‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 68 sur 122 · LE PARTI RADICAL · texte numérisé non relu

LE PARTI RADICAL

Ils diffèrent aussi d'opinion sur le but du gouvernement, et si complètement qu'ils aboutissent à deux théories opposées.

L'une regarde comme le but déûnitif du gouvernement d'assurer la fiberté aux individus. Qu'on laisse les individus se développer librement, ils seront plus heureux et plus actifs, ils pourront accomplir plus de progrès; la société se réglera d'elle-même mieux qu'avec les règlements. L'Etat doit se borner à prendre des mesures pour assurer à chaque homme sa liberté, il ne doit contraindre personne au delà de ce qui est nécessaire pour protéger la liberté des autres, il n'estqu'un établissement de défense mutuelle. Il ne doit pas se charger des œuvres utiles à la communauté, c'est l'affaire des particuliers qui y sont intéressés. Il faut donc un gouvernement faible pour qu'il n'ait pas la tentation de violer la liberté des individus. Telle est la théorie des radicaux libéraux,

La théorie opposée part de l'idée que l'Etat a pour mission de rendre les hommes heureux et de faire régner la justice. Il a le droit de tout régler dans l'intérêt du plus grand nombre, puisqu'il a reçu son autorité du peuple qui est souverain. Il n'est pas obligé de respecter la liberté des individus, si elle le gêne pour remplir samission. L'individu n'a pas de droits en face de l'Etat. Il faut donc un gouvernement fort pour briser les résistances des individus. C'est la théorie des radicaux autoritaires.

Ces deux théories répondent à deux sentiments opposés, l'une à l'amour du progrès, l'autre à l'amour de l'ordre. Les libéraux désirent un progrès indéfini, les autoritaires veulent une société parfaite et n'admettent le progrès que jusqu'au moment où on aura atteint la perfection. — Entre ces deux théories extrêmes il y a place pour bien des opinions intermédiaires. Une partie des radicaux libéraux admettent que l'Etat a pour fonc-

tion non seulement de maintenir la paix, mais d*enireprendre tous les travaux utiles à la société et que les particuliers ne sont pas intéressés à faire eux-mêmes : TEtat doit se charger de faire les ponts, les ports, les routes, de conserver les forêts, d'entretenir les établissements de science et d'enseignement (1). On n'est pas d'accord si l'Etat doit entretenir le culte; la théorie la plus ordinaire est la séparation de l'Eglise et de l'Etat. La grande majorité des radicaux d'Europe appartient à la fraction autoritaire.

Le suffrage universel. — Le principe du régime parlementaire est que le pouvoir appartient à un Parlement élu ; mais il n'est pas nécessaire que tous les habitants aient le droit d'élire ni que tous les électeurs aient un suffrage égal. En Angleterre, les propriétaires et les gros fermiers seuls votaient et le vote d'un électeur de bourg avait plus de poids que celui d'un électeur de comté.

Les pays qui ont adopté le régime parlementaire anglais avaient tous restreint le droit de suffrage aux habitants qui avaient le cens fixé par la loi. Seuls ceux qui atteignent ce chiffre pouvaient voler, être élus et prendre part au gouvernement ; ils formaient seuls le pat/s légal; les autres n'étaient pas consultés. Tel était le régime du suffrage restreint.

A ce système les partisans de la démocratie ont opposé le suffrage universel, qui fait de tous les hommes des électeurs. Le suffrage universel n'était pratiqué d'abord que dans quelques cantons suisses, où il remontait au moyen âge et aux Etals-Unis où il s'est introduit entre 1783 et 1830 graduellement. Les républicains français l'avaient appliqué en 1792; mais on y avait bientôt renoncé en France,

(l) Tainc. La Révolution française, t. III, p. 132.

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Les radicaux Tont réclamé dans tous les pays, en se fondant sur le principe de l'égalité devant la loi.

Le suffrage universel a été établi d'un seul coup en France par la révolution de 1848, en Allemagne après les victoires de la Prusse (1866) par le chancelier de l'empire Bismarck qui espérait s'en servir pour faire l'unité. -— Les autres pays, sans abandonner le principe du suffrage restreint, ont élargi de plus en plus le suffrage de façon que tous les habitants entrent peu à peu dans le corps électoral. Le suffrage est devenu à peu près universel en Angleterre, par les deux réformes de 1865 et 1885 qui ont donné le droit de vote à tout locataire; il ne reste en dehors du suffrage que les journaliers des campagnes et les fils de famille, (on estime à environ 1,800,000 le nombre des Anglais qui ne sont pas électeurs).

En Italie le cens exigé par la constitution du royaume de Sardaigne a été abaissé en 1882 au point que le nombre des électeurs s*est élevé de un demi-million à 2 millions et demi. En Espagne le cens a été abaissé et il est question d'établir le suffrage universel. — Dans aucun pays il ne reste de cens élevé.

Le gouvernement direct par la Chambre. — Dans les Etats constitués en république, le principe de la souveraineté de la nation a donné naissance à deux formes de gouvernement différentes du régime parlementaire. Aux Etats-Unis la nation élit, (par un suffrage à deux degrés), un Président de la république chargé de gouverner pendant quatre ans ; les ministres ne sont que les commis du président, ils sont choisis par lui et ne sont pas responsables devant les Chambres. Le Congrès fait les lois et vote l'impôt, le Président nomme les employés et exerce le pouvoir exécutif. Le Congrès et le Président ont tous

deux des pouvoirs souverains et indépendants : le Congrès, en votant contre le Président, ne le fait pas tomber, le Président ne peut pas dissoudre le Congrès. — Ce régime rend le gouvernement plus indépendant des Chambres que dans le régime parlementaire. Il est vrai qu'aux Etats-Unis, où chaque Etat règle presque toutes les affaires publiques, il ne reste au gouvernement central que très peu de pouvoir.

A mesure que le régime parlementaire devient plus ancien et la Chambre plus puissante, le régime tend h se transformer. On se rapproche d'un régime qui consiste à laisser la Chambre maîtresse de nommer ellemême les ministres, de les révoquer et de leur donner des ordres. Il n*y a plus alors de ministère, il n*y a que des ministres exécuteurs des volontés de la Chambre. C'est le gouvernement direct par la Chambre ; il a été pratiqué en France par la Convention.il est très différent du régime parlementaire.

Le principe du régime parlementaire, c'est que le chef de la majorité choisit les ministres ses collègues et diririge les affaires suivant un plan qui constitue « la politique du ministère ». La Chambre peut renverser le ministère en votant contre lui si elle désapprouve sa politique, mais elle ne peut pas lui donner d'ordres directs et lui dicter sa conduite. Le chef du Conseil est dans la situation d'un entrepreneur que la Chambre aurait chargé de gouverner. Pour gouverner il faut donc qu'il y ait dans la Chambre une majorité fixe décidée à voter toujours pour le ministère.

Aussi longtemps qu'il n'y a dans le Parlement que deux partis, l'un des deux a toujours la majorité; il en a été ainsi en Angleterre pendant un siècle et demi. Mais dans les pays où il s'est formé plusieurs partis, il devient difficile de conserver une majorité; car, à moins qu'un

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parti à lui seul ne soit plus nombreux que tous les autres ensemble, les partis opposés aux ministère se réunissent pour voter contre lui et forment une coalition ; le ministère tombe et Ton ne sait où en prendre un nouveau, car aucun ministère ne peut avoir de majorité. G*est ce qui est arrivé en Angleterre depuis qu'il s*est formé, à côté des deux anciens partis, un parti irlandais et un parti radical. Le gouvernement parlementaire devient alors de plus en plus difficile à pratiquer; il est remplacé par le gouvernement direct de la Chambre (1).

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