L'EMPIRE OTTOMAN AU XW SIÈCLE
exclusivement musulman. Le Sultan avait succédé aux khalifes, il était chef de la religion. Comme dans tout pays musulman, le Coran était la seule loi, religieuse, civile et politique. L'Etat était soumis à l'Eglise. La religion était obligatoire, tt)ut musulman qui reniait Tislam était puni de mort par le gouvernement.. — Les musulmans seuls formaient la nation ottomane. Mais, à la différence des Etats chrétiens du moyen âge qui ne toléraient sur leur territoire que des chrétiens, les musulmans supportaient au milieu d'eux des infidèles (chrétiens et juifs). Ces infidèles, ne pouvant être des citoyens, vivaient dans une condition inférieure, privés de tout droit politique, hors la loi puisque la loi de l'empire était le Coran; c'est ce qu'indiquait le nom de ratas (troupeau;. Ils étaient soumis à l'impôt par tête [karadj) et à la corvée, ils n'étaient admis ni dans l'armée ni dans les fonctions.
Ce n'était pas une distinction de race, l'Européen chrétien descendant des vaincus, quand il se faisait musulman, devenait aussitôt l'égal du musulman turc, le Coran n'admet aucune inégalité entre les croyants. Il y avait ainsi des musulmans albanais et des musulmans slaves, (les Bosniaques et les Pomaks de Bulgarie).
Avec une organisation démocratique l'Empire avait donc une aristocratie; l'égalité était complète, mais entre musulmans seulement, les musulmans formaient, par rapport aux infidèles, une aristocratie de religion.
Ainsi la société était divisée en deux classes forcément inégales (les musulmans et les raïas), qui ne pouvaient se fondre et qui restaient indéfiniment hostiles.
Le sultan pouvait compter sur les musulmans, mais les chrétiens opprimés ne pouvaient être des sujets fidèles. Or, en les soumettant, l'empire leur avait laissé leur organisation. Ils avaient gardé leur religion, leur
langue, leurs mœurs, même leur clergé et leurs administrations de village. Les peuples chrétiens du xv** siècle s'étaient conservés intacts sous la domination des sultans comme les peintures de TEglise Sainte-Sophie sous Tenduit de chaux dont Mahomet II les avait fait couvrir.
En Asie la majorité de la population était turque et musulmane ; il n'y avait de raïas que des Grecs, des Juifs et des Arméniens dispersés en petites communautés, très pacifiques, incapables de se révolter. Mais en Europe les musulmans étaient peu nombreux et on retrouvait au-dessous d'eux toutes les petites nations chrétiennes que les sultans avaient mis un siècle à soumettre.
Au nord du Danube les Roumains étaient tributaires seulement, mais gouvernés depuis le xvii® siècle par des Grecs du Phanar (quartier grec de Constantinople) qui achetaient leurs fonctions au gouvernement du sultan ; il n'y avait pas de musulmans établis dans le pays.
Au sud du Danube, les Serbes, exploités durement par les guerriers musulmans propriétaires de toutes les terres, formaient une nation de paysans. Leurs voisins de l'est, les Bulgares, occupaient sur les deux versants du Balkan les trois provinces de Bulgarie, Roumélie et Macédoine; eux aussi n'étaient que des paysans, mais ils étaient presque les seuls habitants du pays. Dans les montagnes en arrière les religions et les conditions étaient plus mélangées. La Bosnie était restée slave, mais la moitié presque des Bosniaques slaves, devenus musulmans au xv° siècle, formaient une classe de propriétaires guerriers assez forte pour maintenir dans la servitude les paysans chrétiens.
L'Epire avaitgardé sa vieille population (les Albanais), et sa langue parente du grec primitif; une partie des Alba-