‹ Histoire de la civilisation en Angleterre Henry Thomas BuckleChapitre 4 sur 14 · Ü8 HISTOIRE · texte numérisé non relu

Ü8 HISTOIRE

chambre voulant donner le coup de grâce à Walpole, vota un bill dont la teneur n’était rien de moins qu’un encouragement donné aux témoins pour déposer contre lui, puisqu'on leur remettait les pénalités qu’ils pouvaient encourir (1) : cette proposition , accueillie à la chambre des communes sans la moindre difficulté , fut repoussée par les lords, presque dans la proportion de deux contre un (2). De la même manière, la loi sur le schisme, qui donna aux partisans de l’Église les moyens de soumettre les non-conformistes à une cruelle persécution (5), fut précipitamment votée à u ne grande majorité par la chambredescommunes(4), tandis que dans celle des lords les votes se balancèrent presque : le bill passa, mais on y introduisit des amendements qui adoucirent jusqu’à un certain point la violence de scs dispositions (5).

Cette supériorité des pairs sur les représentants, à tout prendre, se maintint fermement sous le règne deGeorges II (6);

pag. *04 Uarncl dit : < Ali the Jacobites joinod to support tbe prétentions of the Gommons. • La chambre des commuées sc plaignit de ce que les lords eussent montré « such au indulgence to tbe person accused as is nol to bu paralleled io any parliamentary proceedings. • Pari. Hist. , ». V, pag. 1294. Vojêa également la furieuse remontrance des représentants, pag. 1314, 1315.

(1) M ihon, Hist. ut Lnglaml, t III, pag. 122.

(3) « Content, 47 ; nou-conteut, 92. » Pari. Hist., t. XII, pag. 711. M. Pbillimore [Ment, of Lyttlelon, t. I, pag. 213) attribue ce résultat aux efforts de lord Hardwiclte, mais noos en trouvons l'explication dans la position des partis dans celte chambre ; même en 1735 on disait que les « Lords were betwixl the devjl and tbe deep sea, • ce diable étant Walpole. Marchmonl, Paper s, t. Il, pag. 59. Compare! llithop Xeviïo n*t Life by II im self, pag. CO.

(3) On trouvera un aperça de ses dispositions dans Mabou, Hist. of England , t. I, pag. 80,81. L’objet de cette loi est franchement exposé dans Pari. Hist., t. VI, pag. 1349» où l’on nous dit que • as tbe farlher découragement and even ruin of tbe disseuttr* vas thought uccessary for accomplishing this sebeme, it was beguu «ith tbe fanons Schmn- Bill. •

(4) 237 contre 126. Pari. Hist., 1. VI, pag. 1361.

(5) Mahon, Hist. of England, 1. 1, pag. 83 ; Bunbury, Correspond, of Hanmet', pag. 4#. Le bill fat voté à la chambre des lords par 77 contre 71

(6) » If we serutiuite the votes of the peers from tbe period of the révolution to the death

les ministres se souciant peu de renforcer le parti « Higli Cburch » dans la chambre des lords, et le roi lui-méme leur conseillant si rarement de créer de nouvelles pairies, qu’on en était venu h croire qu’il lui déplaisait tout particulièrement d’accroitre leur nombre (i).

il était réservé à Georges III, par l'abus qu’il Ht de sa prérogative, de transformer entièrement le caractère de la chambre des lords et de poser ainsi les bases du discrédit qui, depuis cette époque, n’a cessé d’accompagner les pairs. On ne vit jamais pareil exemple d’aussi nombreuses fournées: son bnt évidemment était de neutraliser l’esprit libéral qui avait jusqu’alors dominé parmi eux et de faire de la chambre des lords un instrument propre à résister aux vœux du peuple et à entraver les progrès de la réforme (2). Tous ceux qui ont étudié l’histoire savent que ce plan réussit de tout [joint; et comment en eût-il été autrement, à considérer le caractèredes nouveaux pairs? Us sortaient presque entièrement de deux classes: celle des gentilshommes campagnards, se faisant remarquer seulement par leurs richesses et le nombre de votes que cette fortune leur permettait de diriger (5) ; et celle des simples légistes qui s’étaient élevés

of üeorge II, we shall fin J a very great majority of the old Eoglis nobility to harc been-lhe %d vocales of Wbig principes. 1 Cooke, Met. of Party, I. III, pag. 363.

(!) Rapprochez Harris, Life of Hardwicke , t. III, pag. 519, avec la conversation tenue entre sir Robert Walpole et lord Hervey et rapportée dans Hervey, Mem. of George II, t. (I, pag. 251, édit. 1848.

{% Cooke, Hi»t. of Party , t. III, pag. 363 , 364, 365 , 463; Pari. Hitt t. XVIII, pag 1418; t. XXIV, pag. 493; t. XXVII, pag. 1069; t. XXIX, pag. 1334, 1494.; t. XXXIII, pag. 90, 601, 1315.

(3) C’est un fait trop notoim pour qu’on le nie, et en 1800, a la chambre des communes, Nichol reprocha au gouvernement de « holding out a peerage, or élévation to a higberrauk in the poorage, loerery man wbo could procure a nomination toa certain nnmberof seat* in Parliament. » Pari, flist., t. XXXV, pag. 1.T23. - C’est ainsi que Sheridan, en 179i, dit également (t. XXIX, pag. 1333) : « In this country, peerages had been bartered for élection inlereil. >

jusqu'aux dignités judiciaires en partie par leur savoir, mais surtout en raison du zèle avec lequel ils réprimaient les libertés populaires et favorisaient la prérogative royale (i).

Nous n’exagérons rien : qu'on consulte le tableau des nouveaux pairs créés par Georges III et l'on reconnaîtra la vérité de celle assertion. Sans doute, par-ci par-là, nous trouvons le nom d'un personnage éminent dont les services publics étaieut si notoires qu’on ne pouvait se dispenser de les récompenser ; mais , abstraction faite de ceux que le roi était en quelque sorte contraint d'élever à la pairie, il serait futile de nier que le reste, c’est à dire l’imposante majorité, étaient marqués au coin de la petitesse et de l’intolérance, ce qui contribua , plus que toute antre chose , à appeler le mépris sur l’assemblée tout entière (2). Grands penseurs, grands écrivains, grands orateurs, grands hommes d’état, ô véritable noblesse du pays, non, l’on ne compte pas un seul d’entre vous parmi les nobles d'emprunt que créa Georges III! Et les intérêts matériels de la nation furent-ils mieux repré-

(1) Relativement à cette grande fournée de h-gistes, dont la plupart étaient les défenseurs télés des principes arbitraires, consultez Helshatn, llist. of Great Britnin , t. VII, pag. 966,957; Adolphus, llist. of George III , t. III, pag. 363; Pari, llist., t. XXXV, pag. 1533.

(9) L’on prévit à relie époque que les créations nombreuse» faites durant le ministère de Pilt auraient pour effet d’amoindrir la chambre des lords. Comparez Butler, Réminiscences, 1. 1, pag. 76, avec le discours d’Erskine {pari, llist., i. XXIV, pag. 1330). Voyez aussi le discours de Sheridau ( t. XXXIII, pag. 1197 i. Mais leur langage, tout dicté qn’il fût par l'indignation , n’en fut pas moins tempéré par le désir qu'ils avaient de ne point rompre tout 1 fait avec la cour. D'autres membres, dont la position était plus indépendante et qui ne se souciaient nullement d’arriver au ministère, s’exprimaient dans des termes tels qu’on n’en avait jamais entendus auparavant dans l'enceinte dn parlement. Rollo, par exemple, déclara que « there had been persons crcated peers duriog tbe présent minister’s power, «ho *ere not fit lo be ht» grooms. > Pari, llist., t. XXVII, pag. 1196. Hors de la chambre, le mépris se faisait également sentir avec force. Consulte! Life of CartwriQht , t, I, pag. 978. Voyer aussi les remarques de l’élégant sir W. Joues sur l’indifférence que « the nobles our days » témoignaient pour le savoir. Préfacé to Per sia n Grammar , Jones, Works, l. Il, pag! 195

sentés dans celle étrange fournée? Point. Au nombre des citoyens importants en Angleterre, les banquiers et les négociants tenaient un rang très élevé; depuis la fin du dixseptième siècle, leur influence s’était rapidement accrue ; tandis que leur intelligence, leurs habitudes précises et régulières, et leur connaissance générale des affaires les rendaient de tous points supérieurs aux classes où l’on allait recruter la pairie. Mais, sous le règne de Georges III, on prenait peu garde à des titres de cette espèce : et Burke, dont personne ne récusera l'autorité en pareille matière, Burke nous assure qu’à aucune autre époque il n’y eut parmi les citoyens adonnés au commerce un si petit nombre élevé à la pairie (7).

Nous n’en finirions pas si nous voulions réunir tous les symptômes qui marquent la décadence politique de l’Angleterre durant cette période, décadence d’autant plus frappante qu’elle fut contraire à l’esprit du temps et quelle se produisit malgré un double et grand progrès, social et intellectuel. Dans une autre partie de cet ouvrage, nous indiquerons comment ce progrès arrêta la réaction politique et la força même de revenir sur ses pas : mais il est une circonstance queje ne puis m’empêcher de traiter assez longuement, car elle nous fournit un exemple très intéressant de la tendance des affaires publiques, tout en nous révélant du même coup le caractère de l’un des plus grands hommes et, à l’uni-

(I) Dans son ouvrage ; Thoughls on French Affair », écrit «n 1791, il dit : • Al no pcriod in the history of England hâve so rem peers been taken ont of trade, or from fa mi lies newly crealed by commerce. » Burke, Works, t. I, pag. 566. Suivant sir Natbaniel Wraiall (Posthumons JMemoirt, 1. 1, pag. 66,67. Lond., 1836 », le seul exemple on George n’ait fait exception à cette règle, fut celui de Smith, banquier, qui fut créé lord Carrington. Wraxall n’est pas un auteur des plus compétents; il peut y avoir d'autres cas, mais à coup sûr ils soot en petit nombre, et je ne saurais m'eu rappeler un seul.

tôt

que exception de Bacon, du plus grand penseur qui se soit jamais consacré à la politique anglaise.

Que serait doue l'aperçu le plus léger du règne de Georges III, si l’ou omettait le nom d'Édouard Burke? Rien de moins qu’une ébauche tristement avortée. Les études de cet homme extraordinaire n’embrassèrent pas seulement tout le champ des recherches politiques (f ), mais s’étendirent sur uue immense variété de sujets qui, n’ayant en apparence aucun rapport avec la politique, n’en forment pas moins des accessoires importants : car, pour un esprit philosophique, toute science ne jette-t-elle pas sa lumière jusque sur celleslà mêmes qui en paraissent les plus éloignées? Des passages de ses ouvrages aussi bien que l’opinion de ses contemporains les plus illustres (2), justifieraient, et au delà, l’éloge prononcé sur Burke par un auteur dont les jugements font autorité (5). C’est ainsi que, tout en recevant les applaudissements dés légistes pour la pénétration dont il fit preuve dans

(I) Nicholls, qui le connut, dit : • The political knowledge of Mr. Burke might be considered almost as an encyclop.vdia; every inan wbo approached hitn recoived instruction from bis stores. • Nicholl, Recollection *, 1. 1, pag. 90.

(i) LordThurlow,dit on, déclara (et telle est aujourd'hui, je suppose, l'opinion générale •les juge» compétents ) que la gloire de Burke survivrait icelle de Pitt et de Foi. Butler, Réminiscence*, t. 1, pag. 169. Mais le plus noble éloge prononcé sur Burke vient d‘un homme de beaucoup plus grand que Thnrlow. En 1700, Fox dit à la chambre des communes ■

• Thaï if hc were to pot ail tbe political information whicb he had learot from books, ait which be had gained from scieocc, and ail wbich any knowledge of the world and iU affairs had taught him, into one «ale, and the improvement wbich he had derived from bis right hon. friend's instruction and conversation were placed in the other, be should be at a los* to décidé lo which to give the preference. * Pari. Hist., t. XXVIII, pag. 363.

(3) « Tbe excursions of his genius are immense. His impérial fancy has laid ail satan nnder tribale, and has collecled riches from every scene of the création, and every walk of art. » U’orÀa of Robert Hall. London, 1846, pag. 1%. Wilberforce dit également en par. tant de loi : • He had corne late into Pariiament, and had had time to lay in vast sWvres of koowledge. The field from which he drew his illustrations was magnificent. Like the la bled object of the fairy’s favonrs, whenever he opeued his mooth pearls and diamood» -Iropped from him. » Life of Wilberforce, 1. 1, pag. 159.

l'histoire de la jurisprudence (1), sa connaissance de toutes les branches et de la théorie des beaux-arts lui attirèrent l’admiration des artistes (2) ; combinaison frappante de deux éludes que l’on déclare trop souvent, à tort, être incompatibles. De plus, malgré les occupations de la vie politique, nous savons de bonne source qu’il s’appliqua à l’histoire et à la filiation des langues (3) ; vaste sujet qui, dans l’espace de ces trente dernières années est venu apporter d’importantes ressources à l’élude de l’esprit humain, mais dont la seule idée, dans le sens le plus large du mot, avait à peine commencé de sourdre chez quelques penseurs solitaires. Et, fait encore plus remarquable, lorsque Adam Smith vint à Londres, plein de ces découvertes qui ont immortalisé son nom, quel ne fut pas son étonnement, en voyant que Uurke était arrivé par anticipation il des conclusions qui lui avaient coûté, à lui Smith, pour les parfaire, des années entières d’un travail ardu et incessant (A).

(1) Lord Campbell (Livesof the Chie f- Justices , t. Il, pag. 443) dit : • Burlce, a philosophie slatesman,deepl; tmbued with lhe scientific principes of jurisprudence. * Voyez aussi, à l'égard de ses connaissances en jurisprudence, Butler, Réminiscences t t. I, pag. 131, et Bisse t, Life of Burke, 1. 1, pag. 230.

(2) Barry.dans sa fameuse lettre à la Diletlanli Society , regrette que Burke ail été détourné de l'élude des beaux-arts pour s'adonner à la politique, parce qu'il était doué d'un de ces « minds of an admirable expansion and catholicily, so as to embrâce lhe wholc concerna of art, ancient as well as modem, doroestic as well as forcign. » Barry, Work*, l. Il, pag. 538, in-4% 1809. Dans IMnntta/ Register de 1798, pag. 329,2* édit., il est dit que sir Joshua Reynolds «deemed Burke the best judge of picturcs thathe ever knew. * Consultez, en outre, Work s of Sir J. Reynolds. Lond., 1816, 1. 1, pag. 185, et Bisset, Life of Burke, i. Il, pag. 257. Une conversation assez curieuse entre Burke et Reynolds sur l'art est rapportée dans Holcruft, Mémoire, t. II, pag. 276, 277.

(3) Se reporter i une lettre de Wmstaoley, le professeur (fondation Camden ) d’histoire ancienne, citée dans Bisset, Life of Burke, t. II, pag. 390, MH, et dans l’rior, Life of Burke. Winstanley écrit : « It wonld hâve beeo exceedingly difficull to bave met with a person who koew more of the philosophy, lhe history, and filiation of tanguages, or of the principles of etymoiogical déduction, than Mr. Burke. *

(4) Adam Soîilh déclara à Burke « afler they had conversed on subjects of politicai ecooorny, that he was the nnly man who, without communication, thought on thèse topies

A ces grandes recherches qui touchent à la base de la philosophie sociale, Burke joignit une connaissance étendue des sciences physiques et meme la pratique et les plus petits détails habituels des métiers mécaniques. Tout cela si bien classé, si bien ordonné dans son esprit, que chaque chose se présentait à point nommé, non pojnt à la façon du savoir des politiques ordinaires qui se brise et se dissipe en fragments, mais agencé dans un ensemble parfait, fondu par un génie qui donnait la vie aux sujets mêmes les plus dépourvus d’intérêt. Tel fut, eu effet, le trait caractéristique de Burke : entre ses mains rien ne restait aride. Si grandes étaient la force et l’exubérance de son intellect, qu’il portait pariout des fruits et pouvait revêtir de dignité les sujets les plushumbles.ên montrant leur corrélation avec les principes généraux, et le rôle qu’ils ont à jouer dans le vaste plan des affaires humaines.

Cependant, cequej'ai toujours trouvé de plus remarquable dans le caractère de Burke, c’est la discrétion particulière avec laquelle il usait de son savoir transcendant. Pendant la plus grande partie de sa vie, ses principes politiques, loin d’être spéculatifs, furent absolument pratiques : conduite d’autant plus frappante, que tout tendait à lui faire prendre un chemin contraire. Il possédait des matériaux propres à la généralisation beaucoup plus étendus que n’importe quel politique de sou temps; et son esprit était éminemment porté à embrasser des vues très larges En maintes circonstances, ou plulôtcbaquefoisquel’occasion s’en présentait, il montrait la capacité d'un penseur original et spéculatif. Mais du mo-

eiarily as he did. » Bissel, Life of Burke, l. Il, pag. 429. Consulte* aussi Prior, lÀfe O f Burke, pag. 58. A l'égard de ses connaissances en économie politique, voyei Broogham, Sketcheê of Slalesmcn, 1. 1, pag. 205.

ment qu'il posait le pied sur le terrain politique, sa méthode changeait. En ce qui touche à l’accumulation et à la répartition des richesses, il vit la possibilité, en procédant par quelques principes fort simples, d’établir une science déductive qui pût profiter aux intérêts commerciaux et financiers du pays. Il refusa d'avancer plus loin, sachant que, sauf cette unique exception, toutes les parties de la politique étaient purement théoriques et resteraient sans doute longtemps dans cet état. C’est pour cela qu’il reconnut sur tous ses points cette grande doctrine trop souvent oubliée, même de nos jours, à savoir, que le législateur doit se proposer pour but non la vérité, mais l'utilité. Portant ses regards sur la situation des lumières à son époque, il fut forcé d’admettre qu’on a fait sortir tous les principes politiques de faits restreints au moyen d’une induction hâtive, et que, par conséquent, c’est le fait d'un homme sage, quand il ajoute aux faits, de réviser l'induction et, au lieu de sacrifier la pratique aux principes, de modifier les principes de telle façon qu’ils puissent transformer la pratique. Ou eucore, pour exposer cette proposition en d'autres termes, il établit que les principes politiques ne sont tout au plus que le produit de la raisou humaine, tandis que la pratique politique a affaire à la nature et aux passions humaines dont la raison ne constitue qu’une partie (1): donc, à ce compte, la véritable

(I) • Politirs ought lo tw adjoKted, nol to human nasouings, but lo human nature: of nhici» the rtason is but a part, aotl by uo means the greatest part. • Observations on a laie State of the Nation , Hurler, Works , t I, psg. 113. — Dr là la difOinction qu’il ne prrdit jamais de vue entre les généralisations philosophiques qai doivent être inattaquables et les généralisations politiques qui doivent être flottantes; c’est pourquoi, dans son noble ouvrage Thoughls on the Cause of lhe Présents Discontents, il dit (t. I, pag. 13f») : • No Unes ran be laid Jown for civil or political vrisdom. They are a matter incapable of riart définition. > Voyro également, pag. 151, sur quelles bases il repose sa défense de l'esprit de parti; car il est évident que, si la vérité était le but suprême de l’art politique, l’idée de parti.

fonction de l'homme d’Élat est d’aviser aux moyens par lesquels on peut arriver à certaines Gns, tout en laissant au pays à décider d’une voix unanime quelles seront ces fins, et de conformer sa conduite, non pas b ses principes, mais aux volontés du peuple pour lequel il fait des lois et auxquelles est tenu d’obéir (1).

Ce sont ces vues et le talent extraordinaire avec lequel elles furent soutenues qui font de l’apparition de Burke une époque mémorable dans notre histoire politique (2). Sans

comme telle, ne «aurait s y justifier. Compare/ avec ce» principe» la différence entre « U vérité en soi » cl * la vérité sociale,» telle que l’expose M. Rey dan» son livre {Science sociale, 4. Il, pag. 323. Pari«. 1842).

(1) En 1780, il dit sans ambages à la chambre de» communes que « tho peoplo are tbe master». They hâve only to express their wants at large and in gros». We are the expert artisls; we are the skilful workmen, lo shape their desires intop«rfectform,and to fit the utensil to the ose. They are the sufferers, they tell the symploms oftbecomplaint; but we know the exact seat of the disease, and how to apply the remedy according lo the rôles of art. Ilow shocking wonld il be to sec us pervert our skill inlo a sinisler and servile dexterity* for the purpose of evading our duty, and defrauding our employer s , who are our n/itural lord* , of the object of their just exspectations! » Burke, Work*, 1. 1, pag. 2M. Ën 1777, dans sa Letler to the Sheriff* of Bristol' (Work*, 1. 1, pag. 216) : * In ciTect, to follow, not to force, the public indication . to give a direction, a form, a technical dress, and a spécifie sanction, to lhe general sense of the commnnity, — is tbe true end of lêgisla~ lorc. » Ailleurs, dans sa Letler on the Duration of Parliamcnt (t. Il, pag. 430): « Il mould be dn*adful,indecd, if lhere was any power in the nalion capable of resisling ils unanimous désiré, or even the desire of any very grcat and docided roajority of tbe pcople. The pcople may be deceived in their choicc of an object. But / can scareely conreive any choice they can moka to be *o very mischievous , a* the e.ci*lrnce of ai\y human force capable of resisling il. • Il dit également ( 1. 1, pag. 125, 214 ) que, lorsqu’il existe nn différend entre le penplc et le gouvernement, c’est généralement le dernier qui est dans son tort. Compare* pag. 217, 218,276; t. II, pag. 440. Enfin, pour n'en plus donner qu’un son! exem- , pie, mais décisif, en 1772, dans un discours qu’il prononça snr la loi relative à l'importation et à l'exportation des grains, il dit : « On this occasion 1 give way to the présent Bill, not becan&e 1 approve of the measure in itself, but because 1 think it prudent to yicld to the spirit of the tunes. The pcople wiU hâve il to; and il is nol for their représentatives to say nay. I cannot, however, belp enteriog ray protest against the general principes of policy on which it is supporled, because I think thera exlremely dangerous. » Pari, iiist , t. XVII, pag. 480.

(2) Le doclenr Uay.qui entendit l’on des grands discours de Burke, décrit l’effet que ses tues profondes produisaient sur la chambre des communes, où cependant il se trouvait peu de membres capables de les comprendre dans toute leur étendue : • Cela, dit lo docteur

doute, avant lui il ne manqua pas d’hommes d'État qui nièrent la valeur des principes généraux en politique ; mais de leur part cette négation n’était qu’une heureuse conjecture de l’ignorance, et les théories qu’ils rejetaient, ils ne les avaient jamais approfondies. Quant à Burke, s’il les repoussait , c’est parce qu’ils les avait pénétrées. Il eut le rare mérite de résister, malgré tous les motifs qui l’y poussaient, à la tentation de s’en rapporter à ses propres généralisations; quelque riches que fussent ses connaissances sur tous les points de la politique, il subordonna ses opinions à la marche des événements ; il reconnut comme but du gouvernement, non point la conservation d’institutions particulières ni la propagation de dogmes particuliers, mais le bonheur de la masse du peuple, et, par dessus tout, il recommanda avec insistance l’obéissance aux volontés du peuple,' obéissance qu’avant lui nul homme d’État n’avait prêté et que trop d'autres depuis ont oubliée. Oui, ils abondent encore dans notre pays ces politiques vulgaires contre lesquels Burke éleva la voix; gens vacillants et creux qui, après avoir épuisé leurs faibles forces à résister aux progrès de la réforme, se trouvent un beau jour contraints de céder; et alors, à bout d’artifices, leurs petites machinations réduites à néant, quand, par leurs concessions tardives et faites de mauvaise grâce, ils ont semé pour l'avenir le grain du mécontentement, voyez-les, comme ils s’en prennent au siècle qui a déjoué leurs menées, comme ils geignent sur la décadence du monde, se lamentent sur la ruine de l’esprit public, et pleurent sur la destinée d'un peuple assez irres-

Hay, seemed a kind of new political philosophy. » Burke, Correspond., t: I, pag. 103. Comparer une lettre de Lee, écrite la même année (.1766), dan» Forter, Life ofdoUlsmUh, t. II pag. 38, 39, et dans Bunbury, Correspond, of Hanmer , pag. 458.

pcttueux envers la sagesse de ses ancêtres pour toucher à une constitution que la prescription des ans a rendue caduque.

Tous ceux qui ont étudié le règne cle Georges III comprendront Facilement de quel avantage il fut d’avoir un un homme tel que Burke, toujours prêt à courir sus à ces pauvres illusions qui ont été si funestes dans tant de pays et ont plus d’une fois amené le nôtre sur le bord de l'abîme (1). Ils comprendront aussi qu’aux yeux du roi, ce grand homme d'Élat était tout au plus un éloquent rhéteur, qu'il fallait ranger dans la meme catégorie que Fox et Chalham; tous trois, personnages ingénieux, mais peu sûrs, peu sérieux, tout à fait impropres aux grandes affaires, bref, politiques qu'on ne saurait destiner à l'extrême honneur de siéger dans les conseils du roi. C’est un fait que Burke, dans le cours de sa vie politique, c’est à dire pendant trente ans. n’eut jamais place au cabinet (2); il n’occupa jamais le moindre poste, si ce n’est à ces époques transitoires et fort courtes, où les revirements de la politique obligeaient le roi de recourir à un ministère libéral.

(.1) Burke ne se lassa j unais d'attaquer cet argument ordinaire, à savoir que parce qu'as pays a prospéré sous un régime particulier, il s'ensuit que ce régime doit être bon. On en trouvera un exemple admirable dans son discours snr la discrétion de Pattorney-general de poursuivre ses instructions ex officio , discours dans lequel il compare ces raisonneurs au p. ro de Scriblerns,qni « vcncratcd the rusl and cankrr which exalted a braxen pot-lid inlo th« shield of a hero. » Il ajoute : « Dut, sir, we are told, that the lime during which thu poster existed , is the lime during which monarchy raost flourished : and what , then , can oo two things subsist togelher but as cause and effect? May not a man hâve enjoyed better heallh during lhe time that the walked wiîh an oaken stick, than aflerwards, when he cbanged it for a cane, wilhout snpposing, like the Druids, that lhere are occnlt virtnes in oak, and that the stick and the health were cause and effets? » Pari. Hist., t. XVI, pag. H90,I19i.

(S) Sans doute, comme le dit fort bien M. Cooke, c'est là un exemple des préjugés aristocratiques ; mais il est aussi certain qu'une seule parole de George III eût suffi pour réparer cette honteuse négligence. Cooke, Hiit.of Party, t. III, pag. 277,278.

Aussi bien, le rôle que Burkejoua dans les affaires publiques dut piquer jusqu’au vif un roi qui s’imaginait que tout ce qui était vieux était bon, et que tout ce qui était consacré par le temps, juste (1); car cet homme remarquable devança tellement ses contemporains, que, parmi les grandes mesures que notre génération a vu s’accomplir, il y en a peu qu’il n’ait indiquées par anticipation et qu’il n’ait défendues avec zèle. Non content d’attaquer les lois absurdes contre l’accaparement et la vente en détail (2), il plaida en faveur de la liberté du commerce, frappant ainsi jusqu’au cœur toutes les prohibitions de cette nature (3). Il appuya les justes demaudes des catholiques (4), demandes que, de son temps, l'on refusa opiniâtrement, mais que, plusieurs années après sa mort, l'on accorda, parce que cette concession était le seul moyen de préserver l’intégrité de l’empire. Il appuya la pétition par laquelle les non-couformisles demandaient qu’on lit

(1> U est facile de se représenter la colère de George III en lisant an passage tel que celuii i • • I am not of tbe opinion of thoso gentlemen vho are against disturbiog lhe public repose; I like a clamonr whenever there is an abnse. The tiro-bell at midnight distorbs >our sleep, but il keeps you from being burnt in yoor bed. Tbe hne and rry alarins tbe county, but préserves ail the propert » of the province. » Discours do Burke sur les «prose* entions for Libels. > Pari . Hisl., t. XVII, pag. 54.

(t) Il proposa de les rappeler. Pari, llist., t. XXVI, pag. ÜG9. Lord Chatham lui-même publia , en 1766 , nnc proclamation contre les accapareurs et le» revendeurs en détail , à la grande admiration de lord Vlahon , qui dit : « Lord Chatham acted with chararteristic energy. • Mahon, Uist. of Englarul, t. V, pag. 166. Plus de trente ans après (Burko était mort), lord Kenyon, alors chief-justicu, fil l’éloge de ces absurdes lois. Holland, Mem. of lhe Whig Party, 1. 1, pag. 167. Rapproches Adolpbus, f fist . of George lit , t. Vil, pag. 406, et Cockborn, Memorial » ofhU Time. Édinb., 1836, pag. 73.

(3) «That liberality in lhe commercial System, vrhich, I trust, will one day be adoptid. • Burke, Work», t. L pag. 223. Dans sa lettre à Bnrgb (idem, ilrid., t. Il, pag. 409) : • But that to which I attached myself the most particnlarly, was to fis the prinriple of a free ira de in ali lhe ports of these Islauds, as fuunded in justice, and bénéficiai to the whole ; bal phneipaliy to this, the »eal of the snpreroe power. >

(4) Prior, Life of Burke, pag. 467; Burke, Work», pag. S63-Î71 , 537-361; t. II, pag. 431-447.11 réfute ( 1 . 1, pag. 548) l’idée que le sermeot dn couronnement était destiné à lier la couronne eu sa capacité législative. Comparez Butler, llrminiecinre» , 1. 1, pag. 134, avec Mem. of Mackintoth , 1 . 1, pag. 170,171.

disparaître les restrictions qu'on leur avait imposées pour la plus grande gloire de l'Église anglicane (I). Sur tous les autres points de la politique, il déploya le même esprit : il fit la guerre aux lois cruelles contre les insolvables (2) qui, sous Georges III, faisaient encore tache sur notre livre des statuts ; il tenta vainement d'adoucir le code pénal (5) dont la rigueur croissante était l’un des traits les plus détestables de cet affreux régne (4). Il voulut abolir le vieux système d’engagement militaire, qui se faisait pour la vie (5), coutume barbare et ridicule, aipsi que la législature anglaise commença à s’en apercevoir quelques années plus tard (G). Il attaqua la traite des noirs (7) qu'en raison de son ancienneté, le roi voulait conserver, comme formant un point de la constitution anglaise (8). Il dirigea ses coups contre le

(I) Pari. Ili$( u XVII, pag. 435, *36. t. XX, pag. 306. Consulte! également Burke, Cor» respondence, t. Il, pag. 17, 18, el Prior, Lifeof Burke, pag. 143.

(?) Burko, Works, t. 1, pag. 261,262, passa go «lu discours qu'il prononça A Bristol.

(3) Pnor, Life o/ Burke, pag. 317. Voyez également scs admirables observations ( Works, t. Il, pag. 417) el sou discours {Pari. t. XXVIII, pag. 146).

(4) An sujet de la rigueur croissante des lois anglaises, comparez Parr, Works, t. IV,

pag. 130, 239, avec Pari. Hisl , t. XXII, pag. *71 ; t. XXIV, pag. 1*22; t. XXVI, pag. 1057; t. XXVI 1 1 , pag. 143; et, relativement à leur exécution, consultez Life of Ilomilly , by Himself, 1. 1, pag. 65, et Alison, Ilist. of Europe, t. IX, pag. 6S0. •

(5) Dans ou discours fort court {Pari. Hisl., t. XX, pag. 150, 151) il a presque épuisé tous les arguments possibles contre rengagement militaire pour la vie.

(6) En 1806, c’est À dire neuf ans après la mort de Burko, le parlement autorisa pour U première fois les engagements pour un certain nombre d'années. On trouvera un compte rendu des débats dans Alison, Hisl. of Europe , t. VII, pag. 38G391. Consultez Nichol, Illustrations oflhe Eighteenth Ctntury, t. V, pag. 475, el Uolland, Hem. of the Whig Party,’ 1. 11, pag. 116.

(7) Prior, Life of Hurke, pag. 316; Pari. Hisl., t. XXVII, pag. 502; t. XXVIU , pag. 69,%, et Life o/ Wüberforct , 1. 1, pag. 152, 171, nous montrent son animosité contre la traite des noirs et sont une réponse péremptoire aux remarques méchantes, et, ce qui est pis, d’une ignare absurdité sur Burke contenues dans Duke of Buckingham’ s Hem. of George III, t. I, pag. 350.

(8) A l'egard du respect que George III éprouvait pour la traite des noirs, sc reporter A U note 3, p. 123, de ce chapitre. J’aurais pu également invoquer le témoignage de lord Brougham : » The court vras decidedly against abolition. George 111 always regardod the question

pouvoir dangereux dont étaient revêtus les juges qui, eu en matière de poursuites au criminel pour diffamation, ne soumettaient strictement au jury que la simple question de publication ; prenant ainsi par devers eux la véritable décision cl se constituant les arbitres du sort des malheureux qui comparaissaient à leur barre; par suite des préjugés du siècle, il ne put renverser cet abus (2). Et ce qui, aux yeux de bien des gens, n’est pas le moindre de ses mérites, il se plaça à la tète du bataillon des réformateurs financiers à qui nous sommes si redevables (3). Malgré les entraves qu’on mit sur son chemin, il réussit à faire voter au parlement une série de lois qui firent table rase de plusieurs sinécures; dans la seule administration du payeur général, il économisa au pays une dépense de 25,000 livres par an (4).

Cela seul suffirait pour expliquer l’animosité d'un prince dont la gloriole était de laisser à son successeur le gouvernement dans le même état où il l’avait trouvé. Une autre circonstance toutefois vint envenimer la blessure du monarque. La résolution d’opprimer les Américains était si

mlh abhorrence, a> savouring of innovation. • Broagham, Statesmen, l. Il, pag. 104. Comparer Combe, North America, 1. 1, pag. 332.

(1) Borke, Works , t. II, pag. 490-496; Pari. llist., t. XVII, p3g. 44-55, très beau discouru prononcé en 1771. Comparer une lettre à Dowdeswell (Burkc, Correspond 1. 1, pag 251,252),

(2) Les arguments de Bnrke devancèrent de plus do vingt années le célèbre » Libct Bill > de Fox qui ne fut volé qu’en 1792. Néanmoins dés 1752 les jurés avaient, en dépit des juges, commencé à prononcer un verdict général sur toutes les questions. Consultes Campbell, Chancellors, t. V, pag. ÏJ8, 213, 341 345; t. VI, pag. 210, ainsi que Meyer, Institutions judiciaires , 1. 11, pag. 204, 205. Paris, 1823.

l3) M. Fa rr, dan s sou précieux essai sur la statistique de l'administration civile ( Journal of Statist. Society, t XII, pag. 110*125) appelle Burke < oneof the firstand ablesl financial reformers in parliament. > Pag. 104. La vérité toutefois est qu'il ne fut paa seulement l'nn des premiers, mais le premier. Il fut le premier i exposer au parlement un plan général et bien coordonné pour diminuer le budget, et le discours préliminaire qu’il prononça à cette occasion est l’nne de ses plus belles harangues.

(4) Prior, Life of Burke , pag. 206, 234. Consultez également, à l’égard des retranche-

us

notoire que, lorsque la guerre éclata, on l'appela « the King’s war » (la guerre du roi); quiconque s’opposait aux hostilités était considéré comme l’ennemi personnel du souverain (4). Mais sur ce point comme sur tout autre , Burke ne se laissa point guider par la tradition ni par les principes dont Georges Kl était entiché, mais par les vues larges de l’utilité générale. Il ne voulut point baser ses opinions au sujet de cette lutte honteuse sur des arguments tirés du droit que pouvait avoir l’un ou l’autre parti (2). il refusa de discuter si la mère patrie avait le droit de taxer ses colouies, ou si les colonies avaient le droit de se taxer elles-mêmes. Que les politiques qui, tout en prétendant être guidés par les principes, sout en réalité sous la domination des préjugés, que les politiques chicanent sur ces points (3)! quant à lui,

ment&qn'il effi ftua, Sinc lair, Hist. ofthe Revenue, t. U, pag. 84, 85; Burke, Correspond., t. III, pag. U, ainsi que Disset, Life of Burke, t. Il, p*g. 57-00.

(1) En 1778, lord Buckingham dit à la chambre des lords : « Instead of ralling the war, Uw war of Parliamcnl, or of lhe pcople, il was called the ktng’s war, his majesty’s favourile war.» Pari. Uist t. XIX, pag. 857. Compares Cooke, Hist. a f Parti/, i. III, pag. 335, avec les remarques piquantes de Walpole, Gcorye III , t. IV, pag. 114. Nicholls ( RcroUeclioiü , 1. 1, pag. 35) dit : « 1 be war was considered as lhe war of lhe kiog pcrsonally. Those who supported il were called lhe king's friends; while those who wished lhe rountri to pause, and recoosider the propriely of persevering in tbe contest, were branded as disloyal. »

(3) » I am not here going into lhe distinction of righls, nor atlempUog to mark lheir houn- «laries. I do not enter into tbese melaphystcal distinctions ; I hâte lhe Tery sound of them. » 11 parle de la taxation de l’Amérique en 177t. Burke, Works, U I, pag. 173. En 1775 (l. I, pag. 193) : « Dut my considération i« uarrow, confined, and wholly limited to the policy of the question. » A la page 183: Nous devrions agir ris-3-vis de l'Amérique non pas «accordmg to abstract ideas of right, by no means accordmg to mere general théories of governmenl ; the resort to whirh appears to me, in our présent situation, no betler than arrant tnfling. » Dans l'une de se» premières brochures politiques, écrite en 1769, il dit que le» arguments des ennemis de l'Amérique • are conclusive: conclusive as to rigbt; but the vwy reverse as to policy and practice. » T. 1, pag. 113. Compares une lettre écrite en 1775 (Burke, Cor • rcspondeiur , l. Il, pag. 12.

(3) En 1766, iicorge 111 écrit à lord Buckingham lAlbemarle, Rockinghum , t. I, pag. 371, 373) : • Talbot is as right as I eau désire, in the sUmp acl; strong for our deciaruig onr rigbt, bot willing to repeal. • En d'autres termes, désireux de blesser les Américains par l'affirmation spéculative d'un droit abstrait, mais ayant soin d'abandonner les avantages qui pourraient résaJler de ce droit.

il se contentera de comparer les profits et les pertes. II suffît à Burkc de considérer le pouvoir de nos colonies américaines, la distance qui nous en séparait, l'éventualité probable de la France venant à leur aide, pour déclarer qu’il n’était pas prudent d’user de notre pouvoir : il était donc oiseux de parler de droit. Il s’opposa à la taxation des colooies, non parce qu’il n’y avait pas de précédent, mais parce qu’elle était injuste; pour les même motifs, il s'opposa également au bill relatif au port de Boston et au bill infâme, enjoignant de cesser toute relation avec l’Amérique et qu'on appela, â juste titre, le système de famine; mesures violentes, à l’aide desquelles le roi espérait dompter les colonies et briser l’esprit de ces nobles citoyens qu’il détestait plus encore qu’il ne les craignait (1).

Certes, ce n’est pas un faible signe du temps qu’un homme tel que Burke, après avoir, (vendant trente ans, consacré à la politique des talents qui eussent pu briller dans de plus nobles carrières, ne reçut de son prince ni faveur ni récompense. Mais le bonheur suprême de Georges III était de relever les humbles et de rehausser les pauvres d’esprit. Son règne fut l’âge d’or de l'heureuse médiocrité, où la faveur alla chercher les mirmidons, tandis que les grands hommes étaient ravalés; où le ministre de prédilection fut

(4) Fa haine intense une George III portait aux Américains était si naturelle pour nn esprit docette trempe, que noos saurions 4 peine le blâmer de n’avoir cessé de la manifester tant qne les hostilités étaient imminentes. Mais ce qoi est vraiment honteux, c*est que, la guerre finie, il témoigna de sa rancnno dans nne occasion où plus que jamais il loi incombait de ta réprimer. En 4786, Jefferson et Adams se trouvaient en Angleterre comme repré* sentants officiels de lear pays, et, par conrtoisie, ils se présentèrent i la cour. Eh bien, George III fut si oublieux des convenances les plus ordinaires de sa position, qu'il traita ce» personnage® éminents avec une impolitesse marquée, bien qu’ils fussent venus lui présenter leurs respects dans son propre palais. Consultez Tucker, Life uf Jefferson, 1. 1, pag. 2®, et Men i. and Correspond. of Jefferson , 1. 1, pag. 54.

Addington, où l’on pensionna la philosophie dans la personne de Beattie ; où enfin, pour réussir dans la vie publique, la première condition fut de faire la cour aux anciens préjugés et de supporter les abus consacrés.

L’abandon dans lequel on laissa les politiques les plus illustres de l’Angleterre est une haute leçon; mais les événements qui suivirent, malgré leur caractère extrèmem ent pénible, ont un intérêt plus profond encore : ils méritent de fixer l’attention des penseurs portés à étudier les particularités individuelles des grands hommes.

Devant la distance qui nous sépare de cette époque, au jourd’hui que ses plus proches parents ne sont plus, ce serait pure affectation que de nier que, dans les dernières années de sa vie, Burke tomba dans un état de complète hallucination. Lorsque la révolution française éclata, son esprit, s'affaissant déjà sous le poids d’un travail incessant, ne put supporter la contemplation d’un événement si inouï, si terrible, et qui menaçait d’entrainer des résultats d'une si effroyable grandeur. Aussi, lorsque les crimes de cette grande révolution, au lieu de diminuer, ne firent que s’accroître, alors chez Burke les sentiments l’emportèrent sur la raison; la balance fléchit; les proportions de cette gigantesque intelligence se dérangèrent. A partir de cette heure, sa sympathie pour les victimes actuelles fut si intense que tout souvenir de la tyrannie, qui avait amené ces calamités, s'effaça de sa mémoire. Son esprit, autrefois si ferme, où préjugés et passions avaient si peu de prise, vacilla sous la pression des événements qui faisaient tourner les têtes par milliers (1). Si nous rapprochons le ton de ses

(1) Toute» les grandes révolutions ont one tendance directe & accroître l'aliénation tnen-

derniers ouvrages de la date de leur publication, nous verrons comment un affreux coup vint aggraver cette triste transformation, coup dont il ne se releva jamais, et qui, à lui seul, eût suffi pour abattre le jugement d’un homme chez lequel la douceur des affections tempérait si bien la rigueur de la raison, dont elle était l’admirable contre-poids. Non, nous ne pourrons jamais oublier ces allusions touchantes et d’une exquise délicatesse à la. mort de son fils unique, sa joie et son orgueil, qu'il avait regardé avec avec amour comme l’héritier de son nom immortel. Non, jamais nous n’oublierons les sombres touches du tableau dans lequel le noble vieillard nous représente son immense douleur : « Je vis dans un monde renversé. Ceux qui auraient dû me remplacer m’ont précédé. Ceux qui devaient être ma postérité ont pris la place d’ancêtres... L’orage a passé sur ma tète; me voilà semblable à ces vieux chênes que le dernier ouragan a renversés autour de moi. Dépouillé de toute ma gloire, déraciné, je reste abattu sur le sol (i). ■ Peut-être serait ce faire preuve d’une morbide curiosité que de chercher à soulever le voile et à indiquer la ruine d’un esprit aussi puissant (2). D’ailleurs, en pareil cas, la plus grande partie de l’évidence est lettre morte : ceux qui

taie pendant toute leur durée et probablement quelque temps encore après; mais, sous ce rapport comme sous les autres, la révolution française est unique dans le nombre de ses victimes. Relativement à cet horrible, mais curieux sujet de la folie causée par la surexcita, tiou qu'entraînèrent les événements qui se produisirent en France i la fin du înu* siècle ; consultez Prichard , (>n Insanity in relation to Jurisprudence , 1842, pag. 90; idem, Treatise on Jnsanity , 1835, pag. 161, 183, 230, 339 F>quirol, Maladie* mentale », 1. 1^ pag. 43,53,54,66, 211, 447; t. Il, pag. 193,726; FeuchUrsIeben, Medical Psychologyl pag. 254 ; Georget, de la Folie, pag. 156 ; Pinel, Trait* sur l'aliénation mentale, pag, 30* 108, 109, 177, 178, 185, 207, 215, 257, 349, 392, 457. 481; Alison, tlist. of Europe, 1. 111.

(1) Bnrke, Works, t. Il, pag. 268

( t ) Le premier exemple frappant de ces éclats violents, qui dénotèrent la préseoce de la

sont le plus à même de voir les défaillances d’un grand homme ont le moins d’empressement à les redire. Quoi qu'il en soit, il est certain que ce changement se manifesta pour la première fois après la révolution française ; que la mort de son (ils vient l’aggraver, et que tout alla de mal en pis jusqu’au jour où la mort mil (in à ce spectacle (1). Dans ses diverses publications, Remaries on the French Révolution, Remaries on the Policy of the allies, Letter lo a noble Lord, Letters on a Regicide Peace, nous pouvons suivre pas à pas la marche de cette violence croissante et effrénée. A cet unique principe, sa haine pour la révolution française, il sacrifia ses plus anciennes liaisons, ses plus chers amis. Fox, comme on le sait, regarda toujours Burke comme un maître dont il avait reçu des leçons de sagesse politique (2). Burke, de son côté, reconnaissait pleinement le haut talent de son ami et l'aimait à cause de celte douceur de caractère et ces manières séduisantes auxquelles, on l'a souvent répété, personne ne pouvait résister. Eh bien, à ce moment, sans le plus léger prétexte de querelle personnelle, celte longue

maladie, noos le trouvons dans les débats sur la loi sur la régence (février 1789), oû sir Richard Hill, avec une franchise brutale, fit allusion à la folie de Barke en présence même de celui-ci. Pari. Hxsl., t. XXVII, pag. 12 VJ. Consultez une lettre de sir William Yoang, citée dans Buckingham (ifem. of George III, 1853, t II, pag. 73) : * Burke finished hisarild speech in a manner next to madness. » Ceci se passait en décembre 1788, et depuis ce jour jusqu’à sa mort il devint d’année en au née plus évident qu'il avait l’esprit dérangé. Voyez la triste description qu’en donne le docteur Currte dans une de ses lettre» datée de 1792 {Life of & Currie, t. II, pag. 150). Voyez surtout la lettre pleine d’iocobércnces que Burke écrivit en 1796 ( Correspond . with Laurence, pag. 67).

(1) Son fils mourut au mois d’août 479k (Burke, Correspond., t. IV, pag. 22', et ses ouvrages les plus violents fnreut composés dans l’intervalle qui s’écoula entre cette époque et celle de sa mort (juillet 1797).

(2) ■ This disciple, as ho was prond to ackuowledge himself. * Broughara , States i,wn, t.l, pag. 218. En 1791, Fox déclara que Burke « had taught him everything he knevr in politics. * Pari. Hist., t. XXIX, pag. 379. Consulte! également Adolphe», Hisl. of George 111, t. IV, pag. 472, 610, et uue lettre de Fox à Parr ( Parr, Works, t. Vil, pag. 287).

intimité fut brutalement rompue (1). Parce que Fox refusa de fouler aux pieds l’amour de la liberté du peuple qu’ils avaient longtemps partagé en commun, Burke, en public, en plein parlement, déclara que leur amitié avait cessé : il ne voulait plus avoir de relation avec un homme qui prêtait sou appui au peuple français (2). A la même époque, que dis je? le soir même où il lit cette déclaration, Burke, qui s’était toujours fait remarquer par la courtoisie de ses manières (3), insulta de propos délibéré un autre de ses amis qui le ramenait chez lui dans sa voiture; et, dans un état de frénétique surexcitation, il insista pour en descendre immédiatement, au cœur de la nuit, par une pluie torrentielle, ne pouvant pas, dit-il, rester aux côtés d’un « partisan des doctrines révolutionnaires des Français (4). »

C’est une erreur de supposer, comme quelques-uns l’ont fait, que cette animosité, passée à l’état de manie, ne s’en prenait qu’à la partie coupable du peuple français. II serait difficile de rencontrer, dans ce siècle-là ou dans tout autre, deux hommes d’une bienveillance plus active, disons même plus enthousiaste, que Condorcet et la Fayette. En outre, Condorcet était l’un des plus profonds penseurs de son

(1) Elle avait commencé en 1766, Foi D'ayant alors qae dii-sept ans. » Russell, Mem.of Fox, 1. 1, pag. 26.

{t) Aa sujet de cette rupture pénible, consultez Purliamentary Hislory, Holland, J itm. of üie Wliig Party, t. I, pag. 10, Il ; Prior, Life of Burke, pag. 355-379, Tomlin, Life of Pilt, t. Il, pag. 385-395. Cette transformation des sentiments de Burke eovers son vieil ami se révéle aussi dans nne lettre pleine d’exaltation adressée au docteur Laurence en 1797. Burke, Correspomt. with Laurence, pag. 152. Comparez Parr, Works, t. IV, pag. 67-80, 84-90, 1U9.

(3; Cette courtoisie faisait habituellement contraste i la brusquerie de Johnson ; ces deux hommes éminents étaient les meilleurs causeurs de leur époque. Consultez Bisset, Life of Burke, 1. 1, pag. 127.

(4) Rogers, Introduction ta Burke’ s Work t, pag. xuv; Prior, Life of Burke, pag. 384.

temps, et son souvenir vivra aussi longtemps que le génie sera tenu en honneur parmi nous (1). Sans doute, la Fayette, en fait de talent, n.’était pas à la hauteur de Condorcet; mais, ami intime de Washington, dont il avait pris la conduite pour modèle (2), et aux côtés duquel il avait combattu en faveur de la liberté de l’Amérique, son intégrité était, et reste encore, sans tache : quant à son caractère, il était de ce tour noble et chevaleresque que Burkc eut été le premier à admirer, dans ses meilleurs jours (5). Mais ils étaient les enfants de ce pays abhorré dont ils cherchèrent en vain à (ixer les libertés. A ce compte, Burke déclara Condorcet coupable de« sophisme impie (4); » c’était * un athée fanatique et un républicain démocratique (5); » il

() On trouvera le récit intéressant de la triste fin de ce remarquable philosophe dans • Lamartine, llistoiredes Girondins, t. VIII, pag. 76-80. Un contemporain, Mosset P.albay, nous en rend également compte (Vie de Mousseau, t. II, pag. 42-47).

(2) Tel est l'honorable témoignage que loi rend on adversaire politique, qui dit qu'aprês la dissolution de l'assemblée, i la Fayette se conforma â la conduite de Washington, qu’il avait pris pour modèle. • Cassagnac, Révolution française, t. III, pag. 370,371. Yoyes l’aveu involontaire de Bouille, son ennemi (Mémoires de Rouillé, 1. 1, pag. 425). On trouvera les preuves de l'amitié Intime qui avait existé entre Washington et la Fayette dan* les Mémoires de ce dernier, t. 1, pag. 46, 11, 29, 44, 55, 83, 92, lit, 465, 497, 394, 395: t. II, pag. 423.

(3) Leduc de Bedford, juge excellent en fait de caractère, dit en 4794 que la vie tout entière de la Fayette * vas an illustration of truth, disioterestedne**, and houonr. • Pari. ItisL, t. XXXI, pag. 664. De même le continuateur de Sispiondi ( Histoire des Français, t. XXX, pag. 355) dit : « La Fayette, le chevalier de la liberté d’Amérique, • et Lamartine ( Histoire des Giromtins, 1. 111, pag. 200) : « Martyr de la liberté après en avoir été le héros. » Ségur, qui le connut intimement , nous donne quelques traits de sa nobles»*» de caractère â l'àge de dix-neuf ans (Mémoires de Ségur, t. I, pag. 106, 107). Quarante ans plus tard, lady Morgan le voit en France, et ce qu’elle eu dit montre combien peu il avait chaugé et combien ses goûts et ses habitudes étaient simples. Morgan, France, t. Il, pag. 285-312. Enfin oons trouverons d'autres notices sur sa vie, provenant de personnes qui le connurent personnellement, dans Life of Ruscoe, t. H. pag. 178, et dans Trotter, Mem. of Fox, pag. 349 et suiv.

(4) «The impious sophistryof Condorcet. » Letlerloa Xoble tjord, Burke, Works, t. il , pag. 273.

(5) «Fanaticatbeist, and tarions démocratie republican.» ThouglUson French AfTairs, Burke, Works, 1. 1, pag. 574.

était capable « des scélératesses les plus basses comme les plus hautes et les plus audacieuses (1). » Quant à la Fayette, le jour où l’on fit une tentative pour adoucir le cruel traitement auquel le soumettait le gouvernement prussien, Burke, non content de s’opposer à la motion présentée dans ce but à la chambre des communes, saisit celle occasion pour insulter grossièrement l’infortuné prisonuier qui dépérissait alors dans un cachot (2). Il était devenu si sourd à la voix des instincts les plus ordinaires de la nature, qu’en plein parlement il ne put trouver de meilleur terme que celui de t rufiau, » en parlant de cette grande âme dans le malheur. « Je ne voudrais pas, » dit Burke, « je ne voudrais pas ravaler mon humanité jusqu'à appuyer une demande en faveur d’un aussi horrible « rufiau » (3).

Quant à la France même, c’est « le repaire des cannibales (4), » « la république d’assassins (J>), » « un enfer (6),»

(I) Condorcet (Ihongh do marquis, as he stylcd himself before tho Révolution) isa man of another sort or birlh , fashion , and occupation from Brissot ; but in every principe and every disposition, lo the lowrest as wcll as lhe higbesl and mosl determioed viltanies, fully hisequal.» Thoxujhlt on French . A flair», Burke, Works, t. l,pag.579.

(2i « Groaning under lhe inost oppressive crueily in lhe duogeous of Magdeburg. » Belsham, Hist. of Gréai Britain , l. IX, pag. 151. Voyez les détails poignant» de ses souffrance* (Mémoires de la Fayette, t. I, pag. 479; t. Il, pag. 75, 77, 78,80,91,92). Madame de Staël ( Révolution française. Paris, 1820, t. Il , pag. 103) nous dit la noble magaaoimité avec laquelle il les endura.

(3) « 1 would not debase my humanily by supporliug an application jn behalf of such a horrid ruffian. » Il est à peine croyable qu’on se soit servi de pareil langage en parlant de la Fayette; mais j'ai extrait ces lignes de Parliamentary History, t. XXXI, pag. 51, et de Adolphus, t. V, pag. 593. 11 n’y a qu’un seul point de différence ; dans Adolphus nous liions : i I would not debase my humanily,* taudis que dans Parliamentary History nous voyons : ■ I would not debauch my humanily. » Mais, dans les deux cas,- il y a accord parfait sur celle expression • horrid rufiau. • Se reporter à Burke, Correspond, toith Laurence, pag. 91, 99.

(4) « Caonibal's Castle, > Burke, Works , t. II, pag. 319. Dans chaque citation je donne les termes même dont Burke s’est servi.

(5) « The republic of assassins. » Ibid., t. II, pag. 279.

(6) « A hell. » Discours de Burke {Part. Hist., t. XXXI, pag. 379.

HIST01RF.

son gouvernement est composé de « sophistes les plus abjects, les plus bas, les plus faux, les plus encanaillés (1) ; » ce sont des « coquins (2) » qui siègent à l'assemblée nationale; le peuple, c’est « une armée alliée d'amazones et de mâles cannibales parisiens (5); » « nation d'assassins (4), » < la lie du genre humain (o), > « athées sanguinaires (6), » « bande de voleurs (7) , » < l’infâme rebut du genre humain (8), » « bande désespérée de pilleurs, assassins, tyrans et athées (9). » Faire la moindre concession à un pays semblable pour conserver la paix, c'est offrir des victimes « sur les autels du régicide sacrilège (10) ; » entrer même en négociations, c'est « exposer, comme Lazare, nos ulcères à la porte de tous les superbes serviteurs de la république française, où les chiens de basse-cour ne daigneront pas les lécher (I I). » Quand notre ambassadeur était à Paris, « il avait l'honneur de passer ses matinées à faire respectueusement sa cour dans les bureaux d’un ergoteur régicide (12); » les railleries pleuvent sur nous, parce que

(t) « The dirtiest, lowesl, most fraudaient, most knarisb, of chicaner*. » Burke, Worki, t. II, pag. 335.

(2) « MiscreanU. * Burke, Correspoml., t. III, pag. 140.

(3) • An aliied arm; of Amaionian and male Cannibal Barmans, • Barke, Workt, t. Il, pag. 322.

(4) » A nation of murderers. » Pari. Ilisl ., t. XXX, pag. 115.

(5) « The ba*est of mankind. • Ibid ., pag. 112.

(6) * MunWous athehls. ■ Ibid., pag. 188.

17) < A gang ol robbers. » Ibid., pag. 435.

(8) « The prostilute oui casU of mankind. « Ibid., pag. 646. C'est la dernière phrase d'on discours prononcé par Bnrke en 1793.

(9) < A de strate gang of plandcrers, murderers, tyranls and atheisls. • Ibid., I. XXXI pag. 426.

(10) « On the allars of blasphemcd regieid*. » Bnrke, Workt, t. Il, pag. 33Ü.

(11) «Exposing our laiar sores at the door of erery prood servitor of the French Republie ahere the court-dogs will nol deing to lick them. * Ibid., pag. 286.

(12) t Had the houour of passing his morniugs in respeclful attendante al the office of a regicido pettifogger.» Ibid., pag. 3tt.

nous avons envoyé « un pair du royaume à l’excrément de la terre (1). » La France ne compte plus en Europe; elle est rayée de la carte : on devrait oublier jusqu'à son nom (2). Qu'est-il donc besoin d’y aller faire des voyages? Pourquoi apprendre sa langue aux enfants? Pourquoi risquer de corrompre les mœurs de nos ambassadeurs? Est-il à dire qu’ils ne reviendront d’un tel pays sans être gâtés? N’auront-ils pas le désir de conspirer contre leur propre patrie (3)?

Tristes paroles, venant d’un homme aussi grand que Burke le fut un jour; mais le reste nous montre encore plus clairement jusqu’à quel point ses idées s’étaient transformées. Le politique qui, par humanité non moins que par sagesse, avait fait tous ses efforts pour prévenir la guerre avec l’Amérique, consacra les dernières années de sa vie à allumer une nouvelle guerre, en comparaison de laquelle celle d’Amérique n’était qu’un mince et trivial épisode. Lorsque le calme était dans son esprit, personne n’eût plus volontiers reconnu que les idées qui dominent dans un pays

(1) « Peer of tho roalm lo tho seom of tbe earth. » Rnrke, Works, t. 11, pag. 318.

(2) Pari. Ilist. , t. XXVI 11, pag. 353; t. XXX, pag. 390; Adolphus, t IV, pag. 467.

(3) Dans ses Lettcrs on a Regicide Prace, publiées on an avant sa mort, il dit «These ambassadors may oasily return as good courtiers as they vent : but can lhey ever return from tbat degrading résidence loyal and raithfu! suhjects ; or vitb any true affection to their master, or true attachaient to tbe constitution, religion, or laws of their country ? Tbere I* great danger thaï they vho enter srailing into this Tryphonian cave, vill corne oui of it sad and serions conspirators ; and such vill continue as long as they livc. • Burke, Works, t. II, pag. 282. Il ajoute dans le même ouvrage, pag. 384 : « 1s it for this benefit ve open « th« usual relations of peace and amity 7 I* il for this our yonlh of both sexes are to form themselves by travel? Is it for this that vllh expense and pains ve form their lisping infant

accents to the language of France? Lot it be remembered, that no youug man can

go to any part of Europe vithout taking this place of pestilential contagion in hisvay; and, vhilst the less active part of the commnnity vill be dehauched by this travel, vhilst ehildrcn are poisoned at these schoots, our trade vill pot the finishing hand to our roin. No factory vill besettled in France, that vill nol become a club of complété French Jacobins. The minds of young men of that description vill reçoive a Lainl in their religion , their morab, and their politics, vhich they vill in a short tiroe commnnicate to the vholo kingdom. »

HIST01RK

sont le résultat inévitable des circonstances dans lesquelles est placé ce pays. Mais que faisait-il alors? Il cherchait à changer ces idées en les violentant. Dès le début de la révolution française, il insista sur le droit, même sur la nécessité, de forcer la France à changer ses principes (1); et plus tard il reprochait aux souverains alliés de n’avoir pas imposé à un grand peuple le gouvernement qu’il devait adopter (2). Le trouble que les événements jetèrent dans son jugement si droit fut tel, qu’à ce principe-là il sacrifia toute idée de justice, de pitié et d’utilité. Comme si la guerre, même sous sa forme la moins dure, n’était pas suffisamment détestable, il tenta de lui donner ce caractère de croisade (3), que le progrès des lumières avait depuis longtemps fait disparaître, proclamant hautement que la lutte était plutôt religieuse que temporelle, il fit renaître les vieux préjugés afin d’entraîner de nouveaux crimes (4). C’était une guerre, déclarat-il , où la vengeance devait avoir autant de part que la défense, où il ne fallait mettre bas les armes qu’après avoir

(1) Dan» sa brochure intitulée Observations of the Conduit un the Minority (1793), il déclare que pendant quatre ans il a souhaité « a general war against Jacobins and jacobinism. » Burke, Works, 1. 1, pag. 011.

(2) « For, in the lirst place, the United sovereign» very mu ch injured lheir cause by admit ling lhat they had uolhiug lo do vith the interior arrangements of France. » Iteads for Considération on the Présent State of Affaire , brochure écrite en 1791, Burkc, Works, i. I, pag. 583. Et il sentait fort bien que la question ne se bornait pas k la destruction d’un parti; c’est ce que nous prouve suffisamment la lettre qu’il écrivit i Trevor en janvier 1791 même au sujet de la guerre : < France is woak, indeed, dividcd and deranged, but God knows, v. lien the tbings came to be tried, whether the invaders would not 6nd thaï their enterprise was not to support a party , but to conquer a kingdom. • Durke, Correspond., I. III, pag. 184.

(3) C'est le nom que lui donne A juste titre lord F. Russell (Ment, of Fox, t. III, pag. 34,. Consultez Schlossers, Eighteenth Century, i. II, pag. 93; t. V, pag. 109. t. VI, pag. Î9t; Nicholls, Recollections, 1 . 1, pag. 300; Parr, Works, t. III, pag. 242.

(4) i We cannot, if we could, delude ourselves about the true State of this dreadful rontest. It is a religions war. » Remarks on the Policy uf the Allies, Durke, Works, t. 1, pag. 600.

réduit à néant les fauteurs de la révolution (1). Et comme si tout cela n’était pas assez, il demanda à grands cris que cette guerre, la plus terrible de toutes, une fois commencée, ne s'arrêtât pas â moitié chemin ; quoiqu’elle dut être entreprise dans un but de veugeance et de religion, et que les cruelles passions des croisés dussent donner une nouvelle force aux ressources des hommes civilisés; néanmoins il ne fallait pas que cette guerre se terminât trop tôt; la durée, la permanence, voilà ce qui était indispensable dans cette guerre; en un mot, dit Burke, enflammé de haine, il faut en faire une guerre prolongée : « Je le dis hautement, je le dis avec le désir qu’on pèse mes paroles, il faut que la guerre soit longue (2). »

Ainsi donc, guerre pour contraindre une grand peuple à changer de gouvernement; guerre qui devait être un châtiment; guerre de religion; enfin, longue guerre! Y eut-il jamaisaumondeunautrehomme qui ait voulu déchainersur la race humaine des calamitésaussi immenses, aussi profondes et aussi prolongés? De telles idées, cruelles, effrénées, et pourtant conçues de sang-froid, fussent-elles sorties d’un esprit doué de toute sa raison, auraient immortalisé l’homme d’État le plus obscur, en altachantàsonnomun stigmate indélébile. Où trouverons-nous donc parmi les politiques même les plus

(!) Voyea one longue lista do *proscri plions (Burke, Work* , 1. 1, pas. 604). Dans nue lettre écrite en 1793, il plaide de nouveau en faveur du principe de vengeance. Burke, Correspond. , t. IV, pag. 183. En 1794, il dit à la chambre de* commune* que . the war ranst no longer beconfined to the vain attempt of raising a barner to the lawlessand savage power of France ; but must be dirccled to tbe only rat tonal end il can pursue ; namely, the entirc destruction of the desperale horde which gave il birth. > Pari. Hist., t. XXXI, pag. 427.

(2) Lellers on a Hegieide Peat'e, Burke, Works, t. Il, pag. 291. « 1 speak il emphatically,and with a desire that it should be markod, in a long war. » Dans cette horrible phrase, la plus horrible peut-être qui soit jamais sortie de la plume d’un politique anglais, les italiques ne sont pas de mon fait; elles se trouvent dans l'original.

obtus ou les plus sanguinaires, des sentiments pareils à ceux-là? Et cependant ils proviennent d’un philosophe politique, qui, il y a quelques années à peine, était le plus illustre que l’Angleterre eût jamais possédé. Tout ce qu’il nous est donné de faire, c’est de gémir sur les débris d’un aussi noble esprit : là, chacun devrait s’arrêter. Contemplons avec respect la ruine puissante, mais ne prétendons pas fouiller les mystères de cet abaissement, à moins que, pour nous servir du langage du plus grand de nosmaitres, nous ne puissions indiquer le traitement propre à un esprit malsain, arracher les chagrins qui ont pris racine dans la mémoire et chasser les désordres qui sont imprimés dans le cerveau.

C'est avec uu sentiment de soulagement que nous quittons un sujet si pénible, même pour revenir à la politique mesquine et étroite de la cour d’Angleterre. A vrai dire, la manière dont le roi traita le plus illustre de nos hommes d’Élat peint bien ce prince. Tant que Burke consacra sa vie à rendre de grands services publics, s’efforçant de réformer nos finances, d’améliorer nos lois et de porter la lumière dans notre politique commerciale, tant que ce fut là son but, le roi le regarda avec froideur et aversion (1). Mais lorsque le grand homme d’Étal ne fut plus qu’un déclamateur furibond ; lorsque, en proie à une irritation maladive, il se proposa uniquement, dans ses dernières années, d’allumer une guerre funeste entre les deux premières nations de l’Europe et déclara qu’à ce barbare dessein il sacriOerait toutes les autres questions de politique, quelque importantes qu’elles puisent

(1) ■ I koow, i dit llurke dans l’un de ces magnifiques discours qui marquent l’apogée de son génie, • 1 koow lhe map of England as well as the noble lord ; and I koow that the wav 1 take is oot the road to preferment. » Pari. Hisl t. XVII, pag. 1269.

être (1), ce fut alors que le roi commença à s’apercevoir des hauts talents de Burke. Jusque-là, il ne s’était trouvé personne d'assez hardi dans le palais pour souffler mol de son mérite. Mais aujourd’hui que le déclin successif, et bientôt rapide, de ses facultés l’avait presque fait descendre au niveau de l’intellect royal, les rayons de la faveur royale vinrent pour la première fois briller sur lui; aujourd'hui, il plaisait au roi (2). Moins de deux ans avant sa mort, d’après le désir formel de Georges III, Burke reçut deux pensions considérables (5); et même le roi voulut l’élever à la pairie afin de faire profiter la chambre des lords des services d’une aussi grand conseiller (4).

Cette digression sur le caractère de Burke nous a entraîné plus loin que nous ne nous proposions : nous espérons, toutefois, qu’on ne la jugera pas inutile; car, outre le mérite intrinsèque du sujet, elle nous révèle les dispositions de Georges III envers les grands citoyens et les idées que, sous ce règne, l’on tenait pour nécessaires. Dans la suite.

(1) Voyez, entre autres, u o passage extraordinaire sur le «jacobinisme* dans ses OEuvret i, t. Il, pag. 4V9, qu'il faudrait rapprocher d'une lettre par lui écrite en 1792 au sujet d'un plan de coalition ministérielle (Correspond . t t. 111, pag. 519, 5J0) : « But mv ad vice wa s thaï as a fouodation of thu whole, the political principle must be sellled as the prclimioary Daniel y « a total hostility to the French System, at home and abroad. *

(3) Le premier exemple que je trouve dos bonnes dispositions que George III commençait i avoir envers Burke, c'est au mois d'août 1791. Voyez dans Burke, Corrcspondence , le compte rendu éminemment absurde de la réception qui lui avait été faite au Lever. Quelle chute n'avaitil pas dû faire avant d'en arriver à écrire une telle lettre!

(3) « Said to hâve originaled in the express wilh of the king. * Prior, Lifeof Burke, pag. 489. M. Prior porte le chiffre de ces pensions à 3,7UU liv. par an; mais, s’il faut en croire M. Nicholls, celte somme était beaucoup plus grande : « M. Burke vas rewarded with tvo pensions, estimated to be worth 40,000 liv. • Nicholls, Recollection* , t. 1, pag. 136. Burke avait alors soixante-cinq ans, et une pension annuelle de 3,700 liv. n’équivaudrait pas à 40,000 liv., suivant le taux de l’époqae. D'ailleurs Wansey, eu 1794, confirme l’assertion de M. Prior. Consultez Nichols, Lit. Anec. of the Eighleenth Century, t. III, pag* 81.

(4) Prior, Lifeof Burke, pag. 460; Nichols, Lit. Anec., t. III, pag. 81; Bissot, Life of Burke, t. II, pag. 414.

nous indiquerons l’effet que ces idées produisirent sur les intérêts du pays, considérés dans leur ensemble ; mais, en ce qui concerne celte introduction, il suffira de faire ressortir un ou deux de ces incidents saillants dont le caractère est trop notoire pour qu’on les discute.

La guerre américaine fut le premier de ces principaux et remarquables événements; et, pendant quelques années, elle absorba entièrement l'attention des hommes d'État anglais. Sous le règne de Georges III, on avait proposé d’accroitre le revenu en taxant les colonies, ce qui, lesAraéricains n’étant pasreprésentésau parlement, n’équivalaità rien de moins qu’à taxer tout un peuple, sans même employer la formalité de lui demander son consentement. Le ministre, homme capable et modéré, qui était alors à la tête des affaires, rejeta ce plan, cette tentative de vol public; le le projet mis en avant, considéré généralement comme impraticable, échoua, sans avoir, ce semble, appelé grande attention (I). Mais ce que le gouvernement de Georges II regardait comme un coup d’État dangereux, lesminislres de Georges 111 l’accueillirent avec empressement. Le roi, dans la haute idée qu’il se faisait de son autorité, et dans l’ignorance absolue des affaires publiques où l'avait réduite une éducation tronquée, s’imagina que taxer les Américains au profit des Anglais serait un coup de maitre. Lors donc qu’on remit au jour l’ancienne idée, il y acquiesça cordialement, et, en présence de la détermination manifestée par

(I) « Il h'ad beco proposée! lo Sir Robert Walpole to mise tbe revenue by imposing taxes ou America; but ibat minuter, whorould foresee beyond tbe bcnelit of tbe aclual moment, declared it roust be a bolder mau thao himself «ho should venture ou sucb an expédient. » Walpole , George III , U II, pag. 70. Consoliez Phillimore, Mem. of Lytllelon, t. II, pag. 662; Bancroft,.* mtrican Révolution , t.l,pag.U6: Uelsham, //t'ar. of Gréai tiritain, I. V, pag. 101

les Américains de résister à cette monstrueuse injustice, il fut de plus en plus confirmé dans l’opinion qu’il était nécessaire de dompter leur volonté rebelle. Ne soyons pas non plus surpris de la rapidité avec laquelle cette fureur éclata. Considérant, d’une part, les principes despotiques que, pour la première fois depuis la révolution, l’on venait de rétablir à la cour d’Angleterre ; de l'autre, l’esprit d’indépendance des colons, comment éviter la lutte entre les deux camps? Toute la question se résolvait donc à ceci : quelle forme prendrait la discussion? De quel côté y avait-il le plus de chance de triomphe (1)?

Le gouvernement anglais ne perdit pas de temps. Cinq ans après l’avénement de Georges III, on présenta un bill au parlement pour taxer les Américains (2), et, si radicale avait été la transformation qui s’était opérée en politique, que l’on n’éprouva pas la moindre difficulté à faire voter une mesure qu’aucun ministre de Georges II n’eût osé proposer. Semblable loi, introduite dans d’autres temps, aurait, à coup sur, été repoussée : maintenant, les partis les plus puissants dans l'Etat s’accordaient à la regarder avec faveur. En toute occasion, le roi faisait au clergé une cour à laquelle

(i) Qu'uoe ru plan» sous une forme ou sous une autre fut inévitable, voilà, selon moi, ce qu’il faut admettre ; mais uous ne sommes point forcés de nous en rapporter à Horace Walpole, lorsqu’il nous dit (Afem. uf George 11 , t. I, pag. 397) qu'en 1754 il prédit la rébellion des Américains. Walpole, tout fin observateur qu'il fût de ce qui nageait à la surface de la société, n'était pas homme a voir les choses d'aussi loin, à moins, ce qui est fort improbable, que son père ne se fut exprimé dans co sens devant lui. Sir Robert Walpole a pu dire quelques mots sur l'amour croissant de la liberté dans les colonies, mais il lui était impossible de prévoir comment les procédés arbitraires du gouvernement de George 111 en viendraient 4 redoubler cet amour do l'indépendance.

(3) La proposition générale fut présentée en 1764; quant an bill même, au commencement de 1765. Consultez Mahon, lli»i. of England, I. V,pag. 82,85, et Grcn ville, Paper» , I. II, pag. 373 , 374. Relativement an changement de politique dont cette loi fut le signal , consultez Brougbam, Polit. Philo»., 3* part., pag. 328.

ses membres avaient été inaccoutumés depuis la mort d’Anne : leur concours Tut donc assuré au roi qu'ils aidèreul dans toutes ses tentatives contre la liberté des colonies (1). L’aristocratie, sauf un petit nombre des principaux whigs, se ralliant à ses vues, se dit que taxer les Américains c’était diminuer d’autant ses contributions (2). Quant à Georges III, qui ne connaissait ses tendauces {•>)? Le parti le plus libéral ne s’étant pas encore relevé du coup que lui avait porté la mort de Georges H, il y avait peu d’obstacles à redouter de la part du cabinet ; personne n’ignorant que l’Angleterre avait dans son roi un prince dont le but suprême était de

(1) Les lettres da temps renferment maintes preuves de l'animosité du clergé contre l'Amérique. Des 1777 Burke écrivait à Fox : « The Tories do universally think tlieir power and conséquence involved in tlie succès* of this A mcrican business. The clergy are aslonish* ingly vrarm iu ils and what the Tories arc when embodied and United with their natural head, the crown, and animaled by tlieir clergy, no mao kuows better than yourself. • Burke, Works, 1 . 11, pag. 390. Consultez tiishop Newton* t Lifeof Uimstlf , pag. 434, 157,

(2) « Tbe overboaring aristocrary detired some réduction of the land*Ux,at the expeuse of America. * Bancroft, Hist. of the American Révolution, L II, pag. 414. Le commerce, d'un autre côté, était contraire à ces violences. Voyez, à l'égard du contraste entre les intèréls fonciers et commerciaux, une lettre de lord Shelburne en 1774 et une antre de lord Camden en 1775 (Chalham, Correspond., t. IV, pag. 341, 401. Voyez également les discours de Trecothick et de Vyner {Pari. Hist., I. XVI, pag. 507 ; t. XV11I, pag. 1361 ).

(3) L'on ernt à celle époque, — et il n'y avait là rien d'improbable, — que le roi lui-méme avait mis en avant le projet de taxer l'Amérique, auquel Greoville s'opposa d'abord. Rapproches Wraxall, Mem. of his Own Time , t. II, pag. 111, 112, de Nicholls, Recollections , 1. 1, pag. 205, 386. Il se peut que ce ne fût qu'une rumeur, mais cela cadre bien avec toat ce que nous savons du caractère de George 111. Quoi qu'il en soit, il n'y a passde doute possible sur la manière dont il envisageait la question générale. Il est certain qu'il amena lord North à se précipiter dans une lutte avec l'Amérique, qu'il poussa ce ministre à faire la guerre et à la continuer, lors même qu'il n'y avait pins chance de succès. Consultez Baorrofl, American Révolution, t. III, pag. 307, 308; Russell, Mem. of Fox, 1. 1, pag. 147-254, ainsi que Bedford, Correspond ., I. III, pag. u. Voyez, au sujet du rappel de la loi sur 1© timbre, Grenvitle, Papers , t. III, pag. 373, passage curieux que lord Mahon, qui donna, la même année (1853) ort ces Papers furent publiés, la dernière édition de son histoire, semble avoir ignoré. Mahou, Hist. of Fngland, t. V, pag. 139. En Amérique, tout le monde connaissait les sentiments du roi. En 1775, Jefferson écrit de Philadelphie : « \Ve are told — and every thing proves it to be true — thaï he is the bilterest enemy we hâve. » Jefferson, Correspond., 1. 1, pag. 153. En 1782, Franklin écrit à Livingston : »Thc kmg hâtes usmost cordially. » Lifeof Franklin, t. II, pag. 126.

leuir les ministres sous son étroite dépendance, et qui, chaque fois que la chose était possible, appelait à ce poste des personnages assez faibles et assez souples pour céder tout de suite à ses volontés (1).

Tout étant ainsi prêt, les événements auxquels on devait s’attendre, en présence de telles machinations, surgirent alors. Sans nous arrêter à retracer des détails connus de tout lecteur, bornons-nous à dire que, dans ce nouvel état des choses, la politique sage et patiente du règne précédent fut réduite à néant, et que les assemblées nationales furent guidées par des personnages témérairesel ignorants qui, après avoir fait encourir au pays les plus grands désastres, finirent en quelques années par démembrer l’empire. Pour mettre violemment à exécution la monstrueuse prétention de taxer tout un peuple sans son consentement, on livra à l’Amérique une guerre pitoyablement conduite, malheureuse, et ce qui est bien pis, accompagnée de cruautés indignes d'une nation civilisée (2). Ajoutons qu’un commerce très étendu fut

(1) « A coart, « ainsi que t'observe lord Albermarle, • a court that r« quired munsters to be not the public servant* of the State, bat the private domestics or the sovereign. » Alberniarle, Mevi. of Rockingham, 1. 1, pag. 248. Consultez Bancrofl, /tmeriran Révolution, t. Il» pag. 109. Burke écrit également en 1767 : «His Majesty not er vas in botter spirits. He bas got a mimstry veak and dépendent; and, vhat is botter, villing to continue so. • Burke, Coi'respoml. , 1. 1, pag. 133. Dix ans plus tard lord Chatham reprocha hautement an roi cette honteuse particularité : « Thus to pliable men, not capable men, vas the government of Uns once glorious empire intrusled. * Chatham, Speech in 1777, Adolphus, 1. 11, pag. 499, 500.

(2) On trouvera des preuves de la férocité que les Anglais montrèrent dans cette guerre daosTucker, Life of Jeffn'son, t. I,pag. 138,139, 160; Jefferson, Mem. ami Correspond., t. 1, pag. 352, 429; L 11, pag. 336, 337 Almou, Correspond, of Wilkes, t. V, pag. 229-232, édit. 1805; Adolphus, llist. of George III, t. Il, pag. 362, 391. On dénonça maintes fois ces cruautés au parlement, mais sans que le roi ou set ministres s’en émussent le moins du monde. Voyez Pari, llist., t. XIX, pag. 371, 403, 423, 424, 432, 438, 440, 477, 487, 488, 489, 567, 578,579, 695,972, 1393, 1394: t. XX, pag. 43. Au nombre des dépenses portées au budget de la guerre figurait cet article : • Five gross of scalping-koives. » Pari, llist., t. XIX, pag. 971,972. Consultez en outre Mémoires de la Fayette , 1. 1, pag. 23,2", 99

presque anéanti, la confusion jetée dans toutes les branches de nos manufactures (1), la nation dégradée aux yeux de l’Europe (2), sa dette portée à 140,000,000 de livres sterling (3); le tout pour perdre les plus belles colonies qu’aucun peuple ait jamais possédées.

Tels furent les premiers fruits de la politique de Georges III : mais là ne s’arrêta pas le mal. Les opinions qu’il fallut soutenir pour justifier cette guerre barbare se retournèrent contre nous. Afin de colorer l’attentat contre les libertés de l’Amérique, on posa des principes qui, mis à exécution, eussent renversé les libertés de l’Angleterre. Partout, de la cour, des deux chambres du parlement, du banc des évêques et de la chaire évangélique, s’élançaient des proclamations contenant les doctrines les plus pernicieuses, doctrines peu appropriées à une monarchie limitée, incompatibles avec le régime constitutionnel. Il y a très peu de lecteurs qui sachent jusqu'à quel point alla cette réaction,

(tï A Manchester, • in conséquence of the american troubles, niue in leu of the artisans in thaï town had been discharged from employaient. * C’est ce qu'établissait en 1766 un homme qui fait autorité, Cooway lui-même. Mahon, Huit, of England , t. V, pag. 135. A mesure que la lutte s’envenimait, le mal devint de plus ne plus marqué, et on recueillera do nombreux témoignages au sujet des torts énormes qui on résultèrent pour l’Angleterre on rapprochant Franklin, Cori'espondence, 1 . 1, pag. 352; Adolphus, Hist. of George III, t. Il, pag. 261; Hurke, Works, t. I, pag. III; Pari Hiêt., t. XVIII, pag. 734,951, 963, 964 ; t. XIX, pag. 2T.9, 3*1, 710, 7it, 1072 ; Walpole, Mem. of George III , t. Il, pag. 218.

(2) M. Adolphus lui- même, dans son histoire empreinte do l’esprit de parti tory, dit qu’eu 1782 < the cause of Great Britain seemed degraded to the lovrest s lato; ill snccess and the prévalent opinion of mUmaoagemeut rendered the espousal of it among tbe selfish povers of the continent almost disreputablc. » llist. of George III 1 1 . III, pag. 391, 392. Quant aux jugements que les nations étrangères portaient sur cette guerre, je ne puis mieux faire que de renvoyer le lecteur aux ouvrages suivants : Mémoires de Ségur, t. 111, pag. 184, 185 OEuvres de Turgot , t. IX, pag. 377; Soulavie, Mémoires de Louis XVI , l. IV* l«g. 363, 364; Koch, Tableau des révolutions, l. Il, pag. 190-194; Mémoires de Mallet du Pan, 1 . 1, pag. 37.

(3) Sir John Sinclair, dans son ouvrage Ni St. of the Hevenue, 1. Il, pag. 114, porte ce chiffre à 139,171,876 liv.

parce qu'il faut eu rechercher l'évidence surtout dans les débats parlementaires, et dans la littérature théologique, particulièrement dans les sermons de l’époque, qu’on n’étudie pas beaucoup de nos jours. Cependant, pour ne pas anticiper sur un sujet qui appartient à une autre partie de cet ouvrage, il suffira de dire que le danger fut si imminent, que les plus hauts défenseurs de la liberté du peuple en vinrent à croire qu’il y allait du salut de la chose publique et que, les Américains vaincus, on procéderait ensuite à attaquer nos libertés, et qu'on tenterait d’imposer à la mère patrie le même gouvernement arbitraire qui, à celle heure-là, régirait les colonies (1).

Ces craintes étaient elles oui ou non exagérées? Question fort difficile à résoudre; toutefois, après une étude attentive de cette époque, après avoir puisé aux sources que délaissent les historiens, ma conviction est que ceux-là qui connaissent le mieux celle période seront les premiers à admettre que, bien qu'on ait pu s'exagérer le danger, il était beaucoup plus grave qu'on n’est porté à le croire aujourd'hui. Quoi qu’il en soit, il est certain que l’aspect général des affaires politiques était de nature à soulever de grandes alarmes. Il est certain que, pendant nombre d'années, l'au-

(I) Le docteur Jebb, excellent observateur, croyait que la guerre avec l'Amérique • muni be décisive of the liberties of bot h coun tries. > Disney, Life of Jebb, pag. 91 Lord Chatham écrivait aussi en 1777 : • Poor England will hâve fallen upon hnr own sword. * The Gren mile Paper», t. IV, pag. 573. La même année Burke dit en parlant de la tentative qu’on avait faite de gouverner les colonies par la force militaire .- . Thaï the establishment of such .t power in America will utterly ruin our finances ( thougli ils certain eflect ), is the smallesl part of our concern. Il will beeorao an apt, powerfui, and certain engine for the destruction of our freedom here. » Burke, Works, t. Il, pag. 399. Consultez 1. 1, pag. 189, 810 ; Pari. Iliet., t. XVI, pag. 104, 107 , 651, 652. t. XIX, pag. il, 1056. t. XX, pag. 119. t. XXI, pag .-907. C'est pour cela que Fox souhaitait que les Américains fussent victorieux (Russell, Mem. of Fox, t. I, pag. 143), désir que quelques écrivains ont imputé à son manque de patriotisme!

torité de la couronne continua de s’accroître, jusqu’à ce qu’elle eût atteint une hauteur dont on n’avait pas vu d’exemple en Angleterre depuis plusieurs générations. Il est certain que l’Église anglicane usa de toute son influence en faveur des principes que le roi voulait à tout prix mettre à exécution. Il est également certain qu’en créant sans cesse de nouveaux pairs, ayant tous les mêmes opinions, le caractère de la chambre des lords subit une transformation lente, mais décisive: enfin que chaque fois qu'une occasion favorable se présentait, c’étaient les créatures qui s’étaient fait remarquer par leur zèle pour les prérogatives royales qui étaient élevées aux hautes dignités de la magistrature ou de l’Église. Voilà des faits qu’on ne peut nier : en les rapprochant, il ne reste plus de doute, selon moi, que la guerre avec l’Amérique ne fût une grande crise dans l’histoire d’Angleterre, et que la défaite des colons eût considérablement compromis nos libertés. Les Américains furent nos sauveurs, les Américans qui, plein d’héroïsme, tinrent tête aux armées du roi, les battirent sur tous les points, et enfin se détachant de la mère patrie, commencèrent à suivre celte course merveilleuse qui, en moins de quatre-vingts ans les a menés au faite d’une prospérité sans exemple, et qui doit être pour nous d’un profond intérêt, puisqu'elle nous montre ce que peut accomplir un peuple libre, livré à ses seules ressources.

Sept ans après l’issue triomphante de cette grande lutte, sept ans après que les Américains, heureusement pour les intérêts du genre humain, eurent définitivement assuré leur indépendance, une autre nation se souleva et affronta ses maîtres. On trouvera dans une autre partie de ce volume les causes qui amenèrent la révolution française : quant à présent, nous n’avons qu'à jeter un coup d’œil sur reflet qu’elle

produisit sur la politique du gouvernement anglais. En France, on le sait, le mouvement fut excessivement rapide, les vieilles institutions, si vermoulues qu'elles n’étaient plus bonnes à rien, furent vite renversées, et le peuple que des siècles d’oppression avaient poussé à bout, se livra aux cruautés les plus révoltantes, assombrissant l'heure du triomphe par des crimes qui souillèrent la noble cause pour laquelle il luttait.

Tout cela, quelque effroyable que ce fût, n’en constituait pas moins une partie du cours naturel des choses : c’était la vieille histoire de la tyrannie appelant la vengeance, et de la vengeance aveuglant les citoyens sur toutes les conséquences possibles, sauf le plaisir de satisfaire leurs passions jusqu’à la satiété. Que, dans ces circonstances, on eût laissé la France à elle-même, la révolution, à l’exemple de toutes ses sœurs, se serait bientôt apaisée, et il se serait établi une forme de gouvernement appropriée à la condition des choses actuelle. Quelle eût été cette forme ? C’est ce qu’il est impossible de dire aujourd’hui : néanmoins, c’était là une question qui ne concernait nullement les pays étrangers. Oligarchie, monarchie despotique ou république, c'est à la France qu’il appartenait de décider, et évidemment, ce n’était point le fait d’une autre nation de décider pour elle ; encore moins pouvait-on supposer que, sur un point aussi délicat, la France se soumettrait aux sommations d'un pays, son éternel rival et souvent son ennemi cruel et triomphant.

Mais ces considérations, toutes claires qu’elles soient, Georges III et les classes qui étaient au pouvoir les perdirent de vue. Le fait d’un grand peuple se soulevant contre ses oppresseurs ne laissait pas de troubler la conscience des gens haut placés. Les mêmes passions mauvaises, jusqu’au

même langage funeste qui, quelques années auparavant, étaient dirigés contre les Américains, sc tournèrent alors contre les Français : il n'était que trop clair que les mêmes résultats s'ensuivraient (1). En dépit de toutes les maximes de bonne politique, l'ambassadeur d’Angleterre fut rappelé, simplement parce qu’il avait plu à la France de détruire la monarchie pour y substituer la république. C’était le premier pas décisif vers une rupture ouverte, et ce pas, on le fit, non parce que la France avait offensé l'Angleterre, mais parce que la France avait changé son gouvernement (2). Peu de mois après, les Français, suivant l’exemple des Anglais au’siècle précédent (3), firent passer leur roi en jugement, le condamnèrent à mort, et lui coupèrent la tête au milieu de la capitale. Il faut convenir que cet acte était inutile, cruel et tout à fait impolitique. Mais il est d'une évidence palpable que ceux qui approuvèrent l’exécution n’avaient à répondre qu’à Dieu et à leur patrie, et que toute représentation à ce sujet, provenant de l’étranger, qui aurait l’apparence de la menace, susciterait la colère de la France, réunirait tous les partis en un seul, et pousserait la nation à adopter comme sien un crime dont autrement elle eut pu se

fft) En 1792, c’est A dire avant que la guerre éclatât. Lord Lansdowne, l’un des pair» excessivement rares qui cassent échappé à la corruption générale, dit • • The présent instance recal led to lus memory lhe proceedings of this counlry préviens to the American vrar. The saine abusive and degrading termi «ere applicd to lhe American» thaï wero now used to

i he National Convention, — lhe sa me conséquences might foliote. » Pari Uist., t. XXX, pag. 155.

(2) Comparez Belshara, Uist. of Gréai Britain , t. VIII, pag. 490, avecTomline, IAfcof Pitt , t. Il, pag. 548. La dépêche adressée à lord Gower, notre ambassadeur à Paris, est publiée dans Pari. Uist., t. XXX, pag. 143, 144 ; elle est datée du 17 août 1792.

(3) Quoique» jours avaut la révolution, Robert de Saint-Vincent remarqua fort justement,

ii titre d'avertissement, que les Anglais avaient détrôné sept de leurs rois et décapité le huitième. Mémoires de Mallet du Pan, t. I, pag. 146. Nous voyons également dans A tison, Europe (t. II, pag. 199,396, 315) que, en 1792, Louis «anticipaled the fate of Charles I. » Consultez Williams, Lellert from France, t édit., 1796, t. IV, pag. 1.

ter,

repentir, mais qu’aujourd’hui elle ne pouvait plus désavouer sans encourir la honte d’avoir cédé aux ordres d’une puissance étrangère.

Cependant, dès que l’on connut en Angleterre le sort du roi, le gouvernement, sans attendre d’explications, sans demander des garanties pour l’avenir, faisant de la mort de Louis une offense personnelle, enjoignit impérieusement au ministre français de quitter le pays (1); causant ainsi de gaîté de cœur une guerre qui dura vingt années, lit perdre la vie à des millions d'hommes, jeta toute l’Europe dans la confusion, et, plus que toute autre circonstance, arrêta la marche de la civilisation, en renvoyant à une autre généra-’ tion les réformes qu’à la lin du dix-huitième siècle, le progrès des choses rendait indispensables.

Nous examinerons plus tard les résultats qui découlèrent pour l’Europe de cette guerre, la plus détestable, la plus injuste et la plus atroce que l’Angleterre ait jamais faite contre aucun pays (2) : nous nous bornerons, quant à présent, à tracer rapidement ses principaux effets sur la société anglaise.

(1) Cf l> ha m suppose, sans doute avec raison, que le gouvernement anglais avait résolu la guerre mémo avant la mort de Louis (Bût. of Gréai Britain, t. VIII, pag. 525); mais il parait (Tomlinc, Pill, t. II, pag. 599) que Chauvelin ne reçut l'ordre de quitter l'Angle* terre que le 24 janvier 1791 , à la nouvelle de l'exécution du roi , « in conséquence of the Uritish minislers having reçoive»! information of the execution of the king of France. > Comparez Belsham, t. VIII, pag. 530. 11 est donc juste, ce semble, de dire, suivant l'opinion générale, que la cause première des hostilités, ce fut l'exécution de Louis. Consultez Ali son, Hisl., t. II, pag. 522; t. V, pag. 219; t. VI, pag. 656, ainsi que Ncwmarch, Jour nal of Stali.nl. Soc., t. XVII I, pag. 108.

(2) Lord Brougham (Shetches of Stalesmen, t. I, pag. 79) dit fort bien en parlant de

cette guerre que t the*youngest man Ifvingvrill not survive the fatal offerts of this flagrant potilical crime. • George (Il était si enflammé en faveur de la guerre que, Wilberforee s’ôtant séparé dé Fi il en raison de la guerre et ayant présenté un amendemeot 4 ce sujet dans la chambre des communes, le roi témoigna de son ressentiment contre Wilberforee en ne faisant pas la moindre attention 4 lui la première fois qu’il parut 4 la cour. Life of Wxlbcr force, t. Il, pag. Il), 72. ,

Ce qui distingue celle lutte sanglante de toutes les précédentes, ce qui la marque du trait le plus sinistre, c'est qu’elle fut éminemment une guerre d’idées, une guerre poursuivie, non point en vue d’agrandissement territorial, mais dans le but d’étouffer les aspirations vers les réformes de toute nature, qui caractérisaient alors les principaux pays de l’Europe (!). Donc, aussitôt que les hostilités commencèrent, le gouvernement anglais eut un double devoir à accomplir :au dehors, détruire une république; à l’intérieur, prévenir toute amélioration. Le premier de ces devoirs, il le remplit en prodiguant le sang et l'or de l’Angleterre, jusqu’au jour où il eut jeté presque toutes les familles dans le deuil et entrainé le pays au bord de la banqueroute nationale. Le second devoir, il chercha ù l’exécuter en rendant une série de lois destinées à mettre fin à la libre discussion des questions politiques et à refouler l’esprit de recherche qui se montrait de plus en plus actif chaque année : lois qui embrassaient tant de sujets, et dont la portée était si bien calculée, que si l’énergie de la nation ne s’était point opposée à leur complète exécution, de deux choses l’une : ou elles eussent fait disparaître jusqu'au dernier vestige de la liberté du peuple, ou elles eussent provoqué une révolte générale. Pendant plusieurs années, le danger fut si imminent, que, suivant l’opinion des juges les plus compétents, rien n’eût pu l’arrêter, rien, si ce n’est la hardiesse avec laquelle les jurys anglais, par leurs verdicts contraires, résistèrent aux tentatives du gouvernement et refusèrent de sanctionner des

(1) En I7J3 et, par la suite, l’opposition ainsi que la droite déclarèrent que la guerre avec la France était dirigée contre des doctrines et des idées, cl que Ton de ses principaux objets était d'arrêter les progrès des institutions démocratiques Voyez, entre autres exemples , Pari. Hist., t. XXX, pag. 413, 417, 1077, 1199, 12U0, 1283; t. XXXI, pag. 466, 59i, «9, 680, 1036, 1047 ; t. XXXIII, pag. 603, 604; Nicholls, Henllecliong, l. Il, pag. 156, 157.

lois que la courouue avait proposées et auxquelles une assemblée timide et servile avait donné son assentiment (4).

Nous pourrons nous rendre compte de la grandeur de la crise, en considérant les mesures prises à cette époque contre les deux plus importantes de toutes nos institutions, je veux dire la liberté de la presse et le droit de se réunir en meetings pour discuter des questions publiques. Telles sont, au point de vue politique, les deux particularités les plus frappantes qui nous distinguent de tous les autres peuples de l’Europe. Tant qu elles resteront intactes, tant que nous en userons souvent et sans crainte, nous aurons toujours en elles une protection puissante contre les empiétements du gouvernement qu’on ne saurait surveiller d’un œil trop jaloux, et auxquels le pays le plus libre lui-même est sujet. Ajoutons qu’à ces institutions sont attachés d’antres avantages de l’ordre le plus élevé. Encourageant la discussion, elles augmentent la somme de l’intelligence, appelée b agir sur les affaires du pays. Elles accroissent aussi la force totale de la nation, en amenant de nombreuses classes de citoyens à exercer des facultés qui, autrement, sommeilleraient, mais qui, ainsi aiguillonnées, deviennent actives et peuvent tourner au profit de l’intérêt social.

(I) Lord Campbell (Lioet of tfte ChanceUort, t. VI, pag. 449) dit que, si les lois votées en 1794 avaient été mises à exécution par la force, « tlie only chance of escaping servitude would hâve been civil war. » Consulter aussi Urougbarri, Slatesmen t t. 1, pag. 237; t. Il pag. 63, 64, au sujet do notre « escape front proscription and from arbitrary powor... during tbe almost hopeless struggle from 1793 to 1801 . » Ces deux auteurs rendent nu grand et juste hommage aux heureux efforts d'Erskine, un des membres du jury. Eu effet le courage de nos jurés était si déterminé que, en 1794, lors des poursuites contre Tooke, ils ne prirent que huit minutes pour se consulter et rendre un verdict négatif sur tous les points. Stephen, Mem. o f Home Tooke , t. II, pag. 147. Consultez également au sujet de cette crise, Life of Car ttvrigfUj t. I, pag. 210. Lo peuple ue cessa de sympathiser avec les victimes; taudis que le procès contre Hardie se poursuivait, l'attomey-gencral Scott était toujours en butte aux insultes de la populace; même un jour sa vie fut en danger. Twiss, Life of Litton, l. I, pag. IBS, 186. Comparez Holcroft, Memoirs , L II, pag. 180, 181.

Cependant à l'époque dont nous nous occupons, l’on jugea prudent d’amoindrir l'inlluence du peuple : donc il ne convenait pas, se dit-on, que la niasse fortifiât ses facultés en les exerçant, (.es limites de cette introduction ne nous permettent pas de raconter en détail la guerre acharnée que le gouvernement anglais fit, à la fin du dix-huitième siècle, à toute espèce de libre discussion : tout ce que nous pouvons faire, c'est d’indiquer en courapl les poursuites dictées par la vengeance et, chaque fois que le verdict était affirmatif, les châtiments vindicatifs auxquels furent en butte des hommes tels que Adams, Bouney, Crossfield, Trosl, Gérard, Hardy, Holt, Hodson, Holeroft, Joyce, Kidd, Lambert, Margarot, Martin, Muir, Palmer, Perry, Skirving, Stannart, Thelwall, Tooke, Wakefield, Wardell, Winterbotham, qui tous furent traduits devant les tribunaux, et dont un grand nombre furent condamnés à l'amende, à l’emprisonnement ou à la déportation, pour avoir exprimé hautement leurs pensées et s’clre servi d'un langage que, de nos jours, les orateurs, dans les meetings publics, et les journalistes, emploient avec une parfaite impunité.

Néanmoins, les jurés ayant, dans plusieurs cas, refusé de reconnaître la culpabilité de citoyens poursuivis pour ces crimes, on résolut de recourir à des mesures encore plus décisives. En 1795, une loi fut votée, dont le but manifeste était de mettre fin pour toujours à toutes discussions populaires sur des questions politiques ou religieuses. Cette loi interdisait tout meeting public, à moins qu’avis n'en eût été donné, dans un journal, cinq jours auparavant (1), avis

li) « Five days at leasl. • Slot. 36, George M, c. 8, $ 1. Ola s’appliquait aux meeting» : « Holde n for the purpose or ou the preteit of consideriog of or preparing anyr pétition, complaiol , remoustrance , or déclaration, or otber address to the king, or to both hontes, or

devant contenir la déclaration de l’objet du meeting, des lieu et heure où il devait se réunir. Et, pour que le gouvernement eût la haute main sur tout cela, il fut ordonné que non seulement cet avis, ainsi publié, fût signé par des propriétaires, mais encore qu’on en conservât l’original, afin de pouvoir en fournir copie aux magistrats (1 ) chaque fois qu’ils en feraient la demande : menace significative qu’â cette époque l'on comprenait facilement (2). Le bill portail aussi que, même après ces précautions, il serait loisible à tout magistral de contraindre le meeting à se disperser, si, à sps yeux, le langage des orateurs était de nature à exciter à la haine et au mépris du gouvernement ou du souverain -, de plus, ce même magistrat était autorisé à procéder à l’arrestation de ceux qu’il considérerait comme délinquants (3). Ainsi on conférait à un simple magistrat, et cela sans la moindre disposition contre son abus, le pouvoir de dissoudre un meeting et d’en arrêter les moteurs, en d’autres termes, on revêtait un fonctionnaire, nommé par la couronne et amovible, selon le bon plaisir du gouvernement, du droit de couper court â toutes discussions publiques sur les sujets les plus importants. Ce n’est pas

either house, of parlement, for alteration of matters cstablished in rhurch or state, of for tbe pur pose or on the prelext of deliberaling upon any grievance in church or state. • Oo ne faisait exception que pour les meetings convoqués par les magistrats, les personnages revêtus d'un caractère officiel et la majoritédu grand jury (chambre des mises en accusation).

(I) • Justices of the peace. »

(S) Celui qui fera publier l’avis dans le journal ( porte cette loi) • «hall cause such notice

and authority to be carefully preserved and cause a true copy tbere of (if required)

to be delivered to aoy justice of the peace for tho couuty, cily, town, or place «bore such persoo shall résidé, or vrhere such newspaper shall be prioted, and who shall require tbe same. » 36, George 111 , c. 8, § I.

(3) C. 8, 6§ 6 et 7, qui traitent des « meetings on notice » et des personnes tenant un langage qui ira même jusqu'à « tend to incite, » Ces deux paragraphes sont très remarquables.

tout : oo ajouta que si le meeting était composé de douze personnes ou plus, et que si celles-ci ne s’étaient pas dispersées une heure après en avoir reçu l’ordre, dans ce cas, elles étaient passibles de la peine de mort, lors même que le nombre de ceux qui auraient désobéi aux sommations d’un simple magistrat non responsable n’eût été que de douze (I).

En 1779, aux termes d’une nouvelle loi, il fut interdit de faire des lectures publiques ou d’agiter des discussions publiques eu plein air, dans la campagne ou dans un lieu quelconque, sans avoir obtenu des magistrats uue permission spéciale à cet effet. Il fut également ordonné que tous cabinets de lecture seraient soumis au même règlement : personne, à moins d’une autorisation des autorités constituées, n’ayant la faculté de vendre ou louer (2), dans sa maison, journaux, brochures ou livres d’aucune espèce. Avant d’ouvrir des boutiques de cette nature, il fallait d’abord obleuir la permission de deux magistrats, renouvelable une fois au moins tous les ans, et révocable à toute époque intermédiaire (3). Quiconque louait des livres sans l’autorisation des magistrats, ou laissait faire des lectures ou traiter des discussions sur n’importe quel sujet sous son toit, était, pour un crime aussi grave, passible d’une amende de 100 livres sterling par jour : et toute personne qui avait été son complice, soit eu présidant aux dé-

(1) « Il shall be adjudged felony wilhout bcnebl of clergy •' and lhe ofTendern lherein shall ht* adjudged félons, and shall suffcr dealh as in case of felony vithoul benefit of clerjry. • ü6, George III , c. 8, § G.

(It Stat. 39, George ///, c. ?J, § 15.

(3) « The liceose shall be in force for thc spart- of une year and oo longer, or for any less space of lime thcrein to be specified ; and which lirense il «hall be lawful for lhe justices of the peace, • etc., «to révolté and déclaré void, and no longer io force, by any order of such justices;... and Ihere upon such liceose shall ceasc and détermine, and be theoce forth n tterly void and of no t-ffect. » 39, George III. c. 79, $ 48.

bats, soit en fournissant le livre, était, pour chaque délit, passible d'une amende de 20 livres sterling. Ces amendes ruineuses n'étaient pas la seule punition infligée au propriétaire d’un établissement aussi pernicieux ; aux termes de la loi, il était, de plus, exposé à d’autres peines, comme tenant une maison de joie (1).

Pour nous autres modernes, il nous parait quelque peu étrange que le propriétaire d’un cabinet de lecture public non seulement encourût des amendes exorbitantes, mais encore fût traité comme tenant une maison de joie; et tout cela, simplement pour avoir ouvert boutique sans demander la permission <!es magistrats. Tout étrange que cela nous paraisse, — il n’y a rien là que de très plausible, — puisque c’était une partie d’un plan arrêté pour ramener, non seulement les actes des citoyens, mais jusqu’à leurs opinions, sous le contrôle direct du pouvoir exécutif. C’est ainsi que les lois, rendues pour la première fois contre la presse, étaient si discrétionnaires, et les poursuites contre les journalistes si acharnées, qu’on se proposait évidemment de mener à sa ruine tout écrivain qui exprimerait des sentiments d’indépendance (2). Ces mesures, — et d’autres d’un caractère

(I) De telles dispositions sont si incroyables que je citerai de nouveau le texte de la loi : « Every house,room or place, vrhich shall be opened or used as a place of meeting for the purpose of reading books, pamphlets, newspapers, or otber publications, and to vrhich any person shall bc admitt6d by payment of money ( if not regularly licenscd by the authorities) sball be deemed a disorderly ho use ; and the person opening il shall be othervise punished as the law directs in rase of disorderly bouses. » 39, George III , c. 79, § 15. Un peut trouver celte loi en germe dans 36, George III , c. 8, §§ ti-iG. C'est dans l'histoire de la législation que nous pouvons toucher du doigt les parties les plus faibles de l’esprit humain.

(t) Voyez les détails qn'en donne M. Hunt, HUt. of Aewspapera , t. I, pag. 281 284. M. Hunt dit ( pag. 284) : • In addition to ail these laws, directed solcly innards the press, other stalulcs vere ma de to bear upon it, for lhe purpose of repressing the frcc expression of popular opinion. * En 1793, In docteur Currin écrit : • The prosecutions thaï are commenced by government ali overEngland against prinlers, publishers, etc., would astonish you ; and most of these are for offences commitled rnany raouths âge. The printer of th»

semblable, — que nous indiquerons plus loin, soulevèrent de si grandes alarmes qu’aux yeux des observateurs les plus pénétrants, l’état des choses était désespéré, peut-être irréparable. L’extrême abattement avec lequel, à la fin du dix-huitième siècle, les meilleurs amis de la liberté considéraient l'avenir, est trqs remarquable et forme l’un des traits caractéristiques de leur correspondance privée (1). Et, quoiqu’il soit relativement faible le nombre des hommes qui osent exprimer de tels sentiments en public, Fox qui, dans sa hardiesse, s’inquiétait peu du danger, Fox indiqua hautement le moyen de tenir le gouvernement en échec, si rien eût pu le faire; car cet illustre homme d’Étal, qui avait été

Maru'hetler Herald ha» had several indictments preferred against htm for paragraphe in bis paper; and six different indictments for telliug or disposmg of six different copies of Paine, — ail prêtions to the trial of Paine. The man va» opulent, supposed worth 20,0(10 lit.; bot lhese different actions will ruin him.as they were inlended to do. • Corne, Life, 1. 1, pair. 185, 186. Voyez aussi une lettre de Koscoe à lord Lansdowne, Lifevf Hotcoe, t. I, pag. 154, ainsi que Mem. of Holcroft, t. II, pag. 151, 152 : « Printer* and booksellera ail ôter th« kingdom wrre hunted out for proserution. » Consultez en outre Life of CarlV'riyht, 1. 1. pag. 199, itX): Adolphus, Hi*l. of George III , l. V, pag. 525, 526; Mem. of Wakefield , t. II, pag. 69.

(I) Kn 1793, le docteur Currie, après avoir parlé des attentats du gouvernement contre la liberté de la presse , ajoute ; « For my part, 1 foresee troubles, and conceive tbe nation was ne ver in such a dangerons crisis. » Currie, Mem.» t. 1, pag. 186. Ku 1795, Fox écrit (Russell, Mem. of Fox, t. 111, pag. 124, 125) * < There appears to me to be no cboice at présent, but between an absolute sorrender of tbe libortie* of tbe people and a vigoroos exertion, altended, 1 admit, wilh considérable hasard, at a lime like tbe présent. My vûrw of ihingsis, I own, gloomy ; and 1 am convinced that, in a very few years, this government will become complelHy absolu te, or thaï confusion will arise of a nature almostg» inuch to be deprecaled as despotism itself. « La même année le doctenr Raine écrit ( Parr, Work*, t. VII, pag. 533) : « The nmehietous conduct of men in power bas long made Ibis country an uneasy dwolling for tbe moderate and pcaccful man; tbeir présent proceedings render oor situation alarming , and our prospects dreadful. • Voyez également pag. 53Ü. En 1796, l’évêque de Llandeff écrit [Life of Watson , t. II, pag. 36,37) : * The malady which attacks tbe Constitution ( l'inQuenrc de la couronne ) is wilhoul remedy ; violent applications might be used; their succès» would be doublful, and I,for one, never wisb to see tbcm iried. » Consultez aussi le t. I, pag. 222. En 1799, Priestley redoutait une révolution, tout en peosanl en même temps « thaï there was no longer anj hope of a peaccable and graduai refonn « Mem. of Priestley, t. 1, pag. 198,199.

plus d’une fois ministre et qui depuis le fut encore, n’hésita pas à dire en plein parlement (179»), que si toutes les lois infâmes qu’on proposait venaient à être votées, résister au gouvernement ne serait plus qu’une quesliop de prudence, et que le peuple, s’il se sentait à la hauteur de la lutte, aurait parfaitement le droit de s’opposer aux mesures arbitraires par lesquelles ses maîtres cherchaient i'i étouffer ses libertés (1).

Cependant, rien ne put arrêter le gouvernement dans sa course téméraire. Les ministres, qui s'étaient assurés la majorité dans les deux chambres du parlement, purent exécuter leurs mesures, en dépit du peuple, qui s’y opposa par tous les moyens possibles, sauf la violence (2). L'objet de ces nouvelles lois étant d’arrêter l'esprit de recherche et de prévenir des réformes que les progrès de la société ren-

<l) Dans cette' remarquable déclaration, Foi dit que « he bad a rigbt to hope and expecl that the.se bills, which positively repcaled the Bill of Rights, and eut up the whole of the constitution by the roots, by changiog our limiied monarchy inlo an absolute despotism. would not be enacted by parliamcnt againct^be dcclared sense of a great majority of the peuple. If, bowever, ministère were delermincd, by means of the corrupt influence lhey possessed in the two bouses of parliamenl, to pass the bills in direct opposition to tbe declared seose of a great majority of the nation, and they shonld be put in force witb ail their ngorous provisions, if his opinion were asked by the people as to their obedlence, he» sbould tell them, tbat il was no longer a question of moral obligation and dut), but of prudence. Il would, indeed, be a case ofextremity atone which couldjustify résistance ; and the only question would be, whelher tbat résistance was prudent. » Pari. Uisl t. XXXII, pag. 383. Là dessus Windham remarqua, ce que Fox ne nia point, que « the meaning obviously was, that the right hon. gentleman would advise the people, whrnever they were strong enough, to resist the execution of the law. * A celte interprétation Sheridan et Grey donnèrent immédiatement leur assentiment ( pag. 385,387).

(2) « Never had there appeared, in the memory of the oldest mao, so firm and decided a plnralily of adversaries to the mioisterial measures, as on tbis occasion ( t. e in 4795) ; the interest of the public seemed so deeply at stake, that individnals, not only of the decent, but of tbe most vulgar professions, gave up a considérable portion of their lime and occupations in atlending the num erouslneetings thaï were called in every part of the kingdom to the professed inlent of counteracting this altempt of the roinistry. » Note dans Pari.

t. XXX II, pag. 381. Ce fnt à cette époque que Fox lit la déclaration que nous avous citée dans la note précédente.

«Iraient indispensables, on se servit également d'autres expédients tendant aux mêmes dns. Nous n'exagérons pas en disant que, pendant quelques années, l’Angleterre fut gouvernée par le système de la terreur absolue (1). Les ministres du jour, transformant une lutte de parti en une guerre de proscription, emprisonnèrent en masse leurs adversaires politiques qui, une fois sous les verrou x, étaient traités avec une rigueur inique (2). Un citoyen était-il connu pour ses opinions avancées, il courait sans cesse le danger d’élre arrêté : y échappait-il, alors chacun de ses pas était surveillé, et ses lettres particulières étaient, sans aucun scrupule, ouvertes à la poste (3). Il n'est pas jusqu’au secret du foyer domestique qui ne fut violé. Nul adversaire du gouvernement n’était sous son toit à l'abri des fables débitées par des gens toujours aux écoutes ou des indiscrétions des domestiques: la discorde était introduite au sein des familles, la division, entre le père elle fils! Non seulement on n’épargnait rien pour

(I) On le dénomma à cette époque « le règne de la terreur » ( Rcign of Terror ), et c 'était bien en effet pour quiconque était Apposé au gouvernement. Voyez Campbell, Cftuncellors , t. VI, pag. 411 ; Me m. of Wakefield, t. Il, pag. 67, et Trotter, Mon. ofFox , pag. 10.

(3> « The iniquitous System of secret imprisonment, under xrhich Put and Dundas had ’tiow ü lied ail lhe goals witb parliamenlary reformer»; me a who «ere casl inlo dungeoos without any public accusation, and from whom lhe lubeas-corpus suspension act had takea every hopc of redress. i Cookn, Hisl. ofParty, t. III, pag. 447. Au sujet des traitements cruels qu’on faisait subir dans les prisons aux adversaires du gouvernement, consultes Stephens, Mem. of Tooke, t. II, pag. 121, 125, 423; Pari. Hisl., t. XXXIV, pag. 11 i, 113, 126,129, 170,515; t. XXX, pag. 742, 743; Conclurry, Recollections , pag. 46, 86. 87, 140, 223.

(3) Life of Curric, t. II, pag. 160; Stephens, Mem. of Tooke, 1. 11, pag. 118,119.

(4) En 1793, Roscoe écrit : • Every man is called on lo be a spy upon his brolher. • Life of Roscoe, 1. 1, pag. 127. Rapprochez les paroles de Fox {Pari. Hist., t. XXX, pag. 21 ); ce que le gouvernement a fait, dit-il, c’est « to creet every man, not merely into an inqnisitor, but into a judge,a spoy.an informer,— to set fatberagainst fatber, brolher againsl brolher. and in this way yon expert to maintain the tranquillily of lhe conntry. ■ Voyez également i . XXX, pag. 1529, ainsi qn’uo passage remarquable dans Colcridge, Hiog. Lit. (t. 1, pag. 192) sur l'étendue de « secret defamation » en 1793 et après. On trouvera d'antres preuves de cet horrible état de la société dans Mem. of Holcrofl, t. Il, pag. 150, 151, et Stephens, Mem. of Home Tooke , t. II, pag. 115, 116.

DK I.A CIVILISATION KN ANGLETERBE.

bâillonner la presse, mais les libraires étaieut en butte à des poursuites si incessantes qu'ils n’osaient publier un ouvrage dont l’auteur n'eùt pas été vu d'un bon œil à la cour (1). En somme, on proclamait ennemi de la patrie quiconque faisait opposition au pouvoir (2). Les réunions politiques et les meetings publics étaient strictement interdits. Tout chef du parti populaire était en danger, tout rassemblement dispersé par les menaces ou par la soldatesque. Les hideux rouages qui avaient fonctionné aux jours les plus sombres du dix-huitième siècle furent remis en vigueur : espions salariés, témoins subornés, jurés soigneusement choisis (3). L'essaim des émissaires du gouvernement s’abattait sur les hôtels, les tavernes et les clubs, délateurs qui consignaient dans leurs rapports jusqu’aux paroles les plus irréfléchies de la conversation ordinaire (4).

(1) Ce oe fut qu'avec la plus grande difficulté que Tookc put trouver uo éditeur pour son grand ouvrage philologique The Diversions of Purley. Consultez Stephens, Hem. of Tooke, t. IV» pag. 3*5-348. En 1798, Foi écrivait à Carlwright (Life ofCarticright, t. I, pag. 248i : «The decision agaiost Wakefield's publishcr appears to me décisive against tho liberty of tbe press : and, indeed, after it one can hardly conçoive how any prudent statesman can ventoreto publish anything lhat can, ioany way, be disagreeable to the ministère. »

Of» Ceux qui étaient opposés à la traite des noirs étaient traités de jacobins et de t anémié* to the ministère. » Ainsi on déclara le célèbre docteur Currie jacobin et « an enamy to his country, » pour avoir exposé avec indignation les honteux traitements que le gouvernement anglais, en 1800, infligeait aux prisonniers français. Life of Currie, 1. 1, pag. 330, 332 ; Life of Wilber force, t. I, pag. 342-344; I. Il, pag. 18, 133, Pari. 1/isl., t. XXX, pag. 654; t. XXXI, pag. 467; t. XXXIII, pag. 1387; t. XXXIV, pag. Î119, 1485.

(3) Life of Cartwright, t. 1, pag. 209; Hunt, Hist. of Neujspapers , t. 11, pag. 104; Belsham, Hist., I. IX, pag. 227 ; Adolpbus, //<>(., t. VI, pag. 264; Annual Registre for 1795, pag. 156, 160; Stephens, Hetn . of Tooke, t. II, pag. 118; Life of Currie, 1. 1, pag. 172; Campbell, Chan/'tllors , t. VI, pag. 316; t. VII , pag. 316; Life of Wilber force , t. IV, pag. 369, 377; Pari. Hist., t. XXXI, pag. 543, 667, 668, 1067; t. XXXII, pag. 296, 302, 366, 367,374, 664; l. XXXV, pag. 1538, 1540; llolcroft, Mémoire, t. II, pag. 490.

(4) Outre les passages auxquols nous renvoyons dans la note ci-dessus, consultez Hutton, Life of Himself, pag. 209; Campbell, Chancellors, t. VI, pag. 441; t. VU, pag. 104, et Adolphus, Hist. of George U/, t. VI, pag. 45. En 1798, Caldvcll écrivait À sir James Smith (Correspondence of Sir J. E. Smith, t. Il, pag. 143) : «The power of thecrovu is become irrésistible. The uewscheme of inquisition into every man’s priva te circumstances is bryond any atteropt I hâve ever heard of under Louis XlV. »

Ne pouvait-on arriver par ce moyen à composer un dossier de preuves, il restait une autre ressource dont on usait sans réserve : les effets de la loi sur I ’Habeas corpus étant indéfiniment suspendus, il était loisible à la couronne d’emprisonner, sans comparution préalable devant un magistrat et pour un temps indéterminé, tout individu qui déplaisait au ministère : quant à son crime, on ne se donnait pas la peine d’en établir les preuves (1),

C’est ainsi qu’à la fin du dix-huitième siècle, le pouvoir en Angleterre, sous le prétexte de protéger les institutions du pays, opprima le peuple, pour le seul avantage duquel ces institutions devraient exister. Tout le mal ne se borna pas là. Ces attentats contre le progrès des idées se rattachaient intimement au monstrueux système de politique étrangère qui nous a imposé le fardeau d’une dette inouïe. Afin d’en payer les intérêts et de faire face aux dépenses courantes d’une administration éhontée et dissipatrice, on frappa d’impôts presque tous les produits de l’industrie et de la nature. En général, ces taxes retombèrent sur la masse du peuple (2), qu'elles plaçaient ainsi dans une position des plus cruelles. Non contentes de refuser au reste de la nation des

(I) En 1794, Fox, dans son discours sur la loi sur la suspension de l 'Habeas Corpus, dit : « Every man who talked freely, cvery mao who dclesled, as bc did front bis hearl, this war , mighl In*, and would be, in ibe hands and at tbo roercy of ministère. Living under such a goverumenl, and bcing subjccl to insurrection, comparing lhe two ev il», be confessed, he thoughl tbe exil they were prelending to remedy, was less than the one lhey Were going to inflicl by the remedy itsclf. » Pari Hisl., t. XXXI, pag. 509. En 1800, lord Holland établit, 4 la chambre des lords, que » of the seven y cars of the war, tbe habeas corpus acl bad been suspended fi ve ; and, of tho multitudes who bad beeo imprisoncd in virtue of tbat suspension , few had beeo bronght to trial, and only one ronvicted. » T. XXXIV, pag. 1486 Voyex également l. XXXV, pag. .609, 610. Relativement à l'effet que produisit sur la littérature ia suspension de la loi sur P Habeas Corpus, consultez LifeofCurric, 1. 1, pag. 506 (i) On eu trouvera la preuve décisive dans Porter, Progrès» of the Nation, t. Il, pag. 283-285. Au sujet de l’accroissement énorme des dépenses et des impôts, consultez Pellcw, Life of Sidmouth, 1. 1, pag. 358; t. II, pag. 47.

réformes instamment demandées, les hautes classes forcèrent le pays h subvenir aux frais des précautions que, par suite de ce refus même, l’on jugea nécessaire de prendre. C’est aiusi que le gouvernement rogna les libertés du peuple et dissipa le fruit de son industrie pour protéger ce même peuple contre des idées que l’accroissement des lumières avait fait pénétrer irrésistiblement dans son sein.

Est-il donc étonnant qu’en présence de ces faits, quelques observateurs des plus profonds aient désespéré des libertés de l'Angleterre et cru qu’avant peu d’années, un gouvernement despotique serait fermement établi? Et nous-mêmes, qui, contemplant ce spectacle à la distance d’un demi-siècle, pouvons le regarder d’un œil plus calme, et possédons en outre l’avantage d'un savoir plus étendu et d’une expérience plus mûre, nous devons avouer qu'en ce qui touche aux événements politiques, le danger était plus imminent qu’à aucune autre époque depuis le règne de Charles I". Un point quel’on perdit de vue alors, et qui a été trop sou vent oublié de nos jours, c’est que parmi les nombreuses parties qui composent l’histoire d’un grand pays, les événements politiques n’en constituent qu'une seule. D'un côté, dans la période que nous venonsd’étudier, le mouvement politique fut plus redoutable qu’il ne l’avait été pendant plusieurs générations. D’un autre côté, le mouvemeut intellectuel, fut, ainsi que nous l’avons vu, extrêmement favorable, et son inlluence s’étendit rapidement. Aussi, tandis que le gouvernement tendait vers une direction, les lumières du pays tendaient vers une autre; et, retenus en arrière par les événements politiques, les événements intellectuels nous poussaient en avant. Par là, les ' principes despotiques qui avaient cours forcé furent jusqu’à un certain point neutralisés : et, malgré l’impossibilité où

l'on était de les empêcher de causer de grands maux, ces maux n’en eurent pas moins pour effet d’accroître parmi le peuple la résolution de réformer un système sous lequel pouvaient se produire des calamités semblables. Tout en ressentant le mal, grâce aux connaissances qu’il avait acquises, il découvrit le remède. Il vit que les hommes qui étaient à la tète des affaires étaient tyranniques; mais il s’aperçut aussi qu’un système qui assurait à des personnages une telle autorité devait être faux. Cela confirma son mécontentement et justifia la détermination qu'il avait prise d’effectuer un nouvel arrangement qui lui permît de faire entendre sa voix dans les conseils de l’État (i) : détermination qui, on a à peine besoin de le dire, gagna en force de plus en plus, jusqu'au jour où elle enfanta les grandes réformes législatives qui ont déjà illustré ce siècle-ci, rénové le caractère des hommes d’État et transformé de fond en comble le parlement anglais.

Ainsi, dans la dernière partie du dix-huitième siècle, l’accroissement et la diffusion des lumières furent, en Angleterre, en opposition directe avec les événements politiques qui surgirent durant la même période. J’ai tâché de faire ressortir l’étendue et la nature de cet antagonisme aussi clairement que me l’ont permis la complexité du sujet et les limites de cette introduction. Nous avons vu que, à prendre le pays dans son ensemble, la tendance évidente des choses

(l) Un observateur attentif des événements qui se passèrent 1 la lin du xtiii* siècle noos dit ce qu'au débat da xn* siècle commençaient 4 sentir vivement la plupart des citoyens doués d’un jugement droit et sain , et qui n'avaient aucun intérêt 4 la corruption de l'époque : « Immoderate taxation, the resull of the unnecessary ware of the reign of George III, is the cause of our embarrassmeots ; and that immoderate taiation ha* been occasioned by the House of Gommons being coroposed of men nol interested to prolect the property of the peuple. » Nicholls, Hr collection» t 1. 1, pag. 213.

était «l’affaiblir l'autorité de l’Église, de la noblesse et du trône, et de douner libre jeu à la puissance du peuple. A ne plus considérer, toutefois, la nation dans son ensemble, pour nous eu tenir simplement û son histoire politique , nous trouvons que le caractère individuel de Georges III, et les circonstances au milieu desquelles il monta sur le trône, le mirent à même d’arrêter le grand progrès et, pour un temps, de causer une dangereuse réaction. Heureusement pour les destinées de l’Angleterre, les principes de liberté que le roi et ses partisans voulaient détruire avaient acquis une telle force avant son règne, ils s’étaient tellement répandus, que non seulement ils résistèrent à la réaction politique, mais aussi semblèrent puiser dans la lutte une nouvelle vigueur.

On ne saurait nier que le combat ne fût rude et ne subit une phase critique. Cependant, telle est la force des^dées libérales, une fois qu’elles ont pris racine dans l’esprit du . peuple que, malgré les épreuves qu’elles eurent à traverser, malgré les punitions infligées à leurs défenseurs, il fut impossible de les étouffer; impossible même d’en prévenir l'expansion. Des doctrines subversives dirigées contre tous les principes de liberté trouvèrent dans la personne du souverain un protecteur, dans le gouvernement des sectaires avoués, et des défenseurs zélés dans les classes les plus puissantes : des lois conformes à ces doctrines furent inscrites sur notre livre des statuts, et mises à exécution par les cours de justice. Tout fut inutile. Dans l’espace de quelques années, cette génération commença à disparaître pour être remplacée par une meilleure, et le système de la tyrannie échoua. C'est ainsi que dans tout pays qui jouit, ne serait-ce même que d’une liberté moyenne, échouera nécessairement tout système qui s’opposera à la marche des idées et accueillera des

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doctrines et les institutions contraires à l'esprit du siècle. Dans une lutte de cette nature, le résultat suprême n’est jamais douteux ; car la force d’un gouvernement arbitraire ne dépend absolument que d’un petit nombre d'individus qui, quels que puissent être leurs talents, sont exposés, après leur mort, à n’avoir pour successeurs que des gens timides et incompétents. Quant à l’opinion publique, sa force n’est pas sujette à ces éventualités, les lois de la mortalité ne l’affectent pas : elle ne grandit pas aujourd'hui pour baisser demain; et, loin de dépeudre de la vie de certains individus, elle est régie par les grandes causes générales qui, en raison même du cercle immense quelles embrassent, sont à peine visibles dans des périodes restreintes : mais que l’on compare de vastes périodes, et l’on trouvera que ces causes l’emportait sur toutes autres considérations et réduisent à néant v ces vils stratagèmes au moyen desquels princes et hommes d’Élat prétendent dérauger l’ordre des choses et façonner à leur volonté les destinées d’un grand peuple civilisé.

Vérités profondes et générales, que tout homme qui, en outre d'une connaissance suffisante de l’histoire, a réfléchi sur la nature et les conditions de la société moderne, mettra à peine en doute. Mais à l’époque que nous venons d’étudier, les chefs d'Élat qui, non contents de se croire capables d’arrêter le développement des idées, se méprirent entièrement sur le but et l'objet des gouvernements, négligèrent tout à fait ces vérités. L’on s’imaginait alors que le gouvernement était fait pour la minorité, aux désirs de laquelle la majorité était tenue de se soumettre humblement. L’on s'imaginait que le pouvoir de créer des lois devait toujours rester entre les mains de quelques classes privilégiées; qu’en fait de lois tout ce que la nation avait à faire , c'était d’y

obéir (1), et que s’assurer de l’obéissance du peuple en l’empêchant de s’éclairer par la diffusion des lumières était le devoir de tout sage gouvernement (2). N’est-il pas remarquable que ces idées, et la législation qu’elles avaient engendrée, aieut si complètement disparu, dans l’espace de cinquante ans, qfiernème, parmi les hommes les plus ordinaires elles ne trouvent plus de défenseurs. N’est-il pas plus remarquable encore que cette grande transformation se soit accomplie, non point à l’aide d’événements extérieurs ou de l'insurrection soudaine du peuple, mais de l’action isolée de la force morale, de la pression muette, quoique écrasante, de l’opinion publique? Telle a toujours été à mes yeux la preuve convaincante de la marche naturelle et, si je puis m’exprimer ainsi, salutaire de la civilisation en Angleterre : preuve de souplesse aussi bien que de gravité d’esprit, que n'a jamais déployé aucune autre nation. Un autre peuple n’eût échappé à cette crise qu’en traversant une révolution qui aurait peut-être coûté plus cher qu’elle n’eût rapporté. La vérité, néanmoins, est qu’en Angleterre la marche des choses que je me suis efforcé de retracer depuis le seizième siècle a donné au peuple anglais la conscience de ses propres ressources et le talent et l’indépendance pour s’en servir; tout cela imparfait, sans doute, mais qu’aucune grande

(1) L’èvéque Horley, le grand champion du régime de cette époque, dit à la chambre de* lords en 1793 • lhat he did nol know what thc mass of the peuple in any country had to do vith the lairs Lut lo obey them. » Cooke, Hi«L of Partÿ, t. III, pag. 135. Consulte* f.odwm. On Population, pag. 569.

(2) Lord Cockburn (Lifcof Jefft'ey, 1852, 1. 1, pag. 67, G8 ) dit : «Iftherewas anypriociple lhat wa* revereuced as indispu table by almosl lhe whole adhérents of the party in power sixty,or evea fifty, or perhaps even fort y years a?o, it was lhat the ignorance of the people was necessary for lheir obedicnco to the law. » L’un des arguments en faveur de ce principe était • thaï lo exteud instruction would he to mulliply the crime of forgery? • Porter, Proçress of ihr Nation, t. III, pag. 2U6.

nation en Europe ne possède au même point. En outre, d’autres circonstances que nous indiquerons plus tard (1), avaient, dès le onzième siècle, commencé à agir sur notre caractère national et avaient concouru à lui départir celte hardiesse opiniâtre en même temps que ces habitudes de prévoyance et de circonspection, auxquelles i’elprit anglais doit sou originalité. Chez nous, la prudence est donc venue tempérer l'amour de la liberté, et calmer sa violence sans toucher à sa force. Voilà ce qui, plus d’une fois, a appris à notre peuple à endurer même une tyrannie vexatoire plutôt que de courir le risque de se soulever contre ses oppresseurs ; à arrêter leur action, enfin à ménager ses forces jusqu’au jour où il puisse s’en servir avec un effet irrésistible. Précieuse et grande habitude qui a fait le salut de l’Angleterre à la fin du dix-huitième siècle. Le peuple se fut-il soulevé, c’était la suprême partie qu’il eût jouée, et personne ne peut dire quel aurait été le résultat de ce coup désespéré. Heureusement pour eux, et pour leur postérité, les Anglais patientèrent encore un peu, disposés qu'ils étaient à attendre leur heure et à épier le tour des choses. Leurs petits-fils recueillent la récompense de celte noble conduite. Après un intervalle de quelques années, la crise politique commença à diminuer, et le peuple reprit ses anciens droits : car ces droits, pour avoir été confisqués, n’étaient pas anéantis, par la simple raison que l'esprit, l’esprit créateur, subsistait encore. Et qui douterait que, si ces temps funestes s’étaient prolongés, la même ardeur qui avait animé nos ancêtres sous le règne de Charles 1 er , n’eùt pas de nouveau éclaté, précipitant la société dans le gouffre d'une révolution.

(i) Se re^rler aux chapitres n et i,qui traitent Je l'histoire do l’esprit do protection.

dont l’idée seule fait peur. Cependant, tous ces désastres furent évités ; non qu’il ne se produisit quelques tumultes populaires sur différents points du pays, et que la conduite du gouvernement ne causât le plus grave mécontentement (I), mais la masse du peuple resta impassible, réservant ses forces pour des jours meilleurs : ce fut alors qu’au profit du peuple il se forma dans l’État un nouveau parti , qui alla défendre ses intérêts jusque dans l’enceinte du parlement.

Cette grande et salutaire réaction commença dans les premières années de ce siècle, mais elle fut accompagnée d’événements si compliqués et si peu étudiés jusqu’ici, que je ne saurais me proposer de les retracer, ne fut-ce même que rapidement, dans cette introduction. Il suffira de dire (ce que chacun doit savoir) que, depuis près de cinquante ans, ce mouvement s’est poursuivi avec une rapidité continue. De tout ce qu'on a fait, rien qui n’ait accru l'influencedu peuple. On a porté coup sur coup aux classes qui étaient autrefois les uniques dépositaires du pouvoir. Le bill de réforme, l’émancipation des catholiques et l’abrogation des lois sur les grains, tels sont les trois points que l’on s’accorde à regarder comme les triomphes politiques de notre génération. Chacune de ces grandes mesures a ruiné un parti puissant. L’extension du suffrage a diminué l’influence des classes nobles et renversé la grande oligarchie des propriétaires fonciers qui firent longtemps la loi à la chambre des communes. L’abolition du système de protection a affaibli encore davantage l'aristocratie territoriale, tandis que l’abolition

(!) Sir Alison remarque dans son Hislory (t. IV, pa*. 213) how widely tbe spirit of disconlent va» dilTuseü » en 1796; la seule chose qui puisse étonner, c'est la patience du peuple, mais c’est 14 une de ces questions que les écrivains de son siècle ne considèrent jamais.

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des « Test and Corporation acls, » et plus tard l’entrée des catholiques au parlement, ébranlèrent fortement les sentiments superstitieux qui forment les principaux supports de l'ordre ecclésiastique : ce n’est pas sans raison qu’on regarde ces deux dernières mesures comme établissant des précédents funestes aux intérêts de l’Eglise anglicane (I). Ces réformes et d’autres aujourd’hui évidemment inévitables, ont déjà enlevé et continueront à enlever le pouvoir des mains de certaines classes de la société pour le reporter sur la masse du peuple. Le progrès rapide des idées démocratiques est un fait que personne n’ose nier aujourd'hui : mouvement qui alarme les timides et les ignorants, soit, mais enfin mouvement que tout le moude reconnaît. Qui donc s’aventure maintenant à parler de tenir le peuple en bride ou de résister à sa volonté bien exprimée? On se borne à dire qu’il faudrait lâcher de montrera la masse quels sont ses véritables intérêts et d’éclairer l’opinion publique; mais qui ne confesse qu’une fois que l'opinion publique s’est prononcée, tout doit céder devant elle? Tout le monde est d’accord sur ce point; ce nouveau pouvoir qui fait peu à peu rentrer dans l'ombre tous les autres, compte aujourd’hui au nombre de ses serviteurs ces mêmes ministres qui, eussent-ils vécu soixante ans

(1) L’évoque Burgess, dans une Ictlre à lord Melbourne, se plaint amèrement de ce que l'émancipation catholique fut « the extinction of llie porely Protestant chararter of the British législature. » Harford , Life of Borges*, pag. 506. Voyei également pag. 238, 239, 369, 370. Il n'y a pas de doute que l’évéque u 'appréciât justement le danger qui devait en résulter pour son parti; quant anx • Corporation and Test Acts > qui, ainsi que le dit un autre évêque (Tomlinp, Life of Pilt, t. Il, pag. 604), werc justly regarded as the firmesl bulwarks of the Briiish Constitution, ► le clergé y était tellement attaché qu’à une réunion à evèqnes, tenue en 1787, il n’y eut que deux membres qai fussent disposés à abroger ces lois vexatoires. Consultez liishnp Watson’s Life of Himself, 1. 1, pas. 261 Lord bidon qui, jusqu'à la dernière heure, lutta en faveur de l'Église, déclara que le bill par lequel on proposait de rappeler ces lois était • a revolutionary bill. • Twin, Lifeof F.Hun, 1. 1|,

plus tôt, auraient été les premiers à nier son autorité , à tourner ses prétentions en ridicule, et, s’il eût été possible, à étouffer sa liberté.

Voilà l’abirne béant qui sépare les hommes d’Étal de nos jours de ceux qui florissaient sous le système exécrable qjie Georges III chercha à perpétuer. El il est évident que ce qui a amené ce vaste progrès, c’est plutôt la destruction du système que l’amélioration des hommes. Il est évident aussi que le système périt parce qu’il n’était pas approprié au siècle; en d’autres termes, parce qu'un peuple progressif ne tolérera jamais un gouvernement non progressif. Mais c’est un simple fait -historique, que nos législateurs, jusqu’à la dernière heure, furent si épouvantés à l’idée seule d’innovation, qu’ils refusèrent toute réforme jusqu’au jour où la voix du peuple s’éleva assez haut pour les rappeler à la soumission et les contraindre à faire les concessions que, n’eût été cette pression, ils n’auraient jamais faites.

Cela devrait servir de leçon à nos hommes d'Élat; cela devrait aussi faire rabattre à nos législateurs de leur présomption et leur apprendre que les meilleures mesures ne sont que des expédients passagers qu’il sera donné à un âge plus avancé et plus mûr de détruire. Il serait bon que des réflexions de celte nature vinssent réprimer l'assurance, et couper court à la loquacité de ces personnages superficiels qui, élevés pour un jour au pouvoir, se croient tenus à se constituer les garants de certaines institutions et à soutenir certaines opinions. Qu’ils comprennent donc bien qu’il ne leur appartenait pas d’anticiper ainsi sur la marche des affaires et de pourvoir à des éventualités éloignées. Oui, dans des cas peu importants, cela peut se faire sans danger, quoique, ainsi que nous le prouvent suffisamment les chan-

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