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ques années plus tard des charges importantes. A partir de cette époque, les espérances du parti protestant furent anéanties; il ne reprit jamais les armes, et on n’entendit plus parler de lui jusqu’à l'époque où il fut persécuté d’une ma nière si barbare par Louis XIV (l). Mais l’intolérance ne rentrait pas dans les idées de Richelieu; et une fois qu'il eut délivré le pays de la rébellion, il poursuivit ce vaste plan de politique étrangère dont j’ai déjà dit quelques mots, et par lequel il prouva clairement que ses mesures contre les protestants n’avaient pas été prises par haine de leur doctrine religieuse, lin effet, il soutint à l’étranger le même parti qu’il avait combattu en France. Il réprima les protestants français, parce qu'ils étaient une faction turbulente qui troublait l’État, et qui voulait s’opposer an libre exercice de toute opinion qui lui était défavorable. Mais, bien loin de faire une croisade coutre leur religion, il lui donna son appui dans d’autres pays; et quoiqu’il fût un prélat catholique, il n’hésita pas, soit par des traités, soit par des secours en argent, soit enfin par la force des armes, à soutenir les protestants contre la maison d’Autriche, les luthériens contre l’empereur d’Allemagne, et les calvinistes contre le roi d’Espagne.
J’ai essayé de donner un aperçu rapide des événements qui eurent lieu eu France sous le règne de Louis XIII, et en particulier pendant l’administration de Richelieu. Mais quelle que soit leur importance, ces événements n’étaient
et nn commentaire dans Bazin, Uist. de Louis XIII , 1. 111, pag. 36-38. Malheureusement M. liazi» no cite jamais les sources où il a puisé.
(1) En 163.», leur historien dit : * Les réformez ne faisoient plus de part;. > Ucnoisl, Uist. tie l'édit deXarües, t. Il, pag. 534. Comparez la description de la France en 16 48 de sir Thomas Hanmcr, dans Bunbury, C.orrespontl. of l/nntner, pag. 369. Londres, 1838.
qu’une seule des phases du vaste développement qui progressait alors dans presque toutes les branches de l’intellect national. Ils n’étaient que la simple expression politique de cet esprit hardi et sceptique qui ne faisait quartier ni aux préjugés ni aux superstitions des peuples. En effet, le gouvernement de Richelieu fut heureux autant que progressif, et aucun gouvernement ne peut réunir ces deux qualités, à moins que ses mesures ne soient en harmonie avec les sentiments et le caractère du siècle. Une pareille administration, bien quelle facilite le progrès, n’en est pas la cause, mais plutôt la mesurect le symptôme. La cause du progrès gil à une plus grande profondeur, et est gouvernée par la tendance générale de l'époque. Et comme les tendances différentes qu’on peut observer dans les générations qui se succèdent dépendent de la différence dans leurs connaissances, il est évident que nous ne pouvons comprendre l’opération de ces tendances qu’en nous livrant à un examen plus profond de la quantité et du caractère des connaissances. Par conséquent, pour comprendre la véritable nature du grand progrès qui a distingué le règne de Louis XIII, il faut nécessairement que je place devant le lecteur quelque preuve relative à ces faits plus élevés et plus importants, que les historiens négligent souvent, mais sans lesquels l'étude du passé est un travail oiseux et puéril, et sans lesquels l’histoire elle-même devient un champ stérile qui, ne produisant aucun fruit, est indigne du labeur que l’on gaspille dans la culture d'un sol aussi ingrat.
Un fait très remarquable, c’est que, pendant que Richelieu sécularisait avec tant d’audace tout le système de la politique française, et réduisait ît néant, par son dédain des intérêts anciens , les plus antiques traditions , la
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même marche était suivie, dans une région encore plus élevée, par un homme plus grand que lui, par un homme qui est, si j’ose donner mon opinion, le plus profond de tous les penseurs éminents que la France a produits. Je veux parler de René Descartes, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il a accompli une révolution plus décisive que toutes celles qui ont été amenées par n’importe quel esprit individuel. Nous n’avons pas à uous occuper maintenant de ses simples découvertes physiques, parce que dans cette introduction je ne prétends tracer les progrès de la science que dans les périodes qui indiquent une nouvelle phase dans la pensée nationale. Je puis néanmoins rappeler aux lecteurs que Descartes fut le premier qui appliqua avec succès l’algèbre à la géométrie (1); qu’il indiqua la loi importante du sinus (2); qu’à une époque à laquelle les instruments d’optique étaient très imparfaits, il découvrit les variations auxquelles la lumière est soumise dans l’œil par
<0 Thomas, El oye {OEuvres de Descartes, 1. 1, pag. 32) dit : « Gel instrument, c’est Descartes qui l’a créé; c'est l’application de l’algcbreà la géométrie. • Et ceci est la stricto vérité; car quoique Viéta et deux ou trois autres aient, au seizième siècle, pris les devants, c'est à Descartos qu’on doit la magnifiquo découverte de l’application possible de l'algèbre à la géométrie des courbes, car il fut certainement le premier qui les exprima par deséquations algébriques. Voyez Montuda, Hist. des niaVnhnatiques , 1. 1, pag. 704, 705 - t. Il , pag. 120; t. III, pag. 64.
(2) Les assertions de tluygens et d'isaac Vossius, prétendant que Descaries avait eu connaissance des papiers de Snell avant de publier sa découverte, ne sont soutenues par aucune évidence directe, du moins aucun des historiens scientifiques ne les ont, à ma connaissance, en aucune façon soutenues. La race humaine est toujours si disposée à déprécier les grands hommes et à essayer de les convaincre de plagiat, que celle accusation, improbable en ellemême et ne reposant que sur le témoignage de deux rivaux envieux, a été non seulement ressuscitée par des écrivains modernes, mais encore a été, même de nos jours, établie comme un Tait notoire! M. Hordes Dcmoulin expose clairement la fausseté de cette accusation dans son estimable ouvrage le Cartésianisme. Paris, 1843, t. Il , pag. 9, 12, et, de l’autre côté de la question, je renvoie avec regret à sir D. Brewster, On the Progress of Oplics. Second Report of Rritish Association, pag. 309, 310, et à Whewcil, Hist. of Ut e Inductive Sciences, 1 . 11, pag. 379, 502, 503.
la lentille cristalline (1); qu'il appela l'attention sur les conséquences résultant de la pesanteur de l’atmosphère (2), et qu’il découvrit en outre les causes de l’arc en-ciel (5), ce
(I) Voyez lus 'remarques inlérc*saiilei> du Spnngel ( Hiil . de la médecine , t. V, pag. 271, 272) cl OEuvres de Descartes, t. IV, pag. 371 el suivantes. Ce qu'il y a de plus étonnant, c’est que l’étude de la lentille cristalline fut longtemps négligée après la mort do Descartes, et qu’aucun essai ne fut fait pendant plus d’un siècle pour compléter scs idées, en s’assurant de sa construction intime. Dans le fait il est dit dans Thomson {Animal Che~ mislry , pag. 512) que la lentille cristalline et lus deux humeurs furent analysées pour la première foi » en 18U2. Comparez Simon, Animal Chemistry, t. Il , pag. 419-421; Houle, Traité d'anatomie , t. I, pag. 357; Lepcllclier, Physiologie médicale, t. III, pag. €60; Mayo, Hum an Physiol., pag. 279; Blainvilte, Physiologie comparée, t. III, pag. 325-328. Aucun de ces auteurs ne parle d'une analyse antérieure au dix-neu viénie siècle. Je mentionne ceci pour prouver avec quelle lenteur Descaries a clé suivi; car, comme l'observe avec justice M. Blainville, les lois chimique» de la lentille doivent être comprises avant que nous puissions généraliser complètement le» loi» optiques de la réfraction ; de sorte qu’eu réalité les recherches de Berzelius complètent celles de Descartes. La théorie de la limitation de la lentille cristalline d’après l’échelle descendante du règne animal, cl le rapport entre son développement el une augmeutaliou generale de perception sensible, semblent avoir été peu étudiées, mais le docteur Grant ( Comparative Analomy , pag. 252) pense que la lentille existe dans quelques-uns des rotifères.et, pour ce qui concerne son origine, je trouve un exposé curieux dans Millier (Physiology , t. 1, pag. 450), à savoir qu'aprës avoir été enlevée chez les mammifère», elle a été reproduite par sa matrice, la capsule. (Si ou peut se lier à cette théorie, elle serait eu opposition avec Schvann, qui suppose, dans ses Mù?roscvpiial Reseurches, 1847, pag. 87, 88, que sou existence est végétale el qu’elle n’est lias • a sécrétion ol il» capsule. » ) Quant à la probabilité de sou existence chez les bydrozoa, voyez Kymer Jones, Animal Kingdon, 1855, pag. 96, * regarded either as a crystalline leus, or an ololube ; ■ el, relativement à sou développement embryonique, voyez Burdach, Traité île physiologie, 1. 111, pag. 435-438.
(2) Torricelli pesa l’air poui la première fois eu 1643. Uraud, Chemislnj, t. I,pag. 360; Leslie, Malural Pkylosophy, pag. 419. Mats il y a une lettre de Descartes, écrite en 1631, « où il explique le phénomène du la suspension du mercure dans un tuyau fermé par en haut, en l'attribaanl au poids do la colonne d’air élevée jusqu’au delà des nues. • Borda» Dumoulin, le Cartésianisme , l. I, pag. 311. Montucla {Uist. des mathématiques, t. Il, pag. 2U5) dit de Descartes : • Nous avons des preuves que ce philosophe reconnut avant Torricelli la pesanteur de l’air. » Descarie» lui-même dit qu'il donna l’idée de l'expérience faite ensuite par Pascal. OEuvres de Descuries, l. X, pag. 341, 351.
(3) Le docteur Whftwell, qui »>st montré d’une injustice marquée envers Descarte», reconnaît pourtant qu’il est «lhe geunine auihor oflbe explanation of tbe rainbow. » Ilitl. of lhe Induc. Sciences, t. Il, pag. 3HU, 384. Voyez aussi Boyle, Works, t. III, pag. 189; Thomson, Hist. of lhe Royal Society , pag. 364; Hallam, Lit. of Europe, t. 111, pag. 205; OEuvres de Descartes, 1. 1, pag. 47, 48; t. V, pag. 265-284. Au sujet de la théorie de l’arcen-ciel telle qu'elle est connue de nos jours, voyez Kaemtz, Course of Meleorology , pag. 440-445; Forbei, On Meleorology, pag. 125-130, dans Report of British Association
phénomène étrange auquel se rattachent encore, dans l'esprit du vulgaire, quelques superstitions théologiques (1). De plus, par une singulière combinaison des formes les plus variées du génie, il est non seulement considéré comme le premier géomètre de son temps (2), mais il fut, par la clarté et l’admirable précision de son style, l’un des fondateurs de la prose française (3). Et quoiqu’il fût constamment plongé dans ces hautes investigations relatives à la nature de l’esprit humain, qui ne peuvent être étudiées sans étonnement, j’allais presque dire sans terreur, il combina avec elles uue longue série d'expériences laborieuses sur la charpente humaine, qui le mirent au rang le plus élevé parmi les anatomistes de son temps (4). La grande découverte de la circulation du sang, faite par Harvey, fut négligée par la plupart de ses contemporains (5); mais elle
for 18U). Compares Leslie, Saturai Philosuphy , pag. 531; Pouillet, Élément* dt physique, l. Il, pag. 7N8.
-1) On connaît tien les notions des Hébreux sur l’arc-en-ciel; quant à colles d'autres peuple», voyez Prichard, Physical llislory o f ManhinU, t. V, pag. 154, 156; Rames, Sketch?* o f lhe Hislory of Man, t. IV, pag. 231 Êdinb., 1788; Burdacb, Physioloyie , t. V, pag. '.56, 457. Paris, 18».
(z) Thomas l'appelle « le plus grand géomètre do son siècle. » OEuvre» de Descaries, 1. 1, pag. 86. Sir W. H a mil ton {Discussion* on Philosophy , pag. 271) dit ; «The gréa test mathematieian of the âge. • Moulurla dit de son côté : «On ne sauroit donner une idée plus juste de ce qu’a été lepoque de Descaries dans la géométrie moderne qu’en la comparant
à celle de Platon dans la géométrie ancienne De même enfin que Platon prépara
par sa découverte celles «les Archimède, des Apollonius, etc., on peut dire que Descartes a jette les fondements de celles qui illustrent aujourd’hui les Newton, les Leibnitz, etc. • Monlucla. flist. t!?* mathématiques , t. Il, pag. 112.
(3) « Descartes joint encore à ses autre# titres celui d’avoir été un descréalpurs de notre langue. » Dion. universelle, l. XI, pag. 154. Sir James Macintosh (Dissert, on E{hicol. Philos., pag. 186) a également remarqué l’influence de Descartes sur le style des écrivains français, et je crois que M. Cousin a fait quelque part la mémo remarque.
(4 < Thomas dit : « Descartes eut aussi la gloire d’être un des premiers anatomistes de son siffle.» OEuvre* de Descartes , t. I, pag. 55. Voyez aussi pag. 101. Eu 1639, Descaries écrivait à Mersenne (OEuvres , l. VllI, pag. 1U0) qu’il était occupé depuis onze ans à étudier l’anatomie comparée par la dissection. Consultez pag. 174 et 1. 1, pag. 175-184.
(5 Le docteur Wtu*well (//i.vf. of lhe Inductite Stûence*, l. III, pag. 440) dit : « It was
lui immédiatement adoptée par Descartes, qui en lit la base de la partie physiologique de son ouvrage sur l'homme (I). Il adopta également la découverte des vaisseaux lactés laite par Azelli (2), découverte qui, comme toutes les grandes vérités placées devant le public, non seulement rencontra l’incrédulité, au premier moment, mais fut couverte de ridicule (3).
Ces choses auraient du être sullisanles pour épargner aux travaux physiques de Descaries les attaques constantes d’hommes qui n’avaient pas étudié ses ouvrages, ou qui étaient incapables de comprendre leur mérite. Mais la gloire
for lhe rao*l pari readily accrpted by bis countrymen ; but tbal abroad il had lo oneounler considérable opposition. » Le docleur Whewell ne cite aucune autorité À l'appui de celte assertion; on aimerait pourtant à savoir où il a appris que celte découverte avait été acceptée volontiers. Ce ne fut certainement pas en Angleterre, où elle fut au contraire repoussée pendant un grand nombre d'années. Harvey assura à Aubrey que son livre sur la < irculation du sang lui avait fait perdre une grande partie de va clientèle, qu'on le croyait un cerveau fêlé et qu'il avait contre lai «ail tho physiciaus. » Aubrey, JjfUers ami Lires, t. Il, pag. 383. Le docteur Willis ( Life of Harvey, pag. xu, Harvey, Works, édit. Syden liam Society, 1847) dit : • Harvey ’s views were al lirst mjected alinost universally. » Le docteur Elliotson ( J huit an Physiology , pag. 194 ) dit : « Ilis immédiate reward was general ridicule and abuse, and a great diminution of bis practice. • Broussais (Examen rie» doctrines Médicales, t. I, pag. vu) dit; « Harvey passa pour fou quand il annonça la découverte de la circulation. » Enfin sir William Temple, qui appartient à la génération après Harvey et qui en réalité ne vint au monde que quelques années après la découverte de ce dernier, en parle dans scs ouvrages de manière à prouver que, même à celte époque, elle ■l'était pas encore acceptée par tous les hommes éclairés. Voyez deux passages curieux qui ont échappé aux historiens de la physiologie dans Works of Si r H r . Temple, t. III,
(1) « Takeo by Descartes as lhe basisof bis physiology, in tiis work on Man. • Whewell, Hist. of lhe Induct. Sciences, t. III, pag. 441. * Kéné Descartes se déclara un des premiers en faveur de la doctrine de la circulation. » Renouard, Hist. de la médecine , t. Il, pag. 163. Voyez aussi Borda» Demoulin,/eLn/7« ! #tanismc, t. Il, pag. 324, et OEucresde Descuries, 1. 1, pag. 68, 179; t. iv, pag. 42, 449; t. IX, pag. 100, 332. Compares Willis, Life of Harvey, pag. xl y, dans Harvey, Works.
2) « Les veines blanches dites lactées qu'Asellius a découvertes depuis peu dans le mésentère. • De la Formation du fœtus , sert, xlix, dans OEueres de Descaries , t. IV, pag. 483.
(3) Harvey lui -mémo la nia jusqu'à la fin. Sprengel, Hist. de la médecine , t. IV» pag. 203, 204. Compares Harvey, Works, édit. Sydenham Society, pag. 606, 614.
de Descaries, el l’influence qu’il exerça sur son siècle, ne sont pas basées sur ces titres. En effet, il est l'auteur de ce que l’on appelle proprement dit la philosophie moderne (I). Il est le créateur de ce grand système de métaphysique qui, malgré ses erreurs, a le mérite incontestable d’avoir donné une impulsion prodigieuse à l'esprit européen, el de lui avoir communiqué une activité dont on s'est servi pour d’autres usages d’un caractère différent. Nous sommes en outre redevables à la mémoire de Descartes d'une chose plus importante encore. Il mérite la reconnaissance de la postérité, plus encore pour ce qu’il a renversé que pour ce qu’il a édilié. Sa vie fut une lutte continuelle et heureuse contre les préjugés et contre les traditions des peuples. Comme créateur, il fut immense; il fut plus grand encore comme destructeur. Sous ce rapport il fut vraiment le successeur de Luther, dont les travaux eurent un excellent supplément dans ceux du philosophe français (2). Il compléta ce que n’avait pu terminer le grand réformateur allemand. Il y avait entre lui el les anciens systèmes philosophiques le même rapport qu’il y avait entre Luther et les anciens systèmes religieux. Il fut le grand réformateur, le grand libérateur de
(1) M. Cousin (Hist. de la philosophie , 2* Aérie, L I, psg. 39) dit do Descaries : « Son premier ouvrage écrit on français est do 1637. C'est donc de 1637 que date la philosophie moderne.» Voyex le même ouvrage, 1" série, t. III, pag. 77. Comparer Stewart, Philo a. of the Miiul, 1. 1, pag. 14, 529, avec Éloge de Parmi [OFuvres de Fontenelle. Paris, 1766, t. V, pag. 444 ), et t. VI, pag. 318 ; « Cartésien ou, si l’on veut, philosophie moderne. *
(2) « Descartes avait établi dans le domaine de la pensée l’indépendance absolue de la raison ; il avait déclaré à la scolastique et à la théologie qne l’esprit de l’homme ne pouvait plus relever que de l’évidence qu’il aurait obtenue par lui-même. Ce que Luther avait commencé dans la religion, le génie français si actif et si prompt l’importait dans la philosophie, et l’on peut dire à la double gloire de l’Allemagne et do la France que Descartes est le lils aîné de Luther. • Lerminior, Philosoplûe du droit, t. II, pag. 141. Voyer aussi , sur la philosophie de Descartes comme produit de la réforme, Ward, Idéal of a Christian Church, pag. 498.
l’intelligence européenne. Aussi trouvons-nous que préférer à ce grand innovateur et perturbateur de traditions, même les révélateurs les plus heureux de lois physiques, c’est comme si on préférait le savoir à la liberté. Nous devons certainement être reconnaissants envers ces penseurs éminents auxquels nous devons toutes les grandes vérités physiques que nous possédons aujourd’hui ; mais réservons nos hommages les plus précieux pour ces hommes bien plus grands encore qui n’ont pas craint d’attaquer et de détruire les préjugés les plus invétérés; qui, en écartant la pression de la tradition, ont purifié la source même de nos connais sances, et assuré ’eurs progrès futurs, en renversant les obstacles qui rendaient le progrès impossible (1). Le lecteur ne peut s’attendre à ce que j'entre dans une exposition complète de la philosophie de Descartes; philosophie qui, du moins en Angleterre, est rarement étudiée, et par conséquent souvent attaquée. Mais il est nécessaire d’en donner un aperçu suffisant pour montrer son analogie avec la politique anlithéologiquede Richelieu; ce qui nous permettra d’apprécier toute l'importance du vaste mouvement qui eut lieu en France avant l'avénement de Louis XIV. Nous serons ainsi à même de comprendre que les innovations hardies du grand ministre n’avaient si bien réussi que parce qu’elles était accompagnées et fortifiées par des innovations correspondantes dans l’intelligence nationale, fournissant ainsi un nouvel exemple de la manière dont l’histoire politique de chaque contrée peut s'expliquer par l’histoire de son progrès 4 intellectuel.
(4) Car, comme Turgol le dit très justement, < ce n’est pas l’erreur qui s’oppose aoi progrès de la vérité, ce sont la mollesse, l’entétemenl, l'esprit de routine, tout ce qui porte à l’inaction. » P enté? s, OEuvres de Tnrgot, t. Il, pag. 343.
En IG37, lorsque Richelieu était arrivé au faite de la puissance. Descaries publia le grand ouvrage qu'il avait longtemps médité, et qui fut l’avant-coureur des nouvelles tendances de l'esprit français. Il donna à cet ouvrage le nom de « Méthode, » et assurément la méthode est complètement étrangère à ce qu’on appelle communément la théologie. Rien loin d’être théologique, elle est essentiellement et exclusivement psychologique. La méthode théologique repose sur les annales anciennes, sur la tradition, sur le langage de l'antiquité. La méthode de Descaries est uniquement basée sur la conscience que chaque homme possède des opérations de son propre esprit. Afin de ne laisser aucune possibilité d’erreur sur ce sujet, Descaries l’a développé longuement et avec une clarté sans égale dans scs autres ouvrages. Car son grand but était de populariser les idées qu'il avançait, aussi il disait : « Si j’écri- en français, qui est la langue de mon pays, plutôt qu’en latin, qui est celle de mes précepteurs. c’est à cause que j’espère que ceux qui ne se servent que de leur raison naturelle toute pure, jugeront mieux de mes opinions que ceux qui ne croient qu'aux livres anciens (1). » Il insiste si fortement sur ce point, qu’au commencement de son premier ouvrage, il prémunit ses lecteurs contre l’erreur si commune de rechercher la science dans l’antiquité; et il leur rappelle que o lorsqu’on est trop curieux de connaître les pratiques des temps passés, on reste généralement très ignorants de celles de son temps (2). » Dans le fait, loin de suivre l’ancien plan de chercher la vérité.dans les annales du passé, ce qu’il y a d’essentiel pour
<l) Discours de la méthode. Oeuvres de Detcartes , 1. 1, pag. 210, 2it.
2) thid., I. I*pM* 427.
cette nouvelle philosophie, c’est de nous détacher complètement de toutes ces associations, et, commençant l’acquisition du savoir par un travail de destruction, de renverser d’abord, afin de pouvoir construire après (I). Lorsque je me mis à la recherche de la vérité, dit Descartes, je trouvai que le meilleur moyen était de rejeter tout ce que j’avais appris jusque-là, et d'arracher toutes mes vieilles opinions, afin de pouvoir les placer sur une base nouvelle : et je crois que par ce moyen j’accomplirai plus facilement le grand projet de la vie, que si je construisais sur une base ancienne, en m’appuvanl sur les principes que j'ai appris dans ma jeunesse, sans examiner s’ils sont vrais (2). « 4e m’appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire généralement toutes mes anciennes opinions(ô). » En effet, si nous tenons à conuaitre toutes les vérités possibles, il faut d’abord nous débarrasser de nos préjugés, et nous faire une loi de rejeter tout ce que nous avons appris, jusqu'à ce que nous ayons soumis nos eonnaissancesàun nouvel examen (4). Nous devons donc faire dériver nos opinions, non de la tradition, mais de nous-mêmes. Nous ne devons passer condamnation sur aucun sujet que nous ne comprenons pas clairement et distinctement ; car, même si le jugement que nous portons se trouve vrai, ce ne peutétre que par accident, puisque nous ne pouvons l’établir sur une base solide (5). Mais nous ne sommes si éloignés de cet état
(l) > Er fin; also vom ZwKifrl an, and gitig durch der.-elbcn zur Geui.ssheit liber. • TVnnemann , (ter Philo*., t. X, pag. 218. Comparût discourt en Sorltonru* ,
OEuvres de Turgot, t. Il, pag. 89.
(t) Discours de la méthode, OEuvres de Descaries, 1. 1, pas. 136.
(3) Méditations, OEuvres de Descaries, t. I, pag. 236.
(4) Principes de la philosophie , part, i, sert. Ltxr. OEuvres de Descaries , t. III, pag. 117, 118, et 1. 11, pag. 417.
(5) Méditations, t. I, pag. 303, 3CH.
d’indifférence, que parce que notre mémoire est pleine de préjugés (1 ) . Nous donnons notre attention aux mots plutôt qu’aux choses; et, élaut ainsi les esclaves de la forme, il y a trop d’hommes parmi nous qui, « croyant être dévots, sont seulement bigots et superstitieux, c'est à dire qui, parce qu’ils vont souvent à l'église, qu’ils récitent force prières, qu’ils portent les cheveux courts, qu’ils jeùuenl, qu'ils donuent l’aumône, pensent être entièrement parfaits, et s’imaginent qu’ils sont si grands amis de Dieu, qu’ils ne sauraient rien faire qui lui déplaise, et que tout ce que leur dicte leur passion est un bon zèle, bien qu elle leur dicte quelquefois les plus grands crimes qui puissent être commis par des hommes, comme de trahir des villes, de tuer des princes, d’exterminer des peuples entiers, pour cela seul qu’ils ne suivent pas leurs opinions. »
Telles étaient les paroles pleines de sagesse que ce grand maître adressait à ses compatriotes quelques années seulement après la fin de la dernière guerre religieuse qui ait déchiré la France. La similitude de ces vues avec celles que Chilliugworlh exposait vers la même époque doit frapper le lecteur; mais il ne faut pas quelle excite sa surprise; car elles n'étaient que les produits naturels d’une condition sociale dans laquelle le droit de jugement individuel et l'indépendance de la raison humaine étaient fermement établis. Si nous examinons ce sujet de plus près, nous trouverons de nouvelles preuves de l'analogie entre la France et l’Angleterre. La marche du progrès est si identique, que le rapport entre Montaigne et Descartes est exactement le même que celui qui existe entre Hooker et Chillingworlh, en tenant
(I) Lu Passion de Vaine, OBuvres de De$car(cs, i. IV, pâg. 1H, 195.
compte de la différence d’époque, et de la différence d’opinions. Hoober était un esprit essentiellement sceptique; mais son génie était si entravé par les préjugés de sou siècle que, ne pouvant se rendre compte de la suprême autorité du jugement individuel, il l'embarrassait par des appels aux conciles et à la voix générale de l’antiquité ecclésiastique : obstacles dont se débarrassa complètement Cliillingvvorth treule ans plus lard. Montaigne était sceptique tout aussi bien que Hooker; mais, comme lui, il vivait à une époque dans laquelle l’esprit du doute était encore dans sou enfance, et dans laquelle l’intelligence tremblait encore devant l'auto* rilé de l’Église. Il n’est donc pas étonnant que Montaigne lui-même, qui rendit tant de services à sou siècle, ait hésité relativement à la capacité que pouvaient avoir les hommes pour se créer eux-mêmes de grandes vérités; et que, s’arrêtant dans la carrière qui s’ouvrait devant lui, son scepticisme ait souvent pris la forme d’un manque de confiance dans les facultés humaines (I). De pareilles imperfections sont simplement une preuve de la lenteur du développement social, et de l'impossibilité que rencontrent même les plus grands penseurs à devancer leurs contemporains au delà d’un certain point. Mais, avec le progrès des connaissances, cette lacune se trouva enfin comblée; et de même que la génération qui vint après Hooker donna naissance à Chillingworlh, de même celle qui suivit Montaigne donna naissance à Descartes. Chillingworlh et Descaries étaient tons les deux éminemment sceptiques; mais leur scepticisme était dirigé, non contre l’intelligence humaine, mais contre ces appels à
(I) Ainsi qa'i! le prouve duns son long’ chapitre : « Apologie de Raimond Sehond. > é'smis de Montaient, liv. ii.chap.vn. Pans, 1813, psg. Î70-38S. Voyot aussi Tcnoeraann, Gcich ♦ (1er Philo*., l. IX, pag. Mo.
l'autorité et à la tradition, sans lesquels on avait cru jusqu’alors que l’intelligence ne pouvait marcher sans danger. Nous avons déjà vu que c’était bien le cas pour Chillingworth; et il est encore plus évideut qu'il en était de même pour Descartes ; car ce profond penseur croyait non seulement que l’esprit pouvait par ses propres efforts déraciner ses opinions les plus anciennes, mais qu’il pouvait encore, sans aucune assistance, construire un système nouveau et solide pour remplacer celui qu’il avait renversé (!).
C’est cette confiance extraordinaire dans la puissance de l’intelligence humaine qui caractérise Descartes d’une manière remarquable, et qui a donné à sa philosophie cette sublimité particulière qui la distingue de tous les autres systèmes. Bien loin de penser qu'une connaissance du monde extérieur est essentielle pour découvrir la vérité, il établit comme principe fondamental que nous devons commencer par être étrangers à celte connaissance (2) : que le premier
(1) Il est clair qu’il se sépare lui-même d’hommes lois que Montaigne : « Non que j’imitasse pour cela les sceptiques , qui ne «Joutent que pour douter et alfcctent d’être toujours irrésolus; car, au contraire, tout mon dessein ne tendoit qu’à m'assurer et à rejeter la terre mouvante et le sable pour trouver le roc ou l'argile. » Discours de la méthode, OEuvres de Drsrartes, t. I, pag. 153, 154.
(2) Selon Desrartes, elle devait être ignorée et non niée. On ne rencontre pas une seule fois dans ses ouvrages la dénégation de l'existence du monde exlérienr, et le passage que cite M. Jaberl {Xcw System af Philos., t. U, pag. 101, 162. Londres, 1849) ne justifie en aucune façon l’interprétation donnée par cet ingénieux écrivain, qui confond la certitude dans le sens ordinaire du mol avec la certitude dans le sons cartésien. La même erreur est faite par ceux qui supposent que sou « je pense, donc je suis, ■ esl un enthymèrae et qni accusent le grand philosophe de jouer avec la question ! Ces critiques ne remarquent pas la différence entre un procédé logique et un procédé psychologique, cl par conséquent ils ne voient pas que celte phrase célèbre était la description d’un fait mental et non l'énoncé d'un syllogisme tronqué. Celai qui étudie la philosophie de Descartc* doit toujours faire la distinction entre ces deux procédés et se rappeler que chaque procédé a une série de preuves qui lui est particulière : en tous cas il doit se rappeler que c’était là l'opinion de Descaries. Au sujet de l’enthyiuéme cartésien, comparez Cousin, Hist. de lu philos ., i* série, l. IV, pag. 512, 513, avec une note dans Kritik der reinen Yernunft , Kant, Werke, t. Il, pag. 523,524.
pas à taire est de nous dégager des illusions de la nature, et de rejeter l’évidence offerte à nos sens (1). Car, dit Descartes, rien n’est certain excepté la pensée; et il n’y a d’autres vérités que celles qui découlent nécessairement de l’opération de notre propre conscience : nous ne connaissons notre âme que par cela seul qu’elle pense (2); « en sorte qu’il nous serait, bien plus aisé de croire que l’âme cesserait d’étre quand on dit qu’elle cesse de penser, que non pas de concevoir qu’elle soit sans pensée (3). » Quant à l'homme lui-mèine, qu’est-il si ce n’est l’incarnation de la pensée? Car ce qui constitue l’homme, ce n’est ni sa chair, ni son sang, ni ses os. Ce sont là les accidents, les servitudes, les obstacles de sa nature. Mais l’homme lui-même est la pensée. Le moi invisible, le fait extrême de l'existence, le mystère de la vie, le voici : « Je suis une chose qui pense. » C'est là, par conséquent, le commencement et la base de notre savoir. La pensée de chaque homme est le dernier élément auquel l’analyse puisse nous amener; c’est le juge suprême de tout doute ; c'est le point de départ de toute sagesse (4).
En nous appuyant sur ce principe, nous arrivons, dit Descartes, à la perception de l’existence de Dieu. Car notre
(I; MfUdtution s, Ühuvrtx de Descartes, t. I, pag. 220, ±26, et dans les Objections et réponses, OEuvres, t. Il, pag. 215,246.
fi) « An lieu que, lorsque nous tâchons àconnoltre plus distinctement notre nature, nous pouvons voir que notre âme, en tant qu’elle est une substance distincte du corps, ne nous est connue que par cela seul qu’elle pense. « UEiivres (te Pesantes, t. IV, pag. 432. Comparez 1. 111, pag.96, Principe* <(e la philosophie, part, i, sert. lui.
(3) OEuvres de Deêcarte s, t. VIH, pag. 574. « The soûl aivrays thiuks i est aussi la conclusion à laquelle arrive Berkeley par un procédé différent. Principes of Hxntmn KnouAedge, part. î, scct. xcvm, Berkeley, Works, 1 . 1, pan. 193, et, pour une application singulière de cette idée 4 la théorie du rêve, voyez Burdacb, Philosophie comme siience il' observation, l. V, pag. 200, 230.
(4) O E livres de /tescaries, 1. 1, pag. 25i, 252, 27J, 293 ; l. Il, pag. 252,283.
croyance dans son existence rst une preuve irréfragable qu’il existe. Sans cela , d’où vient cette croyance? Puisque rien ne peut venir de rien, et puisqu’il ne peut v avoir d'effet sans cause, il s’ensuit que l’idée que nous avons de Dieu doit avoir une origine; et cette origine, quel que soit le nom qu’on lui donne, n’est autre que Dieu (1). Ainsi la preuve suprême de son existence est notre idée de cette existence; et, par conséquent, au lieu de dire que nous nous connaissons nous-mêmes parce que nous croyons en Dieu, nous devrions plutôt dire que nous croyons en Dieu parce que nous nous connaissons nous-mêmes (2). C’est là l’ordre des choses. La pensée de chaque homme est suffisante pour prouver l’existence de Dieu, et c’est la seule preuve que nous puissions jamais posséder. Par conséquent, la dignité et la suprématie de l'intelligence humaine sont telles que ce point lui-même, le plus important de tous, découle d'elles comme de sa seule source possible (5). Par cette raison, nous ne devrions pas acquérir notre religion par l’enseignement d’autrui, mais nous devrions la façonner nous-mêmes; la religion ne doit pas s'emprunter à l'antiquité, mais être découverte par l’esprit de chaque homme; elle n’est pas traditionnelle , mais personnelle. C’est parce que cette graude vérité a été négligée que l’impiété a surgi. Si chaque
(I) U Eu v res rie Descartes, 1. 1, pap. 419, el à la pape 449 : • Or île loal cela ou conclut très manifestement que Dieu existe.* Voyez au ssi pap. 159-464, 489,290,291. Mais le plus simple euoncé est «lans une lettre à Mer&enue (t. VIII, pap. 549) : • J'ai tiré la preuve de IVxisience de Dieu de l'idée que je trouve en moi d'uu être souverainement parfait. •
(4i * Ainsi, quoique, de ce que je suis, je conclue avec certitude que Dieu est, je ne puis réciproquement affirmer, de ce que Dieu est, que j'existe. • Règles pour la direction de l’esprit, dans OEuvres, t. XI , pag. 474. Voyez aussi Principes de lu philosophie, part, i, sect. vu, t. III, pap. 66.
(3) Sur ce fameux argument, qui a été, dit-ou, traité aussi par Anselme, voyez Kiog, Life of Locke, t. U, pag. 133 ; Hist. litt. de la France, par les bénédictins, l. IX, pag. 417, 418; Mosheim, Ecries. Hist., 1. 1, pag. 439, fl Cudworth, Intellect. Syst., \ 111, pap. 383
homme se contentait de cette idée de Dieu qui lui est suggérée par son propre esprit, il arriverait à une connaissance réelle de la nature divine. Mais lorsque, au lieu de se renfermer dans cette idée, il y mêle les notions des autres, son esprit s’embarrasse, ses idées se contredisent, et, au milieu de cette confusion , il finit souvent par nier l’existence, non de Dieu, certainement, mais du Dieu auquel on lui a appris à croire (1).
Le tort immense que ces principes doivent avoir fait à l'ancienne théologie est évident (2). Non seulement ils étaient falals, dans les esprits de ceux qui les adoptaient, à un grand nombre des dogmes ordinaires, par exemple à celui de la iransubstaiilialion (3); mai' ils étaient également en opposition directe avec d'autres opinions toutes aussi insoutenables, et beaucoup plus dangereuses. Car Descartes, en fondant une philosophie qui rejetait toute autorité, excepté celle de la raison humaine (4), était naturellement conduit à
• Et certes jamais les hommes ne pourroienl s’éloigner de la vraie connaissance do cette nature divine, s'ils vouloieut seulement porter leur attention sur l'idée qu'ils ont de l'être souverainement parfait. Mais reax qui mêlent quelques autres idées avec celle-IA composent par ce moyen un dieu chimérique, en la nature duquel il y a des choses qui se contrarient . et, après l'avoir ainsi composé, ce n'est pas merveille s'ils tuent qu'uu tel dieu, qui leur est représenté par une fausse idée , existe. • OEuvresde Descarte*, t. I t pair. «3, «4.
>ti Ceci est iudiqué très délicatement, mais avec clarté, dans une lettre remarquable d'Arnaud, imprimée dans les OA' livres de Descartes, t. Il, pag. 1-36. Voycx surtout pag. 31, 34. Dudos dit crûment : • Si, depuis la révolution que Üescarles a commencée, les théologiens se sont éloignés des philosophes, c'est que ceux-ci ont paru ne pas respecter inlimment les théologiens. Une philosophie qui prenoit pour base le doute et l'examen devait les effaroucher. » Duclo*, Mémoires, 1. 1, pag. t09.
3) Au sujet du rapport qui existe entre la philosophie cartésieune et la doctrine de la tr. nssubstantialiun, comparez I'aliuer, TrnUise an the Church, t. Il, pag. IGJ, 170, avec Hallam, Lit. of Europe , t. Il, pag. 453, et la remarque attribuée A Hobbes dans Aubrey , Jsttersand Lires, t. H, pag. 626. Mais Hobbes, en supposant qu'il eût fait cette remarque, n'avait pas le droit do s'attendre à ce que Pescartes fût un martyr.
(4) « Le caractère de la philosophie du moyen âge est la soumission à une autorité autre que la raison. La philosophie moderne ne reconnaît que l'autorité de la raison. C’est le car-
rejeter également l’étude des causes finales (1), une ancienne et naturelle superstition par laquelle, comme nous le verrons ci -après, les philosophes allemands furent longtemps entravés, et qui pèsent encore, quoique avec moins de force, sur l’esprit des hommes (2). En même temps, en substituant une géométrie nouvelle à celle des anciens, Descartes aidait à affaiblir le respect démesuré qu’on accordait alors à l’antiquité. Relativement à un autre sujet plus important encore, il déploya le même esprit avec autant de succès. Il attaqua avec tant d’énergie l'influence, ou plutôt la tyrannie d'Aristote, que, quoique les opinions de ce philosophe soient intimement mêlées avec la théologie chrétienne (5), il
tésianisme qui a opère celle révolution décisive.» Cousin, // m/. r/e la philos., 2* série, 1. 1, pag. 258(359.
(1) • Nous rejellerons entièrement de notre philosophie la recherche dos causes finales. » Principes de la philos., part, i, scct. xxvnr, QEuvres de Descartes, t. III, pag. 81. Voyez aussi pari, ni , secl. ni , pag. 182, et sa réponse à Gassendi, O Lucres , t. H , pag. 280, 281. Comparez Cousin, Hist. delà philosophie, 2* série, t. Il, pag. 71, arec Sprfingel, liisl. delà médecine, t. V, pag. 2U3.
<2) Le docteur Whewell, par exemple, dit que nous devons rejeter les causes Anales dans les sciences inorganiques, mais les accepter dans les sciences organiques, ce qui veut simplement dire que nous connaissons moins le monde organique que le monde inorganique, et que nous devons croire pins parce que nous savons moins ; car ici, comme partout ailleurs, plu* pelile est la science plus grande est la superstition. Whewell, Philos, of lhe Inrluct. Sciences, 800, 1847, t. I, pag. 620, 627, 628, et son Ilist. of the Induct . Sciences , t. III, pag. 430, 431. Si la question devait se décider d’après les autorités les plus competentes, il serait suffisant d’en appeler à Dacon et A Descartes, les deux plus grands écrivains du dixseptième siècle sur la philosophie de la méthode, et à Auguste Comte, qui est reconnu par les quelques personnes qui se sont rendues maîtresses de sa Philosophie positive comme le plus grand écrivain de notre temps sur ce même sujet. Ces profonds penseurs ont tou* rejeté l’élude des causes finales qui, comme ils l’ont clairement vu, est une invasion théologiqne des droits scientifiques. Relativement au préjudice causé par cette étude et aux entraves qu’elle a mises au progrès des lumières, voyex Robin et Verdeil, Chimie anal. Paris, 1853, 1. 1, pag. 489, 493, 494; t. II, pag. 555; Renouard, Hist. de la médecine, 1. 1, pag. 232, 217 ; Sprengnl, Hist. de la médecine , t. II, pag. 220; Geoffroy Saint-H ilaire, Hist. des anomalies de l'organisation , t. (Il, pag. 435, 436; ilerder, Idem zur Gesch. der Menschheil , t. III, pag. 270; Lawrence, Lectures on Man, pag. 36, et Uurdach, Tra ilé de physiologie, 1. 1, pag. 190.
(3) « Anl das iunigste verbunden mil der Théologie, nicbl atlein ni des hatholischen, sondera sclbst auch in deri protestantischen L;endern. » Tennc raann, Gesch. der Philos .,
ifa
renversa complètement son autorité, et avec elle périrent ces préjugés scolastiques, dont Aristote n'était certainement pas responsable, mais qui, à l’abri de son grand nom, avaient pendant plusieurs siècles embarrassé l'intelligence de l’homme, et arrêté le progrès de ses connaissances (1).
Tels sont les principaux services rendus h la civilisation par l’un des plus grands hommes que l’Europe ait jamais produits. L’analogie entre lui et Richelieu est très frappante, et est aussi complète que leurs positions relatives pouvaient le permettre. La même indifférence pour les notions anciennes, le meme dédain pour les intérêts théologiques, la même insouciance pour la tradition, la même détermination de préférer le présent au passé : en un mot, le même esprit essentiellement moderne se retrouve dans les écrits de Descartes et dans les actes de Richelieu. Le premier était en philosophie ce que le second était en politique. Mais tout en reconnaissant le mérite de ces hommes éminents, nous devons nous rappeler que leur succès fut le résultat de la condition générale de la société à leur époque, tout autant que de leur propre génie. La nature de leurs travaux dépendait d'eux-mémes; la manière dont ces travaux furent reçus dépendait de leurs contemporains. S’ils avaient vécu dans un siècle plus superstitieux, leurs vues eussent été méconnues, ou, en tous cas, exécrées comme des innovations impies. Au quinzième siècle, ou au commencement du seizième,
t. IX , pag. 516. Descartes , dans une leltro à Mmenne (Oeuvres, l. VI , pag. 73), écrite en 1629, dit : «La théologie, laquelle on a tellement assujettie à Aristote qn’il est impossible d'expliquer une autre philosophie, qu’il ne semble d’abord qu’elle soit contre la foi. » tomparex l. VII, pag. 344; t. VIII, pag. 281, 497.
(1) Le docteur Brown ( Phihsophy of the Mind. Édinb., pag. 172) appelle Descartes « tbat illustrions rebel, who, inoverthrowing the authority of Aristotle, • etc. Voyex aussi Duveroet, llitt. de la Sorbonne , t. Il, pag. 192; Cuvier, Uist. des sciences, part, u, pag 532, et Locke, Works, t. III, pas- 48.