CONGRÈS DE VIENNE
ment; on se borna à prendre quelques forteresses et la Savoie et le comté de Nice (28 sept. 1815]. Ce traité, relativement avantageux, fut considéré comme désastreux par les Français d'alors; le duc de Richelieu, qui était parvenu k Tobtenir, le signa « plus mort que vif ». La France paya d'un milliard et de deux ans d'occupation le retour de Napoléon; mais elle échappa au démembrement.
Congrès de Vienne. — Après les affaires de France, les alliés eurent à régler les affaires d'Europe; ils se donnèrent rendez- vous h Vienne, où fut tenu un congrès général ; il y vint des représentants de tous les États (90 des Etats souverains, 53 des princes médiatisés). Après tant d'années de guerre, cette réunion de diplomates fut une occasion de fêtes et de cérémonies; le gouvernement autrichien avait nommé une commission de la cour chargée de rendre le séjour de Vienne le plus agréable possible.
Le Congrès avait dû s'ouvrir le 30 mai 1814, puis le 1" octobre, puis le 1" novembre; en fait il ne fut jamais ouverte Les alliés ne voulaient pas laisser discuter les affaires d'Europe par les petits États, ils entendaient décider entre eux les questions, le travail devait être fait par deux comités ; puis ils auraient apporté les déci^ sions toutes préparées devant le Congrès, qui n'aurait plus eu qu*à les ratifier. Talleyrand, représentant de la France, protesta contre ce procédé et contre l'expression les alliés (elle n'avait eu de sens que pendant la guerre); il obtint qu'on annonçât que l'ouverture formelle du Congrès serait faite le i" novembre « conformément aux principes du d7'oit public ». Les envoyés prussiens réclamaient; Hardenberg debout, les poings sur la table, s'écria : « Non, Messieurs, le droit public, c'est inutile. Pourquoi dire que nous agissons selon le droit public?
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cela va sans dire ». ïalleyrand répondit « que si cela allait sans dire, cela irait encore mieux en le disant » Humboldt cria : « Que fait ici le droit public? — Il fait que vous y êtes », répliqua Talleyrand. Et il écrivit à Louis XVIII : « On prétend que nous avons remporté une victoire pour avoir fait introduire l'expression de droit public. Cette opinion doit vous donner la mesure de l'esprit qui anime le Congrès ».
Ce ne fut qu'une victoire de forme. Les principes du droit public n'avaient jamais été bien fermes eri Europe, et les dernières guerres avaient achevé de les ébranler. Talleyrand déclarait au nom de Louis XVIII « ne point reconnaître que la conquête seule donne la souveraineté »; mais lui-même, au temps de Napoléon, n'avait appliqué d'autre droit que le droit de conquête. La France ayant cessé d'être conquérante, il essayait de revenir à l'ancienne coutume ; chaque pays appartenait de droit, disait-il, au souverain légitime^ c'est-à-dire héréditaire, on devait donc rendre à chaque famille princière ce qui lui avait appartenu. Mais les alliés, devenus conquérants à leur tour, avaient perdu le respect de la légitimité; l'ancien principe était ruiné et aucun principe nouveau ne l'avait encore remplacé. Aucun homme d'État n'aurait voulu consulter les habitants eux-mêmes sur leur sort, c'était un procédé révolutionnaire et on travaillait alors à effacer les traces de la Révolution.
Il ne restait donc qu'une seule règle, la volonté des alliés; c'est ce que le tsar appelait les « convenances de l'Europe ». Talleyrand était allé lui demander ses intentions : « Il faut que chacun y trouve ses convenances, dit Alexandre. — Et chacun ses droits », répondit Talleyrand. -^ « Je garderai ce que j'occupe. — Votre Majesté ne voudra garder que ce qui sera légitimement à elle*.. Je mets le droit d'abord et les convenances après.
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— Les convenances de V Europe sont le droit », dit Alexandre.
En fait, le Congrès ne s'ouvrit pas; les questions furent réglées par des commissions formées seulement des représentants des grands Etats, tantôt des cinq grandes puissances (les quatre alliées et la France), tantôt des huit (outre les alliées et la France, la Suède, l'Espagne et le Portugal). Les autres gouvernements ne furent pas consultés. On distribua les territoires entre les souverains, en tenant compte de la richesse du pays et du nombre des âmes, mais non des convenances des habitants. — Les règlements faits par les commissions furent rédigés sous forme de traités particuliers entre les différentes puissances ; puis tous ces traités furent réunis en un recueil général qu'on appela V Acte final du congrès de Vienne.
Napoléon avait dominé toute l'Europe et l'avait toute bouleversée. Les alliés la lui avaient reprise, ils ne pouvaient ni ne voulaient la rétablir telle qu'elle était en 1800, ils décidèrent de la remanier de nouveau. Dès le 30 mai, avant de quitter Paris, ils avaient convenu, par un traité secret, de tenir la France à. l'écart et de régler entre eux, d'après certaines dispositions générales, le sort des pays enlevés à la France. Ces pays étaient la Belgique et la rive gauche du Rhin (1), la Hollande et la Suisse, l'Allemagne et l'Italie, le grand-duché de Varsovie. Les alliés réglèrent d'abord les questions sur lesquelles ils s'entendaient.
La Hollande fut rendue à la famille d'Orange et réunie à la Belgique pour former le royaume des Pays-Bas.
— La Suisse redevint une confédération et reçut trois cantons nouveaux : Genève, le Valais et Neuchâtel. — La
(1) On laissait à la France la Savoie et le comté de Nvo.^.
rive gauche du Ilhin fut destinée à servir d'indemnités aux princes allemands. — En Espagne et en Portugal, les anciens souverains étaient déjà rétablis. — En Italie, tout fut rétabli comme avant la Révolution (i), excepté les deux républiques de Gènes et de Venise; celle de Gènes fut donnée en indemnité au roi de Sardaigne, celle de Venise resta à TAutriche. — Le roi de Suède, en compensation de la Finlande, reçut la Norvège enlevée au roi de Danemark, allié de Napoléon.
On réserva trois questions sur lesquelles les puissances ne pouvaient s'entendre parce qu'elles avaient des intérêts opposés : \° l'organisation de l'Allemagne (la Prusse voulait rétablir l'Empire, TAutriche préférait une confédération) ; 2° l'indemnité à donner à la Prusse (la Prusse voulait s'annexer le royaume de Saxe, l'Autriche ne voulait pas avoir les Prussiens à sa frontière de Bohème ; les autres alliés craignaient de rendre la Prusse trop puissante en Allemagne; 3° le grand duché de Varsovie (Alexandre voulait le garder et en faire un royaume de Pologne, T Angleterre et l'Autriche refusaient de laisser le tsar s'avancer aussi en avant en Europe). Ces trois questions furent débattues à Vienne, et Talleyrand profita du désaccord pour faire rentrer la France dans le concert européen ; il se prononra contre le projet d'ôter la Saxe au roi « légitime ». La Prusse s'appuyait sur la Russie, Alexandre laissait prendre la Saxe pour avoir la Pologne ; Talleyrand s'entendit avec l'Angleterre et l'Autriche, la France fut admise dans la commission, et toutes trois conclurent une alliance défensive. Talleyrand écrivit à Louis XVIIl: « Maintenant, Sire, la
(I) Ou laissa provisoirement Murai roi de Naples, pour le récoaipenser d'avoir abandonné Napoléon ; mais il ue fut pas reconnu of6ciellement; en 1815 les Bourbons de Naples furent roslaurés; Murât, ayant essayé de revenir, fut pris et fusillé.