COLONIES ESPAGNOLES
TAinénque, ne désirait pas créer une Espagne nouvelle peuplée d'Espagnols, il ne voulait qu'accroître les domaines de la maison de Castille et convertir les sauvages païens à la vraie foi. Les colonies étaient comme une grande propriété close. Pour aller en Amérique, un Espagnol devait d'abord obtenir l'autorisation de l'État; avant de laisser partir un navire, on faisait jurer au patron qu'il n'avait à son bord que des gens autorisés. Pour obtenir la permission, il fallait prouver « un motif suffisant de partir », il fallait être d'une famille catholique, où, depuis deux générations, personne n'eût été condamné par l'Inquisition; encore la permission n'était-elle souvent donnée que pour deux ans.
On ne laissait s'établir aux colonies qu'un très petit nombre d'Espagnols ; en 1550 il n'y en avait encore pas plus de 15,000. Aussi l'Amérique espagnole resta-t-elle peuplée surtout d'indigènes et de nègres. Aujourd'hui encore les habitants du Paraguay et du Haut-Pérou sont tous des Indiens, et les trois quarts des Mexicains sont des métis. Les missionnaires jésuites avaient organisé en Californie et au Paraguay des villages indiens [réduc^ iions)^ d'où ils ne laissaient pas approcher les blancs.
Le gouvernement ne cherchait pas h attirer les cultivateurs ou les ouvriers. Il s'était déclaré propriétaire de tout le sol, et l'avait partagé en domaines immenses qu'il avait distribués aux favoris du roi. Le comte de Valencianas avait des terres estimées à plus de 25 millions et une mine qui lui rapportait 1,500,000 francs par an . Sur ces domaines on ne trouvait guère que des Indiens et des nègres. « On méprise la culture, dit un voyageur du xvni® siècle; chacun veut être un monsieur et vivre oisif. » Les Espagnols s'entassaient tous dans les villes, C'étaient des propriétaires, des fonctionnaires, des avocats, des spéculateurs et des moines. Beaucoup éVa.Y^x^.
des cadets de famille noble venus en Amérique pour y vivre noblement sans travailler. C'était une des trois carrières de la noblesse espagnole ; le proverbe disait : « Choisis la mer, TÉglise ou la maison du roi. » A Lima, il y avait parmi les blancs un tiers de nobles et 45 familles de marquis ou de comtes.
Tout dans ces colonies était organisé sur le modèle de TEspagne; on y avait les majorats, les dîmes, Tlnquisition, la censure des imprimés (les commissaires de Tlnquisition pouvaient entrer à toute heure dans toutes les maisons, pour y chercher les livres défendus). C'était une société vieille dans un pays neuf, et le gouvernement entendait ne pas la laisser changer. 11 écartait soigneusement les étrangers; jusqu'au milieu du xvn** siècle, tout navire étranger fut traité en pirate, les marins qui descendaient à terre étaient exécutés ou envoyés aux travaux forcés dans les mines. Après que l'interdiction eut été levée, l'Inquisition continua à repousser les étrangers comme hétérodoxes. Le gouvernement se défiait même des blancs nés en Amérique (qu'on appelait créoles). Il ne voulait pas les laisser s'instruire. Dans un discours aux élèves des collèges de Lima, le vice-roi disait : « Apprenez h lire, h écrire et à dire vos prières, c'est tout ce qu'un Américain doit savoir. » Il ne voulait pas les laisser gouverner. Toutes les fonctions étaient données aux « vieux Espagnols ». Sur 160 vice-rois de Buenos-Ayres, il n'y a eu que 4 créoles; sur 369 évêques d'Amérique jusqu'en 1673, seulement 12 créoles. Le gouvernement, pour empêcher les créoles d'agir de concert, maintenait les inégalités entre les « gens de sang bleu » (les blancs), et les « gens de couleur » (Indiens, nègres et métis).
L'État se réservait le monopole du commerce; les habitants des colonies ne pouvaient vendre leurs denrées