COLONIES ESPAGNOLES
et acheter des objets manufacturés qu'aux marchands pourvus d'un privilège. Comme TAmérique avait été découverte et occupée au nom de la reine de Caslille, le commerce de l'Amérique appartenait à la couronne de Castille et ne devait se faire que dans un port castillan. Les bons ports d'Espagne dépendaient tous du royaume d'Aragon ; mais tout navire qui partait pour TAmérique devait, sous peine de confiscation et de mort, passer par Séville ; c'était un port médiocre, mais le seul qui appartînt à la Castille (1). On y avait établi dès 4513 un bureau de commerce; les commis visitaient le navire en partance, tenaient registre et lui donnaient une patente pour l'autoriser à faire le voyage. En 1720 le monopole fut transféré à Cadix. Les navires ne partaient que par caravanes et débarquaient tous dans le même port. Il y avait deux caravanes par an, une pour la Vera- Cruz où débouchait le commerce du Mexique, l'autre (les galions) pour Carthagène et Porto-Bello, où devait venir s'approvisionner toute l'Amérique du Sud, même la colonie de Buenos-Ayres. L'amiral des galions et le gouverneur de Panama fixaient le prix de toutes les marchandises. Les marchands qui formaient les compagnies privilégiées achetaient à bas prix les denrées des colonies et vendaient les produits manufacturés de l'Europe, surtout le fer et l'acier, avec des bénéfices de 100 à 300 p. 100. — La caravane ne suffisait ni à approvisionner les colonies, ni à leur permettre d'écouler leurs denrées, et cependant il était interdit de rien vendre ou acheter aux étrangers. La contrebande était regardée comme une hérésie et poursuivie par le tribunal d'Inquisition. Mais, comme on ne pouvait
(1) De même, pendant le temps où le roi d'Espagne fut roi de Portugal, il resta défendu aux Portugais des Moluques de commercer avec les Philippines.
32 LE RÉGIME COLONIAL AU XVIir SIÈCLE.
s'en passer, elle se pratiquait en grand, les navires étrangers profitaient surtout de la guerre pour venir débarquer leurs marchandises; de là cette conséquence étrange que le commerce des colonies espagnoles augmentait en temps de guerre. En 1713 le roi d'Espagne, vaincu, fut obligé de signer avec le gouvernement anglais le traité de YAsiento. Il donnait aux Anglais le droit de faire seuls la traite des esclaves dans les colonies espagnoles et leur permettait d'envoyer chaque année h la foire de Porto-Bello un vaisseau de 500 tonnes, chargé de marchandises anglaises. Ce vaisseau devint un véritable entrepôt; il restait devant la ville, tandis que des navires anglais allaient prendre des marchandises à la Jamaïque et à Saint-Domingue, de façon à renouveler ^ans cesse sa cargaison. — Le commerce des galions, après avoir été de 15,000 tonnes était tombé en 1737 h 2,000.
Colonies hollandaises. — Les Hollandais avaient formé leur marine en allant pêcher le hareng dans la mer du Nord. Au xvu® siècle, ils possédaient plus de navires marchands qu'aucun autre peuple de l'Europe ; ils allaient dans les ports étrangers portant les denrées d'un pays dans l'autre : on les surnomma les rouliers des mers. Les colonies hollandaises furent des colonies de commerce; elles appartenaient (1) à la grande Compagnie des Indes qui les avait conquises sur les Portugais.
Pour son commerce des Indes, la Compagnie, instruite par l'échec du système portugais, adopta un régime opposé. Elle démolit les forteresses portugaises et s'éta-
(I) Les îles de Curaçao et Saint-Eustache servaient à faire la contrebande avec les colonies espagnoles. Le Cap était une relâche pour les navires qui allaient dans l'Inde. Surinam était une colonie de plantations cultivée par des esclaves.