CHAPITRE XVI
État de l'Ecosse jusqu'à la fin du quatorzième siècle.
Dans le tableau que nous venons de tracer de la grandeur et de la décadence de l'Espagne , nous avons cherché à peindre les gradations successives par lesquelles une nation, qui fut autrefois Tune des plus grandes de la terre, s'affaissa et fut renversée de son haut piédestal. Si nos regards se reportent sur cette histoire, quelle scène frappante se déroule devant nous ! Ainsi voilà un pays, où la nature a prodigué toutes ses richesses, pays dont les habitants sont braves, fidèles et religieux ; de plus, à l'abri, par sa position géographique, des risques des révolutions européennes qui, grâce à l'opération des causes générales que j'ai indiquées, s'élève tout à coup à une grandeur inouïe; et puis, sans que la moindre combinaison nouvelle se produise, par la simple continuation des mêmes causes, tombe avec la même rapidité. Cependant ces vicissitudes, tout étranges et surprenantes qu'elles paraissent, sont parfaitement régulières. Elles sont la conséquence naturelle d'un état social où, l'esprit de
protection étant arrivé à son comble, tout se fait pour le peuple et rien par le peuple. Partout où cet état de choses est en vigueur, la politique peut progresser, mais la nation reste stationnaire. Agrandissement de territoire, gloire et puissance portées au plus haut point, amélioration dans les rouages de l'administration, dans le maniement des finances, dans l'organisation de l'armée, dans la pratique et la théorie de la guerre, dans les jongleries de la diplomatie, enfin dans tous ces divers expédients qui permettent à une nation de duper et d'insulter un autre pays, tout cela, dis-je, peut s'accomplir, mais loin de profiter au peuple, tous ces avantages se retourneront contre lui de deux façons différentes. En premier lieu, plus l'influence des classes dominantes augmente, plus s'accroît et tend à passer à l'état chronique, ce respect aveugle et servile que les hommes ne sont que trop portés à ressentir pour ceux qui sont au dessus d'eux, et partout où domine cet esprit, il a été funeste aux plus nobles qualités du citoyen, et, par suite, à la grandeur durable de la nation. En second lieu, par cela même que les ressources du pouvoir exécutif se multiplient, le pays est aussi incapable que peu désireux de corriger les erreurs de ceux qui sont à la tête des affaires. C'est pour cela qu'en Espagne, comme en tout pays placé dans les mêmes circonstances, au moment même où tout présente l'aspect le plus florissant, au fond, la gangrène exerce ses plus grands ravages. En présence de magnifiques triomphes politiques, la nation se précipite vers sa ruine, et la crise s'approche à grands pas : alors, l'édifice tout entier étant bouleversé, rien ne subsiste plus, rien, si ce n'est le mémorable exemple, fécond en enseignement, des conséquences qui s'ensuivront infailliblement chez un peuple qui, s'abandonnant à la
superstition et au respect aveugle de l'autorité, abdique ses propres fonctions, récuse toute responsabilité, renonce à remplir ses plus hauts devoirs et se ravale jusqu'à servir d'instrument passif aux volontés du trône et de l'autel.
Telle est la grande leçon que nous retirons de l'histoire de l'Espagne. L'histoire de l'Ecosse nous donnera une autre leçon d'un genre différent et pourtant identique. Dans ce dernier pays, les progrès de la nation ont été fort lents, mais, après tout, fort sûrs. Le sol en est des plus ingrats; le pouvoir exécutif, sauf de rares exceptions, a toujours été faible ; et le peuple ne s'est jamais courbé sous le faix des sentiments de fidélité que la force des choses imposa aux Espagnols. Assurément, ce n'est pas d'un attachement superstitieux pour leurs princes qu'on pourrait accuser les Écossais (1). Nous autres Anglais, nous n'avons pas toujours usé de la plus grande tendresse vis-à-vis de nos souverains, et parfois nous les avons châtiés avec une sévérité que certaines gens trouvent excessive. Voilà ce que nous ont reproché maintes fois les nations plus soumises du continent; et, en Espagne particulièrement, notre conduite a excité une suprême horreur. Mais rapprochons notre histoire de celle de nos voisins du Nord, et nous serons bien forcés de nous décorer du titre de peuple doux et bénévole (2). Les rébel-
(1) Un de leurs historiens dit arec une certaine satisfaction : c But the Scots were seldom distinguished for loyalty. > Laing, Hist. of Sootland, édit. 1819, t. III, pag. 199. Voye* aussi pag. 366. Brodie {HUt. of the BriH&h Empire, 1. 1, pag. 383) : « The little respect paid to royalty is conspicuous in every page of Scottish history. » On encore, selon les termes de Wilkes, parlant a la chambre des eommants : « Scotland seems, indeed, the natnral foyer of rébellion, as Egypt is of the plagne. » ParL Hist., t. XIX, pag. 810. Et Nimmo (HUt. ofStirlingshire, 1777, pag. 219) : «Never was any race of monarchs more nnfortunate than the Scottish. Their reigns were gwjerally turbulent and disai trous, and their own end often tragical. >
(2) Un Écossais bien connu au dix-septième siècle va jusqu'à dire dédaigneusement en parlant des Anglais : tSuch is the obsequiousness,and almosUuperstHîous dévotion of that
lions ont plus abondé en Ecosse que partout ailleurs : les Écossais ont fait la guerre à presque tous leurs rois et en ont décapité un certain nombre. Pour ne parler que d'une dynastie, voici comment ils se comportèrent : Jacques I er et Jacques III sont massacrés ; révolte contre Jacques II et Jacques VII; Jacques V est saisi et jeté en prison ; Marie Stuart condamnée à la réclusion dans une forteresse et plus tard dépossédée de la couronne : son successeur, Jacques VI, est emprisonné : on le promène, couvert de chaînes, par tout le pays, une fois même on attente à ses jours. Us déployèrent la plus grande animosité contre Charles I er et ils furent les premiers à couper court à sa folle carrière. Trois ans avant que les Anglais osassent se soulever contre le tyran, les Écossais prirent hardiment les armes et marchèrent contre lui. Le service qu'ils rendirent à la cause de la liberté est immense, et on ne saurait trop l'estimer ; mais ce qu'il y a de singulier dans cette affaire, c'est qu'après s'être emparés de la personne de Charles, ils le vendirent aux Anglais en retour d'une grosse somme d'argent dont ils avaient un pressant besoin, en raison de leur pauvreté. On ne trouve pas d'exemple d'une pareille vente dans l'histoire; et, quoique les Écossais eussent pu alléguer, non sans raison, que c'était le seul profit qu'ils eussent retiré, ou pussent jamais retirer, de l'existence de leur prince héréditaire, néanmoins,
nation towards their prince, a Saillies, Lettera, t. 1, pag. 204. Ceci toutefois était écrit en 1639; depuis lors nous en avons assez fait ponr effacer ce reproche. En revanche, an auteur anglais dn dix-septième siècle, poussé par l'indignation, accuse les Écossais (et c'est là une évidente exagération ) d'avoir mis à mort quarante de leurs rois : « Forty of their kings hâve been barbarously murdered by them; and half as many more hâve either made away vrith tbemselves, for fear of their torturing of them, or bave died miserably in strait imprisonment. » Account ofScotomdj tnl670, Harleiun MisceUany, édit. Park, 1810, t. VI, pag. 140. Se reporter à deux curieux passages dans Shield, Hinci let Loose, 1687, pag. 8,9,15.
ce fait est unique dans son genre ; il est sans précédents, on ne l'a jamais imité, et c'est un symptôme frappant de l'état de l'opinion publique et des sentiments du pays où il a pu se produire.
Cependant, si, en ce qui touche au respect envers l'autorité, le contraste entre l'Ecosse et l'Espagne est complet, il y a, chose étrange à dire, la plus étroite ressemblance entre ces deux pays, sous le rapport de la superstition : toutes deux, ces nations ont permis à leur clergé d'exercer une immense domination, et elles ont soumis leurs actes et leur conscience à l'autorité de l'Église. Gomme corollaire naturel, dans ces deux pays, l'intolérance a été et est encore un mal criant; et, en matière de religion, ils partagent habituellement en commun une bigoterie, certes, honteuse pour l'Espagne, mais cent fois plus honteuse pour l'Ecosse, qui a produit beaucoup de philosophes très illustres, qui étaient tout disposés à élever les aspirations du peuple, mais qui ont vainement tenté d'effacer la tâche grave qui dépare la beauté de l'esprit national et tend à neutraliser ses autres qualités (et elles sont nombreuses et admirables).
C'est là le paradoxe apparent, la difficulté réelle de l'histoire d'Ecosse. Que le savoir n'ait pas produit dans ce pays les effets qui partout ailleurs en découlent; que, dans une nation adonnée à une grossière superstition, se rencontre une littérature hardie et amie du libre-penser, mais impuissante à diminuer cette superstition ; que le peuple tienne tête sans cesse à ses rois et se prosterne toujours devant ses prêtres ; que, libéral en politique, il soit intolérant en religion ; enfin que, comme corollaire naturel de tout cela, des hommes qui dans l'étude des faits visibles et extérieurs, ainsi que dans la voie pratique, déploient une finesse et une audace
presque sans égales dans tout ce qui a trait à la vie spéculative et à des questions de théorie, tremblent comme des brebis devant leurs pasteurs, et acquiescent à toutes les absurdités qu'ils peuvent ouïr, si elles ont reçu la sanction de l'Église, que tous ces contrastes puissent coexister; voilà, dis-je, qui semble à première vue une étrange contradiction, et est, à coup sûr, un phénomène digne d'être soigneusement étudié. Indiquer les causes de cette anomalie, dépeindre les résultats qu'a entraînés cette anomalie, tel sera l'objet de la dernière partie de ce volume : sans doute, cette étude sera quelque peu étendue ; mais, je l'espère, elle ne sera pas prolixe aux yeux de ceux qui reconnaissent l'importance de cet examen et qui n'ignorent pas combien les historiens même les plus complets de la nation écossaise ont négligé ces recherches.
En Ecosse, comme partout ailleurs, le cours des choses a été influencé par la position géographique du pays : par là, j'entends, non seulement ses particularités intrinsèques, mais aussi sa situation vis-à-vis des pays environnants. L'Ecosse est proche de l'Irlande, contiguë à l'Angleterre, et, grâce à la proximité des îles Orcades et Shetland, elle fut éminemment exposée aux attaques de la grande race des pirates qui, pendant plusieurs siècles, habita la péninsule Scandinave. Considérée simplement en elle-même, elle est montagneuse et stérile ; la nature y a semé de tels obstacles que, pendant longtemps, il fut impossible d'ouvrir des voies de communications régulières entre ses différentes parties : ce ne fut même que dans la seconde partie du dix-huitième siècle que les Highlands jouirent de ces améliorations (1).
(1) En Angleterre les moyens de communication étaient pitoyables; en Ecosse c'était
Enfin, et ce point, comme nous le verrons bientôt, était très important, le sol le plus fertile de l'Ecosse est au sud , et, par conséquent, il était sans cesse ravagé par les Anglais limitrophes. De là, l'accumulation des richesses entravée ; l'agrandissement des villes arrêté, par suite des risques con-
bien pis. Morer, rendant compte de ce qu'il vit en 1689, dit : « 6tage-coaches they bave none ; yet there are a few Hackney's at Edinburgh, which they may hire înto the conntry apon urgent occasions. The truth is, the roads will hardly allow 'em those cooveniences, which is the reason that their gentry, men and women, chose rather to use their horses. > Morer, Account ofScotland. Lond., 1701, pag. 34. A l'égard du nord de l'Ecosse, nous lisons ce qui suit daté d'Inverness entre 1726 et 1730 : « The Highlands are but little known even to the inhabitants of the low country ofScotland, for they hâve «ver dreaded the difficultés and dangers of travelling among the mountains; and, when some extraordirfary occasion has obliged any ooe of them to snch a progress, he has, generally speaking, made his testament before he set ont, as though he were entering upon a long and dangerous seavoyage, wherein it was very doubtful if he should ever return. > Letters from a Gentleman in the North ofScotland, édit. Lond., 1815, 1. 1, pag. 4. Entre 1720 et 1730, on creusa des rentes militaires dans certaines parties des Highlands. cBut they were laid down by a practical soldier, and destined for warlike purposes, with scarcely any view towards the ends for which free and peaceful citizens open up a System of internai transit, a Burton, Hist. of Scotland, t. Il, pag. 285. Consultez en outre Chalmers, Caledonia, t. II, pag. 96. Ce qui confirme ce fait, c'est qu'entre Inverness et Edimbourg, « until 1755, the mail was conveyed by men on foot. » Account of Invernesshire, M'Culloch, British Empire, 1. 1, pag. 299. Ajoutons que, dans Anderson (Essay on the Highlands, 1817, pag. 119, 120), on établit qne « a postchaise was first seen in InTerness itself in 1760, and was, for a considérable time, the only four — wheeled carriage in the district. > Quant aux voies de communication dans la province de Perth, consultez Penny, Traditions of Perth; quant aux grandes routes d'Aberdeen à Inverness et d*Aberdeen à Edimbourg , se reporter à Kennedy, Annals of Aberdeen, pag. 269, 270. On n'a jamais écrit l'histoire de l'amélioration des routes pendant la seconde partie du dix-huitième siècle; cependant ce sujet est de la plus grande importance , en ce qui touche aux résultats intellectuels de cette époque , par cela même qu'elle amena la fusion des deux peuples, et, en ce qui touche aux résultats économiques, par cela même qu'elle aida au commerce. On pourra se faire une idée de l'énergie extraordinaire que l'Ecosse montra sur ce point en rapprochant ces divers ouvrages ■ Chalmer, Caledonia, t II, pag. 494, 865, 939; t. m, pag. 599, 799; Crawfurd, HisU ofthe Shire ofRenfrew, part, u, pag. 128, 160; Irving, Hist. of Dumbartonshire, pag. 245, 246; Sinclair, Statist. Account ofScotland, 1. 1, pag. 109, 210, 367, 430, 496; t. H, pag. 498; t. m, pag. 331, 352, 363 ; t. IV, pag. 313; t. V, pag. 128, 234, 235, 315, 364, 365; t. VI, pag. 107, 154, 180, 458; t. VII, pag. 135, 251, 275, 299, 417; t. VH1, pag. 81, 243, 344, 345, 541 ; t. IX, pag. 414, 530 ; t. X, pag. 221, 237, 238, 466, 618; t. XI, pag. 127, 380, 418, 432, 522, 541; t. XII, pag. 99; t. XIII, pag. 42, 141, 488, 542, 663; t. XIV, pag. 217, 227, 413, 443, 446, 506; t. XV, pag. 54, 88, 276 ; t. XVI, pag. 120; t. XVU, pag. 5, 267, 297, 377, 533; t. XVIII, pag. 3U9i t. XX, pag. 156.
sidérables auxquels elles étaient sujettes; de là enfin pour l'esprit municipal, l'impossibilité de se développer, esprit qui eût pu exister si, au lieu d'être situées au sud, les pro» vinces les plus favorisées de la nature se fussent trouvées au nord. Si la position avait été intervertie, de telle sorte que les Highlands eussent été au sud et les Lowlands au uord (2) , dès le treizième siècle, les terribles invasions des pirates Scandinaves ne se renouvelant plus, les régions fertiles de l'Ecosse , jouissant désormais d'une sécurité relative, auraient vu s'établir des cités, qui, grâce à l'ao tivité du peuple, auraient acquis une prospérité qui eût introduit un nouvel élément dans les affaires de l'Ecosse et changé le cours de son histoire. Néanmoins, il ne devait pas en être ainsi; et, comme nous avons à nous occuper des événements tels qu'ils sont, je vais essayer de dépeindre les conséquences résultant des particularités physiques que nous venons d'indiquer; et, en coordonnant leurs effets, je ferai ressortir, autant qu'il sera en mon pouvoir, leur signification générale et comment ils ont façonné le caraetère national. Le premier fait que nous connaissions sur l'histoire d'Ecosse, c'est l'invasion des Romains, sous Agricola, à la Un du premier siècle. Cependant, ni les conquêtes de ce prince, ni celles de ses successeurs, ne firent d'impression durable. Le pays ne fut jamais, à vrai dire, subjugué, et tout se borna à une occupation militaire qui, malgré l'établissement de nombreuses forteresses, de murs et de rem-
et) remploie le terme Highlands dans le sens ordinaire, mais pen exact, suivant lequel on comprend tonte l'Ecosse do détroit de Pentland jnsqn'an pied des montagnes, à quelques milles an nord de Glascow, Stiriing,Perth et Dundee. Tontes distinctions de ce genre sont nécessairement assez Tagoes, les limites naturelles n'étant jamais nettement marquées. Rapprochez Macky , Scotland , pag. 184(1732), d'Anderson, Guide to the Highlands (1847), pag. 17,18.
parts, ne plia en rien l'esprit national. Sévère lui-même, qui, en 209, entreprit la dernière et la plus importante expédition contre l'Ecosse, ne pénétra pas, à ce qu'il parait, plus loin qne le détroit de Moray (1) ; et, dès qu'il se retira, les aborigènes, reprirent les armes et regagnèrent leur indépendance. Les expéditions suivantes ne furent pas conduites snr une échelle assez large pour qu'elles eussent la moindre chance de succès. D'ailleurs, les Romains, loin d'être k la hauteur de cette tâche, commençaient eux-mêmes à dégénérer. Dans leurs plus beaux jours, leurs vertus ne furent que les vertus d'un peuple barbare, et, à l'époque dont nous parlons, ils étaient sur le point de les perdre. Dès l'origine, leur système fut si étroit et si imparfait, que l'accroissement des richesses, source d'amélioration chez toutes les nations vraiment civilisées, causa aux Romains un tort irréparable : le luxe les corrompit au lieu de les policer. De nos jours, si nous rapprochons les différents pays de l'Europe, nous trouvons que les plus riches sont également les plus puissants, les plus humains et les plus heureux. Nous vivons dans une société éclairée, ou la richesse est à la fois la cause et l'effet du progrès, tandis que la pauvreté est la mère, trop féconde bêlas! de la faiblesse, de l'infortune et da
(1) Browne (Hist. of the Highlands, 1. 1, pag. 33) dit que < he traversod the wbole of north Britain, from the wall of Antoninns to the very extremity of the Island. > La même assertion se trouve dans Pennant, Scolland, 1. 1, pag. 90. Ni l'an ni l'autre de ces auteurs ne disent a quelle source ils ont été puiser ce fait; mais il est probable qu'ils se sont rapportés à un passage contenu dans Buchanan, Rerum Scoticarum Historiée, lib. rr, pag. 94 : t Neque tamen desideratis quinquaginta millibus (ut scribit Dion) prias ab innepto destiterunt, qnam finem insulae pénétrassent. > Je crois toutefois que les antiquaires écossais s'accordent aujourd'hui à reconnaître que cette assertion est erronée, ainsi que Chalmers fut le premier à le tout. Consultez son outrage , Culedonia, t. I, pag. 187, livre précieux et plein de science, mais malheureusement défectueux sous le rapport du plan et du style qui est vraiment pitoyable. Consultes aussi Irriog, Hist. of Dumbartonshire, in-4% 1860, pag. 14.
crime. Quant aux Romains, il ne sortirent du sein de la pauvreté que pour se jeter dans les bras du vice. Le fondement de leur grandeur était si peu stable, que les résultats même, découlant de leur puissance, furent désastreux pour cette puissance. L'empire leur donna la richesse, et la richesse renversa l'empire. Leur caractère national, malgré sa vigueur apparente, était réellement d'un si frêle tissu que sou propre développement fut sa ruine. A mesure qu'il grandit, il se rapetisse. C'est pour cela que, aux troisième et quatrième siècles, leur domination sur le monde diminua à vue d'œil. Leur autorité étant sapée, d'autres nations survinrent naturellement; de telle sorte que les incursions de ces hordes étranges qui descendirent du Nord comme un torrent et auxquelles on attribue souvent la catastrophe finale, furent tout au plus l'occasion, mais nullement la cause de la chute de l'empire romain. Depuis longtemps tout avait tendu à amener ce grand et salutaire événement. Les fléaux et les oppresseurs du genre humain qu'une fausse et aveugle sympathie a revêtus de nobles qualités qu'ils n'eurent jamais en partage, durent reporter leurs regards sur eux-mêmes; et, lorsque, après avoir battu partout en retraite, au milieu du cinquième siècle, ils retirèrent leurs troupes de tous les points de la Grande Bretagne, en cela ils exécutèrent simplement un mouvement qu'un enchaînement de circonstances qui se déroulaient depuis plusieurs générations, avait rendu inévitable.
C'est à partir de ce point que nous commençons à distinguer les effets de ces particularités physiques et géographiques qui, je l'ai dit, influèrent sur les destinées de l'Ecosse. A mesure que les Romains perdirent du terrain, l'Irlande, en raison de sa proximité, dirigea bientôt ses
attaques contre l'Ecosse : l'Irlande, île fertile , dont te sol riche et tons les dons de la nature avaient amené la surabondance dans la population, et partant un esprit turbulent. Le surcroit qui, aux époques civilisées, se traduit par l'émi* gration, se traduit, dans les temps barbares, par l'invasion* Aussi les Irlandais, on Seotts, comme on les appelait, s'établirent-ils par la force des armes dans la partie occidentale de lËcosse : il finirent par se rencontrer avec les Pietés, qui occupaient l'Est. Il s'ensuivit une lutte acharnée qui dura quatre siècles après la retraite des Romains et jeta le pays dans la plus grande confusion. Enfin, au milieu du neuvième siècle, Keuneth M' Alpine, roi des Seotts, l'emporta et soumit entièrement les Pietés (i). Le pays fut alors gouverné par un seul chef; et les vainqueurs, s'assimilant peu à peu les vaincus, donnèrent leur nom à toute la nation qui, au dixième siècle, reçut la dénomination d'Ecosse (2).
Cependant le royaume n'était pas destiné à jouir du repos; car sur ces entrefaites, la Norwége, par suite de circons*
(1) L'histoire de l'Ecosse, à cette période, est plongée dans la pins grande obscurité et peut-être n'en sortira-t-elle jamais. Pour les faits qne je cite dans mon texte, je les ai puisés principalement aux sources suivantes : < Fordan, Scotichronicon, 1. 1 ; Bochanan, Herum Sboticarum Historiée, lib. y, pag. 191-132, ainsi que le commencement do sixième livre. En outre diverses parties de Bede; Pinkerton, Enqwryinto the Early History ofScotland; Chalmers, Caledonia; le premier volume de Browne, Hist. ofthe Highlands, et surtout le livre profond et plein de fines données de M. Skene, Highlanders ofScotlaruL Dans ce dernier ouvrage (pag. 26-33) la frontière occidentale des Pietés est tracée avec beaucoup d'habileté, bien qu'on y puisse voir peut-être une certaine incertitude.
(2) Sur ce point nous sommes encore dans l'obscurité; on ne sait pas d'une manière cetlaine quand le nom de Scotia fat donné à l'Ecosse. Par conséquent la date que j'ai fixée n'est qu'approximative. Pour arriver à la déterminer, f ai rapproché les passages suivants qui se contredisent souvent l'un l'autre : Chalmers, Caledonia, 1. 1, pag. 339; Browat, Hist. of the UiçMands, 1. 1, pag. 34; Pinkerton, Enquiry into the Early History ofSeoUand, 1. 1, pag. 953, 254; t. II, pag. 151, 928, 237, 240; Spottiswoode, Hist. of the Church of ScoUand, édit. Russell, 1851, 1. 1, pag. 16» note, où cependant i'on prête à Pinkerton une assertion qu'il n'a jamais faite. Skene, Highlanders, 1. 1, pag. 45,61, 244; Anderson, Prize Bssay oit the HigMands, pag. 34.
tances qu'il serait superflu de raconter, s'était élevée an rang de la pins grande puissance maritime de l'Europe. L'usage que cette race de pirates fit de sa force constitue l'un des traits les plus caractéristiques de l'histoire d'Ecosse : de plus, cela nous prouve combien de poids il faut attacher aux questions géographiques, quand on considère une époque primitive. Les îles les plus rapprochées de la côte étendue de la Norwége sont les Iles Shetland : de là, jusqu'aux Orcades, la navigation est facile. Les pirates du Nord s'emparèrent de ces îles, petites sans doute mais pour eux fort utiles; car ils en firent des postes intermédiaires, d'où ils s'élançaient pour piller impunément les côtes d'Ecosse. Sans cesse renforcés par la Norwége, ils descendirent des Orcades aux neuvième et dixième siècles, et s'établirent d'une manière permanente en Ecosse même, occupant non seulement Gaithness,mais aussi une grande partie du Sutherland. Un autre détachement s'empara des iles occidentales (Western ïsland), et Skye n'étant séparée de la terre ferme que par un détroit très resserré, les pirates traversèrent facilement ce bras et vinrent 3e fixer à Western Ross (2). Ces nouveaux colons firent une guerre incessante et funeste à toutes les provinces environnantes : une grande partie de l'Éeosse étant ainsi sans cesse inquiétée, aucune amélioration sociale ne put se produire. Disons mieux, ce malheureux pays ne fut à l'abri des dangers des incursions des Norvégiens qu'après les désastres qui accompagnèrent la dernière expédition conduite par Haco : en 1363, celui-ci quitta la Suède à la tête d'une nombreuse flotte : à ces prodigieux arme-
(1) Pinkerton, Enquiry into the Early History of Scotland, 1. 1, pag. 13Ô, 317 ; t. II, pag. 179, 298; Skene, Highlanders, 1. 1, pag. 90, 91, 94, 106, 114, 258, 259; Chalmers, Caledonia, 1. 1, pag. 340-347. '
ments vinrent encore s'ajouter des renforts fournis par les Orcades et les Hébrides. L'Ecosse ne pouvait opposer qu'une faible résistance. Haco,en compagnie de ses alliés, longea la côte occidentale jusqu'au Mull de Kentire, mit le pays à feu et à sang, saisit Arran et Bute, pénétra jusque dans le détroit de Clyde, se rabattit tout à coup sur Loch Lomonel, détruisit tout ce qui se trouvait sur les bords et dans les îles de ce lac, ravagea le comté tout entier de Stirling et enfin menaça l'Ayrshire où il se proposait de descendre avec toutes ses forces. Heureusement, les intempéries de la saison mirent fin à cette vaste expédition : les tempêtes dispersèrent ou détruisèrent la flotte tout entière (i). Dès lors, le cours des choses en Suède prévint toute nouvelle tentative; tout danger de ce coté ayant disparu, l'on put espérer que l'Ecosse jouirait désormais de la paix et en consacrerait les loisirs au développement des ressources naturelles qui lui étaient échues en partage, particulièrement dans les districts plus favorisés du Sud.
Mais il ne devait pas en être ainsi. A peine la Norwége a-t-elle mis un terme à ses incursions, que l'Angleterre commence les siennes. Au commencement du treizième siècle, la ligne de démarcation tirée entre les Normands et les Saxons allait tellement s'effaçant en Angleterre, qu'en beaucoup de cas il était impossible de distinguer une race de l'autre (2) ; vienne le milieu du même siècle et, fondues, elles formeront une puissante nation : or cette nation ayant pour voisin un peuple relativement faible, il était certain que le
(i) Tytler, Hist. ofScotland, t. 1, pag. 38-54; Hollinshead, ScottUh Chronicle, t. 1, pag. 399-403. Dans cette chronique, on s'occupe trop de la prouesse des Écossais et trop peu des éléments qui dispersèrent la flotte. Consultes Irving, Hist. of Dumbartonshire, pag. 48, 49.
(î) Buckle, Hist. of Civilization, 1. 1, pag. 565, 56fi.
plus fort chercherait à opprimer le plus débile (1). Dans un siècle barbare et ignorant, la gloire militaire l'emporte sur toutes les autres : aussi les Anglais, avides de conquêtes, jettent-ils les yeux sur TÉ cosse; qu'une occasion favorable se présente, et, à coup sûr, ils envahiront ce pays : il est proche, quelle tentation ! il est sans défense, suppose-t-on ; dès lors, la tentation est irrésistible. En 1290, Edouard I er se détermine à profiter des troubles qui agitent l'Ecosse au sujet de la succession au trône. Inutile de décrire les intrigues qui s'ensuivent : il suffira de dire qu'en 1296, Pépée est tirée et Edouard envahit un pays que depuis longtemps il désire conquérir. Que lui importent les millions de livres sterling, les centaines de mille hommes qu'il faudra sacrifier avant que la guerre ait une fin (1)? Lutte d'une longueur et d'une cruauté sans exemple ! Au milieu de ces horreurs, les Écossais, malgré leur résistance héroïque, malgré leurs victoires partielles, ont à subir tous les maux que peut leur infliger un orgueilleux et insolent voisin. Les Anglais n'ont qu'un désir, subjuguer l'Ecosse ! mais malgré leurs efforts plusieurs fois renouvelés, ils ont ignominieusement échoué
. (1) Dans Tytler {Hist. of Scotland, t. 1, pag. 18) on indique • the early part of the jeign > d'Alexandre III comme la période où « the first approaches were made towardsthe great plan for the rédaction of Scotland. > Alexandre III monta sur le trône en 1249. Auparavant les deux nations éprouvaient des sentiments bien différents; ainsi, à la fin du douzième siècle, • the two nations, according to Fordun, seemed one people; Englishmen travelling at pleasnre throngh ail the corners of Scotland (?) and Scotchman in like manner through England. » Kidpath, Boder Hislory, pag. 76. Consultez Dalrymple, Annals of Scotland, 1. 1, pag. 158. A cette époque, l'Angleterre, étant faible, était animée de dispositions pacifiques.
(2) Un vieil auteur écossais dit avec une certaine exagération : «The year 1296, at which tyme, the bloodyest and longest warr that ever was betwixt two nationes fell out, and «ontinued two hundreth and sextie years , to the undoeing and ruineing of many noble fomilies, with the slaughter of a million of men, > Somerville, Mem. ofthe Somervilles, 1. 1, pag. 61.
dans leur entreprise (1). Néanmoins, la souffrance est incalculable et ce qui l'aggrave, c'est ce fait important que la région la plus fertile de l'Ecosse est précisément celle qui est la plus exposée aux ravages des Anglais. De là, ainsi que nous le verrons bientôt, pour le caractère national de très curieux résultats : aussi, sans entrer dans de grands détails, nous allons tracer un court précis des conséquences immédiates des luttes longues et sanguinaires.
En 1296, les Anglais font leur entrée dans Berwick, la ville la plus riche de l'Ecosse, non contents de détruire la cité, ils passent presque tous les habitants au fil de l'épée (2); puis ils marchent sur Aberdeen et Elgin, et ils dévastent si complètement le pays, que les Écossais, se réfugiant dans les montagnes, dépouillés de tous leurs biens, n'ont plus d'autres ressources que de se défendre derrière les forteresses érigées par la nature et d'imiter la tactique de leurs ancêtres bar* bares guerroyant, douze siècles auparavant, contre les Romains (3). En 1298, nouvelle incursion des Anglais qui,
(1) Se reporter a quelques remarques fort justes et piquantes dans Home, HisU ofthe House of Douglas.
(2) i Anno grati» MCCXCVI tertio kalendas Aprilis, villa et castre de Berevvico, per magnincum regem Àngli» Eadvvardum captis, omnes ibidem inuentos Angli gladio occiderant, paucis exceptis, qui ipsam villam postmodum abiorarunt. » Flores Historiarum ptr Matthceum Westmonasteriensem collecti. Lond., 1570, tu-fol., lib. h, pag. 408. « Atque modo prodicto villa capta, civibus prostratis, rex Anglise prœdictus nulli aetati parcens aut serai, duobus diebus rivulis de cruore occisorum fluentibus,septem millia et quingentas animas promiscui seiûs jusserat, in sua tyrannide des&viens, trueidari. » Fordun, Scotichronicon* dira Goodall. Édinb., 1775, in-fol., t. II, pag. 199, 160. • Seeutus Bex cum peditum copiig miserabilem omnis generis caedem edit. » Buchanan, Rerum Scoticarum Historia. Abredonise, 1762, lib. vin, pag. 200. «They left not one créature alive of the Scotish blood within ail that tonne. > Hollinshead, Scottisti Chronicle. Arbroath, 1805, in-4°, 1. 1, pag. 418. En 1286, c'est à dire rien que dix ans auparavant : « No other port of Scotland, in point of commercial importance, came near to a comparison îrith Benrick. • Hacpherson, Annals of Commerce. Lond., in-4% 1805, 1. 1, pag. 446. Tels furent les crimes horribles que commirent nos tristes et ignorants ancêtres.
(3) < The Scots assembled in troops and companies, and betaking themselves to the
après avoir brûlé Penh et Saint-Andrews , portent leurs ravages dans toute la région du sud et de l'ouest (1). En 1510, ils pénètrent en Ecosse par les comtés de l'Est, et faisant main basse sur tous les approvisionnements qui subsistent encore, il en résulte une famine si terrible que les habitants en sont réduits à se repaître de la chair des chevaux et autres animaux (2). Dans toute l'étendue de l'Ecosse méridionale, depuis Test jusqu'à l'ouest, la population végète dans la plus affreuse condition : presque tous les citoyens sont sans abri, mourant de fain. En 1314, poussés par le désespoir, ils se rallient un instant et, à la bataille de Bannock* bu m, ils font essuyer une sévère défaite à leurs oppresseurs* Cependant leur ennemi acharné rôde toujours sur la frontière, il les enserre de si près que, en 1322, Bruce, pour déjouer une invasion, est obligé de transformer en désert toutes les provinces situées au Sud du détroit de Forth, tandis que le peuple se réfugie, comme auparavant, dans les montagnes (3). Cette fois donc, lorsque Edouard II
-woods, mountains and morasses, in which their fathers had defended themselYes against the Romans, prepared for a gênerai insurrection against the English power.» Scott, Hist, of Scotland, t.*I, pag. 70. An nord, ce semble, cette expédition ne dépassa pas Elgin. Consultez Tytler, Hist. of Scotland, 1. 1, pag. 119, et Chalmers, Caiedonia, 1. 1, pag. 667. Bnchanaa en résume ainsi les résultats généraux : • Hanc Stragem ex agrorum inculte oonsecuta est famés, et famen pestis, unde major, qnam a bello clades timebatur. > Rerum Sooticarum Historia, lib. Tin, pag. 903.
(1) «The arrny then advanced into Scotland by moderato marches, wasting and destroying
eferything on their way. • « À party of Edward's arrny, sent northwards, wasted
tbe conntry,and bnrnt Perth and Saint-Andrews. » Ridpath, Border History, pag. 146, 147.
(S) « The king entered Scotland by the eastern march with a great arrny. »
« There was this year to terrible a dearth and scarcity of provisions in Scotland , arising trom the haroc of war, that many were obliged to feed on the flesh of horses and other carrion. » Ibid., pag. 164, 165. Se reporter aussi à Fordun, Scoiichronicon, t. II, pag. 249}243. « Quo anno, propter guerrarum discrimina, tanta erat panis inopia et victualium caristia in Seotia, quod in plerisqne locis, compellente famis necessitate, multi carnibus equorum et aliorum pecorum immnndorum vescebantur. »
(3) Bruce « carefully laid the whola bordera vaste as far as the Firth of Forth, removing the inhabitants to the mountains, with ail their effects of any vaine. When the English
atteint Edimbourg, il ne pille rien par la raison que, tout le pays n'étant qu'une morne solitude, il n'y a rien à piller ; mais, à son retour, il fait ce qu'il peut : sur son chemin, quelques couvents donnent seuls signe de vie ; il se rabat sur eux, dépouille les monastères de Melrose.et d'Holyrood, brûle l'abbaye de Dryburgh et pourfend les moines que l'âge ou la maladie clouent forcément dans leurs cloîtres (1). En 1336, son successeur, Edouard III rassemble une nombreuse armée, après avoir dévasté les Lowlands et une grande partie des Highlands, détruit tout ce qu'il peut rencontrer jusqu'à Inverness (2). En 1346, irruption des Anglais dans les provinces de Tweeddale, de la Merse, Eltrick, Armandale et Galloway (3); en 1355, Edouard se représente et déploie encore plus de cruauté; église, village, ville, bref tout ce qui est sur son passage est réduit en cendres (4). A peine ces terribles dégâts sont-ils quelque peu ré-
army entered , they found a land of désolation , which famine seemed to gnard. » Scott, HUt. ofScotland, 1. 1, pag. 145. Consulte! également Bachanan, Rerum Scoticarum HUtoria, lib. vin, pag. 318.
(1) « Eadwardus, rex Angliae, intravit Scotiam corn magno exercitu equitum et peditum, ac navium multitudine copiosa , dnodecimo die menais Augusti, et nsqne villam de Edin-
burgh pervenit. » • Spoliatis tamen tnnc in redita Angloram et pradatis monat-
terii8 Sanctœ Gracis de Edinbnrgh et de Melros, atqne ad magnam desolationem perductis. In ipso namqne monasterio de Melros dominos Willelmns de Peblis, ejnsdem monasterii Prior,nnns etiam monachns tnnc infirmas, et duo converti caeci effecti, in dormi torio eorumdemabeisdem Anglis sunt interfecti, et plures monachi lethaliter vulnerati. Corpus Dominicum super magnum altare fuit projectum, ablatâ pixide argenteâ in quâ erat repositum. Hona8terium de Driburgh igné penitus consumptum est et in pnlverem redactam. Ac alia pia loca quamplurima per praBdicti régis violentiam ignis fiamma consumpsit : quod, Deo retribuente eisdem in prosperum non cessit. » Fordun, Scotichronicon , t. II, pag. 278. ■ In redeundo sacra juxta ac prophana spoliata. Monasteria Driburgum et Muljrossla etiam cœsis monachis infirmioribus, qui vel defectu viritm, Tel senectutis fidncla «oli remanserant, incensa. > Buchanan, Rerum Scoticarum HUtoria, lib. vni, pag 919.
(2) Fordun, Scotichronicon, t. II, pag. 322, 323 ; Dalrymple, Aurais, t. II, pag. 232, 447; Scott, HUt. of Scotland, 1. 1, pag. 187, 188.
(3) Tytler, HUt. of Scotland, 1. 1, pag. 461.
(4) Dalrymple, AnnaU, t. II, pag. 288; Fordun, Scotichronicon, t. II, pag. 352-354.
parés qu'une autre tempête se précipite sur la terre dévouée aux dieux infernaux. Eu 1385, Richard II s'élance à travers les comités du Sud jusqu'à Aberdeen, portant la ruine de tous côtés; les cités d'Edimbourg, Dunfermline Perth et Dundee sont la proie des flammes (1).
Par suite de ces désastres, l'agriculture est partout interrompue; en maints endroits les terres. restent en jachère pendant plusieurs générations (2). Les laboureurs prennent la fuite ou sont massacrés; et, faute de bras, les plus belles parties de l'Ecosse sont transformées en solitudes, couvertes de ronces et de halliers. Dans l'intervalle qui s'écoule entre les invasions, quelques habitants, s'armant de courage, quittent les montagnes pour venir élever de misérables huttes à la place de leurs anciennes demeures. Infortunés!
(1) « Rex Angliae, Richardus secundus aegrè ferens Scotos et Fraocos tam atrociter terram suam depraedare, et municipia sua assilire et ad terram prosternere, exercitum collegit grandem, et intravit Scotiam, aetate tune novemdecim annorum, in multitudine superba progrediens, omnia circumquaque perdens, et nihil salvans; templa Dei et sanctuaria religiosorum monasteria viz. Driburgh, Melros et Newbottel, ac nobilem villam de Edinburgh, en m ecclesia Sancti JSgidii ejusdem,voraci flammà incineravit; et, destructione permaximâ factâ per eum in Laudonia, ad propria sine damno repatriavit. » Fordun, Scolichronicon, t. II, pag. 401. » En ce séjour que le roi Richard fit en Haindebourch, les Ànglois coururent tout le pays d'environ et y firent monlt de desrois; mais nullui n'y trouvèrent; car tout
avoient retrait eus es forts, et ess es grands bois, et là chassé tout leur bétail. >
t Et ardirent les Anglois la ville de Saint-Jean-Ston en Ecosse, où la rivière du Tay cuert, et y a un bon port pour aller partout le monde ; et puis la ville de Bondi» ; et n'épargnoient abbayes ni œoûtiers ; tout mettoient les Ànglois en feu et en flambe; et coururent jusques à Abredane les coureurs et l'avant-garde. » Les Chroniques de Froissart, édit. Buchon. Paris, 1835, t. II, pag. 334, 335. Consultez également, à l'égard de cette infâme expédition, Chalmers, CoJLedonia, t. Il, pag. 592, 593, et Buchanan, Rerum Scoticarum Historia, jib. ix, pag. 253 : < Nulli loco, neque sacro, neqne profano, nulli homini, qui modo militari esset aetate, parcebat. »
(2) « Agriculture was ruined ; and the very necessaries of life -were losl vhen the principal lords had scarcely a bed to lye on. > Chalmers, Caledonia, t. II, pag. 142. Voyez également, à la page 867 du même volume quelques curieux extraits des chartes écossaises et autres sources qui peignent bien l'horrible condition du pays. Quant à la difficulté de trou ver des vivres, consultez Fordun, Scotichronicon, t. II, pag. 242, 324; Dalrymple, Armais, 1. 1, pag. 307 ; t. H, pag. 238, 330, et Tytler, Hist. ofScotland, t. II, pag. 94.
ItS HISTOIRE
ils sont pourchassés jusqu'à leurs portes mêmes par des loups en quête de nourriture et que la faim rend furieux. Echappent-ils à ces bêtes féroces et affamées, eux-mêmes, leur famille sont exposés à un danger encore plus horrible. Car, dans ces jours de désolation, où la famine se népand partout, le désespoir, pervertissant lame, fait commettre aux hommes de nouveaux crimes. Oui, il y a des cannibales dans le pays; et les auteurs contemporains nous apprennent qu'un homne et sa femme, qui passent enfin en jugement, n'ont subsisté pendant longtemps qu'en dépeçant des corps d'enfants qu'Us attrapaient vivants dans des pièges pour se repaître de leur chair et s'abreuver de leur sang (1).
Ainsi s'écoule le quatorzième siècle. Au quinzième, les funestes incursions des Anglais deviennent relativement rares; et, bien que les frontières soient le théâtre d'hostilités constantes (2), nous ne voyons pas que, depuis 1400, aucun de nos rois envahisse l'Ecosse (3). Enfin un terme étant mis
(1) On trouvera des détails sur les cannibales de l'Ecosse dans Lindsay of PiUeoUie, Chronicles of Scottandj t. I, pag. 163, et dans Hollinsbead, Scottish Chronicle, t. D, pag. 16, 99. Dans Fordun (Scotichronicon, t. II, pag. 331) on lit l'affrense description siivante qui se rapporte i la province de Perth en 1339 : « Teta illa patrie circnmvieina eo tempore in tantam fait vastata, qaod non remansit qnasi domns inhabitata, sedfer» et cerf i de montions descend entes circà villam ssapids venabanlnr. Tantatnnc temporisfaeta est caristia, et vfttnalinm inopia, nt passim plebicnia deficeret, et tanqnam oves herbas depascentes, in foveis mortaa reperirentnr. Prope illine in abditis latitabat qnidam robustns rnsticns, Crysticleik nonine, cnm viragine snâ, qui mnlierenlis et pueris ac javenflms insidiabantnr» et tanqnam lnpi eos strangnlantes, de ipsornm carnibos victitabant. »
(2) Les drei nations mêmes fassent-elles en paix, les populations limitrophes étaient en gnerre. Consultez ftidpath, Border History, pag. 140, 306, 394. On trouvera d'antres témoignages sur cette anarchie passée à l'état chronique dans Holliashead, &ott&A Chronicle, t. II, pag. 30; Lesley, Hist. of Scoiland, pag. 40, 52, 67 ; Sadler, State Paper s, 1. 1, pag. 300, 301, 444, 44»; State Paper* ofthe Reign of Henry VIII, t. IV, pag. 366, 370, 309, 570; t. Y, pag. 17, 18, 161 ; Hiêt. ofJame»theSemt, pag. 31,91, 146.
(3) En 1400, Henri IV « made the last invasion whieh an Engtish monareh ever eendncted tote Scetland. • TyWer, Hiet. ofScotiand, t. II, pag. 406. Ce n'est toutefois, dit-on, qne tons le régne d'Elisabeth qn'nn menarqne anglais c had the policy lo disavoir any cleim •f sovereignty over Scotland. > Chalmers, Calêdonia, 1. 1, pag. 650.
à ces cruelles incursions qui ont fait de l'Ecosse un désert, le pays respire et commence à recouvrer sa force (1). Cependant, quoique les pertes matérielles soient peu à peu réparées, quoique les champs soient de nouveau cultivés et les villes rebâties, il y a d'autres conséquences auxquelles il est moins facile de remédier et dont les effets cuisants feront longtemps souffrir le peuple, je veux dire, la puissance excessive de la noblesse et l'absence de tout esprit municipal. La force des nobles et la faiblesse des citoyens, voilà ce qui caractérise surtout l'Ecosse durant les quinzième et seizième siècles : deux tendances que les ravages des Anglais développent directement , ainsi que je vais le montrer. Nous verrons de plus que ce concours de circonstances accroît l'autorité du clergé, amoindrit l'influence des •classes intellectuelles et rend la superstition plus dominante qu'elle ne l'eût été autrement. C'est ainsi qu'en Ecosse, comme en tous autres pays, tout s'enchaîne, rien n'est casuel au accidentel ; le cours tout entier des choses est régi par des causes générales qui, par suite de leur étendue et de leur éloignement, échappent souvent à l'attention, mais qui, une fois reconnues, se distinguent à nos yeux par une simplicité et une uniformité qui sont les traits invariables des plus hautes vérités auxquelles soit parvenu l'esprit humain.
Ce qui favorisa en premier lieu l'autorité des nobles, ce
(i) Hais très lentement. Pinkerton {Hist. of Scotland > 1. 1, pag. «6, 167) dit : * The fréquent "wars ftetween Scotland and Engtand, since the death of Alexander III, had occasioned to the former cotmtry the loss of more tban a centnrr in the progress of civilisation. While in England, onty the northern provinces were exposed to the Scotish incorsions, Scotland snfered in its most eirilized departments. It is apparent thatin thereignof Aleiander III, the kingdom vas more abnndant in the osefal arts and manufactures, than it was in the time of Robert III. >
fut la configuration même du pays. Des montagnes, des marais, des lacs et des étangs, que les ressources de Fart moderne même ont rendu seulement depuis peu accessibles, offraient aux grands chefs écossais des repaires d'où ils pouvaient impunément défier la couronne (1). En outre, à cause de la pauvreté du sol, les armées avaient peine à trouver des moyens de subsistance, et pour cette seule raison, les troupes du roi étaient souvent incapables de poursuivre les barons audacieux et mutins (2). Pendant le quatorzième siècle, l'Ecosse fut sans cesse ravagée parles Anglais : or, durant les intervalles de leur absence, c'eût été de la part du roi une entreprise désespérée que de chercher à réprimer des sujets aussi puissants: il lui eût fallu traverser des régions si dénudées par la main de l'ennemi, qu'on n'y trouvait plus les moindres choses nécessaires à l'existence. D'ailleurs, la guerre avec les Anglais amoindrit l'autorité de la couronne, d'une manière aussi absolue que relative. Ses terres, situées dans le Sud, étaient sans cesse ravagées par les populations limitrophes, si bien qu'avant le
(1) Grâce à ces circonstances, leurs châteaux étaient les forteresses les plus redoutables de l'Europe , exception faite de l'Allemagne. Quant à leur emplacement, qui était si bien choisi qu'en beaucoup de cas la position était presque inattaquable, consultez Chalmers, Caledonia, t. H, pag. 122, 406, 407, 918, 919,- 1. III, pag. 268, 269, 356-359, 864; Pennant, Scotland,, t. 1, pag. 175, 177; Sinclair, Scotland, t. III, pag. 169; t. Vil, pag. 510; t. XI, pag. 102, 212, 407, 408; t. XII, pag. 25, 58; t. XIII, pag. 598 ; t. XV, pag. 187 ; t. XVI, pag. 554; t. XVIII, pag. 579; t. XIX, pag. 474; t. XX, pag. 56, 312; Macky, Scotland, pag. 183, 297, ainsi que quelques excellentes observations dans Nimma, Hist. of Stirlingshire, pag. 56. Ni l'Angleterre, ni la France, ni l'Italie, ni l'Espagne, n'offrirent des avantages naturels aussi immenses à son aristocratie.
(2) t By retiring to his own castle, a mutinons baron could defy the power of his sovereign, it being almost impracticable to lead an army through a barren country, to places of difficult access to a single man. » Hist. of Scotland, liv. i, pag. 59; Robertson, Works, édit. Lond. , 1831. Malgré les immenses matériaux qui ont été mis au jour depuis l'époque de Robertson, son History of Scotland est encore estimable, résultat qu'elle est d'un esprit vaste qui permit à son auteur d'embrasser les vues générales qui échappent aux compila' teurs ordinaires, tout habiles qu'ils soient.
milieu du quatorzième siècle, elles avaient grandement perdu de leur valeur (i). En 1546, David II tomba entre les mains des Anglais; et, durant les onze années de sa captivité, \eè nobles, levant haut la tête, s'arrogèrent, nous dit un historien, le train et le titre de princes (2). Plus longtemps dura la guerre avec l'Angleterre, plus ces conséquences se firent sentir : aussi, avant la fin du quatorzième siècle, un certain nombre de familles s'étaient élevées en Ecosse à une telle prééminence, qu'il était évident qu'il arriverait de deux choses l'une, ou il y aurait lutte acharnée entre elles et la couronne, ou le pouvoir exécutif serait réduit à se départir de ses fonctions les plus essentielles pour laisser le pays en proie à la farouche domination de ces chefs audacieux (3). Dans une crise semblable, le trône eût dû trouver ses alliés naturels parmi les citoyens, les bourgeois libres qui, dans presque tous les pays de l'Europe, se montrèrent les adversaires ardents et déterminés de la noblesse, dont les habitudes licencieuses portaient ombrage non seulement à leur commerce, mais aussi à leur liberté individuelle. Eh bien, sur ce point encore, la longue guerre avec l'Angleterre servit les intérêts de l'aristocratie écossaise. Car, les envahisseurs se débordant dans les provinces méridionales, qui étaient en même temps les seules fertiles, il était impossible
(1) c The patrimooy of the crown had been serionsly dilapidated during the period of confusion which succeeded the battle of Durham. » Tytler, Hist. of Scotland, t. II, pag. 86.
(2) « During the long captivity of David, the nobles had been Completel y insubordinate and affected the style and litle of princes. » Tytler, Hist. of Scotland, t. II, pag. 85- Consultez également, à l'égard de la condition des barons sous David H, Skene, Highlanderêj t. Il, pag. 63-67.
(3) En 1299, « a soperior baron was in every respect a king in miniature. » Tytler, Hist. of Scotland, t. II, pag. 150. En 1377, « the power of the barons had been decidedly increasing since the days of Robert the first. » Pag. 332. Enfin, vers 1398, ce pouvoir s'était élevé encore plus haut. Pag. 392.
que des villes fleurissent dans les lieux mêmes destinés à cet effet par la nature. Or, pas de grandes cités, donc pas d'abri pour les citoyens, par conséquent, pas d'esprit municipal. Par suite de ce défaut, la couronne fut privée de la grande ressource qui permit aux rois d'Angleterre de rogner le pouvoir de la noblesse et de châtier la licence qui avait si longtemps entravé les progrès de ta société.
Pendant le moyen âge, les villes d'Ecosse furent tellement insignifiantes, qu'il n'en est arrivé jusqu'à nous que pen de descriptions, les auteurs contemporains reportant toute leur attention sur les faits et gestes des nobles et du clergé. Quant au peuple qui allait chercher un abri dans les murs de ces misérables cités, tout ce que nous en savons est très incomplet : toutefois, il est certain que, pendant tonte la durée des guerres avec l'Angleterre, les habitants s'enfuyaient généralement à l'approche de l'ennemi, et que leurs tristes chaumières étaient réduites en cendres (1). Ces émigrations continuelles, cette vie errante , engendrèrent chez ce peuple un caractère qui étouffa toutes habitudes réglées d'industrie ; n est-ce pas là une des causes qui empêchent les hommes de s'unir pour former une communauté? Ce que nous disons s'applique plus spécialement aux Lowlands; quant au Nord, il ne manquait pas d'autres malheurs aussi terribles. Les féroces Highlahders, qui n'avaient d'autres moyens d'existence que le pillage, étaient sans cesse menaçants : à leurs hordes venaient souvent s'ajouter les pirates des îles occidentales (Western Islands). Tout ce qui ressemblait à la
(1) Relativement à cette coutume d'incendier les villes d'Ecosse, qui paraît avoir été inféodée dans le sang de nos ancêtres si humains, consultes Cfealmers, Caledonia, t. II, pag. 503, 593; Kennedy, Annals ofAberdeen, t. I, pag. 18, 27, 375; t. II, pag. 301; Mener, Hist. of Dumfermline, pag. 55* 56; Sinclair, Scolland, t. V, pag. 486; t. X, pag. 581; t.. XIX, pag. 161 ; Ridpath, Border kislory* pag. 147, 221,265.
DE LA CIVILISATION BN ANGLETERRE. fOS
richesse enflammait leur cupidité. Savaient-ils qu'un homme possédait quelque bien, vite ils brûlaient de s'en emparer; et détruire était leur plus grand plaisir après le vol (1). Âberdeen et Invernets furent particulièrement exposées à leurs attaques; et, fe deux reprises différentes durant le quinzième siècle, Invernets fut totalement détruite par le feu, sans compter les énormes rançons qu'elle dut payer maintes fois pour éviter pareil sort (2).
(4) Un statut parlementaire écossais, daté de 1597, en donne une curieuse description : ■ They hawe tykwayis t h roche thair barbarus inhumuoitie maid and presentlie makis the saidis hielaadis and Iles qïk are maist commodious in tharoe selwes alsueiti be the ferteih litie of the ground as be riche fischeingis altogidder vnproffîtabill bai the to thame selffis and to ail vthuris his hienes liegis within this reaime ; thay nathair intertening onie ciuil or honeet societie amangis thame seffis neyther zit admittit vtheris bis hienesse lièges te tralficque within thair boundis vithe saiftie of thair Hues and godes; for remeid quhairof and that the saidis inhabitantis of the saidis hilandeis and Iles may the better be rednced to ane godlie, honest, and ciuill maner of living, it is statute and ordanit, » etc. Acts ofthe Parliament8 of Scotland, édit. in-fol., 1816, t. IV, pag. 138. Ces légères particularités du caractère des Highlanders subsistèrent dans toute leur force jusque vers to milieu du dixhuitième siècle, ainsi qu'on le verra dans le cours de cette histoire. Sans anticiper sur ee qui sera développé dans un des chapitres suivants, je renverrai simplement le lecteur à deux passages intéressants : Pennant, Scotl&nd, t. 1, pag. 154, et Héron, Scotkmd, 1. 1, pag. 218, 219, qui tous deux font très bien ressortir l'état des choses un peu avant 1745.
(2) Inverness fut détruite par l'incendie en 1429 (Gregory, His t. ofthe Wettem Highr lande, pag. 36), et une seconde fois en 1455 (Buchanan, Rerum Seoticarum Historia, lib. xi, pag. 322). La plus grande partie en fut aussi brûlée en 1411. Consultez Andersen, On the Highlands (1827),'pag. 82. Aberdeen, en raison de ses plus grandes riebesses, offrait plus de tentation, mais aussi elle était pins à même de se défendre. Néanmoins les registres de son conseil municipal nous fournissent de curieux témoignages au sujet de la crainte constante de ses citoyens et des précautions prises pour repousser les attaques parfois dei Anglais et parfois des clans. Voyes le CouncU Register of 4berdmi (publié par le Spah ding Club. Aberdeen, 1844-1848, in-4*), 1. 1, pag. 8, 19, 60, 83, 197, 219, 232, 268 ; t. II, pag. 82. Le dernier article, a la date du 31 juillet 1593, porte : • The disordourit and lajrles helandmen in Birss, Glentanner, and their about, nocht onlie in the onmercif ul murthering of men and bairnis, bot in the maisterfuM and violent robbing and spulzeing of ail the bôstiall, guidis, and geir of a gryt pair! of the inhabitantis of theas boundis, rasiog of gry t hairschip f urth of the samen, being committit to ewous and nar this burgh, within xx mylis theirunto, denysit and ordanit for preservatioun of this burgh and inhabitantis theirof, ftra the tyrannous invasion of the saidis bieland men, quha bas na respect to God nor man ; that the haill inhabitantis of this burgh, fensiball persones ais weitl onfrie as frie, salbe in reddiuess weill armit for the defence of this burgh, thair awin lyvis , gudia» and geir, and resistinf • and rt pseasing of the sald heland men, as ocea&ioun salbe offered, at ail tymes and houris
En proie à ces inquiétudes continuelles (1), tiraillée au nord, au sud, comment l'Ecosse eût-elle pu se livrer à une paisible industrie? On ne pouvait bâtir une ville qu'elle ne fut sur-le-champ exposée à être détruite. Aussi, durant plusieurs siècles, pas de manufacture, nul commerce à peine, toutes les transactions s'opérant par trocs (2) ; quelques-uns des arts les plus vulgaires étaient inconnus. Leurs armes mêmes, les Écossais ne pouvaient les forger; et cependant chez un peuple aussi belliqueux, c'eût été là un métier profitable; mais ils étaient si peu experts en pareille matière que, dans les premières années du quinzième siècle, presque toutes leurs cottes d'armes, leurs lames et même les arcs et les flèches étaient de fabrique étrangère; la Flandre leur fournissait entièrement les fers et les pointes de ces armes (3).
as thay salbe requirt and chargit. • En 1688 même, nous voyons qu'on se plaint des incursions des Highlanders qoi ont enlevé par force des femmes à Aberdeen on dans le voisinage. Record* ofthe Synod of Aberdeen, pag. 290. On trouvera d'autres récits détaillés de leurs méfaits aux seizième et dix-septième siècles dans Kennedy, Armais of Aberdeen, 1. 1, pag. 133; Spalding, Hist. ofthe Troubles, 1. 1, pag. 25, 217 ; Extract from the Presbytery book ofStrathbogie, pag. 62-73.
(1) La raison même pour laquelle Perth cessa d'être la capitale de l'Ecosse fut que < its vicinity to the Highlands » en faisait pour la royauté une résidence assez dangereuse. » Lawson, Book of Perth, pag. xxxi.
(2) A l'égard de l'emploi habituel du troc et du manque de métaux précieux en Ecosse, consultez Spalding Club MisceUany, t. IV, pag. lvii-lx« En 1492, la trésorerie d'Aberbeen fut obligée d'emprnnter 4 liv. 16 schell. Kennedy, Annale of Aberdeen, 1. 1, pag. 61. Voyez aussi Sinclair, Statistical Account of Scotland, t. V, pag. 542. Tynes Moryson, qui se trouvait en Ecosse à la fin du seizième siècle, dit : « The gentlemen reckon their revenues not by rents of money but by chauldrons of victuals. » Moryson, ltinerary. Lond., 1617, in-fol., part, m, pag. 155, livre rare et excessivement curieux , qu'on ferait bien de réimprimer. Cent ans après Moryson on remarque que, < in Eo gland, the rents are paid in money,- in Scotland, ihey are, generally speaking, paid in kind, or victual as theycaU it. » De Foe, Hist. ofthe Union, pag. 130.
(3) Sous Jacques I" (14244436), ■ it appears that armours, nay spears, and bows and arrows were chieflly imported... In particular, the heads of arrows and of spears seem to hâve been entirely imported from Flanders. » Pinkerton, Hist. of Scotland, 1. 1, pag. 163. Nous voyons dans Rymer, Fœdera, qu'en 1368, deux Ecossais, ayant à vider un duel, firent venir leurs armures de Londres. Macpherson, Annals of Commerce, 1. 1, pag. 575.
Les Écossais s'adressaient aux artisans flamands pour tout ce qui avait rapport au train ordinaire d'une ferme, tels que chariots, voitures à bras etc., qu'en 1475, on importait régulièrement des Pays-Bas (1). Quant aux arts qui témoignent d'un certain degré de raffinement, ils leur étaient inconnus à cette époque, et le furent pendant longtemps encore (2). Jusqu'au dix-septième siècle, l'Ecosse n'eut ni verrerie (3), ni savonnerie (4). Aux yeux des hautes classes mêmes, c'eût été une absurdité que d'avoir des fenêtres vitrées dans leurs misérables demeures (5) ; et comme ce n'étaient pas seule-
(i) Bibel of Englisti Policy, livre qu'on suppose avoir été écrit sous le régne d'Edouard IV» nous apprend que « the Scotish imports from Flanders were mercery, but mère haberdas hery, cart-wheels and wheelbarrows. » Pinkerton, Hist. ofScotland, 1. 1, pag. 406. Nous lisons dans Mercer {Hist. of DumferrrUine) que, au quinzième siècle, «even in the best parts of Scotiand the inhabitants could not manufacture the most necessary articles. Flanders vas the great mart in those times, and from Bruges chiefly, the Scots imported even horse-shoes,harness, saddles, bridles, cart-wheels and wheel-barrows, besides ail their mercery and haberdas hery. »
(2) Pendant longtemps Aberdeen fut l'une des villes les plus riches, et, sous certains rapports , les plus avancées de l'Ecosse. Cependant il appert des registres communaux d'Aberdeen que i in the beginning of the sixteenth century there was not a mechanic in the town capable to exécute the ordinary repairs of a clock. * Kennedy, Annals of Aberdeen, 1. 1, pag. 99. A l'égard des horloges fabriquées en Ecosse au milieu du seizième siècle, consultez l'ouvrage intéressant de Bf. Merley, Life of Cardan , t. II, pag. 128. Cardan se trouvait en Ecosse en 1552.
(3) Vers 1619, sir George Hay « set up at the village of Wernyss, in Fife, a small glasswork, being the first known to hâve existed amongst us. * Chamber, Annals j 1. 1, pag. 506. Voyez aussi pag. 428.
(4) i Before this Urne, soap was imported into Scotiand from foreign countries , chiefly from Flanders. * Ibid., 1. 1, pag. 507. L'époque indiquée est 1619 ; c'est alors, dit-on, qu'une fabrique fut établie à Leith. On parle, à la date de 1650, dansBalfour {Annales, t. IV, pag. 68) des i sope-workes of Leith. »
(5) Ray, qui voyagea en Ecosse vers 1661, dit : i In the best Scottish ho uses, even the klog's palaces, the Windows are not glazed throughout, but the upper part only ; the lower
hâve two wooden shuts or folds to open at pleasure and admit tre fresh air. •
«The ordinary country-houses are pitiful cots, built of stone, and covered with turves, having in them but one room, many of them no chimneys, the Windows very small noies and not glazed. » Ray, Itineraries. Lond., 1846, pag. 153, publiés par D. Lankester. < About 1782* the giass window was beginning to make its appearance in the small farm-houses. > Brown, Hist* of Glasgow, t. II, pag. 265.
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ment leurs maisons qui se distinguaient par la saleté, mais aussi leurs personnes, le savon était un article trop pei demandé pour que personne fut tenté d'établir une savonnerie (1). Dans toutes ses autres parties, l'industrie n'était pas moins arriérée. Ce n'est qu'en 1630 que l'art de tanner les cuirs fut introduit en Ecosse (2^; et l'on pose en fait, (assertion qui parait entièrement justifiée) que la première papeterie n'y fut créée que dans la seconde partie <U dixhuitième siècle (3).
(i) En 1650, on dit au sujet des Écossais que < many of their coomen are so sluttish that th«y do Dot waah their lioen above once a mouth, nor their hands and faces above once s year. > Whitelock, Mémorial*. Lond., 1732, in fol., pag. 468. Un antre voyageur dit sept ou huit ans après : c The linen they supplied us with, were it not to boast of, was Httle or nothiog différent from fthose female complexions that never washed their faces to relaie their christendom. » Franck, Northern Memoirs, édit. Édinb., 18$1, pag. 9*. Un célèbre Écossais parle, en 1698, des habitudes de malpropreté de ses compatriotes; mais il nous ea donne une raison assez grotesque, car, selon roi, ces habitudes Tenaient en grande partie de la position de la capitale : < As the happy situation of London has been the principal cause of the glory and riches of England, so the bad situation of Edinburgh has been oae great occasion of the poverty and uncleanKness in wbieh the greaterpart of the peopleof Scotland live. > Second Discourse on the Affaire of Scotland, dans Fleteher of Saltata, Political Works. Glasgow, 1749, pag. 119. Un autre Écossais, au nombre de ses réaiaiicences des premières années dn dix-huitième siècle, compte celle-ci : «Table and bodylinen were seldom shifted. > Memoirs by Sir Archibatd Grant of Monymusk, SpaicUng Club Miscetlany, t. II, pag. 100. Enfin nous avons la preuve certaine que dans quelques parties de l'Ecosse, à la fin même du dix-huitième siècle, le peuple remplaçait le saven par un article trop dégoûtant pour qu'on le nomme. Consultes la lettre écrite par le révérend William Lesfie à sir John Sinclair. Sinclair, Statistical Account of Scotland, i IX, pag. 177.
(2) Ghamber, Annalg, 1. 1, pag. 512.
(3) Une papeterie fut établie près d'Edimbourg en 1675; maisc there is reason tocoaclude this paper-mill was not continued, and that paper-making was not success fully introdoceè* into Scotland till the middle of the succeeding century. > Ghamber, Annals, t. n, pag. 3* J'ai eu teNement de preuves de l'extrême exactitude de ce précieux ouvrage, q«e j'hésiterais à douter de ce que peut affirmer M. Ghamber, surtout lorsque (et c'est ici le cas) je ne ptH m'en rapporter qu'à ma mémoire. Mais il me semble avoir trouvé quelque part la preuve qu'ea réussit à fabriquer du papier en Ecosse à la fin du dix-septième siècle, bien que je ne puisse me rappeler les passages. Cependant Arnot, dans son Hist. of Edinburgh, pag. 599, dit : « About forty years ago, printing er writing paper began to be mannfaetured in Seotland Before that, papers were imported from Borland, or brought from England. » L'onvrafe d'Aroot ayant paru en 4788, cette assertion coïoeide avec celle de 11. Chamber. Ajoutai!
Au milieu de cette stagnation générale, les Tilles les plus florissantes, on le supposera facilement, ne contenaient qu'une population clafr-semée. En effet, les hommes avaient si peu d'occupations, qu'ils eussent été réduits à la famine, s'ils s'étaient agglomérés en grand nombre. Glascow, l'une des plus anciennes cités de l'Ecosse fut fondée, dit-on, vers le sixième siècle (4). Quoi qu'il en soit, an douxième siècle, c'était un centre riche et prospère, jouissant du privilège de tenir foire et marché (2). Elle possédait une administration municipale, dirigée par des prévôts et baillis revêtus de pleins pouvoirs, indépendants de l'évêque et possédant un sceau particulier (3). Eh bien, malgré tout, cette fameuse ville ellemême n'eut aucun espèce de commerce avant le quinzième siècle : ce n'est qu'à partir de cette époque que ses habitants apprêtent le saumon pour l'exporter (4) : hors cette industrie, Glascow était inhabile à rien entreprendre» Aussi nesUil pas surprenant de trouver que, au milieu même du quinzième siècle, sa population tout entière ne dépassait pas quinze cents
qu'à ht fin du dix-huitième siècle, il y avait i two paper-milis near Perth » (Héron, Journey through Scotland* Perth, 1799, 1. 1, pag. 447), et que, en 1751 et 1763, les deux premières papeteries forent établies au nord du Forth. Sinclair, Statistical Account ofScotland, t. IX, pag. 899; t. XVI, pag. 373. Consultes également Lettke, Letters from Scotland in 4792, pag. 4».
(4) < This city iras fonnded about the sixth century. > fefUre, Hist. of Glasgow, pag. 190. Consultez aussi Denholm, Hist. of Glasgow, pag. 2.
(2) Eu 1472, Glascow reçut la permission d'établir un marché, et en 4190 de tenir une foire. Voyez les chartes, appendice, Gibson, Hist. of Glasgow, pag. 299, 30».
(3) i By the sale of land made by Robert de llytbyngby to Mr. Reginald de lrewyne, a. d. 1268, il is évident that the town iras then governed by provosts, aldermen, or iraniens, and baillies , who seem to bave been iodependent of the bishop, and were possessed of a eommon seal, distinct from the ooe made nse of by the bishop and chapter. • Gibson, Hist. of Glasgow, pag. 72.
(4) « A Mr. William Elphinston is made mention of as the nrst promoter of trade in Glasgow, so early as the year 4420 ; the trade which he promoted iras, in ail probability, the cnring and exporting of salmou. » Gibson, Hist. of Glasgow, pag. 203. Consultez également nTUre, Hist. of Glasgow, pag. 99.
âmes, dont la richesse consistait en menu bétail et en quelques arpents de terre mal cultivées (1).
A une époque encore plus récente, nous trouvons d'autres villes qui, malgré la célébrité attachée à leurs noms, sont tout aussi arriérées : Dunfermline, par exemple, féconde en souvenirs historiques, résidence favorite des rois d'Ecosse et où siégèrent mains parlements écossais (S). Voilà, à première vue, des événements propres donner de la célébrité à une ville: mais cette illusion s'évanouit, dès que nous pénétrons plus attentivement jusqu'au fond des choses. Cette ville où se produisirent tous ces événements que fut-elle? Malgré l'éclat de la royauté et du sénat, Dunfermline qui, à la fin du treizième siècle, n'était encore qu'un pauvre village, un amas de huttes en bois (3), avait fait si peu de progrès, qu'au commencement du dix -septième siècle, sa population tout entière, y compris celle de ses misérables faubourgs, ne dépassait pas mille âmes (4), chiffre considérable, néanmoins, pour une ville d'Ecosse. A la même époque, nous dit-on, Greenock était un village consistant en une seule rangée de cabanes, occupées par de pauvres pêcheurs (5).
(1) Gibson (Hist. of Glasgow, pag. 74), tout en désirant donner un aperça favorable de la condition primitive de sa ville natale , dit que, en 1450, les habitants « might perhaps amonnt to fifleen hundred, » et que < their wealth consisted in a few burrow-roods very 111enltivated, and in some s mail caltlej which fed on their commons. »
(2) « Dunfermline continned to be a favourite royal résidence as long as the Seotlish dynasty existed. Charles I was born hère ; as also his sister Elizabeth afterwards Qaeen of Bohemia, from whom her présent Hajesty is descended ; and Charles II paid a visit tothis ancîent seat of royalty in 1650. The Scottish parliament iras oflen held in it. > At'Culloch, Geographical Dictionary. Lond., 1849, 1. 1, pag. 723. Consulte! Blercer, Hist. of Dunfermline, 1828, pag. 56, 58, et Chalmers, Hist. of Dunfermline, 1844, pag. 264.
(3) En 1385, c'était • only a sorry wooden village, belonging to the mooastery. » Mercer, Hist. of Dunfermline, pag. 62.
(4) t Ms. Annals. » Chalmers, Hist. of Dunfermline, pag. 327. Nous lisons, i la date de 1624, dans Balfour (Annals, édit. 1825, t. II, pag. 99) : « The quholl bodey of the towne, which did consist of 120 tenements, and 287 families, was brunt and consumed. »
(5) « Greenock, which is now one of the largest shipping towns in Scotland, was, in the
Kilmarnock, aujourd'hui grand centre d'industrie et de richesses, contenait, en 1668, de cinq à six cents habitants (1). A prendre même une date plus rapprochée, Paisley, en 1700, possédait une population, qui, d'après les plus hautes estimations, ne montait pas à trois mille personnes (2).
Aberdeen, la métropole du Nord, était considérée comme l'une des villes les plus influentes, et pendant le moyen âge, son pouvoir et son importance n'excitèrent pas peu d'envie. Mais pouvoir et importance sont deux mots qui, comme tous autres, sont relatifs et signifient des choses différentes à des périodes différentes. Certes, la grandeur de cette cité ne nous éblouira pas, quand nous saurons que, d'après des calculs basés sur ses registres de décès, elle ne possédait, en 1572, que deux mille neuf cents habitants environ (3). Voilà un fait qui aidera à dissiper plus d'une de ces idées vagues qu'on se fait des anciennes villes de
end of the sixteenth century, a mean fishing village, consisting of a single row of thatched cottages, which was inhabited by poor fishermen. » Chalmers, Caledonia, 1824, in-4°, t. III, pag. 806.
(1) En mai 1668, Kilmarnock fut brûlé, et t the event is cbiefly worthy of notice as marking the smallness of Kilmarnock in those days, when, as yet, there was no such thfng as mannfactnring industry in the conntry. A hundred and twenty families speaks to a population of between five and six hundred. » Ghamber, Annals, t. Il, pag. 320. En 4658, un témoin oculaire donne la description suivante de leurs maisons : t Little better tban huts.» Franck, Northern Mémoire, pag. 101.
(2) • Belwiit two and three thousand soûls. » Denholm, Hist. of Glasgow, pag. 542.
(3) A la date de 1572, les registres d'Aberdeen accusent 72 morts dans Tannée. Une mortalité de 1 sur 40 serait une supputation excessive, à considérer les habitudes du peuple à cette époque. Cependant, en supposant que la moyenne fût de 1 sur 40, cela nous donnerait pour la population un chiffre de 2,880, et si, comme je n'en doute pas, les décès étaient plus élevés, naturellement la population devait être moindre. Kennedy, dans son ouvrage plein de valeur, mais où la pénétration fait défaut, suppose que t one fiftieth part of the inhabitants died annnaily, » quoiqu'il soit certain qu'il n'existait pas de ville en Europe où un résultat aussi favorable se produisit. D'après cette hypothèse, que contredisent tous les témoignages de la statistique parvenue jusqu'à nous, le chiffre serait de 72 X 50 =3,600. Consultez Kennedy, Annals of Aberdeen, 1. 1, pag. 103.
l'Ecosse, surtout si nous ne perdons pas de vie qu'il se rapporte à une date où, l'anarchie du moyen âge ayant disparu, Àberdeen se relevait depuis quelque temps. Cette cité, si, toutefois, un aussi mince assemblage de citoyens mérite le nom de cité, n'en était pas moins l'une des plus peuplées de l'Ecosse. Depuis le treizième siècle jusqu'à la fin da quatorzième, on ne trouve ailleurs une telle agglomération d'Écossais, si ce n'est à Perth , Edimbourg, et peut-être bien à saint Andrews (4). A l'égard de cette dernière ville, je n'ai pu recueillir de détails précis (2) ; qvantà Perth et Edimbourg, nous avons des données plus certaines. Longtemps capitale de l'Ecosse, Perth, même après avoir perdu cette prééminence, fut regardée comme la seconde cité du royaume (5). Ses richesses, prétendait-on, étaient surprenantes; et tout bon Écossais s'enorgueillissait de Perth, comme l'une des principales merveilles du pays (4). Cepen-
(1) « St. Andrews , Perth aod Aberdeen appear to hâve been the three mort populaces cities before the Reformation. » Lawson, Roman Catholic Ctturch in Scotland, 1835, pag. 36. On retrouve la même assertion dans Lyon, Hist. ofSt. Andrews, 1. 1, pag. % Hais ni l'un ni l'antre de ces deux aotenrs ne paraissent avoir fait grandes recherches sur ce sujet; autrement ils n'auraient pas été supposer qn 'Aberdeen était plus grande qu'Edimbourg.
(2) J'ai parcouru attentivement les deux histoires de Saint -Andrews par le docteur Orierson et par M. Lyon , mais je n'y ai rien trouvé qui pût me renseigner d'une manière certaine sur l'histoire primitive de cette cité. L'ouvrage de 11. Lyon, qui est en deux gros volumes, est des plus superficiels, même eu égard à une histoire locale, ce qui n'est pas peu dire.
(3) i Of the thirteen Parliaments held in the relgn of ring James I, eleven were held at Perth, ooe atStirling, and one at Edtnburgh. The national councils of the Scottish clergy wer e held there uniformly till 1459. Though iosing its prééminence by the sélection of Edinburgh as a capital, Perth has uniformly and constantly maintained the second place in the order of burghs, and its right to do so has been repeatedly and solemnly acknowledged. » Penny, Traditions of Perth, pag. 231. Voyei aussi pag. 906. Il paraîtrait aussi, d'après ce que nous dit Froissart, qu'Edimbourg était considérée comme la capitale dans la dernière partie du quatorzième siècle.
(4) Je trouve un exemple des éloges décernés à Perth ailleurs même que chez les Écos-
dant, d'après le calcul fait récemment par un juge très compétent en pareille matière, sa population, en 4585, restait au dessous de neuf mille âmes (1). Voilà qui surprendra plus d'un lecteur; quoique, à considérer l'état de la société à cette époque, ce n'est pas de ce que ce chiffre fiftt si bas qu'il faut s'étonner, mais bien de ce qu'il fût si haut. Car Edimbourg même malgré les fonctionnaires et les nombreux intrigants qui voltigent sans cesse autour des cours, ne contenait pas, à la fin de quatorzième siècle, plus de seize mille habitants (2). Un chroniqueur contemporain nous donne une description de la condition générale de ses citoyens. Froissart, qui visita l'Ecosse, et rapporte ce qu'il a vu aussi bien que ce qu'il a entendu dire, nous fait un tableau lamentable de l'état des choses. Les habitations, à Edimbourg, étaient de simples huttes, mélange de chaume et de ramée, masures si légèrement construites, que l'une d'elles venait-elle à être détruite, on ne mettait que trois jours à la refaire. Quant au peuple qui s'abritait dans ces misérables repaires, Froissart, qui n'est pas coutumier du fait d'exagération, nous assure
sais. Alexandre Nechaus : « Takes notice of Perth in the following distich, quoted in Camden's Britannia :
c Transis ample Tai, fer rura, per oppida, p^r Perth : Regnnm s&stentant Hlins nrbis opes. »
Tiras Englished in Bishop Gibson's Translation of Camden's Boofc :
« Great Tay, throogh Perth, throogh toims, thronghconntry Aies : Perth the whole kingdom with her wealth snpplies. *
(Sinclair, Scotlctndj t. XVIII, pag. 5M. )
(4) tiyHT X 6 as 8,562, the computed population in 1584 and 1985, exclusive of the extraordinary mortality caused by the plague. * Chamber, Annals of Scottand, 1858, 1. 1, pag. 158.
Ht) « The inhabitants of the capital, in the reign of Robert II, hardty exceeded sixteen tfeonsand. » Pinkerton, Bisl . ofScotland, 1. 1, pag. 152.
que les Français, s'ils ne l'avaient pas vu, n'auraient voulu croire que semblable dénûment pût exister : ce fut la première fois, ajoute-t-il, que ses compatriotes comprirent ce qu'était la véritable pauvreté (1).
Depuis cette époque, nul doute qu'il ne se soit produit des améliorationsconsidérables : mais combien ellesétaient lentes! ainsi, à la fin même du seizième siècle, on ne trouvait aucun habile artisan ; tout honnête métier était universellement dé* daigné (2). Est il donc surprenant que ces citoyens pauvres,
(1) Lorsque les Français arrivèrent à Edimbourg, les Écossais s'écrièrent : « Quel diable les a mandés? Ne savons-nous pas bien faire notre guerre sans eux aux Anglois? Nous ne ferons jà bonne besogne tant comme ils soient avec nous. On leur dise que ils s'en reboisent, et que nous sommes gens assez en Escosse pour parmaintenir notre guerre, et que point nous ne voulons leur compagnie. Us ne nous entendent point, ni nous eux; nous ne savons parler ensemble; ils auront tantôt riflé et mangé tout ce qui est en ce pays : ils nous feront plus de contraires, de dépits et de dommages, si nous les laissons convenir, que les Anglois ne feroient si ils s'étoient embattus entre nous sans ardoir. Et si les Anglois ardent nos maisons, que peut-il chaloir? Nous les aurons tantôt refaites à bon marché, nous n'y mettons au refaire que trois jours, mais que nous ayons quatre ou six estaches et de la ramée pour lier par dessus. » — t Ainsi disoient les escots en Escosse à la venue des seigneurs de
France. » « Et quand les Anglois y chevauchent ou que ils y vont, ainsi que ils y
ont été plusieurs fois, il convient que lenrs pourvéances, si ils veulent vivre, les suivent toujours au dos ; car on ne trouve rien sur le pays : à grand'peine y recuevre l'en du fer poor ferrer les chevaux , ni du cuir pour faire harnois , selles ni brides. Les choses toutes faites leur viennent par mer de Flandre, et quand cela leur fait défaut, ils n'ont nulle chose. Quand ces barons et ces chevaliers de France qui a voient appris ces beaux hôtels à trouver ces salles parées, ces chasteaui et ces bons mois lits pour reposer, se virent et trouvèrent en celle povreté, si commencèrent à rire et à dire : c En quel pays nous a ci amenés l'amiral? Nous ne sçumes oncques que ce fût de povreté ni de dureté fors maintenant. > Froissart, Croniques. Paris, 1835, édit. Buchon, t. II, pag. 314, 315. « The hovels of the common people were slight érections of turf, or twigs, which, as they were often laid vaste by war, were bnilt merely for temporary accommodation. Their towns consisted chiefly of wooden
cottages. » t Even as laie as 1600, the houses of Edinburgh "were chiefly built of
wood. * Chalmers, Caledonia, 1. 1, pag. 802. Nous lisons dans un autre récit écrit en 1670 : » The houses of the commonalty are very mean , mud-wall and thatch , the best ; but the
poorer sort live in such misérable huts as never ye beheld. » t In some parts ,
where turf is plentiful, they build up little cabbins thereof, with arched roofs of turf, without a stick of timber in it ; when the house is dry enough to burn, it serves them for fuel, and they remove to another. » Harleian Miscellany, 1810, in-4% t. VI, pag. 139.
(2) • Our manufactures were carried on by the meanestof the peopie, who had small stocks, and were of no réputation. Thèse were, for the most part, workmen for home-
malheureux et ignorants, allassent souvent acheter la protection de quelque puissant seigneur, en retour de l'abandon de l'étroite indépendance qu'ils eussent pu conserver (1)? Peu de villes osaient choisir leur premier magistrat parmi le peuple : l'habitude était de conférer à un seigneur du voisinage l'autorité de prévôt ou de bailli (2). Il arriva même souvent que ces fonctions devenaient héréditaires, et qu'on les
consumpt, such as masons, house-carpenters, armourers, blacksmiths, taylors, shoemakers, and the like. Oor weavers were few in nnmber, and in the greatest contempt, as their employments were more sedentary, and themselves reckoned less fit forwar, in which ail were obliged to set ?e , when the exigencies of the country demanded their attendance. > The Intérêt of Scotland considewd. Édinb., 1733, pag. 82. Pinkerton (Hist. of Scotland, t. II, pag. 392), s'appuyant sur Je manuscrit de Sloane, dit : « The author of an interesting memoir concerning the state of Scotland about 1590, observes, that the husbandmen were a kind of slaves, only holding their lands from year to year ; that the nobility being too numerous for the extent of the country, there arose to great an inequality of rank and revenue; and there was no middle station between a proud landholderandthosewho, having no property to lose, were ready for any tumult. A rich yeomanry, numerous merchants and tradesmen of property, and ail the dénominations of the middle class, so important in a flourishing society, were long to he confined to England. * Treize ans plus tard, les manufactures de l'Ecosse • were confined to a few of the coarsest nature, without which the poorest nations are unable to subsist. > Laing, Hist. of Scotland, t. III, pag. 7.
(1) Ainsi, par exemple, « the town of Dunbar naturally grew up under the shelter of the
castle of the same name. « • Dunbar became the town, in demesn, of the successive
Earls of Dunbar and March, partaking of their influences, whether unfortunate or happy. > Chalmers, Caledonia, t. II, pag. 416. « But when the régal government became at any time feeble, thèse towns,unequal to their own protection, placed themselves under the shelter of the most powerful lord in their neighbourhood.Thus, the town of Elgyn found it necessary, at varions periods between the years 1389 and 1452, to accept of many charters of protection, and discharges of taxes, from the Earls of Moray, who held it in some species of vassalage. > Sinclair, Scotland, t. V, pag. 3. Consultez Pinkerton, Hist. ofScotlandj t. II, pag. 396, et deux lettres écrites en 1543 et 1544 par les magistrats d'Aberdeen au comte de Huntly et reproduites dans Council Register of Aberdeen, 1. 1, pag. 190, 201. Ils lui disent : < Te haf our band as protectour to Ross. >
(2) Tytler, History of Scotland* t. IV, pag. 131, 225, ainsi que Pinkerton, History of Scotland, t. II, pag. 179. Parfois les nobles ne laissèrent pas même aux citoyens l'apparence de liberté des élections ; ils les décidaient par le sort des armes. Nous en trouvons un exemple dans ce qui arriva à Perth en 1544 : • Where a claim for the office of provost was decided by arms, between lord Kuthwen on the one side, supportedd>y a numerous train of his vassals, and lord Gray, with norman Leslie master of Rothes, and charteri8 of kinfauns, on the other. > Tytler, t. IV, pag. 323.
tU HISTOIRE
regardait comme le droit consacré de quelque famille aristocratique (1). Devant le chef de cette famille, tout cédait : son autorité était si incontestable, qu'une insulte faite à l'un de ses partisans était punie, comme si elle eût été faite au seigneur même (2). Les bourgeois, députés au parlement, étaient sous l'entière dépendance du noble gouverneur de la ville. Jusqu'à une époque très récente, il n'y eut pas en Ecosse de représentation véritablement populaire. Les prétendus représentants devaient voter suivant le mot d'ordre; par le fait, ils n'étaient que les délégués de l'aristocratie; et, comme ils ne formaient pas une chambre à part, ils siégeaient et délibéraient sous les yeux de leurs maîtres puissants, qui ne se gênaient point pour les violenter (3).
(1) On trouvera des exemples de cette coutume dans Hollinshead, Scottish ChronicUj t. II, pag. 290; Brown, Hist. of Glasgow, t. II, pag. 154 ; Denholm , Hist. of Glasgow, pag. 249; Mercer, Hist. ofDunfermline, pag. 83.
(2) c Ad in jury inflicted on the i man • of a nobleman was resented as nrach as if he himsetf had been the injured party. » Préface to the Council Register ofAberdeen, t. X, pag. xii.
(3) Voyez dans Macanlay, hist. of Engl&nd, 1. 1, pag. 93, une description très pittoresque de l'Ecosse en 1639: « The Parliament of the northern kingdomwasa very différent
body from that which bore the same name in En gland, c « The three estâtes sat
in one honse. The commissioners of the burghs were considered merely as retainers of the great nobles. > etc. Considérons une époque plus rapprochée : lord Cockburn nous dépeint sous de sombres couleurs la situation de l'Ecosse en 1794, année ou Jeffrey débuta au barreau : t There iras then, in this country, no popuiar représentation, no emancipated burghs, no effective rival of the estabtished chnrch, no indépendant press, no free public meetings, and no botter trial by jury , even in potitieal cases (except high treason), than what was consistent with the cireumstanees, that the juron were not sent into court under aay impartial raie, and that, when in court, those who were to try the case were named by the presiding judge. The Scotch représentatives were only forty-five, of whom thirty were elected for counties, and fifteen for towns. Both from its priée and its nature (being enveloped in féodal and technical absurdities) the élective franchise in counties, where alone it existed, was far above the reach of the whoie lower, and of a great majority of the middle, and of many eren of the higher, ranks. There were probably not above 1,500 or 2,000 county electors in ail Scotland ; a body not too large to be feeld, hope included, in gouvernements hands. The return, therefore of a single opposition member was never to be expected. »
« Of the fifteen town members, Edinburgh returned one. The otkerfourteen were
produced by clusters of four or five nnconnected burghs electing each one detogate, and
Dans ces circonstances, comment la couronne eut-elle pu raisonnablement compter sur l'appui d'une classe qui n'avait par elle-même aucune influenceet dont les privilèges restreints ne subsistaient que parce qu'on voulait bien les tolérer? Cependant, il y avait une autre classe excessivement puissante, vers laquelle les rois d'Ecosse se retournèrent naturellement ; je veux dire, le clergé : intéressées toutes deux à rabaisser la noblesse, l'Église et la royauté firent cause commune contre l'aristocratie. Pendant un espace de temps considérable, disons mieux, jusque dans la seconde partie du seizième siècle, les rois, presque sans exception, favorisèrent le clergé en augmentant ses privilèges par tous les moyens possibles. La réforme vint dissoudre cette alliance peur faire surgir de nouvelles combinaisons que j'indiquerai tout à l'heure. Mais, tant qu'elle dura, cette alliance fut très utile au clergé, par cela même qu'elle revêtissait ses prétentions d'une sanction légitime et le faisait ressortir comme le pilier de l'ordre, le support du gouvernement régulier. Après tout, le résultat prouva clairement que les seigneurs pouvaient faire mieux encore que de contre-ba lancer la ligue formée contre eux. En effet, à considérer leur énorme pou-
thèse four or five delegales eleeting the représentative. Wbatever this system may hâve been origioally, it had grown, in référence to the people, iolo as complète a mockery as if H had been invented for their dégradation. The people had nothing to do with it. It vas al) managed by town-councils, of never more than thirty-three members; and e?ery townconncil was self-elected, and conseqaently perpetnated its own interests. The élection of either the town or the coanty member was a matter of snch utter indifférence to the people, tfcat they often only koew of it by the ringing of a bell, or by seeing it mentioned next day in a newspaper; for the farce was gênerai ly performed in an apartment from which, if convenient, the pnbtic conld be eieladed, and nev§r in the open air. » Cockburn, Life of Jeffrey. Édimb., 1852, 1. 1, pag. 74-76. Relativement aux phases de la représentation parlementaire en Ecosse depuis l'époque décrite par lord Gockbnrn jusqu'au Reform-Bill, consultez Irving, UisL of Dumbartonshire , pag. 275, 276, ainsi qne Moore, Memmrs. Lond., 18534854, publiés sons la direction de lord John Russell, t. IV, pag. 268; t. VI, pag. 153, 154.
voir, on ne peut que s'étonner que le clergé ait prolongé aussi longtemps la lutte (car il ne finit par avoir le dessous qu'en 1560). Que les hostilités aientété si acharnées, qu'elles se soient maintenues durant une période aussi considérable, voilà ce à quoi, en se plaçant à un point de vue restreint, l'on n'eût pu s'attendre. Je vais essayer d'en donner la raison; et je réussirai, je l'espère, à démontrer qu'en Ecosse cette immense influence des classes tbéocratiques est due à un long enchaînement de causes générales qui leur permirent non seulement de tenir tête à l'aristocratie la plus puissante de l'Europe, mais encore, après avoir paru à jamais terrassées, de se relever aussi fortes et vigoureuses qu'auparavant pour exercer, en qualité de pasteurs protestants, une action qui ne le cède en rien à celle qu'ils exercèrent comme prêtres catholiques.
De tous les pays protestants, l'Ecosse est sans conteste celui où le cours des choses a le plus longuement et le plus grandement aidé aux intérêts de la superstition. Nous redirons plus tard comment ces intérêts furent appuyés durant les dix-septièmeet dix-huitième siècles. Quant à présent, nous nous proposons d'examinerlescausesdeleurpremier développement et de faire voir comment ils se rattachèrent non seulement à la réforme, mais aussi revêtirent ce grand événement de certaines particularités extrêmement remarquables et qui sont diamétralement opposées à ce qui se passa en Angleterre.
Si le lecteur n'a pas perdu de vue ce que j'ai établi ailleurs , il se rappellera que les deux sources principales de la superstition sont l'ignorance et le danger, l'ignorance qui empêche l'homme de se rendre compte des causes naturelles, et le danger qui le conduit à reporter ces causes à
des causes surnaturelles. Or, pour exprimer cette proposition en d'autres termes, le sentiment de vénération qui, sous Pun de ses aspects, prend la forme de la superstition, est le produit de la surprise et de la crainte; or il est évident que la surprise se relie à l'ignorance et la crainte au danger (1). C'est pour cela que tout ce qui, en n'importe quel pays, augmente la somme totale de Tétonnement, ou la somme totale du péril, a une tendance directe à accroître la somme totale delà superstition et, par conséquent, à affermir l'autorité du sacerdoce.
Appliquons ces principes à l'Ecosse , et nous pourrons éclaircir plusieurs points de son histoire. En premier lieu, sa configuration présente un contraste marqué avec celle de l'Angleterre : là, les divers aspects de la nature sont plus susceptibles d'engendrer chez un peuple ignorant des superstitions puissantes et durables. Des orages, d'épais rideaux de vapeurs, un ciel noir que vient souvent sillonner l'éclair, le tonnerre roulant son grondement de montagne en montagne et frappant tous les échos , les tempêtes dangereuses, les vents déchaînés qui soulèvent les lacs innombrables dont le pays est parsemé, le torrent impétueux qui précipite ses eaux sur le chemin du voyageur et l'empêche d'avancer, combien tout cela diffère étrangement de ces phénomènes plus simples, plus tranquilles, au milieu desquels le peuple anglais a développé sa prospérité et bâti ses
(1) Il faut distinguer entre surprise et admiration; la première est le produit de l'ignorance, la seconde des lumières. L'ignorance s'émerveille devant les prétendues irrégularités de la nature; la science admire sa régularité. Les premiers écrivains se sont rarement attachés à cette distinction, parce qu'ils se laissaient surprendre par l'étvmologie du mot admiration. Sauf en jurisprudence, les Romains jie pénétrèrent jamais jusqu'au fond des choses, et l'emploi erroné que ces penseurs superficiels firent deadmirari engendra cette erreur si commune parmi nos vieux écrivains, à savoir «j'admire» au lieu de « I monder. >
superbes cités. Ces particularités ont affecté jusqu'à la croyance eu la sorcellerie, Tune des plus sombres superstitions qui aient jamais défiguré l'esprit humain : et l'on a fort bien observé que tandis que, d'après la version anglaise, la sorcière était un être affreux, décrépit, rabougri, esclave plutôt que mai tresse des démons qui l'obsédaient, en Ecosse, elle s'élevait à la dignité de puissante enchanteresse qui, dominant l'esprit malin et le forçant d'exécuter ses ordres, répandait parmi le peuple une terreur beaucoup plus profonde et plus continue (1).
(1) t Our Scotti8h witch is a far more frightful beiog than her supernatural coadjutoron the south side of the Tweed. She sometimes seems to rise from the proper sphère of the
witch, who is only the slave, into that of the sorcerer, who is master of the démon
« Io a people, so far behind their neighboars in domestic organisation, poor aod hardj, inhabitingacountry of mountains, torrents, and rocks, where cultivât ion was scanty, aocnstomed to gloomy mists and wiid storms, every impression must necessarily assume a corresponding character. Superstitions, like fnngnses and vermin, are existences peco-
liar to the spot where they appear, aod are goterned by its physical accidents. »
• And thns it ig that the indications of witchcraft in Scotland are as différent from those of the superstition which in Eogland reçoives the same Dame, as the Grampian Mon n tains from Shooter's Hill or Kennington Common. » Bu r ton, Criminal Trials in SeoUand, 1. 1, pag. 240,243. Voilà qui est admirablement dit, on ne saurait rien y ajouter. Dans Brown, Hist. oftheHighlands, 1. 1, pag. 106, et dans Sinclair, Scotland, t. IV, pag. 560, it est également traité, mais avec moins de talent, des rapports entre les superstitions des Écossais et les aspects de la nature daos leur. pays. Dans Hume, Commentaries on the laws of Scotland, nous trouvons un passage intéressant sur les hautes prétentions de la sorcellerie écossaise, qui ne se ravala jamais comme dans les autres pays à l'état de simple duperie, mais se produisit toujours comme une foi opiniâtre et profondément enracinée. « For among the many trials for witchcraft which fill the record, I hâve not observed that there is even one which proceeds upon the notion of a vain or cheating art, falsety used by an impostor to deceive the weak and credulous. > On recueillera d'autres détails sur la sorcellerie en Ecosse dans les ouvrages suivants : Mackenrie, Criminal Laws of Scotland (4699), pag. 42,56; Correspond, of Mrs. Grant of Laggan, t. in, pag. 186,187; Southey, Life of Bell, t. I, pag. 52; Vernon, Correspondence, t. II, pag. 301; Weld, Hist. ofthe Royal Society, 1. 1, pag. 89; Lelters from a gentleman in the North of Scotland, 1. 1, pag. 220,221; The SpoUiswoode MisceUany, t. Il, pag. U; Lyon, Hist. ofSt-Andrews, t. Il, pag. 56, 57. 11 est à peine nécessaire défaire allusion à l'ouvrage de Jacques I" et à celui de sir Walter Scott, puisqu'ils sont connus de tous ceux que l'histoire de la sorcellerie intéresse ; cependant P^eairn, Criminal Trials, quoiqu'on le Use moins, est un livre plus précieux, en ce qu'il contient tous les matériaux nécessaires pour étudier cette forme de la superstition des Écossais.
Les guerres perpétuelles et sanglantes qui désolèrent l'Ecosse, et surtout les ravages cruels des Anglais au quatorzième siècle, entraînèrent de semblables résultats. Partout où la religion prédomine? l'influence de ses ministres est invariablement raffermie par une guerre longue et dangereuse, dont les incertitudes troublent les esprits et les poussent, lorsque les ressources naturelles viennent à manquer, à en appeler an surnaturel : que Dieu les aide, disent-ils! Alors l'importance du clergé s'agrandit ; jamais les églises n'ont vu tant de fidèles se presser dans leurs asiles; enfin le prêtre, se représentant comme l'interprète des volontés divines, élève la voix : qu'on écoute le prophète! il console le peuple des pertes qu'il a subies dans une juste cause, ou bien il lui annonce que ces pertes sont la punition de ses péchés; Dieu l'avertit qu'il n'a pas été suffisamment attentif à ses devoirs religieux, en d'autres termes, qu'il a négligé les rites et les cérémonies, où le prêtre lui-même a un intérêt personnel.
Est-il donc étonnant que le quatorzième siècle qui vit les souffrances de l'Ecosse portées à leur comble, fut aussi l'âge d'or du clergé? Si bien que, au fur et à mesure que le pays s'appauvrissait, les classes tbéocratiques devinrent en proportion plus riches que le reste de la nation. Même au quinzième siècle, et dans la première partie du seizième, au moment où l'industrie commençait à prendre un certain essor, malgré la condition améliorée des classes séculières, nous dit-on, leurs richesses réunies, y compris les biens de tous les ordres, égalaient à peine les richesses de l'Église (1).
(i) Pinkerlon (HisL ofScotland, U I,pagf 414) dit que sous Jacquet II et Jacques III : « The wealth of the Church was at least équivalent to tuai of ail the lay interest. » Se
Si donc le clergé fut aussi rapace et aussi prospère dans une époque jouissant dune sécurité relative, que dùt-ce être dans ces temps antérieurs où les dangers étant beaucoup plus imminents? Il n'était presque personne qui, avant la mort, ne fit quelque donation à l'Église, chacun voulant témoigner son respect envers des personnages qui en savaient plus que leur prochain et qui, par leurs prières, pouvaient détourner le mal présent ou assurer la félicité future? Certes, le clergé dut moissonner à pleines mains (i).
Autre conséquence de ces guerres prolongées : le nombre de gens qui embrassaient la carrière ecclésiastique était disproportionné à celui de la population; pourquoi? Parce que l'Église seule offrait quelque chance de sécurité; les monastères en particulier regorgeaient de profès qui espéraient par là, quoique souvent en vain, être à l'abri des pil-
reporter aussi à Life of Spotliswoode, pag. 53, 1. 1, History ofthe Church ofScotland. « The Damerons déviées employed by ecclesiastics, both secular and regnlar, for enricbing the several Fonndations to which they were aitached, had iransferred into their hands more than half of the territorial property of Scotland, or of Us annnal produce. » En ce qui tonche à la première partie du seizième siècle, un auteur très compétent établit que quelque temps avant la Réforme, t the full half ofthe wealth ofthe nation belonged to the clergy. » M'Crie, Life ofKnox, pag. 10. Nous lisons dans nn autre outrage : « If we take into account the annual value of ail thèse abbeys and monasteries, in conjnnctioo with the bishoprics, itwill appear at once that the Scottish Catholic hierarchy iras more munificently endowed, considering the extent and resources of the kingdom, than it was in any other conntry in Europe. > Lawson, Roman Catholic Church in Scotland, pag. 22. Consultes aussi, pour les retenus de l'épiscopat écossais qui, eu égard à la pautreté du pays, étaient traiment énormes, Lyon, Hist. of St Andrews, t. I, pag. 97, 125.
(1) « They coula employ ail the motives of fear and of hope, of terror and of consolation, which operate most powerfully on the human mind. They haunthed the weak and the credulous; they besieged the beds of the sick and ofthe dying; they sufiéred few to go out of the world without leating marks of their liberality to the Church, and taught them to componnd with the almighty for their sins, by bestowing riches upon chote who called themselves his servants.! Hist. ofScotland, t. Il, pag. 89; Robertson, Works. Il est intéressant d'observer l'ardeur que met chaque clergé à exposer les artifices des autres clergés. En rapprochant ces diverses assertions, nous antres, gens séculiers, nous pouvons nous faire une idée du système théocratique dans son ensemble.
lages et des massacres qui désolaient l'Ecosse. Lorsque, au quinzième siècle, le pays commença à panser ses plaies, tout commerce, toute industrie faisant défaut, l'Église fut le meilleur chemin de la richesse (1) ; aussi les gens paisibles allèrent-ils dans son sein chercher la sécurité, et les ambitieux les moyens les plus sûrs d'arriver aux honneurs.
Ainsi ce fut à l'absence de grandes cités, au manque d'industrie qui le distingue, que le clergé dut les nombreuses recrues qui vinrent grossir ses rangs, plus serrés qu'ils n'eussent été dans d'autres circonstances : et ce qu'il y a de très remarquable , c'est que ce n'est pas seulement son nombre qui s'en accrut, mais aussi les dispositions du peuple à se soumettre à ses pasteurs. De sa nature, et par suite des incidents de sa vie de chaque jour, le laboureur est plus superstitieux que l'artisan industriel, par la raison qu'il a à faire à des forces plus mystérieuses, c'est à dire plus difficiles à généraliser et à prévoir (2). C'est pourquoi, en général, les habitants des régions agricoles montrent plus de respect envers les doctrines de leur clergé que les habitants des districts manufacturiers. L'agrandissement des cités a donc été l'une des causes principales de l'abaissement du pouvoir ecclésiastique; : or, entre autres circonstances, ce fait même, que jusqu'au dix-huitième siècle l'Ecosse ne posséda aucune ville qui méritât le nom de cité, nous explique la force des superstitions en Ecosse et l'influence extraordinaire du clergé écossais.
A ces causes il fait en ajouter une très importante. La configuration du pays, la faiblesse de la royauté, la néces-
(i) Pinkerton fait observer, à la date de 1514, que t ecclesiastical dignities préseoted almostthe only path to eminence. » HisU of Scotland, t. II, pag. 123. (2) Voy. 1. 1".
site d'être sans cesse sous les armes pour repousser les invasions de l'étranger, tout cela réuni contribua à développer ces habitudes de rapine inhérentes à toute société primitive: c'est dire que l'ignorance régna en souveraine. Pas d'étude, nulles connaissances, jusqu'au quinzième siècle, pas d'université! la première remonte à 1412, elle fut fondée à Saint- Andrews (1). Quand ils ne guerroyaient pas contre l'ennemi, les nobles consacraient leurs loisirs à se pourfendre les uns les autres et à se voler réciproquement leur bétail (2). Leur ignorance était si profonde, qu'à la fin du quatorzième siècle, nous dit-on, l'on ne pouvait trouver un seul baron écossais qui sût signer (5). Comme il n'y avait rien qui approchât
(1) Arnot {Hi8t. ofEdinburgh, pag. 386) dit que l'université de St-Andrews fat fondée en 1412 ; on tronve la même assertion dans Kennedy, Annals of Aberdeen, t. II, pag. 83. Qrierson, dans son Hist. of St-Andrews, pag. 14, dit : t In 1410, the city of SHUdrftvs first saw the establishment of ils famons nniversity, the most ancient institution of the kind that eiists io Scotland ; • mais à la page 144 du même ouvrage, nous lisons : < The clarter constituting and declaring it to be a nniversity » dated at St- Andrews, the 27 Ch. of february, 1411. • Se reporter aussi à Lyon, Hist. of St-Andrews, 1. 1, pag. 203, 206, t. Il, pag. 223. Quoi qu'il en soit, • at the commencement of the fifteenth century, no nniversity eiisted in Scotland; and the youth who were désirons of a libéral éducation were under the nècessity of seekiog it abroad. » M'Cric, Life ofMelville, 1. 1, pag. 211. Ces! en 1413 qne la charte accordée par le pape, et approuvant les statuts de l'université, fat reçue en Ecosse. Lawson, Roman catholic Churoh in Scotland, pag. 12.
(2) C'étaient les beaux jours où, comme le dit avec beaucoup de délicatesse, un jurisconsulte écossais : a Thieving iras not the peculiar habit of the low and indigent, bot often common to them with persons of rank and landed estate. » Hume, Commentaries on the Law of Scotland, 1. 1, p. 126. Comme c'était habitueNement au bétail qu'on s'en prenait* on trouva un nouveau nom pour «et acte : ainsi nous lisons à la page 148 que < it iras distinguis hed by the nome of Hership or Herdship, being the driving away of numbers of cattle, or other bestial, by the masterful force of armed peuple. »
(3) Tytler, qni aima fort son pays et qui est assez enclin à porter aux nues tout ce qnâ est écossais, avoue cependant que c from the accession of Alexander III to the death of David II (1370) it would be impossible, et believe to prodttce as single Instaure of a Scottish Baron who could sign his own name. » Tytler, Hist. of Scotland, t. Il, pag. 239, 240. Au sujet du seizième siècle, je trouve cette mention accidentelle : « David Straiton, a Cadet of the house of Laureston. . . court not read. » "Wodrow, Collections, t. II, pag. 5, 6. Le fameux chef, Walter Scott de Harden, se maria en 1567 : • His marriage contract is signed by a notary, because none of the parties could write their names. » Chambec, Annals, t. l,pag. 46. On lit dans Crawfurd, Hist. ofRenfrew, part, m, pag» 313 1 c The
d'une classe moyenne, nous pouvons nous faire une idée des ténèbres dans lesquelles était plongée la masse du peuple (1), ténèbres, néanmoins, presque insondables pour nous. Gomment eût pu s'exercer l'intellectdu vulgaire, puisque tout faisait défaut, commerce, arts, industrie, qui exigent du talent et de l'habileté? Les Écossais restèrent engourdis dans une telle grossièreté, qu'un fin observateur, qui visita leur pays en 1560, fut si frappé de leur barbarie, de leur manque d'entregent qu'il les assimile à des sauvages (2). Un autre écrivain, au commencement du quinzième siècle, 'es décore du même titre ; à ses yeux, Écossais et animaux ne ne faisant qu'une seule et même classe, il déclare que l'Ecosse est « plus pleine de sauvagine que de bestaii (5). * Grâce à ce concours de circonstances, grâce aussi à cette ignorance se prosternant devant les accidents de la nature, le clergé avait, au quinzième siècle, obtenu plus d'influence en Ecosse qu'en tout autre pays de l'Europe, à l'unique excep* tion de l'Espagne. La puissance de ta noblesse s'étant accrue tout aussi rapidement, il était naturel que la couronne, rejetée dans l'ombre par les grands barons, recherchât l'appui de l'Église. Pendant le quinzième siècle, et partie du seizième, cette alliance fut étroitement maintenue (4); et l'his»
modem practia of subscribinf naines to writes of moment was not used in Scotland UU about the year 1540 ; » mais l'auteur oublie de nous dire pourquoi cette coutume n'existait pas auparavant. En 1564, > Robert Scott of Thirsltane, ancestor of lord Napier, eould not *ign his name. » Piteairn, Criminal Trials in Scotland, t. III, pag. 394.
(1) Un Écossais, un véritable savant, nous dit : c Scotland was no less ignorant and superstitions at the beginning of tbe fifteenth century, than it was towards the close of tne twelfth.» Datrymple, Annals of Scotland, 1. 1, p. 428.
(2) « Et sont ainsi comme gens sauvages qui ne se savent avoir ni de nulli accointer. > Les Chroniques de Froissait, édit. Buchon. Paris, 1835, t. II, pag. 315.
(3) ■ Plus pleine de sauvagine que de bestaii. » Histoire de Charles VI, par le Laboureur.
(4) Nous en trouvons des exemples à une époque plus reculée, mais cette alliance n'était
toire politique de l'Ecosse n'est que le compte rendu de la lutte soutenue par le trône et l'autel contre l'immense autorité de la noblesse; lutte qui, après avoir duré environ cent soixante ans, aboutit au triomphe de l'aristocratie et à la chute du clergé. Mais les faits que nous venons de retracer, avaient tellement greffé la superstition sur le caractère national, que les classes théocra tiques relevèrent bientôt la tête : sous le titre nouveau de protestants, les prêtres devinrent aussi formidables que sous leur ancien titre de catholiques. Quarante trois ans après l'établissement de la réforme en Ecosse, Jacques VI monta sur le trône d'Angleterre et put concentrer toutes les forces de son nouveau royaume du Sud contre les barons insoumis du Nord. Dès lors , l'aristocratie écossaise commença abaisser; l'Église, n'étant plus contrebalancée, acquit une telle puissance que, pendant les dixseptième et dix-huitième siècles, elle fut l'obstacle le plus insurmontable aux progrès de l'Ecosse ; aujourd'hui même, elle exerce une domination incompréhensible aux yeux de ceux qui n'ont pas soigneusement étudié l'enchaînement de ses antécédents. Décrire en détail la longue suite d'événements qui amenèrent ce déplorable résultat serait contraire au but de cette introduction qui est d'établir des principes larges et généreux. Cependant, afin de mettre clairement la question sous les yeux du lecteur, il sera nécessaire que je trace une légère esquisse de la position que la noblesse maintint vis-à-vis du clergé aux quinzième et seizième siècles et que j'indique comment cette situation des deux ordres et leur haine implacable l'un pour l'autre ame-
pas alors passée à l'état chronique. Tytler, Hist, of Scoland, 1. 1, pag. 66; Dalrymple, Armais, t. 1, pag. 72, 110, 111, 194, t. III, pag. 296,Nimma, Hist. of Stirlingshire, pag.88- Chalmers, Hist. of Dunfermline, pag. 133, 134.
nèrent la réforme. Nous verrons alors que le grand mouvement protestant, partout ailleurs démocratique, fut aristocratique en Ecosse. Nous verrons aussi que la réforme en Ecosse, n'étant pas l'œuvre du peuple, n'a jamais produit les les effets auxquels on eût pu s'attendre, ceux, par exemple, qu'elle produisit en Angleterre. Il n'est que trop évident que, tandis que dans ce dernier pays, le protestantisme a diminué la superstition, affaibli le clergé, encouragé la tolérance, en un mot, assuré le triomphe des intérêts séculiers sur les intérêts théocratiques, ses effets ont été bien différents en Ecosse, et que l'Église écossaise, changeant sa forme, sans modifier son esprit, entretint non seulement ses prétentions avec amour, mais, malheureusement, conserva son ancien pouvoir ; enfin que, tout en perdant de jour en jour de leur pouvoir, les pasteurs écossais déploient encore, chaque fois qu'ils le peuvent, un esprit altier et dominateur qui témoigne de l'immense faiblesse qui subsiste réellement au sein de la nation, où le ridicule, avec ses cent voix d'airain, ne vient pas tuer des prétentions aussi extravagantes.