Chapitre XII
Les nationalités, — Le principe de la souveraineté de la nation a fait naître, à côté de l'ancienne théorie constitutionnelle, la théorie nouvelle des nationalités. Puisque la nation seule a le droit de se gouverner, elle peut exiger de n'être pas gouvernée par des étrangers ou incorporée à une nation étrangère ; elle peut exiger aussi de n'être pas morcelée entre plusieurs gouvernements. Chaque nation doit former un État indépendant, toutesles parties d' une même nation doivent être réunies en un seul État, voilà la formule du principe des nationalités» Civilisation coNTBMPonAiNE. ^^
On n'en avait tenu aucun compte jusqu'au xix° siècle. Les États s'étaient formés au hasard des successions et des conquêtes, sans qu'on se fît scrupule d'assembler des peuples de langue, de race, de mœurs différentes ou de mettre un peuple en morceaux. C'est encore ainsi qu'on avait procédé en 1814 au Congrès de Vienne ; on calculait les échanges à faire entre États par le nombre d'âmes^ on ne tenait compte que de la richesse du pays et du chiffre des habitants. Aussi y avait-il en Europe des États formés de plusieurs nations étrangères ou même ennemies entre elles (l'Empire^ turc, la Prusse, l'Autriche), et des nations partagées entre plusieurs États (l'Allemagne, l'Italie).
Peu de temps après la Restauration les patriotes commencèrent à s'agiter contre les gouvernements. Là où une petite nation était incorporée à un grand État étranger (dans l'Empire turc et l'Empire d'Autriche), les patriotes cherchaient à détacher la nation de l'État étranger qui les gouvernait. Là au contraire où une grande nation était morcelée en petits États (en Allemagne et en Italie), les patriotes travaillaient à détruire les petits États pour les réunir en une seule nation. Le mouvement poussait donc en sens inverse, tantôt vers la séparation, tantôt vers la concentration; les uns réclamaient C affranchissement, les autres l'unité.
On s'agita dans presque tous les pays : pour affranchir de l'Empire turc les Grecs, les Serbes, les Roumains, les Bulgares; pour affranchir de l'Autriche la Hongrie, la Bohême, la Lombardie, la Croatie; pour affranchir l'Irlande de l'Angleterre, la Belgique de la Hollande, la Pologne de la Russie. On s'agita pour faire l'unité de l'Allemagne et de Tltahe. Seules la France et l'Espagne, où l'unité était faite, ont échappé à cette agitation.
Le principe commun à tous les partis nationaux^ c'est