‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 57 sur 122 · CONGRÈS DE VIENNE · texte numérisé non relu

CONGRÈS DE VIENNE

coalition est dissoute et pour toujours ; la France n est plus isolée en Europe. » Il fut même question de guerre. Puis l'accord se rétablit : Alexandre obtint la Pologne et abandonna la Prusse, qui n'eut rien de ce qu'elle demandait. On refusa de déposséder le roi de Saxe. Les Prussiens proposaient de lui donner en échange de ses États un royaume nouveau qu'on formerait sur la rive gauche du Rhin ; c'était alors le désir des hommes d'Etat prussiens d'éviter le voisinage immédiat de la frontière française. Il semblait avantageux à la France d'àvoir entre elle et la Prusse un Etat faible gouverné par un souverain allié; ce fut pourtant Talleyrand qui refusa cet arrangement comme contraire à, la légitimité et dangereux pour l'équilibre de l'Allemagne. Les Prussiens se résignèrent enfin à accepter une indemnité formée de quatre morceaux : le nord delà Saxe avec 782,000 âmes ; 810,000 âmes en Pologne ; 829,000 dans l'Allemagne du Nord; 1,044,000 sur la rive gauche du Rhin. La Prusse se trouva ainsi, malgré elle, portée à la frontière française et chargée de défendre le Rhin.

En Allemagne, les patriotes qui avaient poussé à la « guerre de délivrance » contre Napoléon désiraient qu'on rétablît le vieil empire germanique; les hommes d'État prussiens proposaient de prendre pour empereur l'Empereur d'Autriche, les deux grands États auraient formé un Directoire pour gouverner avec l'Allemagne, la Prusse dans le nord, l'Autriche dans le sud. L'empereur d'Autriche refusa de reprendre le titre d'empereur d'Allemagne et ne voulut pas d'un gouvernement général où il lui aurait fallu partager le pouvoir avec la Prusse. Les petits souverains des autres Etats allemands tenaient surtout à garder la souveraineté qu'ils avaient acquise en J806, ils ne se souciaient pas de rétablir audessus d'eux une autorité supérieure ni surtout d'obéir

i82 LA RESTAURATION EN EUROPE.

au lui (le Prupse, qu'ils rngardaient seulement comme leur égal. Or, en 1813, pour attirer les princes allemands dansla coalition, les alliésieur avaient promis, par traités, de leur laisser leur territoire et leur souveraineté. Ces Etats souverains ne pouvaient former-une nation unique. On renonça donc à rétablir TEmpire détruit par Napoléon; on se borna à créer une confédération [Deutscher Biind), c'est-à-dire une alliance perpétuelle entre les Etats avec une diète {Bundestag), c'est-à-dire une conférence permanente des envoyés de chaque Etat.

Telle fut l'œuvre du Congrès de Vienne, où tous les gouvernements de l'Europe furent représentés. Elle fut complétée en 1815, après la deuxième chute de Napoléon. Non seulement on prit des mesures pour empêcher la France de recommencer la guerre, en lui enlevant ses conquêtes et en créant contre elle une ligne de forteresses; mais on essaya d'empêcher à l'avenir toute guerre entre les souverains. Metternich, qui dirigeait alors les autres hommes d'État, chercha à faire accepter ce principe, inconnu au xvin'' siècle, que tous les souverains forment une grande famille, et que tous les gouvernements ont intérêt à se soutenir contre leurs sujets et à régler leurs contestations par un arbitrage. On décida de tenir fréquemment des congrès chargés à la fois de maintenir la bonne entente entre les gouvernements et de prendre des mesures contre les peuples mécontents. C'est ce qu'on appela le système Metternich, Il fonctionna assez régulièrement pendant dix ans; les diplomates tinrent plusieurs congrès et réprimèrent plusieurs soulèvements; le Congrès envoya une armée autrichienne soutenir le roi de Naples, une armée française soutenir le roi d'Espagne contre leurs sujets.

Les traités de 1815 restèrent le fondement du droit

Page 1