Chapitre XI
La révolution de février. — En 1848, comme en 1830, le gouvernement avait contre lui deux sortes d'adversaires : la gauche dynastique demandait la réforme électorale et Je renvoi du ministère Guizot, mais en conservant la monarchie parlementaire, le parti républicain voulait renverser la royauté.
La gauche, dirigée par Thiers et Barrot, avait organisé, pour agiter l'opinion publique, des banquets où Ton demandait la réforme^ mais sans oublier de porter le toast d'usage au roi ; elle était soutenue par les journalistes, la bourgeoisie, et la garde nationale de Paris, formée de tous les contribuables.
Le parti républicain s'était reformé après 1840, il n'était représenté que par un seul député (Ledru-RoUin) et un seul journal la Réforme (avec moins de 2000 abonnés), mais il avait pour lui une partie des ouvriers de Paris, disciples de Louis Blanc, qui désiraient une réforme sociale. Les socialistes (c'est ainsi qu'on les appela) se plaignaient que les ouvriers, pour avoir du travail, fussent obligés d'accepter les conditions faites par les patrons,
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propriétaires des manufactures; ils voulaient que TÉtat se chargeât à' organiser le travail, en créant des ateliers où il emploierait lui-même les ouvriers.
La lutte s'était engagée sur la question de la réforme électorale, la Chambre l'avait rejetée (11 février 1848); puis le gouvernement avait interdit un banquet, la gauche avait protesté sans essayer de résistance. Gomme en 1830, ce fut le parti républicain qui commença la révolution, il prit les armes et se barricada dans le quartier Est de Paris; la garde nationale, maîtresse du quartier Ouest, prit parti contre le ministère Guizot. La garde nationale passait en ce temps pour représenter l'opinion publique de Paris, la seule dont on fût habitué à tenir compte, elle avait aidé en 1830 à établir la famille d'Orléans et on avait inscrit dans la Constitution : « La Charte et tous les droits qu'elle consacre demeurent confiés au patriotisme et au courage des gardes nationales. » Louis- Philippe céda à la garde nationale, il renvoya Guizot et prit un ministère dans la gauche. Le parti de la réforme était vainqueur (23 février).
Mais le parti républicain continua la révolution. Il organisa une manifestation de nuit où quatre-vingt-deux personnes furent tuées, promena les cadavres dans des chars à travers la ville, s'empara des Tuileries, envahit le Palais-Bourbon et forçalaChambre à déclarer la famille royale déchue et à établir un gouvernement provisoire (24 février). L'alliance de la gauche et des républicains avait amené celte fois la victoire des républicains. — La province tout entière était royaliste et avait peur de la république; mais elle était si habituée à recevoir son gouvernement tout fait de Paris qu'elle accepta la révolution sans résister et laissa prendre le pouvoir aux commissaires envoyés par le gouvernement provisoire.