de leur faire concurrence sur tous les marchés, ils avaient même l'avantage d'être favorisés par leurs alliés. Le traité d'Amiens n'avait même pas stipulé pour les marchandises anglaises le rétablissement des anciens privilèges, la France et ses alliés pouvaientles écarter en établissant des tarifs élevés. Les négociants et les hommes d'État anglais s'aperçurent vite que la paix avait été pour l'Angleterre une mauvaise opération commerciale, et ils saisirent la première occasion de recommencer la guerre. La guerre reprit en 1803.
Les coalitions contre Napoléon, — Par sa politique commerciale Napoléon était l'ennemi des Anglais, par sa politique européenne l'ennemi de l'Autriche et des puissances ses alliées. Mais l'Angleterre n'avait pas d'armée, l'Autriche etla Russie n'avaient pas de finances suffisantes pour soutenir une guerre. Elles ne pouvaient agir contre Napoléon qu'en s'unissant. L'intérêt commun les rapprocha, et pendant dix ans ce fut une succession de coalitions entre les grandes puissances contre l'Empire français. Le gouvernement anglais faisait la guerre sur mer, il fournissait de l'argent aux grands États pour faire la guerre sur le continent. Ainsi sur les deux terrains de conflits à la fois se déroulaient deux luttes parallèles, mais cette guerre était surtout un duel entre l'Angleterre et Napoléon.
L'Angleterre commença seule, et par une guerre maritime. Napoléon vit que sa flotte, même réunie à celles de l'Espagne et de la Hollande, serait inférieure aux flottes anglaises, il voulut transformer cette guerre en une guerre sur terre. Il essaya d'abord deux descentes
en Irlande, aoiM et octobre 1804. Puis il rassembla son armée à Boulogne et se prépara à la transporter en Angleterre quand ses flottes réunies seraient parvenues à écarter du canal les navires anglais; il aurait suffi de deux jours ; mais ses flottes ne purent pas échapper aux escadres anglaises qui les poursuivaient et finirent par être détruites à Trafalgar (1805). Napoléon dut renoncer non seulement à prendre Toff'ensive contre TAngléterre, mais même à défendre la marine de commerce française ; les Anglais restèrent maîtres de la mer.
Napoléon, déçu du côté de la mer, se rejeta vers le continent. Il avait vivement irrité les souverains de l'Europe en faisant arrêter sur territoire neutre et fusiller un prince de la famille royale de France, le duc d'Enghien (1803). L'empereur François d'Autriche, le tsar de Russie Alexandre I", et le roi de Prusse Frédéric- Guillaume III se rapprochèrent les uns des autres et cherchèrent à s'entendre pour arrêter Napoléon qui menaçait de devenir à lui seul plus puissant que tous les autres.
L'empereur et le tsar conclurent une alliance, mais purement défensive et où le roi de Prusse n'entra pas (novembre 1804). Ce fut le tsar Alexandre qui, sans informer son allié, traita directement avec l'Angleterre (avril 1805); l'Autriche se trouva donc engagée dans la guerre avant de l'avoir préparée. Ainsi fut formée la première coalition entre l'Angleterre et les puissances de l'Est contre Napoléon; elle n'était pas complète, le roi de Prusse n'avait pas osé y entrer, il se sentait plus menacé du côté de la Pologne par Alexandre que du côté de l'Allemagne par Napoléon ; quand il se fut décidé, après les premières défaites des Autrichiens k Ulm et sur le Danube, il était trop tard; Napoléon venait de détruire Farmée austro-russe à Austerlitz (2 décembre 1805), et avait forcé l'empereur à demander la paix.