L'EMPIRE
avait une Chambre élue. Mais cette Chambre n'avait le pouvoir ni d'élire son président, ni de faire son règlement, ni de présenter un amendement aux lois qu'on lui présentait à voter, ni de décider le budget, car elle devait accepter ou rejeter en bloc le budget de tout un ministère ; ses débats n'étaient publiés que sous forme d'un compte rendu officiel, et la session ne durait que trois mois.
Tous les citoyens étaient électeurs. Mais le gouvernement se réservait de les guider : il présentait dans chaque circonscription son candidat officiel pour lequel le préfet et les maires devaient faire voter. Les candidats de l'opposition n'avaient aucun moyen de lutter, les réunions électorales étaient interdites comme contraires à la liberté des électeurs, on île pouvait distribuer librement de bulletins, et depuis 1858 tout candidat fut obligé d'envoyer d'avance par écrit un serment de fidélité à l'empereur. — Les circonscriptions étaient réglées par un simple décret du gouvernement, pour cinq ans, et arrangées de façon à donner la majorité au candidat officiel, on coupait en deux les deux villes suspectes d'opposition. — L'élection se faisait au chef-lieu de commune et durait deux jours; le bureau était désigné par le préfet et le soir le maire emportait l'urne.
La presse politique existait encore. Mais le gouvernement ne lui avait laissé aucun moyen de parler librement au public. Pour fonder un journal nouveau il fallait une autorisation. Tous les journaux étaient soumis directement aux préfets.
Dès qu'un article déplaisait, le préfet envoyait au journal un avrertissementy au deuxième avertissement le journal pouvait être suspendu; si l'article était poursuivi, le journal pouvait être supprimé. Il y eut en quatorze mois (1852-53), 91 avertissements. 11 suffi-
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sait, pour en attirer un, des moindres allusions et des moindres critiques. Un journal fut averti pour un article où Napoléon I" était appelé missionnaire de la Révolution, « article qui outrage la vérité autant que le héros législateur auquel la France reconnaissante a dû son salut » ; un autre pour « une critique acerbe du décret sur les sucres » ; le Journal de Loudéac parce que « la polémique ouverte dans ce journal au sujet des engrais industriels était de nature à infirmer la valeur et les résultats des mesures de vérification prises par l'administration et ne pouvait porter que Tindécision dans Tesprit des acheteurs » ; deux journaux de la Loire-Inférieure pour avoir « dépassé les bornes du bon goût ».
La liberté individuelle était proclamée dans la Constitution. Mais la police surveillait tous les mécontents et les faisait arrêter au moindre soupçon. L'acteur comique Grasset fut tenu en prison pour avoir dit dans un café où on lui faisait attendre son déjeuner: « C'est donc ici comme à Sébastopol, on ne peut rien prendre. » En 1858, après l'attentat de l'Italien Orsini, le gouvernement força la Chambre à voter une loi qui lui donnait le droit d'arrêter sans jugement quiconque aurait été compromis comme républicain entre 1848 et 1851. Le général Espinasse, nommé ministre de l'intérieur pour faire appliquer ces mesures, ordonna à chaque préfet d'arrêter un certain nombre de suspects dans son déparlement (de 4 à 20).
Par tous ces procédés, le gouvernement dominait si complètement le pays que dans la Chambre de 1857 à 1863 il n'y eut que cinq députés de l'opposition (les Cinq), Les ministres et les préfets gouvernaient sans aucun contrôle, la Chambre avait été élue sous leur direction et la presse ne publiait que ce qu'ils voulaient laisser publier.
Los guerres entreprises par NapoVèovv lll changèrent
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peu à peu sa politique intérieure. Jusqu'ài860 il s'appuyait sur le clergé qui faisait voter les paysans pour les candidats officiels ; mais, en créant un royaume d'Italie opposé au pape, il mécontenta le parti catholique qui commença à lui faire de l'opposition.
Pour contre-balancer ce parti, l'Empereur chercha Tappui des libéraux modérés ; il fit cesser les proscriptions par l'amnistie de 1859, et de 1860 à 1867, par une série de concessions, augmenta un peu le pouvoir de Ja Chambre et adoucit la surveillance sur la presse.
H se forma alors, à côté du parti républicain, un parli d'opposition libérale composé de monarchistes partisans du régime parlementaire. Dans la Chambre élue en 1869, il se trouva 116 députés pour signer une adresse qui demandait le régime parlementaire; réunis aux quarante députés républicains, ils auraient formé la majorité.
Napoléon lll céda; le sénatus-consulte du 6 septembre transforma le régime impérial en régime parlementaire. La Chambre eut le droit d'élire son bureau, de faire son règlement, de voter le budget par chapitres. Le ministère pouvait être pris parmi les députés, il était organisé à l'anglaise, dirigé par un président du conseil et responsable devant la Chambre.
Le Sénat cessait d'être le gardien de la Constitution, il devenait une Chambre des pairs chargée seulement d'approuver les lois votées par la Chambre. Le pouvoir constituant devait être exercé directement par les électeurs. La nouvelle Constitution leur fut présentée sous forme d'un plébiscite (6 mai 1870), et approuvée par 7 milUons et demi de voix.
Ce régime, qui rendait la souveraineté à la Chambre, fut surnommé Y Empire libéral; il commença avec des hommes nouveaux, le chef du conseil fut un des Cin(\, Emile Oïmer, Mais le parti répubVvc^vw vv^^>^^\\aw ^^^^
cette transformation. Il vota Non au plébiscite ; ses députés se déclarèrent ifréconciliables, et il manifesta son hostilité par des émeutes dans les rues de Paris.
La République de 1870. — Ce qui faisait la force de TEmpire, c'était son armée. Il l'engagea dans la guerre contre la Prusse et la perdit tout entière ; une partie resta enfermée dans Metz; le reste, avec Napoléon m lui-môme, fut pris à Sedan (:2 sept. 1870). Le parti républicain de Paris envahit la Chambre (4 septembre) et, avant qu'elle eût le temps de voter la déchéance de l'Empereur, créa le gouvernement de la Défense natinnale composé des députés de Paris et proclama la République, qui fut reconnue par tout le pays sans résistance.
Le gouvernement de la Défense nationale resta assiégé dans Paris par les Allemands, il eut à y combattre un parti révolutionnaire socialiste qui avait pour emblème le drapeau rouge et qui lit l'émeute du 31 octobre. Une délégation du gouvernement prit le pouvoir en province où les fonctionnaires de l'Empire furent remplacés par des républicains; Gambetta, le membre le plus actif de la délégation, dirigea à la fois l'administration et la guerre.
Après la capitulation de Paris un armistice fut signé avec les Allemands pour permettre aux Français d'élire une Assemblée nationale ; les élections se firent dans les formes de la Législative de 1848, au scrutin de liste avec le vote au canton. Les paysans soupçonnaient le parti républicain dominé par Gambetta de vouloir continuer la guerre à outrance; ils votèrent pour les candidats de la paix, coalition formée de royalistes et de républicains modérés. L'Assemblée nationale fut en majorité royaliste. Elle nomma Thiers chef du pouvoir exécutif (évitant à dessein le nom de République).