LES COLONIES HOLLANDAISES
blit dans des ports ouverts, sans fortifications ni armées; elle entretenait des relations amicales avec les souverains du pays en se tenant à Técart de la politique et ne cherchant pas à convertir leurs sujets ; elle attirait les marchands indigènes en leur achetant cher leurs denrées et en leur vendant bon marché les produits de l'Europe Son principe était de se contenter de petits bénéfices. Elle avait ainsi les profits du commerce sans les dépenses de Toccupation. Elle défendait à ses emplo3^és de commercer pour leur compte, mais elle les payait bien et régulièrement. — Devenue une grande puissance, la Compagnie revint peu à peu aux procédés des autres gouvernements. Elle détruisit presque tous les indigènes des Moluques, massacra des troupes de Chinois à Java (1740), et poussa le roi de Ternate à la révolte en vou* lant le forcer à arracher le girofle de ses États. Elle obligea les navires qui revenaient des Indes en Hollande à faire le tour par les îles Orcades au lieu de traverser la Manche, et les navires qui y allaient à passer tous par Batavia pour s*y faire visiter. Les commis se mirent à trafiquer pour leur compte, ils faisaient plus de commerce que la Compagnie elle-même, et surchargeaient ses navires de leurs marchandises. Quand le roi de Hollande fut devenu directeur en chef de la Compagnie (1748), les fonctions d'administrateur furent données à des hommes qui ne s'occupaient pas des aff'aires. La Compagnie finit par contracter une dette énorme; en 1794, elle avait un passif de 127 millions de florins, un actif de 15 millions seulement.
Les colonies françaises. — Une colonie française était organisée comme une province. Les colons n'avaient pas le droit de s'adniinistrer eux-mêmes; un intendant^ tout-puissant comme en France, décidait des m.ov.wdx^'s» CiviusATioy coat£;.mpohai.>e. ^
34 LE REGIME COLONIAL AU XVIir SIÈCLE.
affaires. On avait transporté en Amérique la censure sur les imprimés et la persécution religieuse; aucun protestant n était reçu dans les colonies ; on y avait constitué des dîmes pour le clergé, et des seigneuries pour les nobles. Les colons n'avaient pas plus de liberté politique ou religieuse que les sujets du royaume. — De plus, comme le monopole du commerce avait été donné à une compagnie privilégiée, il leur élait interdit d'établir des fabriques; ils devaient acheter les objets envoyés par les fabriques de France, d'ordinaire des produits de rebut qu'on leur vendait très cher. Ils ne pouvaient acheter ou vendre qu'aux agents de la Compagnie.
Avec ce régime il n'y avait de colonies florissantes que les plantations des Antilles, surtout celles de Saint-Domingue, où les créoles faisaient travailler les esclaves nègres. Le Canada, avec son territoire aussi grand que l'Europe, n'avait en 1682 que 10,000 âmes, en 1744 que 54,000, et au moment où les Anglais le conquirent, 70,000 ; aujourd'hui la population française est montée à près de 1,500,000. L'exportation annuelle n'était que de 1,700,000 francs ; elle est aujourd'hui de 280 millions.
Les colonies anglaises, — L'Angleterre, la dernière venue des puissances coloniales, n'avait que de petites colonies éparses sur la côte de l'Amérique du Nord. Comme elles ne produisaient aucune denrée précieuse, le gouvernement en faisait peu de cas, il ne prit la peine ni de les organiser ni de les gouverner. Cette indifférence fut cause que les colonies se peuplèrent librement. — Au Nord, les colons furent surtout des puritains persécutés venus en Amérique au temps de Charles I" pour pouvoir pratiquer librement leur religion. Us y avaient fondé des églises puritaines, ils