LES GENRES
que celle du xix* siècle ; il n'y a pas de genre qui n'ait eu au moins plusieurs représentants, pas de forme ancienne qu'on n'ait essayé de renouveler. Mais il n'y a guère que quatre genres qui aient produit de grandes œuvres : la poésie lyrique^ le drame, le roman, la critique,
La poésie lyrique, tombée en décadence pendant la période classique, a été relevée en Allemagne par Gœthe et Schiller; elle est devenue le genre favori de l'école romantique. De 1770 à 1830 tous les grands écrivains sont des poètes lyriques : en Allemagne, Uhiand et Heine ; en Angleterre, Woodsworth, Bums, Coleridge, Byron, Shelley ; en Italie, Leopardi ; en France, les trois grands romantiques, Lamartine, Musset, Hugo (1).
Le drame, créé aussi par Gœthe et Schiller, se divise en deux branches. — Le drame historique, qui remplace l'ancienne tragédie, prend pour modèles les pièces de Shakespeare; il choisit ses sujets dans l'histoire et les légendes de l'Europe, donne à ses personnages des costumes conformes à la couleur locale et fait passer les actions violentes sur la scène, devant les spectateurs. La plupart de ces drames sont l'œuvre de poètes lyriques (Gœthe, Schiller, Hugo); aussi sont-ils faits pour être lus plutôt que pour être joués. Le drame historique, à partir de 1830, est tombé en discrédit, il est aujourd'hui plus abandonné que la tragédie, avec laquelle il a fini par se confondre; même les chefs-d'œuvre du drame historique ont peine à soutenir la concurrence avec les anciennes tragédies classiques que la Gomédie-Française a remises à la mode. — Le drame de mœurs contemporaines, dont Lessing avait donné le modèle dans Minna de Bamheim, n'avait fait que végéter pendant la pé-
(1) Les débris de l'école romantique en France ont formé le groupe du Parnasse.
riode romantique ; mais depuis 1848 il est devenu le genre favori du public. Il tend de plus en plus à se rapprocher de Tancienne comédie de mœurs. Ce genre s'est emparé du théâtre contemporain ; on ne joue plus guère en Europe que les pièces des auteurs dramatiques fran- (^ais (surtout Dumas. Augier et Sardou).
Le roman a été négligé d'abord par Técole romantique. Puis il a reparu sous deux formes. — Le roman historique a été créé par Walter Scott, qui de 1814 h 1832 a écrit 72 romans. Ce genre est resté à la mode jusqu'au milieu du XIX* siècle; il a servi de modèle en France même aux historiens (Aug. Thierry, Quinet, Michelet). — Le roman de mœurs s'est relevé à peu près en même temps dans tous les pays, il est devenu la forme la plus puissante de la littérature contemporaine. Depuis 1830 presque tous les écrivains célèbres sont des romanciers : en Angleterre, Dickens, Thackeray, George Elliot; en Russie. Gogol, Tourguenief, Tolstoï, Dostoievsky; en Amérique, Edgar Poë et Bret Harte; en Allemagne, Freytag; en France, Balzac, George Sand et toute l'école réaliste (Flaubert, Zola, Daudet, etc.).
La ci'itiquey c'est-à-dire l'étude des œuvres littéraires et artistiques, n'était encore au siècle dernier qu'un genre secondaire; elle se réduisait presque toujours à louer ou à blâmer. Auxix* siècle les critiques ont cherché h comprendre les œuvres et à les faire comprendre, en expliquant comment les idées, les sentiments, le style d'un auteur dépendent de son pays, de son éducation, de son entourage (c'est ce qu'on appelle le milieu), La critique est surtout un genre anglais et français ; elle a pris en Angleterre la forme des essais, en France la forme d'ar ticles de revues et de journaux. Macaulay en Angleterre ; en France, Sainte-Beuve, Taine et Renan ont pris rang parmi les écrivains.