COLONIES ANGLAISES
choisit des ministres qui sont responsables devant la Chambre.
Le gouvernement anglais a le droit de veto sur les décisions votées par l'assemblée de la colonie, mais il n*aime pas à en user. En 1872 la Chambre basse de TEtal de Victoria en Australie avait voté des fonds pour donner une indemnité aux députés, la Chambre haute refusa le crédit, il s'ensuivit" une lutte entre les deux Chambres. Le premier ministre de la colonie fit alors exprès le voyage de Londres pour demander au ministère anglais de réformer la constitution de Victoria; le ministère refusa en déclarant qu'une intervention dans les affaires intérieures des colonies n'était justifiable qu'en cas de danger pressant. — En 1878, dans la colonie du Bas-Canada, le gouverneur avait renvoyé le ministère qui avait la majorité dans la Chambre et l'avait remplacé par un autre de son choix; la Chambre vota contre ce ministère ; le gouverneur persista à le conserver ; la Chambre réclama qu'on fit observer la Constitution ; le ministère anglais fît droit à sa réclamation en rappelant le gouverneur.
Le gouvernement laisse les colonies se créer une armée : il y a en Australie 10,000, au Canada 28,000 hommes de troupes. Le gouvernement les laisse même établir des taxes de douanes sur les marchandises qui viennent d'Angleterre.
Chaque colonie est ainsi presque un Etat indépendant. On a eu l'idée de grouper ces États en confédération comme les Etats-Unis. En 1867 a été constitué le Dominion of Canada^ où sont entrées peu à peu les 8 colonies de l'Amérique du Nord (excepté Terre-Neuve qui n'a pas voulu). La constitution de cette confédération est copiée sur celle des Etats particuliers. Il y a un gouverneur général envoyé d'Angleterre, et un parlement formé d'un
Sénat nommé par le roi et d'une assemblée législative élue : ce Parlement, qui siège à Ottawa, règle les affaires de douane, d'armée, de commerce. — Ni les colonies du Gap ni les colonies australiennes n'ont consenti à se grouper de même.
11 y a en Angleterre deux systèmes opposés sur la conduite à tenir envers les colonies. Une école, fidèle au principe des économistes, considère les colonies comme un fardeau qui coûte et ne rapporte rien. L'Angleterre dépense son argent à leur faire des routes et des chemins de fer, à entretenir des garnisons et des flottes ; elle s'attire des embarras et des guerres contre les Maories en Nouvelle-Zélande, les Cafres au Cap, les Afghans dans l'Inde ; elle n'en retire aucun profit, car elle n'a même pas le droit de lever des impôts et d'envoyer ses marchandises librement dans les colonies. <i Nous sommes des empereurs sans empire, disait l'un des partisans de cette école (1). » L'Angleterre devrait donc déclarer ses colonies indépendantes et leur laisser le soin de se défendre par leurs propres forces.
L'autre école, beaucoup plus nombreuse, tient à conserver à l'Angleterre ses possessions, ou, comme on dit, à laisser intact Y Empire britannique, — Le ministère conservateur de T^eaconsfîeld (1874-1880) s'est engagé dans plusieurs guerres contre les Zoulous, les Bœrs, les Afghans; il a fait céder l'île de Chypre à l'Angleterre; il a fait proclamer la reine d'Angleterre impératrice des Indes (1876). — Le ministère libéral de Gladstone a cessé la politique belliqueuse qui coûtait trop cher, mais il a gardé l'empire pacifique.
11 s'est même formé un parti qui, au lieu d'abandonner les colonies, voudrait les rattacher plus fortement à
(1) Cette opinion a été exposée par Goldwin Smith. VEmpire (1863).