L'EUROPE EN
international pendant quarante ans (jusqu'à la guerre de Crimée); et pendant cette période il n'y eut pas de grande guerre en Europe. L'œuvre du Congrès de Vienne fut détruite entre 1860 et 1870; mais on a conservé l'usage des congrès européens et l'idée d'un tribunal d'arbitrage qui permettrait d'empêcher les guerres.
L Europe en j 815. — L'Europe avait été remaniée par les quatre grandes puissances alliées et dans leur intérêt. En principe elle devait être restaurée telle qu'elle était avant la Révolution. En fait la France seule fut ramenée à son territoire de 1792 ; tous les autres grands Etats sortirent du remaniement agrandis ou arrondis aux dépens des petits Etats, aux dépens surtout des républiques d'Italie et des États ecclésiastiques d'Allemagne que Napoléon avait détruits et qui ne furent point restaurés. La Pologne, démembrée pendant la Révolution, resta partagée entre les trois grandes puissances de l'Est; seule la ville de Cracovie fut érigée en ville libre indépendante.
L'Autriche, en échange des Pays-Bas qu'elle ne tenait pas à conserver, garda l'État de Venise, qui étendait son territoire au sud-est jusqu'à l'Adriatique et le portait en Italie jusqu'au Tessin. En échange de ses domaines disséminés dans la Forêt-Noire, elle gardait l'évêclié de Salzbourg qui joignait sa frontière au sud-ouest.
La Prusse gardait la Posnanie polonaise acquise au partage de 1793 ; en échange des autres provinces polonaises qu'elle s'était appropriées en 1795, elle reçut la province de Saxe et la province du Rhin ; elle garda la Weslphalie, qu'elle avait reçue en indemnité pour quelques petits domaines sur la rive gauche du Rhin. Elle eut ainsi quatre provinces de plus qu'en 1789, et son territoire s'étendit non phis en lambeaux isolés, mais
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en une masse presque compacte (1) sur toute l'Allemagne du Nord depuis la Russie jusqu'à la France.
Le tsar de Russie gardait les provinces démembrées de la Pologne et la Finlande qu'il avait prises à la Suède en 1800; il reprenait la portion de Pologne qui avait été attribuée îl la Prusse en 1795 pour en faire un royaume de Pologne dont il restait souverain.
L'Angleterre ne demanda rien en Europe que l'îlot d'ilelgoland ; elle avait pris son indemnité aux dépens des colonies de la France et de la Hollande.
Entre les trois puissances de l'Est (Russie, Autriche, Prusse) et les deux puissances de l'Ouest (France et Angleterre), l'Europe centrale restait divisée en petits États. L'Allemagne n'était plus cet empire sans force fait de trois cents territoires enclavés les uns dans les autres, partagé entre trois cents gouvernements disparates à demi souverains ; elle restait simplifiée depuis le passage des Français, débarrassée des seigneurs souverains, de tous les princes d'Eglise, de presque toutes les villes libres; elle devenait ce qu'en avait fait Napoléon, une confédération de princes, mais la direction de ces princes retournait à l'Autriche.
L'Italie était de nouveau morcelée en petits États souverains: au sud le royaume de Naples; au centre les Etats de l'Eglise et les trois duchés de Toscane, Parme, Modône ; au nord la Sardaigne agrandie du territoire de Gênes et les deux provinces autrichiennes, Milanais et Vénétie, réunies sous une administration commune avec le nom de royaume lombard-vénitien, L'Autriche, maîtresse du bassin du Pô et dominant les trois duchés qui appartenaient à des princes autrichiens, tenait l'Italie sous son pouvoir.
(1) 11 y restait 2 enclaves, à Test le Mecklembourg, a l'oucpt les trois États de Hanovre, Hesse et Nassau.
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L'Allemagne et l'Italie restaient ainsi ce qu'elles avaient été depuis le moyen âge : des nations en morceaux. Toutes deux étaient sous l'influence de TAutriche, qui avait intérêt à maintenir le morcellement, puisqu'elle ne désirait plus s'agrandir et qu'il lui était plus facile de diriger des États faibles.
Sur la frontière française se conservaient les deux petits Etats démembrés de l'ancien Empire germanique, la Suisse, agrandie de Genève, Neucbâtel, le Valais, et devenue une confédération de 22 cantons; la Hollande, devenue le royaume des Pays-Bas et doublée par l'annexion de la Belgique. Toutes deux étaient déclarées neutres et placées sous la protection de toutes les puissances européennes.
A l'Est la Pologne était supprimée, la Suède rejetée dans la péninsule Scandinave; mais le royaume de Norvège était détaché du Danemark et uni au royaume de Suède.
L'Europe de 1815 était organisée, comme l'Europe du xvni® siècle, de façon à, maintenir l'équilibre entre les grandes puissances et la faiblesse de la région centrale où les influences des grands Etats devaient se contrebalancer. Cet arrangement a duré un demi-siècle, jusqu'au moment où l'amour de l'équilibre a cédé au désir de faire l'unité en Italie et en Allemagne.