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CHAPITRE XVII

Situation de l'Ecosse aux quinzième et seizième siècles

Dans les premières années du quinzième siècle, l'alliance de la couronne et de l'Église se révéla au grand jour , ainsi que son but, le renversement de la noblesse. On en trouve déjà des indices dans la politique d'Albany qui, pendant toute la durée de la régence (1406-1419) s'appliqua surtout à favoriser et à raffermir le clergé (1). Avant lui, aucun gouvernement n'avait osé affronter l'aristocratie : il lui porta le premier coup. Donald, l'un des plus puissants barons écossais, prince indépendant même, grâce à la possession des îles occidentales (Western Mes), s'était emparé du comté de Ross : l'eût-il conservé, il eût été à même de jeter le défi à la royauté. Soutenu par l'Église, Albany s'avança sur son territoire en 1411, l'obligea à renoncer au comté et, après avoir fait sa soumission en personne, à livrer des otages comme garants de sa fidélité

(1) « The Chnrch <was eminently favoured toy Albany. • Pinkertoo, History of Scotland, t. 1, pag. 86. Mais Pinkertoo se méprend sur sa politique à L'égard des nobles.

dans l'avenir (1). Une telle vigueur de la part du pouvoir exécutif était chose rare en Ecosse (2); ce fut le prélude d'une série d'attaques qui aboutirent à l'annexion en faveur de la couronne, non seulement du comté de Ross, mais aussi des îles occidentales (3). Jacques I er poursuivit avec plus d'énergie encore la politique imaginée par Albany. En t424, Jacques, prince hardi et actif, réussit à faire rendre une loi, fendant obligatoire pour une grande partie des barons, la production de leurs chartes, afin que Ton pût constater, parmi les terres qu'ils posâf daient, celles qui relevaient autrefois de la couronne (4). En outre, pour s'attirer l'affection du clergé, il publia, en 1425, un édit autorisant l'évêque de Saint-Andrews à faire retourner à l'Église tous les biens qui en avaient été distraits par aliénation : tous les officiers de justice devaient prêter main forte à l'exécu-

(i) Skene, Hig Mander s, t. II, pag. 72, 74; Browne, Hist. of tlte Highlands, t. 1, pag. 161; t. IV, pag. 435, 436.

(3) Chalmers (Caledonia, 1. 1, pag. 826-827) parlant de l'état des choses avant Albany, dit : < There is not a trace of any attempt by Robert H, to limit the power of the nobles, whatever ne may hâve added, by his improvident grants, to their indépendance. He appoars not to hâve attempted to raise the royal prérogative firom the debasement in which the imprudence and misfortunes of David II, had left it » Et, an tnjet de son successeur Robert 111 : • So mild a prince, and so weak a man, iras not very likely to make any attempt upon the power of others, when he conld scarcely support his own. > En 1476 ■ the Earldom of Ross was inalienably annexed to the Crown ; and a great blow was thns strnck at the power and grandeur of afamily which had so repeatedly disturbed the tranquillity of Scotland. • Gregory, History of the Western Highlands, Edinburg, 1836, pitg. 50, En 1493, « John* fourth and last Lord of the Isles, was forfeited, and deprived of . bis title and estâtes. > loid, pag. 58.

(3) En 1476, « the Earldom of Koss was inalienably annexed lo the Crown ; and a great btow was thns struck at the power and grandeur of a family which had so repeatedly disturbed the trauQUillity of Scotland.» Gregory, HUtory ofthe Western Highlands, Edinburgh, 1836, pag. 50. En 1493, « John, fourth and last Lord of the Isles, was forfei- Uid, and deprived of his title and estâtes. • Jbid., pag. 58.

(4) Comme les détenteurs des terres de la couronne étaient légalement, sinon réellement, les tenanciers du roi, l'acte déclara que < gif it tike the king, he may ger sumonde ail and sindry his tenand at lanchfull day and place to scltawe thar chartis. » The Acts ofthe Parliament of Scotland, t. II, pag. 4, S 9, edit. in-folio, 1814.

tion de ce décret (1). Ceci se passait en juin : or ce qui nous démontre que cela n'était qu'une partie du plan général, c'est que quelques mois auparavant, le roi, après avoir fait tout à coup arrêter, en plein parlement, à Perth, plus d'une vingtaine des principaux barons, en fit décapiter quatre et confisqua plusieurs de leurs fiefs (2). Deux ans après, usant de la même perfidie, il convoqua les chefs des Highlands à Inverness, se saisit de leurs personnes, en fit exécuter trois et en emprisonna plus de quarante dans différentes parties du royaume (3).

Grâce à ces mesures, en soutenant aussi l'Église avec le même zèle qu'il déployait contre les nobles, le roi s'imaginait pouvoir intervertir l'ordre des choses établies et consolider la suprématie du trône sur l'aristocratie (4). Mais en

(1) «On the 8th Jane, 1425, James issued a commission to Henry, bishop of S t- Andrews, authorising him to résume ail aliénations from the Church, with power of anathema, and ordersto ail justiciaries toassist. This carions paper is preserved in Harl. Ms. 4637, t. m, f. 189. * Pinkerton, Hist. of Scotland, 1. 1, pag. 116. L'archevêque Spottiswoode, que cette politique enchante, la dénomme c a gond king, » et dit : « He bnilt forthe Carthosiaosi beautiful monastery at Perth, bestowing large revenues npon the same. • Spottiswoode, Hist. ofthe Church of Scotland, 1. 1, p. 113. Et Keith nous assure que Jacques 1" alla même un jour jusqu'à donner à un évoque a a silver cross, in which was contained a bit of the wooden cross on which the apo tle St Andrews had been crucified. > Keith, Catalogue ofScoth Bishops, 1755, pag. 67.

(2) Rapprochez Balfour, Annales, t. I, pag. 153, 156, de Pinkerton, Hist., t. I, pag. 113, 115. Entre ces deux auteurs il y a une légère différence, mais elle est sans importance.

(3) Tytler, Hist. of Scotland, t. III, pag. 95, 96; Skene, Highlanders, t. II, pag. 75, et une description assez écourtée dans Gregory, Hist. ofthe Western Islands, pag. 35.

(4) Tytler {Hist. of Scotland, t. III, pag. 126) i la date de 1433, dit : i In the midst of bis labours for the pacification of his northern dominions, and his anxiety for the suppression of heresy, the king never forgot his great plan for the diminution of the exorbitant power of the nobles. > P. 84. c It was a principle of this enterprising monarch, in hi* scheme8 for the recovery and consolidation of his own power, to cultivate the friendship of the clergy, whom he regarded as a counterpoise to the nobles. » Lord Somerville {Memorie of the SomerviUeSj t. 1, pag. 173) dit que la haute noblesse fut < never or seldome called to counsell dureing thisking's reign. >

cela il s'exagérait son pouvoir. A l'exemple de presque tous les politiques, il prisait trop la valeur des remèdes politiques. Le législateur et le magistrat pourront un instant pallier le mal; effectuer une guérison, jamais. Les maux généraux dépendent de causes générales qui sont au dessus de leur art. Qu'ils touchent les symptômes de la maladie, soit : quant à la maladie elle-même, elle déjoue leurs efforts et trop souvent leur traitement ne fait que l'empirer. En Ecosse, le pouvoir de la noblesse était une affreuse maladie qui minait les forces vives de la nation : mais enfin elle avait longtemps couvé, elle était passée à l'état chronique : invétérée qu'elle était, le temps seul pouvait la guérir; la violence était impuissante à la diminuer. Au contraire, dans ce cas, comme en tous autres, que les politiques cherchent à faire beaucoup de bien, et le résultat infaillible sera un mal immense. Action outrée d'un côté entraîne réaction de l'autre, et voilà l'équilibre de l'état social dérangé. Les intérêts opposés se heurtant, toute sécurité disparaît! De nouvelles inimitiés s'allument, les anciennes s'enveniment, les dissensions, la discorde naturelle redoublent, et pourquoi? Tout simplement parce que les hommes d'État ne veulent pas comprendre qu'en opérant sur un grand pays, ils ont à faire à une organisation si subtile, d'une telle complexité, et de plus si obscure, que viennent-ils, ces pas* teurs d'hommes, à y introduire un changement, on peut affirmer que cent fois contre une le changement sera nuisible , et qu'ils auront , presque toujours , beaucoup à faire pour protéger ou raffermir ses points particuliers : car cette organisation possède par elle-même le pouvoir de réparer ses propres maux, et pour y parvenir, il ne lui faut que deux choses : le temps et la liberté ! c'est à dire,

deux choses dont la prive trop souvent l'intervention des hommes au pouvoir.

C'est ce qui eut lieu en Ecosse au quinzième siècle. Pourquoi les tentatives de Jacques I er échouèrent-elles? Parce que c'étaient des mesures particulières dirigées contre des affections générales. Des idées , des opinions, engendrées par un long enchaînement de circonstances, et profondément enracinées dans l'esprit public, avaient donné à l'aristocratie un immense pouvoir : que tous les nobles en Ecosse aient été décapités, que tous leurs châteaux aient été rasés, tous leurs fiefs confisqués, supposons tout cela; eh bien , sans contredit , il serait venu un jour où leurs successeurs auraient acquis une influence plus étendue que jamais , parce que l'injustice commise aurait accru le dévoâment de leurs partisans et de leurs suivants. Toute passion n'en fait-elle pas naitre une contraire? La cruauté d'aujourd'hui ne produit-elle pas demain la sympathie? La haine de l'injustice, plus que tout autre principe, contribue à niveler les inégalités et à maintenir la balance des affaires. Oui, tyrannie, c'est cette aversion pour toi, qui, faisant vibrer les cordes les plus intimes du cœur, rend ton triomphe définitif à jamais impossible. Voilà ce qui constitue la noblesse de notre nature : partie primordiale qui, empreinte de la beauté divine, révèle sa haute origine, et, divinatrice, parant aux éventualités les plus éloignées, est pour nous la plus sûre garantie que la victoire de la violence ne sera jamais suprême, que, tôt ou tard, le despotisme finira par être renversé, enfin que les affreux desseins des méchants ne prévaudront jamais contre les intérêts éternels de la race humaine.

En ce qui regarde Jacques I er , la réaction se produisit

plutôt qu'on ne pouvait s'y attendre ; et comme elle eut lieu de son vivant, elle fut à la fois réaction et peine du talion. Pendant plusieurs années, il continua à opprimer impunément les nobles (1) ; mais en 1346, ils se retournent contre lui, et lui font subir le dernier supplice pour venger leurs frères décapités (2). Alors leur pouvoir se releva avec la même rapidité qu'il avait été courbé. Dans le sud de l'Ecosse, les Douglas exerçaient une autorité suprême (3), et le chef de cette famille, un comte, jouissait de revenus qui égalaient à peu près ceux de la couronne (4). Et, pour montrer que son autorité égalait sa richesse il se présenta, à la cérémonie du mariage de Jacques II (1449), avec une suite de cinq mille vassaux (5), tous partisans déterminés et armés, tenus d'obéir à tous ses ordres. Non, qu'un noble Écossais eût besoin d'employer la contrainte pour se faire obéir par ses gens. La servitude était volontaire, inféodée dans les mœurs de la nation. A cette époque, comme longtemps après, il

(1) Consultez Chalmers, Caledonia, t. Il, p. 963, et Bûcha nan, Rerum Scoticarum Historia, iib. x,p.286.

(2) Tytler, History of Scotland, t. III, p. 157, 158.

(3) Lindsay of Pitscottie (Chronicle*, 1. 1, pag. 2) dit qu'aussitôt après la mort de Jacques I", < Alexander, Earle of Douglas, being uerie potent in kine and friendis, contemned ail the kingis office ris, in respect of his great puissance. » C'est dans l'ouvrage profond mais mal coordonné de Chalmers que j'ai trouvé le meilleur aperçu du développement des Douglas. Caledonia, 1. 1, pag. 579, 583.

(4) En 1440, < the chief of that family had revenues perhaps équivalent to thoseof the Scottish monarch. • Pinkerton, Hislory of Scotland, t. I,pag. 192.

(5) It may giveus some idea of the immense power possessed at this period by the Earl of Douglas, vrhen we mention that on this chi vairons occasion, themilitary suite by which he was surrounded, and at the head of which he conducted the Scottish champions to the lists, consisted of a force amounting to five thousand men. • Tytler, History of Scotland, t. III, pag. 215. Le vieil historien de cette famille dit : « He is not easy to be dealt with; they must hâve mufles that would catch such a cat. Indeed, he behaved himself as one that thought he woult not be in danger of them; he entertained a great family; he rode ever well accompanied when he came in pnblick; 1,000 or 2,000 horse %ere his ordinary train. » Hume, History ofthe House of Douglas, 1. 1, pag. 273, 274, réimprimé à Edimbourg, 1743.

était aussi déshonorable que peu sûr de ne pas appartenir à un grand clan ; et qui n'était pas assez favorisé du sort pour se rattacher à une haute famille, prenait habituellement le nom de quelque grand chef et achetait sa protection en se consacrant à son service (1).

Les comtés de Crawford et de Ross occupaient dans le Nord la même position que le comte de Douglas dans le Sud (2) ; Séparément formidables, unis, rien ne semblait devoir leur résister. Ainsi, lorsqu'à la fin du quinzième siècle, ils arrivèrent à former une ligue étroite contre tous les ennemis communs, il eût été difficile de déterminer la limite où s'arrêterait leur pouvoir ou le mode d'action que le gouvernement pourrait employer contre eux, si ce n'est de semer la discorde dans leurs rangs (3).

Cependant, sur ces entrefaites, la violence de la part de couronne avait accru la disposition où était la noblesse de diriger ses forces contre le trône. Ce dernier, au lieu de puiser une leçon dans le sort qui était échu à Jacques I er , imita ses

(i) Au dix-septième siècle, < To be withoal a chief, involved a kind of disrepute; and tbose who had do distinct Personal position of their owo, would find it necessary to become a Gordon or a Crichton, as prudence or inclination might point ont. • Burton, Criminal Trials in Scotland, 1. 1, pag. 207. Voir dans Pitcairn, Criminal Trials in Scotland, t. III, pag. 230, « the protective surname of Douglas; » et dans Skene, Highlanders, t. H, pag. 252, l'extrême importance qu'on attachait au nom de Macgregor.

(2) « Men of the greatest puissance and force next the Douglases that were in Scotland in their times. » Hume, History oftheHouse of Douglas, 1. 1, pag. 344. Le grand pouvoir des comtes de Ross dans le Nord date du treizième siècle. Consultez Skene, Highlanders, 1. 1, pag. 133, i34, t. Il, pag. 52.

(3) En 1445, le comte de Douglas conclut, « ane offensiue and defensiue league andcombinatione aganist ail, none excepted (not the king himselue), with the Earle of Crawfurd, and Donald, Lord of the Isles ; wich was mutually sealled and subscriued by them three, the 7 day of Marche. * Balfour, Annales, 1. 1, pag. 173. A cette ligue se joignirent d'autres familles nobles : • He maid bandis with the Erle of Graufurd, and with Donald lorde of the Ylis, and Erle ofKoss,to take part every ane with other,and withdyvers uther noble men also. » Lesley, History of Scotland (1436-1561), pag. 18.

actes tortueux, et poursuivit la même politique qui avait entraîné sa ruine. Parce que les Douglas formaient la famille la plus puissante de toutes, on résolut de les faire mourir; ne pouvant les tuer par la force, appel fut fait à la trahison. En 1440, le comte de Douglas, enfant de quinze ans, et son frère, plus jeune encore, sont amicalement invités à venir rendre visite au roi à Edimbourg. A peine arrivés, ils sont saisis d'après Tordre du chancelier; ils sont soumis à un jugement dérisoire, déclarés coupables, traînés jusque dans la cour du château, et décapités sur l'heure (1).

A considérer le profond attachement des Écossais pour leurs chefs, est ce exagérer que de dire que ce meurtre barbare eut pour résultat d'affermir la classe que l'on voulait intimider? Non. Cependant, ce crime horrible fut le fait du gouvernement seul, le roi étant alors mineur : mais le roi lui-même fut l'auteur du second assassinat. En 1542, Jacques H, avec force démonstration de politesse, manda le comte de Douglas (2) à la cour, alors réunie à Stirling. Le comte hésita ; mais Jacques triompha de sa répugnance, en lui envoyant un sauf-conduit revêtu de la signature royale et du grand sceau. Devant cet engagement formel de la royauté, les craintes de Douglas se dissipèrent. Il se rendit

(i) On trouvera un récit intéressant de ce crime infâme dans Hume, Hist. ofthe House of Douglas, 1. 1, pag. 274, 288; l'auteur est fort indigné, et rien n'est plus natnrel. D'un autre côté, Lesley, évêque de Ross, raconte ce fait avec un parfait sang-froid, qui caractérise fort bien l'animosité qui existait entre les nobles et le clergé, et qui l'empêcha de regarder le meurtre de ces deux enfants comme un crime. < And eflir he was set doua to the burd with the governour, chancellour, and otheris noble men présent, tbe meit was sudantlie removed , and ane bullis heid presented , quhilk in thay daies was ane signe ofexecutione; and incontinent tbe said erle, David bis broder, and Malcome Fleming of Cummernal, wer beidit before the castell yett of Edenburgh. » Lesley, History, pag. i6.

(2) Cousin des deux enfants massacrés en 1440. Hume, Hist. ofthe House of Douglas y

en toute hâte à Stirling où il fut reçu avec les plus grands honneurs (1). Le soir même de son arrivée, à la fin du souper, tout à coup le roi se répand en reproches contre lui et, dégainant, lui donne un coup de poignard, Gray l'achève avec une hache, et Douglas tombe mort sur le plancher, en présence du souverain qui Ta attiré à sa cour pour le massacrer avec impunité (2).

La férocité du caractère écossais, résultat naturel de l'ignorance et de la pauvreté de la nation, fut, sans nul doute, Tune des causes*, et non la moindre, de pareils crimes,crimes que les chefs de l'État commettaient, non pas en secret, mais en plein jour. Qui nierait, cependant, qu'une autre cause ce fut l'influence du clergé dont l'intérêt était d'humilier la noblesse et qui n'apportait aucun scrupule dans le choix des moyens (3)? A mesure que la couronne se détachait de plus en plus de l'aristocratie, elle se rapprochait davantage de l'Église. En 1443, un édit fut rendu dans le but de protéger les biens du clergé contre les attaques des barons (4). Assurément dans une société semblable, il était plus facile de rendre des lois que de les faire

(1) f With assurance under the brand seal. • Hume, Hist. ofthe House of Douglas, 1. 1, p. 351 ; Nimma, Hist. of Stirlingshire, pag. 246, 322, 323.

(2) Home, House of Douglas, t. I, pag. 351, 353. Le roi « stabbed him in the breast with a dagger. At the same instant Patrick Gray struck him on the head with a pole-ai. The rest that were attending at the door, hearing the noise, entred, and fell also npon him; and, to show their affection to the king, gave him every man his blow after ne vas dead. » Lindsay of Pitscottie, Chronicles ofScotland, 1. 1, p. 103. • He strak him throw the bodie thairwith; and thairefter the guard, hearing the tumult within the chamber, rnsched in and slew the earle ont of hand. >

(3) Dans Nimma, Hist. of Stirlingshire, pag. 99, 100, on fait remonter les discussioos de la noblesse et de l'Église an milieu du quinzième siècle : cette assertion est peut être exacte, en tant qu'elle se rapporte à l'extension de cette haine, mais on distingue nettement ce mouvement cinquante ans plus tôt. v

(4) Acts oftfie Parliament of Scotland, t. II, pag. 33, « the statute of halykirk quhilk is oppressit and hurt. >

exécuter : mais enfin cette mesure est l'indice de la tendance générale du gouvernement et de son alliance avec l'Église. D'ailleurs, nul ne pouvait s'y tromper (1). Pendant près de vingt ans, le conseiller intime et avoué de la couronne fut Kennedy, évêque de Saint-Andrews, qui resta au pouvoir jusqu'à sa mort (1466) durant la minorité de Jacques III (2). Ennemi acharné des barons, il déploya contre eux une animosité incessante que vinrent redoubler des insultes personnelles : car le comte de Crawford avait pillé ses terres, et le comte de Douglas avait tenté de se saisir de sa personne pour le jeter, disait-il, dans les fers (3). Cela eût suffi pour

(1) En 1449, Jacques II c writh that affectionate respect for ibe clergy, which could not fail to be experienced by a prince who had successfully employed tbeir support and aduice to escape from the tyranny of bis nobles, granted to them some important privilèges. » Tytler, Hist. ofScotlandt, t. III, pag.226. Voir aussi pag. 309. Entre autres mesures de ce genre, il accorda aux moines de Paisley une partie de la juridiction qui, en certains cas, appartenait à la couronne. Charte, 13 janvier 1451-2. Cbalmer, Caledonia, t. III,

(2) Pinkerton, Hist. of Scotland, t. I, pag. 188,209,247,254. Keitb, Catalogue of Scotch Bishop8,pdLg.i9; Ridpath, Border History, pag. 298; Hollinsbead, Scottish Chronicle, t. II, p. 101. Dans Somerville, Memorie of the Somervilles, 1. 1, pag. 213, il est dit, à la date de 1452, que, poussé par la crainte, le roi avait songé à se sauver : la crainte d'affronter la noblesse, dit-il, « had once possest his majestie with some thoungbts of going ont of the countrey ; but that he was perswaded to the contrary by Bishop Kennedie, then Arch-bishop of Saint-Andrewes, whose counsell at that tyme and eftirward, in most th.ings be followed, which at lenglh proved to his majesties great advantage. » Lesley, History, pag. 23. > The king wes put to sic a sharp point, that he wes determinit tb haif left the reaime, and to haif passit in Fraunce by sey, were not tbat bischop James Kennedy of St-Androis causit him to tarrye. >

(3) « His lands were plnndered by the Earl of Crawford and Alexander Ogilvie of Inveraritie, at the instigation of the Earl of Douglas, who had farther instructed them to seize, if possible, the person of the bishop, and to put him in irons. > Memoir of Kennedy, Chamber, Lives of Schotmen, t. III, pag. 307, Glasgow, 1834. « Sed Kennedus et setate, etconsilio, ac proinde auctoritate caeteros anteibat. In eum potissimum ira est versa. Crafordiae cornes et Alexander Ogilvius contlato satis magno exercitu, agros ejus in Fifa latè populati, dum prœdam magis, quam causam sequuntur, omni génère cladis in vicina eliam praedia grassati , nemine congredi auso pleni praedarum in Angustiam revertuntur. Kennedus ad sua arma conversus comitem Crafordiœ disceptationem juris fugientem diris ecclesiasticis est prosecutus. » Buchanan, Rerum Scoticarum Historia, lib. xi, pag. 306.

exciter le plus doux des hommes; et, comme à l'époque où Jacques II assassina Douglas, Kennedy jouissait d'une in- r fluence presque absolue, il est probable que l'évêque fut complice de cette infâme complot. Quoiqu'il en soit, il n'exprima aucun blâme : et lorsque, par suite de ce meurtre, les Douglas et leurs partisans se révoltèrent ouvertement, Kennedy donna au roi un conseil plein de ruse et d'insinuation, et qui caractérise hautement l'esprit insidieux de sa profession. Prenant en main un faisceau de dards, il lui fit voir que, liés ensemble, on ne pouvait les rompre, mais que, séparés, on les brisait sans effort; voulant dire par là que pour renverser les barons, il fallait les désunir et les ruiner un par un (1).

Certes, il avait raison, en tant qu'il y allait des intérêts de son ordre; mais, à considérer l'intérêt de la nation, il est évident que le pouvoir de la noblesse, malgré ses abus criants, était, après tout, avantageux, puisque c'était la seule barrière au despotisme. Oui, les maux qu'entraînèrent les barons furent immenses; mais ils détournèrent d'autres malheurs qui eussent été cent fois pires. L'anarchie du présent assura la liberté future. La moyenne classe n'existant pas,

(1) ■ This holie bischop schew ane similitud to the king, qnhilk might bring bim to expérience bow be might invaid againes the Donglass, and the rest of the conspiratooris. This bischop tuik furth ane great scheife of arrowes knit togidder werrie fast, and desired him to pat thame to his knie, and break tbame. The king said it was not possible, becans theywar somany, and so weill fastened togidder. The bischop answeired, it waswerriP true, bot yitt he -wold latt the king sea how to break tbame : and pnlled ont on be on, and tua be tua, qnhill he had brokin thame ail ; then said to the king, » Yea most doe with the conspiratonris in this manner, and thair complices that are risen againes yow, qnbo arc so many in nnmber, and so hard knit togidder in conspiracie againes yow, that yea cannot gett thame brokin toggider. Bntt be sick pratick as I hâve schowin yow be the similitnd of thir arrows, that is to say, yea must conqaeis and break lord by lord be thamselffis, for yea may not deall with thame ail at once. • Lindsay of Pitscottie, Ctironicles ofScolland, t. I, pag. 173, 173.

il n'y avait que trois ordres dans l'État, à savoir, le gouvernement, le clergéet la noblesse. Les deux premiers faisaient cause commune contre le troisième : il est donc certain que, s'ils avaient remporté la victoire, l'Ecosse eût passé sous le joug le plus horrible qu'on puisse imposer à une nation. Roi absolu, Église absolue, voilà les deux chefs qui, unissant leur jeu, eussent tyrannisé tout un peuple qui, en dépit de sa barbarie et de son ignorance, chérissait une certaine liberté rude et grossière, qu'il était bon qu'il possédât, mais qui, en présence d'une telle dualité, eût été à coup sûr étouffée.

Heureusement, la puissance de la noblesse avait jeté de trop profondes racines dans l'esprit du peuple pour que cette catastrophe fût possible. En vain Jacques III fit-il tous ses efforts pour rabaisser les barons (1) et élever leurs rivaux, les prêtres (2), rien ne put ébranler l'autorité de l'aristocratie, et, en 1482, convaincus des tendances du roi, les nobles se rassemblèrent, et l'influence qu'ils exerçaient sur leurs partisans était telle qu'ils se saisirent facilement de la personne de Jacques et l'emprisonnèrent au château d'Edimbourg (3). A peine délivré, de nouvelles querelles surgirent (4) : aussi, en 1488, les principaux barons réunissent

(1) t He wald nocht suffer the noblemen to corne to his présence, and to governe the reaime be thair counsell. » Leslej, H istory of ScoWand, pag. 48. «Wald nocht ose the counsall of his nobilis; ■ pag. 55. « Exclnding the nobility. > Home, history ofthe House of Douglas, t. II, pag. 33. ■ The nobility seeing his résolution to roin tbem ; > pag. 46: c Hes contemiog his oobility. • Balfour, Annales, 1. 1, pag. 906.

(2) AJso to aggrandize tbem. See, for instance, what « has obtained the name of the golden charter, from the ample privilégies it contaios, confirmed to Archbishop Shevez by James III, on 9th. July 1480. > Grierson, History of Saint Andrews, pag. 58. Cupar. 1838.

(3) c Snch vas the influence of the aristocracy over their warlike follovers, that the kiog -vas confeyed to the castle of Edinbnrgh, vithont commotion of mur mur. > Pinkerton, His t. ofScotland, 1. 1, pag. 308.

(4) « The king and his ministers mnltiplied the insnlts which they offered to the nobi-

leurs troupes, lui livrent bataille et, après l'avoir défait, le font mourir (1). Jacques IY lui succéda : sous ce prince, il n'y eut rien de changé, c'est à dire, d'un côté les nobles, de l'autre la royauté et le clergé. Tout ce que le roi put faire pour soutenir l'Église, il l'exécuta avec empressement. En 1493; il réussit à faire rendre une loi, assurant l'immunité des sièges de saint Andrews et de Glascow, les deux plus importants de l'Ecosse (2). En 1503, il obtint la révocation générale de toutes les donations préjudiciables à l'Église, soit qu'elles eussent été accordées par le parlement ou par le conseil privé (3). Enfin, en 1508, d'après l'avis d'EIphinston, évêque d'Aberdeen, il osa prendre une mesure encore plus audacieuse. Ce fin et ambitieux prélat persuada à Jacques de remettre en vigueur, pour les diriger contre la noblesse, plusieurs droits tombés en désuétude, en vertu desquels le roi pouvait, dans certaines circonstances, s'emparer dès fiefs, et pouvait même, toutes les fois que le détenteur relevait de la couronne, toucher presque tous les revenus durant la minorité du propriétaire (4).

lity. > c A proclamation was issoed , forbidding any person lo appear in arms

-within tbe precincts of tbe conrl ; -wbicb, at as time when no man of rank left his owd hoase -witboat a numerous retinne or armed followers, was, in effect, debarring the nobles from

ail access to tbe king. • « His neglect of tbe nobles irritated, bnt did not weaken

them. > Hist. ofScolland, liv. i, pag. «8; Robertson, Works, édit. Lond.,1831.

(1) Balfour, Annales, 1. 1, pag. 213, 214; Bncbanan, Rerum Scoticarum HUtoria, lib. ni, pag. 358. Lindsay de Pitscottie (Chronicles, 1. 1, pag. 222) dit : « Tbis may be ans example to àll kingis tbat cnmes heirefter, not to fall from God. »..'...• For, if ne bad used tbe coansali of bis wysc lordis and barrones, be bad not cam to sick disparatioon. >

(2) Acts of the Parliaments ofScotland, in-fol., 1814, t. II, pag. 232. t Tbat the said abbaceis confirmit be tbame sali neid na pronisionn of tbe court of Rome. >

(3) Acts of tlie Parliaments ofScotland, t. II, pag. 240, et le sommaire do statut (pag. 21) : « Révocation of donations, statotis, and ail nthir thingis burtand tbe croone or bali kirk. » L'année suivante (1504), le roi ■ greatly augmented > les revenus de l'éréché de Galloway. Ghalmers, Caledonia, t. III, pag. 417.

(4) Pinkerton, Hist. ofScotland, t. Il, pag. 63; Calderwood, Hist. of the Kirk of

Avancer ces prétentions était chose facile, les mettre à exécution, impossible. A cette époque, les nobles gagnaient plutôt du terrain qu'ils n'en perdaient ; et, après la mort de Jacques IV (1513), ils devinrent si puissants, durant la minorité de Jacques V, que le régent Albany, de désespoir, déposa deux fois les rênes dugouvernement, pour les abandonner complètement (1). 11 quitta l'Ecosse en 1524, et avec lui sembla s'évanouir l'autorité du pouvoir exécutif. Bientôt les Douglas se saisirent du roi et contraignirent Beaton, archevêque de saint Andrews, le personnage le plus influent parmi le clergé, à se démettre des fonctions de chancelier (2). Dès lors, ils exercent le commandement suprême, eux ou leurs adhérents remplissent toutes les places, les intérêts séculiers l'emportent, et le clergé est tout à fait rejeté dans l'ombre (3). Néanmoins, en 1528, il se produisit un événe-

Scotland. Édinb., 1849, Wodrow Society, t. Vin, pag. 135. Ce dernier auteur dit : tThe bishop devysed wayes to King James the Fourth, how he might attaine to great gaine and profit. He advised him to eall his harona and ail those that held any lands within the reaime , to show their évidents by way of récognition ; and, if they had not sufficient writings for their warrant, to dispone upon their lands at his pleasure ; for the which advice he was greatlie hated. Bnt the king, perceaving the conntrie to grodge, agreed easilie with the possessors. >

(1) L'époque de la.régenced' Albany a été mal comprise parles premiers historiens ; cette question a été soigneusement traitée par M. Tytler, et c'est dans son ouvrage estimable quoique trop diffus qu'on trouvera le meilleur aperçu. Tytler, Hist. of Scotland, t. IV, pag. 96460. Quant aux hostilités qui eurent lieu entre Albany et les nobles, consultez lrving, Hist. of Dumbartonshire, pag. 99. A l'égard de l'accroissement de leur pouvoir dans le Nord après la mort de Jacques IV, se reporter à Gregory, Hist, of the Western Highr lands, pag. 114, 115.

(2) Tytler, Hist, of Scotland, t. IV, pag. 180482 : « Within a few mouths, there was not an office of trust or émolument in the kingdom which was not filled by a Douglas or by a créature of that bouse. » Voyez aussi pag. 187, 194, et Keitb, Catalogue of Scotch Bishops, pag. 22, 23. Beaton, qui fut si rudement dépossédé de la chancellerie que, selon Keilh, il fut en 1525 obligé « to lurk among bis friends for fear of his life, ■ est dépeint comme l'nn des principaux partisans du gouvernement d' Albany en 1524, • that most hath favoured the Duke of Albany. » State Papers of the Reign of Henry VIII, t. IV, pag. 97.

(3) Le pouvoir absolu des Douglas dura depuis la fin de la régence d'Albany jusqu'à l'évasion du roi (1528). Keith, Hist. oftheAffairs ofthe Church and State in Scotland,

ment qui permit aux classes ecclésiastiques non seulement de recouvrer leur ancienne position, mais aussi d'acquérir une certaine prééminence qui, en fin de compte, leur fut fatale. Impatient d'un état de choses aussi peu favorables à l'Église, l'archevêque Beaton organisa une conspiration, grâce à laquelle Jacques s'échappa des mains des Douglasret se réfugia dans le château de Stirling (1). Cette réaction subite ne fut pas la cause réelle et dominante de l'établisse* ment du protestantisme en Ecosse; mais, sans conteste, elle en fut la cause première. En effet, l'Église dirigeait alors le gouvernement : par conséquent, les nobles le plus influents furent persécutés, quelques-uns même chassés du pays ; toutefois, si le pouvoir politique des seigneurs avait disparu, leur pouvoir social subsistait, quoiqu'ils fussent dépouillés de leurs honneursetde leurs richesses, réduits à l'exil, à la pauvreté, pourchassés comme traitres; le véritable fondement de leur autorité ne fut pas ébranlé, parce que résultant d'un long enchaînement de circonstances, cette autorité était basée sur les affections du peupla C'est pourquoi les barons, même les proscrits, même les déchus, purent poursuivre contre leurs ennemis une lutte ardue, mais qui finit

1. 1, pag. 33-35. Consulte* Balfour, AnnaUê, t. 1, pag. 257 : ■ The Earle of Angus violeotley takes one him the gouerniment, and retanes the kiog in effecte a prison nr with bim ; daring which tyme ne, tbe Earle of Lennox, and George Douglas, bis anen brother, frely disposses ypone ail affaires both of chnrcbe and staite. >

(1) Tytler, Hist. ofScotland, t. IV, pag. 195, 196. Nous lisons dans le curieux ouvrage intitulé : A Diurnal of Occurrents, pag. 10 : « In the leir of God 1500, tnantie ancht zeiris, the kingis grâce by slicht wan away fra the Donglassis. » De Stirling il se rendit à Edimbourg, le 6 jnillet 1518, et alla « to the bosshop of Sainct Andros loegeing.» Voyes une lettre écritele 18 juillet 1528 par lord Dacre à Wolsey (State Papers of Henry VIIJ, U IV, pag. 501 ). Se reporter également i une proclamation publiée le 10 septembre 1538 et citée dans Pitcairn, Criminal Trials in Scotland, 1. 1, part, i, pag. 138, 139. J'indique particulièrement ces documents, parce que Lindsay de Pitscottie (Chronicles of Scotland, t. II, pag. 335 ) fait remonter la fuite de Jacques à 1527, et que généralement il est l*un des auteurs anciens les plus exacts, si toutefois il est l'auteur du livre qui porte son nom.

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par réussir. Le désir de se venger les aiguillonnait, leurs efforts se décuplant, il y eut une guerre à mort entre Taris* tocratie et l'Eglise écossaise. Jusqu'à un certain point cette lutte remarquable ne fut que la continuation de celle qui avait pris naissance dans les premiers jours du quinzième siècle,; combien plus acharnée! après avoir duré sans interruption pendant trente-deux ans, elle finit par le triomphe de la noblesse qui, en 1560, renversa entièrement l'Église et détruisit presque toute la théocratie écossaise.

Les histoires ordinaires nous retracent, quoique d'une manière assez confuse, les incidents de cette lutte et les vicissitudes qu'éprouvèrent les deux partis : il suffira donc que j'indique les points saillants, et qu'en laissant de côté jt tout détail inutile, j'essaie d'éclaircir le mouvement général. De cette façon, l'unité du plan tout entier se déroulant .,- devant nous, nous verrons que la destruction de l'Église i: ; catholique fut l'achèvement naturel de ce grand courant, ., et que le dernier acte de ce drame splendide, loin d'être D une conclusion violente et irrégulière, découle admirable- L ment de toute l'intrigue qui précède.

i Lorsque Jacques parvint à s'échapper en 1528, il n'était

âgé que de seize ans : et sa politique, si tant est qu'on puisse ; * lui supposer la moindre volonté déterminée, fut dirigée par : .; le clergé auquel il devait sa liberté et qui était son protecteur naturel. Son principal conseiller fut l'archevêque de ** Saint-Andrews, et le poste important de chancelier qui, : sous les Douglas, avait été rempli par un fonctionnaire J$ séculier, fut alors conféré à l'archevêque de Glascow (1). i Taudis que ces deux prélats régnaient souverainement,

*** (1) State Paper s of Henry VI U, t. IV, pag. 801.

l'abbé d'Olyrood fut créé trésorier et l'évêque de Dunkeld garde des sceaux (1). A tout membre noble, même à tout partisan de la maison de Douglas, défense fut faite de s'approcher à plus de douze milles de la cour, sous peine d'être poursuivi comme traître (2). On dirigea une expédition contre le comte de Gaithness qui fut défait et tué (3). Peu de temps auparavant, le comte d'Augus avait été banni et ses biens confisqués (4). Les Douglas furent proclamés hors la loi et proscrits (5). De plus, le gouvernement fit emprisonner le comte de Bothwell, Home, Maxwell, les deux Kerrs, et les barons de Buuleuch, de Johnston et de Polwarth (6).

Tout cela ne laissait pas d'être assez rigoureux : conséquence de la restauration de l'Église. On se prépara à frapper d'autres coups également décisifs. En 1531, le roi enlève au comte de Crawford la plus grande partie de ses fiefs, et jette le comte d'Argyle dans les fers (7). Il rebute même les nobles qui se sont montrés disposés à le suivre.

(1) < Archibald vas depryvit of the thesaorarie, an<J placit thairin Robert Cairncorse, abbot of Halyradhons. And aïs was tane fra the said Archibald the privie seill, and was givin to the bischope of Donketl. » A Diumal of Occurrents, pag. il.

(2) Tytler (Hist. of Scotland, t. IV, pag 196) dit : « His flrst act was to summon a couDcil, and issne a proclamation that no lord or follower of the honse of Douglas shonld dare to approach within six miles of the court, under pain of treason. > L'on ne cite pas d'autorité à l'appui, et l'historien de la famille des Douglas dit très distinctement : t Within twelve miles of the king nnder pain of death. » Home, House of Douglas, t. H, pag. 99. Voyez également Diumal of Occurrents, pag. 10 : « That nane of thame nor tbair fami- Iiaris cnm neir the king be tnelf myllis, > par la raison qne t the said kingis grâce haid greit snspicionn of the temporall tordis, becans thaj favonrit snm pairt the Donglassis. » Diumal of Occurrents^ pag. 12.

(S) ■ The Erle of Caithnes and tyve hnndreth of his men wes slayne and df o-wnit in the see. • Lesley, 1K«C. of Scotland, pag. 141.

(4) Tytler, Hist. of Scotland, t. IV, pag. 203, 204.

(5) Acts ofthe Parliaments of Scotland, édit. in-fol., 1814, t. H, pag. 324.

(6) Tytler, Hist. of Scotland, t. IV, pag. 207.

(7) Idem, ibid., t. IV, pag. 212.

En toute occasion, il leur témoigne la plus grande froideur, tandis qu'il revêt leurs rivaux, les prêtres, des plus hautes dignités (1). Enfin, en 1532, il cherche à terrasser l'aristocratie, en lui enlevant une grande partie de la juridiction qu'elle exerçait depuis un temps immémorial et qui constituait l'une de ses forces. A l'instigation de l'archevêque de Glascow, il établit ce qu'on appela le Collège of justice : désormais tout procès devra être porté devant cette cour, au lieu d'être soumis comme jusqu'alors à la cour baronnale.

Le nouveau tribunal devra être composé de quinze juges, dont huit seront ecclésiastiques; et pour ne pas laisser subsister de doute sur la portée de cet édit, il est décidé que le président sera toujours un membre de l'Église (2).

C'en était trop : la coupe déjà pleine déborda, et l'exaspération des seigneurs alla presque jusqu'à la folie. Leur haine pour le clergé ne connut plus de frein; brûlant d'assouvir

(4) « His preferenèe of the clergy to the temporal lords digusted thèse proud chiefs. • Tytler, HisU ofScotland, t. IV, pag. 230. Voyez aussi pag. 236. Dans une lettre qu'il écrivit à Henri VIII, en 1541, il établit ses raisons : c We persaif be zonre saidis writingis yat Ze ar informyt yat yair suld be sum thingis laitlie attemptat be oore kirkmen to oure hnrte and skaith, and contrar oure mynde and plesure. We can nocbt understand, quhat sold move Zon to beleif the samyn, assonring Zou We hâve nevir fund bot faithfuU and trew obédience ofyame at ail tymes, nor yai seik nor attemptis nonthir jorisdictioun nor previlegijs, forthir nor yai hâve nsit sen the first institntionn of the Kirk ofScotland, qnhilk We may nocbt aponn oore conscience alter nor change in the respect We bave to the hononr and faith of God and Halikirk, and donttis na inconvénient be yame to corne to Ws and onre reaime yertbrou; for sen the Kirk wes first institnte in onr reaime, the stait yairof hes nevir failzeit, bot hes remanyt evir obedient to oure progenitouris , and in our tyme mair thankefull to Ws, nor evir yai wer of before. i Cette lettre, qui sons plusieurs points de vue mérite d'être lue , se trouve dans les State Papers of Henry VIII, in-4% 1836, t. V, pag. 188490.

(2) Tytler, Hist. ofScotland, t. IV, pag. 212, 213. Arnot, Hist. of Edinburgh* pag. 468: tFifteen ordinaryjudges,seven churchmen, seven laymen and a président whom it behoved to be a churchman. » Le statut {Acts ofthe Parliaments ofScotland* t. n, pag. 335) porte : « XIIIJ psouns half spoale half temporall wt ane président. > M. Lawson (Roman Catholic Church in Scotland, pag. 81 ) suppose que ce fut l'archevêque de Saint- Andrews qui conseilla rétablissement de ce tribunal.

leur vengeance, ils se jetèrent non seulement dans les bras de l'Angleterre et entretinrent des intelligences secrètes avec Henri VIII, mais nombre d'entre eux allèrent encore plus loin et manifestèrent une tendance marquée vers les principes de la réforme. A mesure que l'inimitié entre l'aristocratie et l'Église s'envenima, le désir de réformer cette dernière prit corps de plus en plus : des motifs d'intérêt venant développer ce goût d'innovation, en quelques années, l'immense majorité de la noblesse adopta des opinions protestantes très avancées : n'importe, l'hérésie, aux yeux des seigneurs, est bonne du moment qu'elle leur permet de nuire à une Église qui vient de leur causer de si grands maux et avec laquelle eux et leurs ancêtres sont en guerre depuis près de cent cinquante ans (1).

Sur ces entrefaites, Jacques I er resserra l'alliance de la royauté et de l'Église. En 1534, ô triomphe de l'Église! il assiste en personne au jugement de quelques hérétiques qui furent condamnés par les évéques au bûcher (2). L'année suivante, on lui offrit, ce qu'il accepta de grand cœur, le

(1) Keitb , qui évidemment o admire pas cette partie de l'histoire de son pays, dit à la date de 1546 : « Several of our nobility found it their temporal interest, as much as their spiritual, to sway with tbe new opinions as to religions matters. » Keith, Affaire of Church and State, 1. 1, pag. 112, 113. Pins loin il ajoute avec pins de franchise naturelle encore : « The noblemen wanled to finger the patrimony of the kirkmen. > T. III, pag. IL

t2) « In the month of Angust (1534), the bishops having gotten fltten opportunitie, renewed their battell aganest Jesns Christ. David Stratilon, a gentelman of the Honse of Lawrestoune, and Mr. Norman Gowrlay, was brought to jodgement in tbe Àbby of Haly rndhoQse. The king himself, ail cloathed with reid, being présent, grait pains war taken upon David Stratonn to move bim to recant and burn bis bill ; bot he, ever standing to bis défonce, vas in end adjndged to the fire. He asked grâce at tbe king. The bishops answred proudlie, tbat « the king's hands war bound, and that he had no grâce to give to soch as were by law condemned. > So was he, with Mr. Norman, afler dinner, upon the 37th day of Agust,led to a place beside tbe Rude of Greenside, between Leth and Edinburg, to the iutent that the inhabitants of Fife, seeing the fire, might be striken with terroor and feare. » Pitcairn, Criminal Trials in ScoUand, 1. 1, part, i, pag. 210* ; Calderwood, HUt. of the Kirk of Scotland, 1. 1, pag. 106, 107.

titre de défenseur de la foi, qu'on enleva à fleuri VIII pour le lui donner, l'impiété du prince anglais, disait-on, l'en rendant indigne(l). A tous égards, Jacques hérita de ce titre. Ferme soutien du clergé, il n'admit à son conseil privé que des ecclésiastiques, à peu d'exceptions près : il n'était pas sage, déclarait-il, de donner aux laïques une trop grande part dans le gouvernement (2). Enfin, en 1538, il dévoila encore davantage sa politique, en épousant en secondes noces Marie de Guise : par là, il établit des relations intimes avec la plus puissante famille catholique de l'Europe, les Guise, aussi ambitieux qu'influents, dont le but hautement proclamé était de soutenir la foi catholique et de la protéger contre les grossières et barbares attaques qui partaient en roéme temps de tous les points de l'Europe (3).

L'Église acclama cette nouvelle alliance : elle y voyait Je garant des intentions du roi. La suite prouva qu'elle ne s'était pas trompée. David Beaton, qui avait négocié le mariage, devint le conseiller, le confident de Jacques pendant le reste de son règne. Créé archevêque de Saint-Andrews, en 1539 (4), Beaton employa toute son influence à persécuter

(1) i It appears, by a letter in tha State -pape r Office , tbat Henry remonstrated agains this litle being given to James. ■ Tytler, Hitt. of Scotland, t. IV, pag. 223. Se reporter aussi à la pag. 258.

08) En 4535, c bis privy conncil were mostly ecclesiastics. > Ibid., t. IV, pag. 222. Sir

; Ralph Sadler écrit durant son ambassade en Ecosse ( 1539-40) : « So tbat tbe king, as far as I can perçoive, is of force driven to use tbe biahops and bis clergy as bis only ministersfer tbe direction of bis realm. Tbey be tbe men of vit and policy that I see hère; tbey be never ont of tbe king's ear. And if tbey smell any thing tbat in the least point may touch them, or that the king seem to be content with any such thing, straigbt tbey inculk to qim, hoy cathoiic a prince his father was, and foed him both wilh faîr words and many, in snch vise

. as by tbose policies tbey lead him (having also the whole governance of his affairs) as they will. • State Paper» and Letter s ofSir Aalpk Sadler, t. J, pag. =47.

(3) State Paper* of Henry VU!, t V, pag. 128; A Diurnal ofOccurrenU, pgg. 23. Le révérend M. Kirkton déclare que la nouvelle reine était t ane egge of tbe bloody nest of Guise. » Kirkton, ffiH. ofthe Church ofScottond, pag. 7.

(4) c At bis return home, he vas made coadjator, and declared future successor to his

les protestants : jamais le fanatisme n'avait été poussé si loin. Un grand nombre se réfugièrent en Angleterre (1), où ils grossirent les rangs des proscrits qui attendaient que l'heure de la vengeance sonnât. Alors ces derniers et leurs partisans restés en Ecosse formèrent une coalition avec les seigneurs mécontents, et particulièrement avec les Douglas (2) , que leur immense pouvoir mettait à la tête de l'aristocratie écossaise et qui se rattachaient à presque toutes les grandes familles soit par d'anciennes alliances , soit aussi par le lien plus serré de l'intérêt commun, l'abaissement du clergé (3).

Dans ces conjonctures, tous les yeux se tournèrent vers les Douglas qui étaient alors les hôtes de Henri VIII, et mûrissaient leurs plans (4). Quoiqu'ils n'osassent pas encore retourner en Ecosse, ils étaient tenus au courant de tout

nncle in tbe primacy of St-Andrews, in which see be came to be fully invested apon the death of bis nncle tbe next year, 1539. ■ Keith, Catalogue of Scotch Bishops, pag. 23, 2i.

(1) M'Crie, LifeofKnox, pag. 20; Spottiswoode, Hist. of the Church of Scotland, t. 1, pag. 139 ; Lawton, Roman Catholic Church in Scotland, pag. 178; Wodrow, CoUections upon the Lives ofthe Reformera, t. 1, pag. 10U.

(2) Tytler (Hist. of Scotland, t. IV, pag. 241 ) dit qne les cruautés exercées en 1539 obligèrent « many of tbe persecnted families to embrace the interests of tbe Donglases. ■

(3) On affirme, an sujet de la famille des Donglas, qu'au commencement du seizième siècle i tbeir alliances and their power were equal to one-halfof tbe nobilityof Scotland. > Brown, Hist. of Glasgow, 1. 1, pag. 8. Relativement à leur parenté, consultes Home, Hist. of the House of Douglas, 1. 1, pag. xix, 252, 298 ; t. II, pag. 293.

(4) Henri VIII, « in the year 1532, sought it directly,among the conditions of peace, that the Douglas, according to his promise, should be restored. For King Henry's own part, ne entertained tbem with ali kind of beneficence and honour, and made botb the Earl and Sir George of his Privy Conncil. » Hume, Hist. ofthe House of Douglas, t. II, pag. 105, 106. Jacques voyait d'un mauvais œil toutes les communications qui existaient entre les Donglas et ses autres sujets. Qu'y faire? il n'y pouvait mais. Voyez la lettre qu'il écrivit à sir Thomas Erskine (Miscettany ofthe Spalding Club, t. Il, pag. 193) et commençant par ces mots : c I commend me rycht hartly to yow, and -weit ye that it is murmuryt hyr that ye sould a spolkyn with Gorge and Archebald Dougles in England, quhylk wase again my command and your promys quhan we departed. > Se reporter également au compte rendu des poursuites intentées contre lady Trakware , John Mathesone, John Hume et consorts dans Pitcairn, Criminal Trials in Scotland, 1. 1, part, i, pag. 161, 177, 202, 243,247.

ce qui se passait par leurs espions et leurs agents, et leurs communications avec leurs partisans en Ecosse se poursuivaient sans interruption. D'ailleurs, les covenants féodaux, les obligations de redevances d'hommes, et autres arrangements, qui, même s'ils étaient contre la légalité, étaient encore en vigueur : tout cela permettait aux Douglas de compter sûrement sur une grande partie des seigneurs les plus puissants, que la domination du clergé exaspérait et qui accueillaient avec empressement l'espoir d'un changement qui pût amoindrir l'autorité de l'Église (1).

(1) « Tbe Douglases were still main tain ed with high favour and gênerons allowances in England; their power, although nominally extinct, was still far from being destroyed; their spies penetrated into every quarter, followed the king to France, and gave information of his most private motions ; their fendal covenants and bands of manrent stili existed , and ibonnd many of the most potent nobility to their interest; whiist the vtgour of the king's government, and his préférence of the clergy to the temporal lords, disgusted thèse prond chiefs, and disposed them to hope for a recovery of their influence from any change which might take place. » Tytler, Hist. ofScotland, t. IV, pag. 229, 230. Ces redevances d'hommes dont parle Tytler constituaient l'un des moyens les plus efficaces par lesquels la noblesse écossaise assurait son pouvoir. Sans cela il eût été fort difficile à l'aristocratie de résister aux forces réunies de la royauté et de l'Église. A ce compte elles méritent toute notre attention. Chalmers (Caledonia, t. 1, pag. 824) déclare qu'il ne trouve pas d'exemple de ces redevances avant 1354; mais lord Somerville (Memorie ofthe Somervilles, 1. 1, pag. 74) en cite un à la date de 1281. C'est le premier cas qu'il m'ait été donné de rencontrer; ce n'est qu'aux quinzième et seizième siècles qu'ils devinrent assez communs. Consultez Hume, Hist. of the House of Douglas* t. II, pag. 19; Somerville, Memorie, 1. 1, pag. 234; Pitcairn, Criminal Trials of Scotland, t. III, pag. 83; Irving, Hist. of Dumbartonshire , pag. 442, 143; Skene, Highlanders, t. II, pag. 186; Gregory, Hist. ofthe Western Highlandersj pag. 126; Kennedy, Annals of Aberdeen, t. I, pag. 55; Miscellany ofthe Spalding Club, t. II, pag. cvi, 93, 251 ; t. IV, pag. xlvhi, 179. Gomme ces covenants aidaient puissamment à maintenir la balance du pouvoir et à empêcher la monarchie écossaise de tourner an despotisme, il va sans dire qu'on fit rendre au parlement des lois contre eux. Voyez un de ces actes à la date de 1457 et un second à la date de- 1555 relatifs anx « lige > et t bandis of manrent and mantenance. > Acts ofthe Parliaments of Scotland, t. II, p. 50, 495. Des lois de cette nature, étant contraires aux tendances du siècle et aux nécessités sociales, n'altérèrent en rien la coutume générale, quoique plusieurs individus fussent punis. Jusque vers 1620 ou 1630, époque à laquelle la guerre fut consommée, la grande révolution qui subordonna le pouvoir de l'aristocratie à celui du clergé, les redevances d'hommes se renouvelèrent fréquemment. Mais, à partir de cette époque, le changement introduit dans les affaires de la nation effectua sans difficulté, disons même spontanément, ce que le pouvoir législatif avait vainement tenté d'accomplir. Les nobles, réduits peu à

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En présence de deux partis aussi distincts, dans un pays où, la moyenne classe n'existant pas, le peuple comptait pour rien et suivait l'impulsion qu'on lui donnait, il est évident que le triomphe ou la défaîte de la réforme en Ecosse dépendait simplement du triomphe ou de la défaite des nobles. Ceux-ci brûlaient de se venger. La seule question douteuse pour eux était de savoir s'ils étaient assez forts? Contre eux, la royauté et l'Église; avec eux, les traditions féodales, l'esprit de corps, l'esprit de clan, le dévoùment et l'obéissance de leurs innombrables partisans et, ce qui importait également, cet attachement aux grands noms et aux vieilles familles qui distingue encore aujourd'hui l'Ecosse, mais dont nous ne saurions trop faire valoir l'influence au seizième siècle.

L'heure d'agir s'approchait. En 1540, le gouvernement, sous l'entière dépendance du clergé fit rendre de nouvelles lois contre les protestants dont les intérêts étaient alors identiques à ceux de la noblesse. Aux termes de ces ordonnances, nul hérétique, toute personne même soupçonnée d'hérésie, ne pouvait à l'avenir remplir aucune fonction; défense à tous catholiques de donner asile ou protection à quiconque faisait profession des nouvelles opinions (1).

p«u à l'impuissance, perdirent courage et cessèrent d'avoir recours aux expédients qui avaient si longtemps sontenn leor ordre. D'année en année les redevances d'hommes devinrent pins rares, et il est dontenx qu'on en trouve nn seul exemple après 1661. Chai mers, -Caledonidj t. III, pag. 33, 33. Toutefois il est si imprudent d'affirmer une négation que je n'entends pas me reposer entièrement sur cette date; quelques autres cas ont pu se produire plus tard; mais, s'il en est ainsi, ils sont peu nombreux, et il«st certain que, à parler en termes généraux, le milieu du dix-septième siècle est l'époque de leur disparition. (I) Acts ofthe Parltamenu ofScotkmd, t. II, pag. 370, 371. « That na man quhatsueuir

stait or conditioun he be luge ressaure cherish nor fator ony heretike. • » And

alswa that'na persoun tbat hes bene suspect it of hérésie bowbeit thai beressauit to penance and grâce sali in this reaime exers haif nor bronk ony honest «stait degré office nor judicato' spuall nor temporale in burgh nor Vont nor na saine ad mit lit to be of our counsale. «

Àfors, animé par la victoire, dévoré du désir d'anéantir ses anciens rivaux, le clergé atta encore plus loin. Tel fut l'acharnement diabolique des prêtres que, la même année, ils remirent à Jacques une liste contenant les noms de plus de trois cents membres de l'aristocratie qu'ils accusaient formellement d'hérésie, en ajoutant qu'il fallait les faire mourir et que le roi agirait sagement en confisquant leurs kiens (1).

Ils se doutaient peu, ces hommes ardents et vindicatifs, ils se doutaient peu de l'orage qu'ils provoquaient et qui allait fondre sur leurs têtes, pour les couvrir de confusion eux et leur Église ! Non que nous ayons lieu de croire qu'une conduite plus avisée eût sauvé la théocratie écossaise, au contraire, selon toute probabilité, le sort du clergé était irrévocablement fixé, car les causes générales qui régirent le mouvement tout entier avaient opéré depuis si longtemps, qu'il ei( été à peine possible à cette heure-là de les prévenir. Mais, en admettant même comme certain que les jours du clergé écossais fussent comptés, il est également certain que sa violence rendit sa chute plus terrible, par cela même

(1) Lindsay de Pitscottie (Chronicles , t. II, pag. 383) dit qu'ils « devysed to pat ane discord and variance'betaixt the tordis and gentlmen with thair prince,* for they delaited, and gave Vp to the king in writt, to the number of thrittie seoir of earles, tordis, and barrones, gentlmen and craftismen, thaï îs, as thei alledgit, wer aH heretickis, and leived not after the Pope's taris, and ordinance of the holiie kirk; quhilk his grâce souldesteme

as ane capital! etyme, to an y man that did the same. ■ t ail thair tandis, rentes,

gnidis, and geir apperteania proppertie to your grâce, for thair eontempt of onr holiie father the Pope, and hU lavis, aod high contempt of yonr graee's authoritie. » On trouva ce document parmi les papiers du roi après sa mort ; il en résultait que des sii cents noms portés wr cette liste pins de trois cents étaient ceux des principaux seigneurs, t Eam tàmorem anxerunt codieiili post régis interitnm reperti, e quibus supra trecentorum è prima nobilitate nomina continebantur. i Buebanan, Rerum Scoticarum Historié, lib. iv, pag. 424; Sadler, State Papers, 1809, 1. 1, pag. 94; Watson , Hietoricall Colléetiens e/' Ecctesiastick Âffairs in Scotland, 46Ô7, pag. 22. Selon Watson, cela « was called the bloudy scroH. t

qu'elle accrut l'effervescence des passious de ses adversaires. Sans doute, la traînée de poudre était là, sans doute les ennemis du clergé avaient tout mis en œuvre pour amener une explosion prochaine ; mais ce fut l'Église elle même qui approcha la mèche et fit sauter la mine.

En 1542, voyant que l'Église et la royauté voulaient absolument leur ruine, les nobles se décidèrent à tenter au delà de ce qu'ils avaient jamais fait : ils refusèrent péremptoirement de faire la guerre à l'Angleterre. Ils n'ignoraient pas que la guerre où Jacques voulait les entraîner, avait été fomentée par le clergé, dans le double but de couper court à toute communication avec les proscrits et d'arrêter à la frontière les idées hérétiques (1). Résolus de déjouer ces desseins, ils déclarèrent unanimement, devant l'armée réunie, qu'ils ne marcheraient pas contre l'Angleterre. Menaces, promesses, tout fut vain. Jacques, piqué jusqu'au vif, se relira, en donnant Tordre de disperser l'armée. A peine était-il parti, que le clergé chercha à rallier les troupes et à leur persuader d'agir contre l'ennemi. Un petit nombre de barons, honteux de ce qui, à leurs yeux, était une lâche désertion, paraissaient disposés à avancer. Mais tous les

(1) Durant l'automne de 1542, Jacques c was encouragea by the clergy to engage in a war against Ring Henry, who both assured him of victory, since he fought against an heretical prince, and advanced an annuity of 50,000 crowns for prosecuting the war. > Crawfurd, Hiët. of the Shire of RenfretUj 1782, in-4 # , part, i, pag. 82. Voyez State Papersof Henry VIII, t. V, pag. 154. Une lettre écrite en 1539 par Norfolk à Cronrwell : t By diverse oiher vaies I am advertised that the clergie of Scotlande be in such fear that their kiog shold do theire, as the kinges highnes hath done in this reaime, that they do their best to bring their master to the warr; and by many vaies 1 am advertised that a great parte of the temporaltie there "wold their king shold followe our insample, wich I pray God yeve hym grâce to corne uoto. > Même après la bataille de Solway , il est notoire que le clergé poursuivit la même politique. » And undoubtedlie, the kyrkemen labor, by ail the meanes theycan,to empêche the unitie and establishment of thiese two reaimes; uppon what groundes ye can easelie conjecture. » Lettre de Sadler à Parr, en date à Édinbonrg do 27 mars 1543 (State Papers of Henry VIII, in-4% 4836, t. V, pag. 271.

DE LA CIVILISATION EN ANGLETERRE. 25t

autres refusèrent, et, pendant qu'ils restaient dans cet état de doute et de trouble, les Anglais, les prenant à l'improviste, tombèrent tout à coup au milieu de leurs rangs en désordre, et après leur avoir fait essuyer une déroute complète, en firent un grand nombre prisonniers. honte! Dix mille Écossais s'enfuirent devant trois cents cavaliers anglais (1) ! On vint apporter cette nouvelle à Jacques au moment même où il se lamentait sur la désobéissance de ses barons : c'en était trop pour son orgueil et sa sensibilité. Ces coups redoublés le firent chanceler, une fièvre lente ruina ses forces, il tomba dans un long marasme et, après avoir refusé tous les secours de Part, il mourut au mois de décembre 1542, laissant une fille en bas âge, Marie; sous le règne de cette princesse devait se décider pour toujours la lutte entre l'aristocratie et l'Église (2).

La mort de Jacques V accrut l'influence des nobles : mais ce qui contribua encore plus à la raffermir, ce fut le discrédit qui s'attacha au clergé pour avoir poussé à une guerre qui avait abouti à de si honteux résultats (3). Les exilés vinrent bientôt renforcer les seigneurs : dès qu'ils apprirent la bonne nouvelle, ils se préparèrent à quitter TAngle-

(1) c Ten thousand Scottish troops fled at the sight of three hundred English cavalry, with scarce a moment ary résistance. > Tytler, Hist. of Scotland, t. IV, pag. 264.

(2) On trouvera le meilleur récit de tous ces événements dans Tytler, Hist. ofScotland, t. IV, pag. 260-267. J'ai consulté également Ridpath, Border History , pag. 372, 373; Hollinshead, Scottish Chronicle, t. II, pag. 207-209; Lesley, History, pag. 163-166; Lindsay de Pitscottie, Chronicles, t. II, pag. 399 406; Calderwood, Hist. of the Kirk of Scotland, t. I, pag. 145452; Buchanan, Rerum Scoticarum Historia, lib. xiv, pag. 420, 421.

(3) t This defeat being so very dishonourable, especially to the clergy, who stirred up the king to that atlempt, and promised him great success from it ; and there being such a visible évidence of the anger of Cod, fighting by his providence against them, ail men were struck with fear and astonishment ; the bishops were ashamed to «how their faces for a time. » Stevenson, Hist. ofthe Church ofScotland. Édinb., 1840, pag. 30.

Ut HISTOIRE

terre (1). Dans les premiers jours de 1543, Angus et Douglas reprirent le chemin de l'Ecosse (2), suivis bientôt d'autres Bobles dont la plupart professaient le protestantisme, quoique à vrai dire, comme la suite le prouva, ce protestantisme trouvât sa raison d'être dans le désir ardent de piller et de se venger. Aux termes du testament de Jacques, le cardinal Beaton était désigné comme devant servir de tuteur à la reine et administrer le royaume (3). Homme sans principes, mais doué de hautes capacités, Beaton était respecté, en qualité de chef de l'Église nationale, car il était archevêque de Saint-Andrews et primat d'Ecosse. Cependant, les nobles l'arrêtant sur-le-champ (4), Le dépouillèrent de la régence

(1) Nous pou? on s en croire facilement nn ancien chroniqueur lorsqu'il nous dit : * The nobilitie did not greatiie take his death grievouslie, becaus* he had fined manie, impri» soned more, and caused no small few (for avoiding his displeasure) lo Aie into England, and ratber to commit themselves to the enemie than to his anger. • Hollinshead, Scotttià Chronicle, t. II, pag. 210.

(2) Hume, hist. ofthe house of Douglas, t. II, pag. iii.

(3) On a souvent dit que ce testament était fictif, mais je ne puis trouver aucune preuve qui justifie cette assertion, si ce n'est la déclaration d'Arran (Sadler, State Papers, 1. 1, pag. 138) et le témoignage, — si Ton peut appeler cela un témoignage, — des historiens écossais qui ne se vantent pas d'avoir examiné l'écriture et qui, en leur qualité de protestants, s'imaginent que par cela même qu'un homme est cardinal il est capable de tous les crimes. Il n'y a pas de doute que Beaton était un personnage dénué de tous principes, et que par conséquent il était capable de commettre ce faux. Mais enfin nous n'avons aucune preute» et le testament répond bien au caractère du roi ; il est tel qu'on pouvait s'y attendre. Quant à Arran, son assertion ne mérite pas qu'on s'y arrête; très peu scrupuleux lui-même, il reprit les fonctions dont on avait dépouillé Beaton, sous le prétexte que le testament était l'œuvre d'un faussaire. Si des circonstances de cette nature ne rendent pas un témoin inhabile à déposer, alors quelques-uns des principes les mieux établis sont faux. Le lecteur qui désirerait pénétrer plus avant dans ce sujet peut consulter parmi les auteurs qui soutiennent que le testament est fictif: Buchanan , Rerum Scoticarum Historia, liv. xv, pag. 422; Knox, Hist. ofthe Reformation, t. I, pâg. 91, 92; Irving, Hist. of Dumbartonshire, pag. 102, et parmi ceux qui soutiennent que le testament est véritable : Lyon, Hist. ofSt.-'Andrews, 1. 1, pag. 304, 305. D'autres écrivains laissent cette question dans le doute : Tytler, Hist. ofScotland, t. IV, pag. 274; Lawson, Roman Church in Scotland, pag. 99 ; Keith, Càurch, and State in Scotlandj 1. 1, pag. 63.

(4) Le 26 janvier 1542-43, « the said cardinal! was put in pressoune in Dalkeith. • A Diurnal of Occurrentêj pag. 26. Voyez également, au sujet de son emprisonnement, une lettre écrite le 16 mars par Angus et Douglas, State Papcrs of Henry VIII, t. V, pag. 263. îl était alors en « firmance. »

pour en revêtir Je comte d'Arran qui affichait alors un grand zèle pour le protestantisme; mais il renia plus tard ses opinions quand l'occasion favorable se présenta. Parmi les partisans de la nouvelle secte, les plus puissants étaient le comte d'Àngus et les Douglas (1). Une prescription de quinze années purgeait leur condamnation ; on rappela l'acte de proscription porté contre eux, et leurs biens et leurs honneurs leur furent restitués (2). Il était évident que l'aristocratie avait repris à l'Église non seulement le pouvoir exécutif, mais aussi le pouvoir législatif, et elle les mettait tous deux largement en œuvre. Lord Maxwell, l'un des seigneurs les plus actifs, avait, à l'exemple de la plupart d'entre eux, embrassé les principes de la réforme en haine de la théocratie (3). Au printemps de 1543, il obtint du comte d'Arran, gouverneur de l'Ecosse, la permission de présenter une pro-

(i) Le 12 mars, le parlement confirma sa nomination. Acls ofthe Parliaments of Scoùland* t. Il, pag. 411 : « Tuto r lau'full to the queuis grâce and gouoour of ibis reaime. > Il e*clnt le clergé du pouvoir. Le 90 mars de la même année» sir Ralph Sadler écrit à Henri VIII .- • Sir George Douglas brooght me into tbe Council Chamber, were I found a great nnmber of noblemen and others at a long board, and divers standing, bat not one bis hop nor priest among them. At the apper end of the board sat tbe governour. • Sadler, State Papersy 1. 1, pag. 78.

(2) Acte of the Parlidments of Scotlandj t. II, pag. 415, 419, 434, et Tytter, Hist. of ScoUand, t. IV, pag. 285.

(3) c Had become a convert to its doctrines. • Tytler, Hist. ofScotland, t. IV, pag. 28t>. Mais, comme tons les antres nobles, il ne connaissait presque rien au sujet de ces doctrines et s'eM souciait encore moins, et de plus il était très vénal. Sir Ralph Sadler écrit à Henri VIII à la date de 1543 (avril) : c And the lord Maxwell told me apart, j lhat, indeed, ne lacked sil ver, and had no vray of relief but to your majesty ; • whicb he prayed me to signify into the same. I asked him wnat woold relieve him? and he said, 300 liv.; « for tbe whicb, » lie sàid, t aa your majesty seemed, when he vras with your grâce, to bave him in more trust and crédit than the rest of your majesly's prisoner's, so he trusted to do you as good service as any of them; and amongst them they will do you such service, as, if the war succeed, ye sball make an easy conqnest of this realm ; as for his part he shall deliver into your handê, #t the entry ofyemr army, the keye of the same on the west marches, being ail the êtrongholds there in his custody. ■ 1 offered him présent ly to write to my lord of Soffolk fer 100 liv. for him, if hewonld; but be said, tbe wonld stay till he heard again from your majesty in that behalf. > Sadler, State Papers, 1. 1, pag. 165.

25 é HISTOIRE

position aux Lors ofthe articles, chargés d'examiner les projets de loi qui devaient être soumis au parlement. Le but de cette proposition était de permettre au peuple de lire la Bible traduite en écossais ou en anglais. Le clergé dirigea toutes ses forces contre une mesure qu'il considérait, non sans raison, comme très funeste à sa religion, puisque ce n'était rien de moins que concéder un principe fondamental du protestantisme. Vains efforts! Le flot montait, montait toujours, impossible de le refouler. Les Lords of the articles adoptèrent la proposition qui, avec leur autorisation, fut présentée au parlement et volée. Le gouvernement y donna son assentiment, et, au milieu des lamentations de l'Église, on proclama la nouvelle loi, avec toutes formalités nécessaires, sur la grande place d'Edimbourg (1).

A peine les nobles avaient-ils regagné le pouvoir que la discorde se glissa dans leur camp. Résolus à piller l'Église, ils ne pouvaient s'entendre sur le partage futur des dépouilles. Us n'étaient pas non plus d'accord sur le mode de procéder: les uns voulaient un schisme hautement déclaré et immédiat, les autres désiraient qu'on avançât avec prudence, qu'on temporisât avec leurs adversaires, afin d'arriver peu à peu à affaiblir la classe ecclésiastique. Le parti le plus actif et le plus zélé était connu sous le nom de parli anglais (2), à cause des relations intimes de ses membres avec Henri VIII, dont plusieurs recevaient de l'argent. Mais, en 1544, la

(1) Acts ofthe Parliaments of Scotland, t. II, pag. 4i5, 425; Sadler, State Papers, t. I, pag. 83. Knox, dans son Hist. of the Reformation, t. 1, pag. 100, dit avec assez de iioesse : c The clergy hearts long répugned ; tmtt in the end, cooricted by reassonis, and by mukitud of votes in thare contrare, thei also condiscended ; aod also, by act of Parliament it vas maid free to ail man and woman to reid the scriptures in thair awin tonng, or io the Engliss toung; and so war ail actes maid in the contrair abolished. ■

(2) On, ainsi que Keith les dénomma, «English Lords. ■ Hist. ofthe Affaira ofChurch and state in ScoUand., 1. 1, pag. 60

guerre éclata entre l'Angleterre et l'Ecosse; et le clergé, ayant à sa tête l'archevêque Beaton, réussit tellement à soulever le vieux levain de la haine nationale contre les Anglais, que les nobles furent un instant forcés de plier sous l'orage et de réclamer l'alliance de la France. Pendant quelques mois, on eût dit que l'Église et l'aristocratie, oubliant leur ancienne inimitié invétérée, étaient sur le point de faire cause commune (1) .

Cependant, ce ne fut là qu'une illusion passagère. La haine entre les deux ordres était implacable (2). Durant le printemps de 1545, les principaux seigneurs protestants formèrent le projet d'assassiner l'archevêque Beaton (3), qu'ils

(4) En mai 4544, les Anglais attaquèrent l'Ecosse (Tytler, History, t. IV, pag. 316), et le même mois te « Anglo-Scottish party > ne comprenait que les comtes de Lennox et de Glencairn, puisque même c Angus, George Donglas, and their nu mérous and powerful adhérents, joined the cardinal. » Pag. 319. Quant au rôle que joua le clergé, voyez dans Sadler {State Papers, 1. 1, pag. 173) une lettre adressée à Henri VIII, en date du 1" mai 1543 : t And as to the kirk-men, I assure your majesty they seek the war by ail the means they can, and do daily entertain the noblemen with money and rewards to sustain the wars, rather than there should be any agreement with your majesty; thinking, verily, that if peace and unity succeed, that they shall be reformed, and lose their glory, which they had rather die, and put ail this realm in hazard, lhan they would forego. » Voyez aussi pag. 484, note.

(2) Buchanan rapporte une très curieuse conversation entre le régent et Douglas, et, comme je ne sache pas qu'elle se trouve dans un autre ouvrage, je vais la citer. Bien que la date ne soit pas indiquée, il appert évidemment du texte qu'elle eut lieu en 4544 ou 4545. t Ibi cum Prorex suam deploraret solitudinem , et se a nobilitate derelictum quereretur , Duglassius ostendit c id ipsius cnlpa fieri, non nobilium, qui et fortunas omnes et vitam ad pnblicam salutem tuendam conferrent, quorum consilio contempto ad sacrificulorum nutum circumageretur, qui foris imbelles, domi seditiosi, omniumque periculorum expertes alieni laboris fructu ad suas voluptates abuterentur. Ex hoc fonte inter te et proceres facta est suspicio, quae (quôd neutri alteris fidatis) rébus gerendis maxime est impedimento. » Herum Scoticarum Bistoria, lib. xv, pag. 435. Buchanan était alors âgé de trente-huit ans ; il est très probable qu'une conversation du genre de celle qu'il rapporte eut jieu, quoique l'historien ait pu y ajouter quelques coups de pinceau. Quoi qu'il en soit, c'était un trop grand rhéteur pour aller inventer des faits auxquels ses contemporains n'auraient pas ajouté foi ou qui leur eussent paru improbables ; de telle sorte que, à ces deux points de vue, le passage est un précieux témoignage de l'inimitié invétérée que la noblesse portait à l'Église.

(3) Tytler, Hist. ofScotland, t. IV, pag. 337 : « The plot is entirely unknown either to our Scottish or English historians : and now, after the lapse of nearly three centuries, has

haïssaient plus que tout autre, d'abord parce qu'il était le chef de l'Église, et ensuite parce que c'était le plus capable et le moins scrupuleux de tous leurs adversaires. Néanmoins, un an se passa avant qu'ils pussent mettre fenr dessein à exécution ; et ce ne fut qu'au mois de mai 4546 qu'un jeune baron, Lesley, accompagné du laird de Grange et de quelques autres, fit irruption dans Saint-Andrews et massacra le primat dans son château (1).

On peut aisément s'imaginer l'horreur de l'Église, à la nouvelle de cet acte lâche et barbare (2). Mais, sans s'arrêter aux récriminations du clergé, et fort de l'appui d'un puissant parti, les conspirateurs justifièrent cet assassinat, s emparèrent du château de Saint-Andrews et se préparèrent à le défendre jusqu'à la dernière extrémité. A ce moment, ils

been discovered in the secret correspondence of ihe State-paper Office. » Ce fut an mois d'avril 1544 que ce complot se forma. Voyei State Paper* of Henry VJI1, t. V, pag. 377, et la fin de la préface du t. IV. Mais Tytler et l'éditeur des State Paper» semblent avoir négligé Passertion contenue dans Sadler (Papers) au sujet de ce crime, et qui indiquerait qu'avant cette époque même il en avait été question. Voyez dan* cette collection (t. I, pag. 77) une conversation, à la date de mars 1543, entre sir Ralph Sadler et le conte d'Arrao, Sadler étant présenté par le comte de Glencairn. Dans cette circonstance le comte d'Arran se servit, en parlant de Beaton, d'une expression dont sir Ralph comprit évidemment la signification : c By God, » quoth ne, « ne shalt never corne ont of prison whitst I may hâve mine owû will, except it be to his farther mischtef I aïlowed the same vrell and saM. • It were pity, but he should receive such reward as his merits did require. »

(1) State Papers of Henry VIII, t. V, pag. 566; A Diurnal of Oceurrents, pag. 42; Caldtrwood, Hist. of the Kirk of Scotland, t. I, pag. 321-313. Lindsay de Pitscottie (Chronicles, t. Il, pag. 484) rapporte au sujet de ce meurtre un incident qui est trop horrible pour que je le cite; il suffira de dire qu'on commit un outrage obscène sur le cadavre de la victime. Bien qu'on ne puisse aujourd'hui raconter en détail des faits de cette nature, ils caractérisent tellement cette époque, qu'on ne dort pas les passer entièrement sous silence.

(2) A ce sujet, voici ce que disent deux historiens protestants : * God admonishedraen, by this judgment, that he vrill in end be avenged upon tyran d s for their craettie, howsoevev they strenthen themselves. » Calderweod, Hist. of the Kirk of Scotland, 1. 1* pag. 23k t And whoever considers the circumstances, must acknowledge it vas a s ta pendons aet of the judgment of the Lord, and that the *hole was overruled and guided by Divine Proridence. » Stevenson, Hist. ofthe Church and State ofScotland, pag. 3».

trouvèrent un défenseur de la révolution dans la personne d'un homme très remarquable qui parut alors pour la première fois en public et qui, étant admirablement approprié à son siècle, était destiné à jouer le plus grand rôle dans ces temps de trouble.

Cet homme était John Knox. Dire qu'il était sans peur et incorruptible, qu'il défendit avec un zèle infatigable, ce qui, à ses yeux, était la vérité et qu'il se consacra avec une énergie qui ne se ralentit jamais à ce qu'il regardait comme le plus noble objet; certes, ce n'est qoe rendre stricte justice aux nombreuses et hautes qualités dont il était doué. Mais, d'un autre côté, il était dur, inflexible, parfois brutal : non content de rester insensible devant la souffrance humaine, il lui arrivait de la tourner en raillerie, et de la poursuivre de ses sarcasmes grossiers, produits d'une humour excessive (1) ; enfin il aima la domination à un tel point, qu'impatient devant la moindre opposition, il broyait tous ceux qui entravaient son chemin ou contrariaient, ne fût-ce que pour un instant, les desseins qu'il formait pour l'avenir.

Des historiens, qui ne sont que trop portés à attribuer de vastes résultats aux efforts individuels, tout en perdant de vue ces grandes causes générales sans lesquelles toute tentative individuelle serait futile, ces historiens, dis-je, ont exagéré à plaisir la part d'influence que Knox prit au développement du protestantisme. Cependant, il fit à lui seul plus que tout autre homme (2), quoique, en ce qui touche à

(1) Nous lisons même dans M'Crîe, Life of Knox, pag. xxxv : c The ill-timed merrimeat ne displays in retating the foui deed of Beaton's mnrder. »

(2) Quelque temps avant sa mort il s'écria avec un honnête et justifiable orgneil : « What I hâve bene to nry couotrie, albeit, this vnthankfall aige will not kno'we, yet the aiges to corne wilbe compelled to bear witnes to the trenth. > Baonatyoe, Journal, pag. 419. Ban-

l'Ecosse, il ne jouât un rôle véritablement important qu'à partir de 1559, c'est à dire lorsque le triomphe du protestantisme était déjà assuré : il n'eut donc qu'à recueillir le bénéfice du mouvement qui s'était opéré durant sa longue absence. Sa première tentative fut une complète échauffourée; et de tous ses actes, c'est celui qui a fait le plus de tort à sa .réputation; je veux dire son alliance avec les assassins de l'archevêque Beaton, en 1546; il se rendit au château de Saint-Andrews, s'y renferma avec les meurtriers, prêt à partager leur sort, et, dans un ouvrage qu'il publia par la suite, il justifia hautement ce lâche méfait (1). Rien ne saurait excuser cette conduite, et c'est avec un certain sentiment de juste satisfaction que nous apprenons que les Français s'élant emparés du château, en 1547, Knox fut traité avec une grande sévérité et condamné aux galères, d'où il ne sortit qu'en 1549(2).

Pendant les cinq années suivantes, Knox séjourna en Angleterre : en 1554, il quitta ce dernier pays pour se rendre à Dieppe (3) ; puis il voyagea à l'étranger. II ne revint en

natyne était le secrétaire de Knox. 11 est à regretter qu'on n'ait pas encore publié une biographie bien faite de Knox. Celle de M' G rie est un panégyrique avengle et peu judicieux qui , en provoquant une réaction dans l'opinion , a fait du tort à la réputation du grand réformateur. D'un autre côté, la secte des Ejriscopalians en Ecosse ne veut absolument rien voir de la véritable grandeur de Knox; elle est incapable de discerner son intense amour pour la vérité et la noble hardiesse de son caractère.

(1) Tytler, Hist. of Scotland., t. IV, pag. 374, 375; ITCrie, Life ofKnox, pag. 27,28; Lawson, Roman Catfiolic Church in Scotland, pag. 154; Presbytery displayed, pag. 28; Shield, Hind let Loose (1687), pag. 14, 39, 638. Dans son Hist. of Reformation, 1. 1, pag. 177, 180, il décore cet assassinat du titre de • godly fact, > et ajoute : • Thèse ar the workis of our God, ■ ce qui, en bon anglais, équivaut à dire que Dieu est un assassin. Toutefois, bien que tous ces faits réunis soient assez tristes, je conviens avec M'Oie qu'il n'j a pas de preuve digne de foi qui puisse nous faire supposer qu'il fût complice de ces meurtriers; il n'en sera pas moins convenable de consulter il Diurnal of Occurrents, pag. 42, et Lyon, Hist. of St.-Andretos , t. II, pag. 364.

(2) M'Crie, Life ofKnox, pag. 38, 43, 350; Argyll, Presbytery Examined, pag. 19.

(3) M'Crie, Life ofKnox, pag. 44-71.

Ecosse que dans l'automne de 1555; tous les principaux nobles et leurs partisans l'accueillirent avec enthousiasme (1). Cependant, pour des motifs qu'on n'a pas suffisamment éclairés, j'imagine, par suite de sa répugnance, à jouer un rôle secondaire au milieu de ces hautains seigneurs, il quitta de nouveau l'Ecosse en 1556, et alla se fixer à Genève, où on l'avait invité à diriger une congrégation en qualité de pasteur (2). II resta à l'étranger jusqu'en 1559, époque à laquelle la lutte était presque terminée, tellement les nobles avaient réussi à saper les fondements de l'Église.

Les événements qui avaient longtemps couvé se précipitaient alors rapidement. En 1554, la reine-mère avait repris la régence des mains d'Arran (5) : c'était Marie de Guise dont nous avons indiqué le mariage avec Jacques V, comme étant l'un des signes caractéristiques de la politique alors dominante. Laissée à elle-même, la régente eût probablement fait peu de mal (4) ; mais sa famille était là qui, puis-

ci) M'Crie, Life ofKnox, pag. 99. Quant aux nobles qui lai firent accueil et suivirent ses prêches, voyez pag. 102.

(2) t Influenced by motives which hâve never been fully comprehended , he departed to Geneva, where, for a time, he became Pastor of a Protestant congrégation. » Russell, Hist. ofthe Church ofScotland, 1. 1, pag. 193. M'Crie, qui ne voit aucune difficulté, dit simplement : « In the month of July 1566, he left Scotland and, having arrived at Dieppe he proceeded with his family to Geneva. > Life ofKnox, pag. 107.

(3) Kqoi, dans son langage épicé, dit en parlant delà régente, que lui confier ce poste c'est mettre une lettre sur le dos d'une vache : c She maid Régent in the year of God 1354. and a croune putt upone hir head, als seimlyea sight (yf men had eis) as to putt a sadill upone the back of ane unrewly kow. » J'extrais ce passage de l'excellente édition de M. Laing (Knox,ift*«. ofthe Heformation, 1. 1, pag. 242). Cependant dans "Watson, Historicall Collections of the Ecclesiastick Affairs, pag. 73, nous trouvons une légère différence : • As seemly a sight, • saith John Knox in the new Gospel language, • as to put the saddle upon the back of an unruly Sow. •

(4) Le duc d'Argyll, dans son Presbytery Examined, pag. 9, l'appelle • ambitions and intriguing. > Cependant non seulement Lesley lui donne des éloges, ce à quoi l'on pouvait s'attendre (History, pag. 289, 290), mais Buchanan lui-même lui rend justice; nous trouvons ce passage plein d'une gracieuseté qui n'est pas habituelle chez un auteur aussi protestant et démocratique : t Mors ejus varie mentes hominum affecit. Nam et apud quosdam

260 i HISTOIRE

sa ote ot fanatique, la pressait d'extirper l'hérésie, et du même eoup d'abaisser la noblesse. D'après le conseil de ses frères, Je duc de Guise et le cardinal de Lorraine, elle proposa, en 1555, de remplacer les troupes, composées des barons et de leurs suivants, par une armée permanente. Or •une telle force, salariée par l'État, n'eût été qu'un aveugle instrument entre les mains de la royauté : mais les nobles, pénétrant ces desseins, forcèrent Marie d'y renoncer : nous et nos vassaux, dirent-ils, nous suffisons à défendre l'Ecosse : qu'est il besoin d'une armée (1)? Sa seconde tentative fut de raffermir les intérêts du parti catholique, ce qu'elle effectua en 1556 par le mariage de sa fille avec te Dauphin. Cette alliance mit le comble au pouvoir des Guises (2), dont la nièce, déjà reine d'Ecosse, deviendrait, dans l'ordre naturel des choses, reine de France. Il n'y eut pas de mesure extrême qu'ils ne conseillassent à leur sœur, en lui promettant le concours des troupes françaises. De leur côté, les seigneurs ne fléchirent point, et se préparèrent à la lutte. En décembre 1557, un certain nombre d'entre eux s'étaient engagés par une convention écrite à se soutenir mutuellement pour résister à la tyrannie qui les mena-

eoram, qnibuscum armis contenait, non médiocre soi destderiom reliquit. Erat enim sin- .galari ingenio praedita, et animo ad seqnitalem admodum pro pensa. » Bachanan, iteriM» Scoticawwi Uistoria, lib.xvj, pag. 487.

(i) H\8U ofScotlandj Ht. n, pag. 91 (Robertsop, Works, 483i; Tytler, History, t. V, pag. 22,53). Il semblerait, d'après ce qne nons dit Lesley (£f «tory, .pag. 254,â36), que certains seigneurs favorisèrent ce projet .dans l'espoir de s'attirer las bannes grâces de la reine. < Albeit som of the tordis of the nobilitie for pleasonr of the gnose seamad to aggre thairto for the tyme, yit the barronis and gentill men vas natiag content

thairwith. * « Affirming tbat thair foirfatberis and predioessonris had défendit

the samyn (c'est à dire le royaume ) mony hundreth yerïs, railyeantlie with thair arwia haedis. >

(2) • It completed the almost deepotic power of the honse of fioise. • Tytler, Hist. of Scotlandj t. V, pag. 27.

çait (1). Après avoir pris le titre de Lords ofthe congrégation, ils dépêchèrent de tous cotés leurs agents pour recueillir les signatures ou l'assentiment verbal de tous les citoyens qui désiraient la réforme religieuse (2). Ils écrivirent en outre à Knox : ses prêches étant goûtés du peuple, seraient, pensaient-ils, un brandon de rébellion (3). Knox se trouvait alors à Genève; il ne se rendit à leur appel qu'au mois de mai 1559 (4) : mais, à cette heure, le résultat de la lutte pendante était à peine douteux ; les nobles avaient entièrement réussi à renforcer le parti et avaient toute raison de compter sur l'appui d'Elisabeth.

Neuf jours après le retour de Knox, le premier coup fut frappé. Le 11 mai 1559, il prêcha à Pesth. Après le sermon, des troubles surgirent, le peuple pilla les églises et renversa les monastères (5). La reine-mère, rassemblant ses troupes en toute bâte, marcha sur la ville. Mais les seigneurs étaient

(1) Cette convention» qui fait époque dans l'histoire d'Ecosse, porte la date dn 3 décembre 1557. Elle est citée dans Stevenson, Hist. of the Church ofScotland, pag. 47 ; Calderwood, Hist. of the Kirk, t. I, pag. 326, 327; Knox, Hist. of the Re formation , 1. 1, pag. 273, 274.

(2) En 1558, « the lords ofthe congrégation had sent agents throngh the kingdom to solicit the souscriptions of those who were friendly to a reformation. > Stephen, Hist. of the Church ofScotland. Lond., 1848, 1. 1, pag. 5a

(3) Keith (Affairs of Church and State in Scotland, t. III, pag. 82) lui donne le titre de c a trompeter of rébellion, » qu'il mérite à coup sûr (soit dit à sa gloire), quoique i*é?éque, entiché de l'esprit de la cour, le lui impute à faute. Sans leurs dispositions rebelles, les Écossais eussent depuis longtemps perdu leur liberté.

(4) t He sailed from Dieppe on the 12d of April 1559, and landed safely at Leith in the begiiroing of May. ■ M'Crie, Life of Knox, pag. 139. Knox dit lui-même c the secound of Maij. > Hist. ofthe Reformation, édit. Laing, 1. 1, pag. 318. cHe vas called home by the noblemen that enterprised the Reformation. > Spottiswoode, Hist. ofthe Church ofScotland, édit. Russell, 1. 11, pag. 180.

<5) Penny, Traditions of Perth, pag. 310; Knox, Hist. of the Re formation, l.l, pag. 321-323; Lyon, Hist. of St.- Andrews, 1. 1, pag. 329; Buchanan, Rerum Scoticarum Historia, lib. xvi, pag. 471, 472. On trouvera aussi des faits intéressants dans Lesley, History, pag. 271, 272. Mais, quoique cet auteur vécût à cette époque, il fait dater par erreur l'émeute de 1558. En outre, il prête a Knox un langage beaucoup plus ardent que celui dont il se servit réellement,

sur leurs gardes. Le comte de Glencairn, à la tête de deux mille cinq cents hommes, vint se joindre à la ligne , et un traité fut conclu par lequel les deux partis convinrent de mettre bas les armes, à la condition que nul ne serait puni pour ce qui s'était passé (1). Mais, dans l'état des esprits, la paix était impossible. Au bout de quelques jours, la guerre éclata de nouveau, pour aboutir cette fois à un résultat plus décisif. La ligue disposait alors de forces nombreuses. Perth, Stirling et Linglithgow ouvrirent leurs portes aux seigneurs. La reine-mère battit en retraite, évacua Edimbourg, et le 29 juin ils entrèrent en triomphe dans la capitale (2).

Tout cela s'était accompli en sept semaines, à dater de l'émeute qui avait éclaté à Perth. Dans les deux camps, on était alors tout disposé à entrer en négociations dans le but de gagner du temps , la reine-mère, comptant sur l'aide de la France, lés seigneurs sur celle de l'Angleterre (3). Cependant Elisabeth ne montrant pas grand empressement, les protestants résolurent de frapper un coup décisif avant l'arrivée des renforts. En octobre, les principaux pairs, ayant à leur tête le duc de Chastelherault, le comte d'Àrran, le

(1) Tytler, Hist. ofScotland, t. V, pag. 59, 62, 63. An sujet du comte de Glencairn, 'chalmers (Catedonia, t. III, pag. 485) dit que c'était un < religions* ruffian, who enjoyed

pensions from Henry VIII, for injuring his country of birth, and benefits. • Outre que la phrase est peu grammaticale, rien n'est plus absurde. Sans nul doute Glencairn, comme tous les fauteurs aristocratiques de la réforme, fut poussé par des motifs rien moins que nobles; mais, loin de nuire à son pays, il lui rendit un grand service.

(2) Tytler, Hist. ofScotland, t. V, pag. 64-73.

(3) Nous lisons au sujet de la reine-mère (juillet 1559) : < Shee had sent alreadie lo France for more men of warr. » Consultez le curieux pamphlet intitulé : cd History ofthe Estate of Scotland, from July 1558 to April 1560; » Miscellany ofthe Wodrow Society. Edimb., 1844, pag. 63. Toutes sortes de rumeurs circulaient ; une lettre, en date du 12 octobre 1559, porte : « Somme thinke the régent will départe secretlie. Summe that she will to Ynchkelth , for that three shippes are a preparing. Summe saye that she is verie sicke. Somme saye the devill cannot kill her. • Sadler, State Paper s > 1. 1, pag. 499.

comte d'Argyle et le comte de Glencairn, s'assemblèrent à Edimbourg. A la suite d'un meeting général, présidé par lord Ruthven, on prononça solennellement la déchéance de la reine-mère, « l'ennemie, » déclara-t-on, « l'ennemie de la gloire de Dieu, de la liberté du royaume et de la prospérité des nobles (1). »

L'hiver suivant, la flotte anglaise entra dans le Frith et alla jeter l'ancre près d'Edimbourg (2). En janvier 1560, le duc de Norfolk, s'étant rendu à Berwick, conclut, au nom d'Elisabeth, un traité avec les chefs de la ligue, en vertu duquel l'armée anglaise traversa la frontière le 2 avril (3). Ces événements paralysèrent l'action du gouvernement qui fut

(i) Tytler, tftrt ofScotland, t. V, pag. 104. Ceci se passa le 2 octobre 1559. Consulter Sadler, State Papers, 1. 1, pag. 512. c This Mondaye, tbe 22 of October, was tbe douagier deprived from her authoritie by commen consent of ail lords and barons hère présent. » A cette occasion, c Johne Willocke, » le prêcheur, prononça nn discours en faveur de la déchéance. Entre autres arguments il dit : « Tbat in deposing of princes, and thèse that hâve been in authoritie, God did not alwayes use his immédiat power, but sometimes he used other meanes, which his wisdome thought good, and justice approved. As by À3a, He removed Maacha, his owne mother, from honour and authoritie, which before she had used; by Jehu Hedestroyed Joram, and the whole posteritie of Achab. • Therefore « he > (l'orateur) could see no reasoun why they, the borne counsellers, the nobilitie and barons of the reaime, might not justlie deprive her from ail régiment. » Calderwood, Hist. of the Kirk, 1. 1, pag. 540, 541, et Knox, Hist. ofthe Reformation, 1. 1, pag. 442, 443.

(2) Le Diurnal of Occurrents, pag. 55, 272, dit que la flotte arriva le 24 janvier 1559-60 : « Aucht greit schippis of Ingland in the raid of Leith. » Nous lisons dans une lettre ( Stadler, State Papers, 1. 1, pag. 697) en date du 23 janvier : c The shippes arrived " yesterdaye in the Frythe to the nomber of IX or X, as yet, and the rémanent followith. > Par conséquent la date qui est donnée dans une note de Keith, Church and State in Scotland, 1. 1, pag. 255 ( 10 janvier), est évidemment erronée. Malgré toute l'importance de cet événement, ni Tytler (Hist. ofScotland, t. V, pag. 114, 115) ni Chalmers (Caledonia, t. Il, pag. 631 ) n'en donnent la date exacte.

(3) Chalmers, Caledonia, t. Il, pag. 632; Knox, Hist. ofthe Reformations t. II, pag. 57. Le traité de Berwick, signé en février, est cité dans Keith, Church and State in Scotland, 1. 1, pag. 258-262. L'influence de la noblesse était si grande, que les troupes anglaises furent parfaitement accueillies par le peuple, malgré l'ancienne et cruelle animosité qui existait entre les deux nations. «Especially in Fyfe they were thanfully receaved,andwell entreated, with such quietnes and gentle enter tainement betvrixt our nation and them , as no man would hâve thought that ever there had beine any variance. » A Historié ofthe Estate of Scotland, from 1558 to 1560 (MisceUanyjif the Wodrow Society, pag. 78).

2«i HISTOIRE

enchanté de signer la paix en juillet, aux conditions suivantes : évacuation de l'Ecosse par les Français ; attribution virtuelle aux seigneurs protestants de toutes les hautes charges administratives (1).

Le triomphe suprême de cette grande révolution et la rapidité avec laquelle elle s'accomplit sont par eux-mêmes le preuve décisive de la force des causes générales qui gouvernèrent ce mouvement tout entier. Depuis plus de cent cinquante ans, une lutte acharnée avait subsisté entre la noblesse et k clergé, et elle venait d'aboutir à rétablissement de la réforme et à la victoire des classes aristocratiques : celles-ci avaient enfin atteint leur but. Des hommes nouveaux avaient pris I? place de la théocratie vaincue. Avec elle avaient disparu les idées antiques de la succession apostolique, de l'imposition des mains et du droit divin d'ordination : tout cela rentra dans les limbes du passé. Le service divin fut célébré par des hérétiques dont la plupart n'avaient pas même été consacrés (2). Enfin pour couronner le tout, la même année (1560) le parlement écossais vota deux lois qui détruisirent de fond en comble l'ancien système': aux termes de l'une d'elle, tout statut qui

(1) • Vpoun the VI day of Juuj, it wes concludil and finallie endit betnix Ihe saids ambassatouris, tuitching ail debaittis, contraversies and materis concernyng the asseiging of Leith, depairting of the Frenchemen thairfra, and randering of the same ; and the said peaz daitit this said day. * A Diurnal of OccurrenU* pag. 277, 278. Voyez également pag. 60, ainsi que Keith, Affairs of Church and State in Scolland, 1. 1, pag. 295.

(2) c That Knoi himself vas in priest's orders, is a fact which his biographes the la te Or. M'Crie, has placed beyond dispute; and some of the others leaders were also priests; bnt the greater number of the preacbers,and ail those who subsequently became ministers, vere totally without any orders whatever, not even such as the superintendants could hare given them . for their own supposed call, the élection of the people, and the civil ceremony of induction to the living, was ail that was then «judged necessàry. » Stepben, /ftrt. ofthe Church ofScotland, 1848, 1. 1, pag. 145, 146. • A new-fashioned sort of ministry, unknow in the Christian Chnrch for ail preceding générations. • Keith, Church and State in Scotland, t. III, pag. 204. Consulte* Argyll, Presbytery Examined, pag. 34-36.

atait été rendu en faveur de l'Église était rappelé (1) ; l'autre portait que quiconque dirait la messe ou y assisterait serait puni, h première fois de la confiscation de ses biens, la se-% conde de l'exil, et la troisième de mort (2).

Ainsi fut brisée, ainsi tomba en pièces une institution qui avait soutenu le choc de plus de mille années. On augura bien de sa chute. Il en résulterait de grandes choses, disait-on, le peuple serait éclairé, déjà ses yeux se dessillaient, le règne de la superstition approchait, de sa fin. Mais, ce qu'on oubliait alors, et ce qu'on perd de vue trop souvent aujourd'hui, c'est qu'en pareille matière il y a un ordre, un enchaînement naturel qu'on ne peut jamais renverser. C'est à dire que toute institution, telle qu'elle se comporte, peu Importent son nom ou ses prétentions, est Feffet beaucoup plus que la cause de l'opinion publique ; et qu'il ne servira de rien d'attaquer l'institution, si l'on ne commence par changer l'opinion. Or, en Ecosse, l'Église était grossièrement superstitieuse; mais il ne s'ensuivait pas que renverser l'édifice, ce serait amoindrir le mal. Ceux qui simagrnent qu'il est possible de réduire la superstition par ce moyen ignorent la vitalité de ce principe sombre et funeste. li n'y a qu'une seule arme qui puisse l'abattre, le savoir. Les hommes sont-ils plongés dans l'ignorance, ils *

(1) «The tbre estaitis of parliament hes annnllit and declarit ail sik acted maid in tymes bipast not aggreing V goddis word and now contrair io the confessioun of onre fay* according to the said word publiât in this parliament, Tobe of nane avale force oor effeet. And decernis the said actis and every ane of thame lo haue na effeet nor strenth in tyme to cnm. » Acts of Ihe Parliament of ScoUand, 1814, in-fol., t. II, pag. 535. Cette loi fat rendue le 24 août 1560.

(2) « That na maner of person nor personis say mess nor zit heir mess ho be put thairat vnder tbe pane of confiscatioun of ail tbairgnd movable and vnmovableand pvneissing of thair bodeis at tbe discretionn of tbe magistrat witbin qnhais jnrisdictioun sik personis happynis to b* apprehendit ffor tbe first fait : Banissing of tbe Reaime for tbe second fait, and jnstifying to tbe deid for the thrid fait. » lbid. y 24 août 1560, t. II, pag. 525.

sont forcément superstitieux ; et partout où existe la superstition, soyez sûr qu'il se formera un corps ou l'autre dont elle sera l'âme. Chassez-la de ce corps, elle en trouvera un autre. Elle transmigre, sous une nouvelle forme, mais toujours vivante. Dès lors, quelle vaine guerre que celle des réformateurs qui presque toujours s'en prennent au corps, pour épargner l'âme! Oui, ils pénètrent l'enveloppe, ils la détruisent; mais, dans cette enveloppe se trouve la graine d'un poison mortel, dont ils ne peuvent diminuer la force vitale : transplantée, cette graine produit des fruits dans une autre direction et se développe avec une nouvelle exubérance, souvent plus funeste encore.

La vérité est que toute institution, politique ou religieuse, représente, telle qu'elle se comporte, la forme et la pression du siècle. Il se peut qu'elle soit antique, qu'elle soit revêtue d'un nom vénéré, qu'elle tende vers les plus nobles objets; tout cela est possible : mais quiconque étudiera attentivement son histoire verra que, dans la pratique, elle est successivement modifiée par les générations qui se suivent et que , au lieu de régir la société, elle est régie par cette dernière. Ainsi, lorsque la réforme se consomma, les Écossais étaient excessivement ignorants ; donc, malgré la réforme, ils restèrent excessivement superstitieux. Jusqu'à quelle époque cette ignorance subsista-t-elle? quels en furent les résultats? c'est ce que nous verrons bientôt ; mais avant d'examiner ce point, il est bon d'indiquer les conséquences immédiates de la réforme elle-même, par rapport aux classes qui aidèrent à son avènement.

Après avoir renversé l'Église et l'avoir dépouillée d'une bonne partie de ses richesses, les seigneurs pensèrent que rien n'était plus juste que de recueillir le profit de leurs

peines. Ayant tué l'ennemi, ils entendaient se partager ses dépouilles (1). Mais c'était aller contre les vues des pasteurs protestants ; selon ceux-ci, c'était commettre une impiété que de séculariser les biens de l'Église pour les appliquer à des fins profanes. Sans doute, disaient-ils, les seigneurs ont fort bien fait de piller l'Église, mais c'est à nous que doivent retourner ces richesses. N'étaient-ils pas de l'ordre sacrosaint? le devoir des classes dominantes était de leur conférer de bons bénéfices, arrachés à l'ancien clergé idolâtre (2).

Conformément à ces opinions, Knox et ses collègues présentèrent (août 1560) au parlement une pétition, priant les nobles de rendre à l'Église les richesses dont ces derniers s'étaient emparés, pour les consacrerd'une manière convenable au soutien du nouveau culte (3). Ces hautains seigneurs ne daignèrent pas même répondre à cette demande (1). Satis-

(1) Ainsi que le dit Robertson, dans un style sobre et quelque peu faible : « Among tbe Scottish nobility, some bated the persons, and otbers coveted the'wealth, of the dignified clergy; and by abolishing that order of men, the former indulged their ressenlment, and the latter hoped to gratify their avarice. » Hist. ofScolland, liv. m, pag. 116; Robertson, Works, édit. 1831. Le récit écrit à l'époque même dans A Diurnal of Occurrents, pag. 269, a, ce me semble, quelque chose de plus vigoureux. « In ail this tyme (1559), ail kirkmennis goodis and geir wer spoulzeit and reft fra thame, in euerie place quhair the samyne culd be apprehendit ; for euerie man for the maist pairt that culd get any thing pertenyng to any kifkmen, thocht the same as wele won geir. »

(2) c Knox never dreamed that the revenues of the Ghurch were to be secularized; but that he and his colleagues were simply to remove tjhe old incumbents, and then take possession of their bénéfices. » Stephen, Hist. ofthe Church ofScotland, 1. 1, pag. 106. € The ecclesiastical revenues, which they never contemplated for a moment were to be seized by the Protestant nobility. • Lawson, Roman Catholic Church in Scotland,

(3) Knox, Hist. ofthe Reformation, t. II, pag. 89-92; M'Crie, Life ofKnox, pag. 179. M'Crie dit en parlant de ce document :,t There can be no donbt that it received the sanction, if it was not the composition, ofthe Reformer. » < It called upon them (les

seigneurs) to restore the patrimony ofthe Ghurch, of which they had unjustley possessed themselves. »

(4) « Making no answer to the last point. • Spottiswoode, Hist. of the Church ofScotland, 1. 1, pag. 327. t Without taking any notice. » Keilh, A ffairs of Church and State, 1. 1, pag. 321.

faits de l'état actuel des choses, ils n'avaient pas la moindre envie de défaire un si parfait arrangement. C'étaient eux qui avaient combattu, eux qui avaient remporté la victoire, à eux donc les dépouilles! Pourrait on supposer qu'il abandonneraient de gaité de cœur ce qu'ils avaient acquis avec tant de peine? Était-il probable qu'après avoir soutenu pendant cent cinquante ans une lutte acharnée contre l'Égtijse et après avoir enfin vaincu leur ennemi invétéré, ils iraient se départir des fruits de leur triomphe? et en faveur de qui? D'une poignée de prêcheurs qu'ils n'avaient appelé à leur aide que dans les derniers temps, personnages obscurs et de basse extraction, qui devraient considérer comme un immense honneur d'avoir été admis à faire cause commune avec leurs supérieurs. Non; qu'ils n'aient pas l'audace de s'imaginer, à cause de cette circonstance, qu'ils ne supposent pas, ces gens qui n'ont combattu qu'à la dernière heure, qu'ils aient droit à partager le butin à mesure égale (1) !

Mais les seigneurs écossais connaissaient bien peu les hommes à qui ils avaient à faire; ils comprenaient moins encore le caractère de leur siècle. Ils ne s'aperçurent pas que, dans l'état social où ils vivaient, la superstition était inévitable, et que, par conséquent, si les classes ecclésiastiques étaient courbées un instant , il était certain qu'elles se redresseraient promptement. La noblesse avait renversé l'Église, mais les principes sur lesquels est basée l'autorité de l'Église restèrent intacts. On ne fit pas autre chose que de changer le nom et la forme. Il se forma bien vite une

(1) < They viewed the Protestant preachers as low-born individnals, not far raised above the condition of mechanics or tradesmen , without influence , authority or importance. » Lawson, Roman Catholic Church in Scotland, pag. 251. < None were more unmercifull to the poore ministers than they that had the greatest share of the kirk rents. • Calderwood, Hist. of the Kirk ofScotland, t. II, pag. 42.

nouvelle théocratie sur laquelle le peuple reporta l'affection qu'il avait éprouvée pour l'ancienne; je me trompe, cette affection fut encore plus grande, car le clergé protestant, délaissé par la noblesse, non salarié par l'État, n'avait pour vivre qu'une misérable pitance : la nécessité l'amena donc à se jeter dans les bras du peuple, puisque ce n'était que là qu'il pouvait trouver aide et sympathie (i). De là une union plus resserrée et plus intime qu'elle n'eût été dans d'autres circonstances; de là aussi cette haine pour les classes supérieures, et cette animosité particulière contre la monarchie que le clergé presbytérien, piqué jusqu'au vif par le traitement injuste auquel il était soumis, déploya en toute occasion. Du haut de la chaire, dans leurs consistoires, dans leurs assemblées générales, ses ministres développèrent un esprit démocratique et frondeur qui produisit les plus heureux résultats, puisqu'à un moment critique, 11 entretint la flamme de la liberté, et qui, par cette raison même, détermina la perte de l'aristocratie, le jour où, par sa parcimonie maladroite et égoïste, elle excita la colère d'une classe aussi puissante et aussi implacable.

Depuis le départ des troupes françaises (1560), les seigneurs jouissaient du pouvoir suprême (2). C'était à eux qu'il appartenait de décider jusqu'à quel taux s'élèverait la dotation du clergé réformé. Ils gardèrent le silence le plus méprisant sur

(1) En 4561, « notwithstanding ihe full Establishment of the Reformation, the Protestant ministère werein a state of extrême poverty, and dépendent npon the precarions assistance of their flocks. » Tytler, Hist. ofScotland, t. V, pag. 107. Comparez une lettre de Knox, en date de 1566, an snjet de < the extreame povertie wherein onr ministère are bronght. ■ Knox, Hist. of the Re formation, t. II, pag. 542.

(2) < The limited anthority which the Crown had hitherto possessed, was almost entirely annihilated, and the aristocratieal power, which ahrays predominated in the Scottish government (Y), became suprême and incontrôlable. » Rnssell, Hist. of the Church in Scotland, 1834, 1. 1, pag. 223,

la première pétition de Knox et de ses confrères. Mais les ministres ne se laissèrent pas si facilement rebuter. Ils présentèrent donc au conseil privé ce qu'on appelle « Le premier livre de discipline, » dans lequel ils exposaient de nouveau leur demande (1). Le conseil n'avait pas la moindre objection à faire aux doctrines contenues dans ce livre, mais il refusa de le ratifier, parce que c'eût été par là sanctionner le principe que la nouvelle Église avait droit aux revenus de l'ancienne (2). Cependant le conseil était prêt à lui en céder une certaine portion. Quelle serait-elle? Voilà ce qui souleva de graves disputes et la plus grande inimitié entre les deux partis. Enfin, rompant le silence, les seigneurs déclarèrent (décembre 1561) que le clergé réformé ne toucherait qu'un sixième des revenus de l'Église, les cinq sixièmes restant étant partagés entre le gouvernement et les prêtres catholiques (3). Rien de plus facile à saisir que la signification

(1) Se reporter au First Book of Discipline, compris dans A Compendium ofthe Lam ofthe Church of Scotland. Édimb., 1837, part, i, S* édit. Ils résumèrent leurs demandes dans ce passage (pag. 119) : «The haill rentis of the Kirk abosit in Papistrie sal se referrtt againe to the Kirk. » Dans an antre endroit (pag. 106) ils disent avec franchise : < We doubt not but some of onr pétitions shall appeare strange nnto you at the first sight. »

(2) « The form of polity recommended in the First Book of Discipline never obtained the proper sanction of the State, chiefly in conséquence of the avarice ofthe nobility and gentry, who were désirons of securing to themselves the revenues of the Church. a Mifcellany ofthe Wodrow Society, pag. 324. Consulte* également Argyll, Presbytery Examined, pag. 26. Beaucoup de seigneurs néanmoins y apposèrent leurs signatures. Knox, Hist. of the Reformation, t. H, pag. 129. < Mais, ajoute Spottiswoode {Hist. ofthe Church of Scotland, 1. 1, pag. 373), t most of those that subscribed, getting into;their hands the possessions of the Church, could never be induced to part therewith, and turned greater enemies in that point of church patrimony than were the papists, or any other whatsoever. »

(3) M'Crie, Life ofKnox, pag. 204; Knox, Hist. ofthe Re formation, t. II, pag. 298-301, 307-309; Buchanan, Rerum Scoticarum Historia, lib. xvu, pag. 500. L'arrangement nominal, qui fut tracé arec beaucoup d'art, portait qu'un tiers des re?enus de l'Eglise serait divisé en deux parties : l'une pour le gouvernement, l'autre pour les ministres. On assignait gravement les deux tiers en surplus au clergé catholique, dont les membres à ce moment même, aux termes de l'acte du parlement , étaient passibles de la peine capitale

de cette mesure, puisque les catholiques dépendaient alors entièrement du gouvernement, et que de fait ce dernier, c'étaient les nobles qui le constituaient, les seigneurs qui avaient accaparé le pouvoir exécutif.

Dans ces circonstances, il arriva naturellement qu'en apprenant ces dispositions les ministres forent profondément émus. Ils virent combien cet arrangement était contraire à leurs intérêts, et partant ils soutinrent que c'était contraire à ceux de la religion. Suivant eux , c'était l'œuvre du diable, cela était destiné à servir à ses fins (4) : que ceux qui travaillaient dans la vigne du Seigneur, devaient être humiliés, et souffrir que de vains gloutons s'appropriassent ce qui appartenait de plein droit aux premiers (2). Les nobles pourraient l'emporter un instant; mais la vengeance de Dieu était ailée, et elle fondrait certainement un jour sur leurs têtes (3). D'un bout à l'autre, tout était spo-

s'ils accomplissaient les cérémonies de leur religion. Il n'était pas probable que des gens, dont la vie était entre les mains du gouvernement, se querellassent a?ac ce dernier sur des questions d'argent; il s'ensuivit donc que presque toutes les richesses firent retour aux seigneurs.

(1) < The ministeris, evin in the begynnying, in public seànonis opponed thame selves to sache corruptioun, for thie foirsaw the purpose of the Devill. » Knox,//t*t. ofthe Re formation, t. II, pag. 310.

(2) « For it seemeth altogether unreasonable that the idle belleis s h ail devoure and consume in the patrimoine ofthe Kirk, will the faithfull travellers in the Lord's vineyardf suffer extrême povertie, and the needie members of Christ's bodie are altogether neglected. » Calderwood, Hist. ofthe Kirk, t. II, pag. 484, 485. Ceci était écrit en 1569; en 1571 , le célèbre Ferguson déclarait dans un sermon que les détenteurs des biens de l'Église, dont la plupart appartenaient à la noblesse, étaient des ruffian». On trouvera un extrait de son sermon dans Chalmers, Hist. of Dunfermline. Édimb., 1844, pag. 309. « For this day Christ is spuilzeit aman g us, quhil y* quhilk aucht to mantene the Ministerie of the Kirk aud the pure, is geuîn to prophane men, flattereris in court, ruffianes, and hyrelingis.»

(3) En septembre 1571 , John Row « preiched , wha in plane pulpet pronounced to the lordis , for thair covetusnes , and becaus they wold not grant the just petitiones of the Kirk, Godis heastie vengeance to fali upon them; and said, moreover, < I cair not, roy lordis, your displeasour: for I speik my conscience befoir God,wha will not suffer sic -wickitnes and contempt vnpunished. » Bannatyne, Journal, édit. Édimb., 1806; pag. 257.

Kation, rien que spoliation. Dans an pays véritablement chrétien, qui eût osé toucher au patrimoine de l'Église (4)? Hélas! en Ecosse, Satan avait prévalu (2), et la charité chrétienne s'était refroidie (3). En Ecosse, des biens qui auraient dû être considérés comme sacrés avaient été dissipés, partagés : affreux partage, disait Knox, puisque deux tiers sont

(1) Bu 1576, l'assemblée générale déclara que le droit do clergé an < the patrimoine of the Kirk • était < ex jure divino. » Acts ofthe General Assemblies of tlie Kirk ofScolland. Èdimb., 1839, in-4',t. I, pag. 360. Plus de cent ans après, un ministre écossais nous montre combien nrofendement les membres de sa profession ressentaient cette spoliation, puisqu'il se livre à noe digression tont à fait en dehors de son sujet pour traiter de ce point. Se reporter à Jacob, Vow, by Dr. John Cockburn. Édimb., 1696, pag. 482, 423,435. Cependant cela n'est rien en comparaison de ce que nous affirme un auteur de nos jours, le révérend M. Lyon; c'est, nous dit-il de propos délibéré, c'est en raison de ces actes et d'autres semblables commis sous son règne, que Marie périt de mort violente, juste punition du sacrilège. « The practicetde dire des messes pour les morts) ceased, of course, at the Reformation ; and the money was transferred by Queen Mary to the civil authorities of the town. Tbis was, undoubtedly, an act of sacrilège ; for, though sacrifierai masses for the dead was anerror, yet theguardians ofthe money so bequeathed, were under an obligation to apply it to a sacred purpose. Tbis , and other sacrilegious acts on the part of Mary, of a still more decided and extensive character, hâve been justly considère d as the cause of the calamities which subsequently befell her. » Hisl. of St.-Andrews , by the Rev. C. /. Lyon, M. A., Presbyter of the Episcopal Church, St.-Andrews. Édimb., 1843, t. 1, pag. 54. Ailleurs (t. II, pag. 400) le même ministre nous apprend que Dieu punit habituellement le sacrilège en privant la famille royale d'enfant mâle. « The following examples, selectedjrom the diocèse of St. Andrews, according to its boundaries before the Reformation, will corroborate the gênerai doctrine contended for throughout thiswork, that sacrilège has ever been pnnished in the présent Iife, and chiefly by the failure of maie issue. » Les italiques sont dans l'original. Consultez également 1. 1, pag. 118. Par égard pour l'historien futur de l'opinion publique, il est bon d'observer que l'ouvrage qui contient de telles idées n'est pas une réimpression d'un vieux livre, mais qu'il a été publié pour la première fois en 1843 et que, selon toute apparence, il venait d'être achevé la même année.

(2) < The General assemblie of the Kirk of Scotland , convenit at Edinburgh the 25 of Beceraber 1566, to the Nobiliti» of this Reaime that professes the Lord Jésus with them, and has renouncit that Roman Antichryst , desyre constancie in faith,and thespiritof righteous judgement. Seeing that Sathan, be ail our négligence, Right Honourable, hes so ferre prevailit within this Reaime within thèse iate dayes, that ire doe stand in exstream danger, not only to lose our temporall possessions, but also to be depryvit ofthe glorioos Bvangejl, » etc. Keith, Church and State, t. ni, pag. 154, 155.

(3) En 1566, dans, la circulaire qu'ils adressèrent aux évéques et au clergé anglais ils disaient : « The days are il!; iniquitie abounds; Christian charity, alas, is waxen coW. » Acts and Proceedings of the General Assemblies of the Kirk of Scotland. Édimb., 1839,in-4-,t.I,pag.87.

attribués au diable et que le troisième tiers est divisé entre Dieu et le diable! C'était comme si Joseph, à l'époque où il gouvernait l'Egypte, avait refusé des grains à ses frères pour les renvoyer avec des sacs vides vers leur famille (1). Ou encore, comme l'insinuait un autre prêcheur, l'Église était maintenant semblable aux anciens Machabées, opprimés tantôt par les Assyriens, tantôt par les Égyptiens (2).

Cependant, prières, menaces, tout fut vain : les seigneurs écossais s'entêtaient à rester sourds (3). Quedis-je? au lieu de s'attendrir, leurs cœurs s'endurcirent. Les pitoyables salaires alloués au clergé protestant ne furent même pas régulière-

(1) « I see twa partis freely gevin to the Devill, and ihe thrid mann be devided betwiit God and the Devill : Weill, bear witoes to me, that tbis dày I say it, or it be long the Devill shall hâve three partis of the thrid ; and jndge yon then what Goddis poriionn shallbe. ■

« Who wold hâve thought, that when Joseph reulled Egypt, that bis brethren

shonld hâve travail led for vittallis, and hâve retnrned with empty seckis unto thair familles? Men wold rather hâve thonght that Pharao's pose, treasure, and garnallis shonld hâve been diminished, or tbat the houshold of Jacob shonld stand in danger to sterve for hnngar. » Knox,M8t. ofthe Reformation, t. Il, pag. 310, 3ii.

(2) En mai 1571 : < Tbis Sooday, Mr. Craig teinfaed the 130 Psalme; and, in his sermond, hecompared the steat of the Kirk of God in this tovne vnto the steat of the Maccabeit; ▼ha were oppressed snmtymes by the Assyrianis,and snmtymes by the Egiptianis. » Bannatyne, Journal, pag. 150.

(3) C'est en 1567 que je trouve le premier exemple d'une menace ou de rien qui en approchai; à cette époque c the Assembly ofthe Chnrch beiog convened at £dinbnrgh, « fit savoir à tons i as well noblemen as barons, and those ofthe other Estâtes, to meet and give their personnal appearance at Edinbnrgh on the aOth of Jnly, for giving their advice, counsel, and concurrence in matters then to be proponed ; espocially for purging the rwalm of popery, the establishing of the policy of the Cburch, and restoring thepatrimony thereof to thcjust possessors. Assuring those that shonld happen to absent themsel?es at the time, due and lawful adrertisement being made, that they shonld be reputed hinderers of the good work intended, and as dissimulate professors be esieemed unworthy ofthe fellowshipof Christ' s fiock. » Spottiswoode, UiU. ofthe Church ofScotland, t. II, pag. 64. C'est évidemment donner à entendre qu'on excommunierait tous ceux qui ne rendraient pas aux pasteurs protestants les biens enlevés à l'Église catholique $ en 1570, nous trouvons les mêmes dispositions. A cette date , on Ut le passage suivant dans Acts and Proceedings of General Assembliez ofthe Kirk ofScotland, 1. 1, pag. 181 : ■ Q. If those that withold the duty of the Kirk, wherethrough Ministère wan{ their stipends, may be excommunicate? A. AU things èeand done that the cirill ordonr requyres of them that ▼ithhaldis the duetie of the Kirk, quherby Ministère wants their stipends ; the Kirk may proceed to excommunication, for their contempt. •

ment payés : on les consacra généralement à d'antres objets (1). Les ministres se plaignaient-ils? les nobles se moquaient d'eux, les insultaient : ces derniers ayant atteint leur but, pensèrent qu'ils pouvaient fort bien se passer de leurs anciens alliés (2) . Le comte de Mortors, que ses hantes capacités aussi bien que ses alliances rendaient le plus paissant personnage de l'Ecosse, déploya en particulier une extrême violence contre le clergé protestant; il fit exécuter deux prêcheurs qui l'avaient offensé, et leur supplice fut des plus cruels (5). Les seigneurs, le considérant comme leur chef, l'élurent régent en 1572 (4) ; alors il tourna tout son pouvoir contre l'Église. Il saisit tous les bénéfices qui devinrent vacants et s'en arrogea exclusivement les revenus (5).

(1) En 15%, < the poore ministers, eihorters; and readers ,compleaned at church assembles, that neither were they able to liye upon tbe stipends allowed, nor gett payment of that smaU portionn which vas allowed. » Calderwood, Hist. ofthè Kirk, t. II, pag. 171 Voyez Acts of the General Assemblies, 1839, in-4% 1. 1, pag. 53 : c To requyre payment to ministers of there stipends for the tyme by past, according to the promise made. > Ceci se passait en décembre 1564. En décembre 1565, rassemblée générale déclara (pag. 71) « that wher oft and divers tymes promise hes bein made to ns, that our saids brethren, travelers and preachers in the Kirk of God , sonld not be defrandit of their appointit stipends, neither set io any waves sonld be molestit in their fnnclioun; zet nottheles universalité they want ther stipends appointit for diverse tymes by past. » Relativement à l'état des choses en 1566, voyez < the Supplication of the Ministers to the Qneen. » Knox, Hist. of the Reformation, t. II, pag. 5». Voyez aussi dans Miscellany of the Spalding Club. Aberdeen, 1849, in-4% t. IV, pag. 92-101, une lettre écrite par lord Erskine à la date de décembre 1571, particulièrement pag. 97 : « The gretest of the nobilitie haifing gretest rentis in possessione , and plaicet of God in maist hie hononris, ceasis nocht, maist wiolentlie blindit with awarice, to spoilye aod draw to thame selfis the possessiones of the Kirk. >

(2) « The ministers were called prond knaves, and receaved manie injurions words from the lords, speciallie from Morton, who ruled ail. He said, he sould lay their pride, and putt order to them. » Calderwood, Hist. of the Kirk, t. III, pag. 137, 138. Ceci se passait en 1571.

(3) Chambers, Annals ofScotland, 1. 1, pag. 79, 80.

(4) « the nobilitie wnderwrittin convenit in Edinburgh, and chesit and electit James erle of Mortoun régent. » A Diurnal of Occurrents, pag. 320.

(5) En 1573, « when any benefeces of Kirk vaikit, he keapit the proffet of thair, rentg sa lang in his awin hand, till he was urgit be the Kirk.to mak donatioon tharof, and that was not gevin but proffeit for ail that. » The Historié and Life ofKing James the Sext, ôdit. Êdimb., 1825, in-4% pag. 147. Même en 1570, époque à laquelle Lennox était régent, « the

Sa haine pour les pasteurs ne connut plus de bornes. Il déclara publiquement que tant qu'un certain nombre d'entre eux n'auraient pas été pendus (1), le pays ne pourrait jouir d'aucune tranquillité. Il refusa de sanctionner par sa présence les assemblées générales dont il voulait détruire les privilèges et jusqu'au nom même : enfin il mit une telle ardeur à poursuivre ses mesures que, suivant l'historien de l'Église écossaise, rien, si ce n'est l'intervention spéciale de la Divinité, ne pouvait sauver cet ordre auguste (2).

Donc, rupture complète entre l'Église et l'État. Quel était le plus fort? C'est ce qui restait à voir chaque année. Le clergé devenait de plus en plus démocratique et, après la mort de Knox (1572) ses membres se résolurent à suivre un plan que l'illustre réformateur eût hésité à conseiller et qui, dans les premiers temps de la réforme, eût été impraticable (3). Mais, à cette heure, l'appui du peuple leur était

Earle of Mortoun was the chiefe manager of every thing nnder him, • et était < master of the chnrch rents, » et fit t gifts of them to the nobility. » Wodrow, Collections upon the Lives of the Reformer* of the Chureh of Scotland. Glascow, 1834, in-4', t. I, part, i pag. 27, 126.

(1) « During ali thèse Assemblais and earnest endea?onres of the brethrein, the régent iras often reqnired to give his présence to the Assemblie, and fnrther the cans of God. He not onlie refused, but threatned some of the most zealons with hanging, alledging, that otherwise there conld be no peace nor order in the conntrie. » Calderwood, Hist. ofthe Kirk, t. III, pag. 393, 394. « Uses grait thretning against the maist zelns breithring, schoring to hang of thame, ntherwayes ther conld be na peace nor ordour in the conntrey. • The Autobiography and Diary of James Melvill. Édimb., 1842, édit. R. Pitcairn, pag. 99, 60.

(2) < He mislyked the Generall Assembleis,and wonld hâve had the name changed, that he might take away the force and priviledge thereof ; and no qnestionn he had stayed the work of policie that was presentlie in hands, if Cod had not stirred up a factionn against him. » Calderwood, Hist. of the Kirk of Scotland, t. III, pag. 396. Consultez également The Autobiography of James Melvill, pag. 61.

(3) « Dnring the two years following the death of Kooi, each day was ripening the more determined opposition of the Chnrch. The breach between the clergy with the great body of the people, and the go?ernment or higher nobility, was widening rapidly. » Argyll, Presbyteral Examine^ pag. 70.

assuré : exaspérés par le cruel traitement auquel le gouvernement et les nobles les soumettaient, ils formèrent les résolutions les plus désespérées. Au moment où leurs plans étaient encore informes, où l'avenir n'apparaissait que sous les plus sombres couleurs, un nouveau sectaire surgit, possédant toutes les qualités requises pour devenir leur chef; Knox avait trouvé son digne successeur. Cet homme était Andrew Melville que ses hautes capacités, son audace extraordinaire, son esprit fécond en expédients, rendaient admirablement propre à diriger l'Église écossaise dans la lutte ardente qui s'approchait (1).

En 1574, après avoir complété son éducation à l'étranger, Melville arriva en Ecosse (2). Il rallia promptement autour de sa personne les membres les plus distingués de l'Église; et sous leurs auspices, commença avec le pouvoir exécutif une lutte qui se continua, en passant par des phases diverses, durant soixante ans, pour aboutir enfin à la révolte ouverte contre Charles I er . Retracer tous les détails du combat serait contraire au plan de cette introduction : malgré l'extrême intérêt qui s'attache aux événements qui s'ensuivirent, nous devons en omettre la plus grande partie; mais j'essaierai d'indiquer leur marche générale et de mettre

(1) « Next to her Reformer, who, under God, emancipated her from the degradiog shackles of papal superstition and tyranny, I known no individual from whom Scotland has received such important services, or to whom she continues to owe so deep a debt of national respect and gratitude, as Andrew Melville. » M'Crie, Life of Andrew Melville. Édimb., 1819, t. H, pag. 473. Son neveu, personnage très considérable loi-môme, dit : a Scotland receavit ocrer a graitter benefit at the hands of God nor this man. » The Autobiography of James MelviU, pag. 38.

(2) Il quitta l'Ecosse en 1564, à l'âge de dix-neuf ans, et rentra dans son pays c in beginning of July 1574, after an absence of ten years from his native country. » M'Crie, Life of Andrew Melville, 1. 1, pag. 17, 57. Consultez, en outre, Seot, Apologetical Narration of the State of the Kirk of Scotland, édit. Woarow Society, pag. 34, et Howie, Biographia Scoticana. Glascow, 1781, pag. 111.

sous les yeux du lecteur les faits les plus caractéristiques de cette époque.

Quelques mois à peine après son retour, Melville se mit à l'œuvre; d'abord sourde, se bornant à des intrigues secrètes, son opposition se révéla bientôt au grand jour, et les hostilités furent déclarées (1). Du vivant de Knox, Tépiscopat avait été reconnu comme partie inhérente de l'Église protestante, et les principaux réformateurs s'étaient rangés à ce principe (2). Cependant, cette institution ne s'accordait pas avec l'esprit démocratique qui se développait partout. L'inégalité entre les évêques et le bas clergé n'avait rien que de désagréable, et les ministres résolurent d'y mettre un terme (3). En 1575, à l'instigation de Melville, un pasteur, nommé John Dury appela sur ce sujet l'attention de l'assemblée générale, tenue à Edimbourg (4). Le discours de Dury

(1) II paraîtrait qu'il se mit à l'œuvre dès le mois de novembre 1574. Consultez Stephen, Hist. of the Churcfi of Scotland. Lond., 1848, 1. 1, pag. 261.

(2) t The compilers of the Book of Discipline (c'est à dire le premier livre en 1560) were

distingnished by prelatical principles to the end of their days. » « That Knoxhim-

self was no enemy to prelacy, considered as an ancient and apostolical institution, is rendered clear by his c Exhortation to England for the speedy embracing of Christ 's Gospel. » Uussell, Hist. ofthe Church in Scotland, 1834, 1. 1, pag. 240. « The associâtes of Knox, it is obvions, were not Presbyterians, and had no intention of setting up a System of parity among the ministers of their new establishment. » Pag. 243. Se reporter également à la pag. 332. A la date même de 1572, année dans laquelle mourut Knox, nous lisons : « The whole Diocie of Sanct Andrews is decerned by the Assembly to pertain to the Bishop of the same. » Acts and Proceedings of the General Assemblies ofthe Kirk of Scotland, 1839, in-4% 1. 1, pag. 264. Les presbytériens écossais ont fort mal traité cette partie de l'histoire de leur Église.

(3) Quelque temps après, David Fergusson, qui mourut en 1596 et qui était alors pasteur à Dnnfermline, dit avec la plus grande franchise à Jacques VI : c Yeq, sir, ye may hâve Bishops hère, but ye must remember to make us ail equal; make us ail Bishops, els will je never content us. » Row, Hist . ofthe Kirk of Scotland from 1558 to 1637, édit. Wodroto Society, pag. 418. Consultes Calderwood, Hist. of the Kirk, t. IV, pag. 214. En 1584 : « Thèse monstruous titles of superioritie. » En 1586 : t That tyrannicall supremacie of bishops and archbishops over ministers. » Pag. 604.

(4) t He stirred up John Dury, one of the ministers of Edinburgh, in an Assembly which was then convened, to propound a question touching the lawfulness of the episcopal

fini, Melville se prononça aussi contre l'épiscopat; mais comme il n'avait pu encore s'assurer des dispositions de l'auditoire» il procéda d'abord avec une certaine prudence. Cette hésitation, toutefois, était à peine nécessaire : car, par suite des différends entre l'Église et les hautes classes, les pasteurs commençaient à se retourner avec ardeur contre lès doctrines de soumission et de subordination qu'ils eussent soutenues, si la noblesse avait pris leur parti. Dans l'état des choses, le clergé ne trouvait de faveur que parmi le peuple : les aspirations des ministres tendaient donc vers l'égalité; leurs esprits étaient mûrs pour recevoir les mesures hardies proposées par Melville et ses partisans. La rapidité avec laquelle s'étendit ce mouvement nous prouve clairement ces dispositions. En 1575, la première attaque se produisit à l'assemblée générale d'Edimbourg. En avril 4578, un autre assemblée générale décida qu'à l'avenir les évêques seraient désignés par leurs noms propres et non par leurs titres (1). Il fut en outre déclaré que jusqu'à la prochaine réunion, on ne pourvoirait à aucune nouvelle nomination

fonction, and the authorily of chapters in their élection. He himself,as thongh he had not been acqnainted with the motion, after he had commended the speaker' s teal, and seconded the pnrpose with a long disconrse of the flonrishing estate of the chnrch of Gênera, and the opinions of Calfin and Théodore Beza coocerning chnrch government, came to affirm, < that none onght to he esteemed office-bearers in the Chnrch whose titles were not fonnd in the book of God. And, for the title of Bishops, albeit the same was fonnd in Scriptnre, yet was it not to be taken in the sensé that the common sort did conçoive, there being no soperiority allowed by Christ amongst ministers, » etc. Spottiswoode, Hist. of the Church of Scotland, t. H, pag. 200. Consultez, en outre, Acts ofthe General Assembliez ,%. I, pag. 331, d'où il appert que six évoques assistaient à cette séance mémorable. Voici la question qui fut posée : « Whither if the Bischops, as they are now in the Kirk pf Scotland, hes thair fonction of the word of God or not, or if the Ghapiter appointit for creating of them aucht to be tollerated in this reformed Kirk. » Pag. 340.

(1) « It was ordained, that Bischops and ail vthers bearand Ecclesiasticall fanctioun, be callit be thair awin names, or Brethren, in tyme comeing. • Acts ofthe General Assembliez ofthe Kirk of Scotland, t. n, pag. «04.

d'érêque (4). Deux mois après, on proclama que ce règlement serait définitif et que désormais Ton ne créerait pins d'évêque (2). Enfin, en 4580, l'assemblée réunie à Dundee renversa l'édifice de fond en comble; elle décida que Tépiscopat était une pure invention humaine, qu'il était illégal, qu'il fallait l'abolir sur-le-champ et que tout évêque était tenu de se démettre incontinent de ses fonctions; en cas de refus, il devait être excommunié (3).

Les ministres et le peuple avaient donc accompli leur œuvre, et, en ce qui les touchait, l'avaifent bien faite (4). Mais les mêmes circonstances qui les avaient amenés à désirer l'égalité poussaient les hautes classes à désirer l'inégalité (5).

(1) «Therfor the Kirk hes concluait, that no Bischops salbe electit or made heirafler, befor the nixt Generall Assemblie. » Acts oflhe General Assemblies of Ihe Kirk, t. II, pag. 408.

(2) « Anent the Act made in the last Assemblie, the 38 of Aprile 1578, conceming the electionn of Bischops , suspendit quhill this présent Assemblie , and the farther ordoar reservit thereto : The General Assemblie, ail in ane voyce, hes concluait, that the said act salbë~extendit for ail tymes to corne, ay and quhill the corruptioun of the Estate of Bischops be allnterlie tane away. » Ibid., t. II, pag. 413.

(3) « Forsameikle as the office of a Bischop, as it is now vsit, and commounly takin within this reaime, hes no sure warrand, anctoritie, nor good ground ont of the (Book and ) Scriptures of God; but is brocht in by the folie aod corruptions of (men's) invention, to the çreat overthrow of the Kirk of God : The haill Assemblie of the Kirk, in ane voyce, after tibertie givin to ail men to reason in the matter, none opponing themêelves in defending the said prétendit office, Finds and déclares the samein prétendit office, vseit and termeit, as is above said, vnlaufoll in the selve, as haveand neither fundament, ground nor -warrant within the word of God : and ordaines, that ail sick persons as bruiks, or shall bruik heirafler the said office, salbe chargeit simplkiter to demitt, quyt and leave of the samein, as ane office quhervnto they are not callit be God ; and siclyke to desist and cease from ail preaching, ministration of the sacraments, or vsing any way the office of pastors, quhill they receîve de novo admission from the Général Assemblie, vnder the paine of excommuticationn to be dennncit agains them : quherin if they befound dissobedient,or eontra- Teioe this act in any point, the sentence of excommunioatioun, after dew admonitions, to be exécute agains them. » Acts ofthe General assemblie*, t. II, pag. 453.

(4) Aussi Calderwood dit triomphalement : t The office of bishops was damned. > Ilist. ofthe Kirk, t. III, pag. 409. « Their whole estât, both the spiritual) and cifill part, was damned. » Pag. 996. James Melville (Autobiography , pag. 59) dit que, par suite de ce haut fait, son oncle Andrew « gatt the nam of eni<rx.9TU>fxau7rtÇ f Episcoporwn exaotor, the flinger ont of Bischopes. »

(5) Tytler (Bist. ofScotland, t. VI, pag. 309) observe que, tandis que « the great body

Un choc était donc inévitable, et cette mesure hardie de la part de l'Église le précipita. Forts de l'appui du peuple, les pasteurs recherchèrent plutôt la lutte qu'ils ne l'évitèrent. Ils lancèrent les diatribes les plus enflammées contre les évéques ; et peu de temps avant d'abolir l'épiscopat, ils terminèrent le « second livre de discipline » et le présentèrent au parlement : dans ce second livre , ils nièrent sans ambages tout ce qu'ils avaient établi dans le premier (1). Pour ce fait, on leur reproche souvent de s'être contredits eux-mêmes (2) : accusation injuste. Ils furent parfaitement conséquents avec eux-mêmes : ils changèrent simplement leurs maximes afin de sauver leurs principes. A l'exemple de toute corporation, présente ou passée, spirituelle ou temporelle, leur principe était de maintenir leur pouvoir. Que ce soit ou non un bon principe, c'est une autre question, mais enfin l'histoire nous prouve qu'il est universel. Aussi bien, quand les chefs de l'Église écossaise s'aperçurent qu'il y allait de son existence et que la question à résoudre était

of the burghers, and middle and lower classes of the people, > étaient presbytériens, ta large proportion of the nobility snpported episcopacy. ■ Si, an lieu de c a large proportion, • il eût dit t ail, > il ne se serait pas trompé de beaucoup. En effet, Melville i himself says the whole peerage iras against him.» Stepheo, Hist. ofthe Church ofScotland, 1. 1, pag. 269. Forbes attribue le mouvement aristocratique contre les presbytériens, t godles atheists, » qui prétendaient t that there could be nothing so contrair to the nature of a monarchie, • etc. « than that paritie of authoritie in pastours. • Forbes, Certaine Records touching the Estate of the Kirk, pag. 349, édit. Wodrow Society. Voyei également pag. 355. « That Démocratie (as they called it) whilk allwayes behoved to be full of sédition and troubble to ane Aristocratie, and so in end to a Monarchie. ■ Le lecteur remarquera ce changement de rôle parmi les classes en Ecosse. D'abord le clergé s'allia avec la couronne contre la noblesse, puis la noblesse fit cause commune avec la royauté contre le clergé, et enfin ce dernier, pour se défendre, dut chercher ses alliés parmi le peuple.

(1) On trouvera quelques remarques intéressantes sur la différence de ces deux livres dans Argyll, Presbytery Examinée, 1848, pag. 3843. Cependant, tout en ayant moins de préjugés que la plupart des auteurs presbytériens, cet écrivain n'est pas porté i admettre combien le second livre de Discipline contredit complètement le premier.

(t) Les accusateurs sont les Episcopalians écossais.

celle-ci : qui dominera? ils furent parfaitement conséquents avec eux-mêmes en abandonnant les opinions qu'ils avaient soutenues autrefois, du moment qu'ils virent que ces opinions étaient préjudiciables à leur 'existence, en tant que corps indépendant.

Lorsque parut le « premier livre de discipline (1560) » le gouvernement était entre les mains des seigneurs qui venaient de combattre à côté des pasteurs protestants et qui étaient prêts à combattre encore en leur faveur. Lorsque parut le « second livre de discipline (1578) » les nobles étaient encore au pouvoir; mais ces seigneurs ambitieux avaient fini par jeter le masque, et après avoir accompli leurs desseins en détruisant la vieille théocratie, avaient fait volte-face pour attaquer la nouvelle. Les circonstances ayant changé, l'Église changea avec elles; mais dans ce changement il n'y avait rien d'inconséquent. Au contraire, c'eût été le comble de l'inconséquence de la part de ses ministres , s'ils avaient conservé leurs anciennes idées d'obéissance et de soumission : rien de plus naturel que, dans ces conjonctures critiques, ils aient proclamé l'idée démocratique de l'égalité, de même qu'auparavant ils avaient défendu l'idée d'inégalité.

C'est pour cela que, dans le « premier livre de discipline, » ils avaient établi une hiérarchie régulièrement ascendante, suivant laquelle le clergé en général devait obéissance à ses supérieurs ecclésiastiques, dénommés surintendants (1). Mais, dans le « second livre de discipline, »

(1) Consultez First Book of Discipline, réimprimé dans le premier volume de A Cornpendium ofthe Laws ùfChurch in Scotîand. Édimb., 1837, 2* édit. Les surintendants avaient pour fonctions de • to set, order, and appoint ministers. > Pag. 61. Et il paraîtrait (pag. 88) qu'aucun ministre ne pouvait être interdit sans le consentement de son surinten-

nul vestige de celte hiérarchie! On y établit, dans les termes les plus nets, que tons les pasteurs, étant des compagnons de travail, ils étaient tout égaux en pouvoir; que nul n'avait d'autorité sur les autres ; et que prétendre à une telle auto* rite, ou affirmer la nécessité de la prééminence, c'était là un expédient humain qu'il ne fallait pas admettre dans une Église divinement constituée (1).

Le gouvernement, on le supposera facilement, considéra les choses sous un poiat de vue bien différent. Les hautes classes regardèrent ces doctrines comme antisociales, révo*

dant ; néanmoins Ton ne pourrait guère supposer que par là on ait entendu empiéter sur l'autorité des assemblées générales. Voyei, en outre, le sommaire pag, 114, ou il est dit au sujet des surinteodaots,qne tin thair visitatioun tbey sal not onlie preiche, but aisexamine tbe doctrine, life, diligence, and bebavior of tue ministeris, reideris, elderis, and deacoais.» Suivant Spottiswoode (Hist. ofthe Church ofScotland, t. II, pag. 167), « the superintendeots held thair office duriog life , and their power was episcopal ; for tbey did elect and ordain ministers, tbey presided in synods. and direeted ail church censures, neither was any excommunication pronouoced without their warrant. » Voyez, en outre, au sujet de leur autorité, Knox, Hist. of the Reformation, t. II, pag. 161. • That punyschment suld bé sppoioted for suche as dissobeyid or contemned the supsrintendentes in thair fane* tioun. » Ce passage était écrit en 1561. En 1562, « it was ordained, that if ministers be disobedient to su péri n te o dents in aoy tbing beloogiog to édification, tbey must be subject to correction. ■ Acts ofthe General Assemblies ofthe Kirk, 1. 1, pag. 14. Se reporter à la pag. 131 : «Sick thiogs as superintendents may and aught decyde in their synodal! convejttiouns. •

(1) c For albeit tbe Kirk of God be rewlit and go vernit be Jésus Christ, who is the ontie Kiog, bie Priest, and Ueid thereof, yit he useis the ministry of men, as the most necessar

middis for this purpose. » c And to take away ail occasion of tyrannie, he wiilis

that they sould rewl with mutuall consent of brether aod equality ofpower, every on# accord ing to thair fuoctiones. • Second Book of Discipline (A Compendium ofthe Laws of the Church ofScotland, 1. 1, pag. 196, 127. i As to Bisehops, if the nome eitiaxoiroç be properly taken, they ar ail ane with the ministers, as befoir was declairit. For it4s not a same of superioritie and lordschip, both of office and watchiog. • Pag. 142. Afin de bien saisir la signification complète de ce point, il est bon d'observer que les surintendants établis par la Kirk (Église) en 1560 prenaient très souvent le titre de « lordschips, » à titre d'ornement, comme pour indiquer l'énorme puissance dont ils étaient revêtus. Voyes, par exemple, les notes dans Wodrow, Collections upon the Lives ofthe Ref ormers of the Church ofScotland, 1. 1 , part, u, pag. 461. Mais, dans le second livre 4e Discipline (1578), il n'est pas fait, si je ne me trompe, une seule fois mention des surintendants.

lutionnaires, anarchiques (1). Donc, loin de les sanctionner, ces classes résolurent de les détruire, s'il était possible; et on an après l'abolition de l'épiscopat, on se décida à mesurer, sur ce point même, la force des deux partis.

En 1581, Robert Montgomery fut nommé archevêque de Glascow. Le chapitre de cette ville refusa de procéder à son élection, sur quoi le conseil privé déclara qu'en vertu de ses prérogatives le roi avaitJe droit de nommer tous les évêques (2). Dès lors, tumulte, confusion! L'assemblée générale interdit à l'archevêque rentrée de Glascow (3). Celui-ci ne tint pas compte de cette injonction et appeja à son aide le duc de Lennox à qui il devait sa nomination et à qui aussi il avait abandonné, en retour, presque tous les revenus du siège, en ne se réservant que fort peu de chose pour luimême (4). C'était là une coutume établie depuis quelr

(1) C'est ce qui a exactement lien eu Angleterre, où les hantes classes sont généralement en faveur de l'épiscopat; cette inégalité du rang, qui est conventionnelle et ne dépend nullement des mérites, est un spectacle qoi leur platt et influe sur elles, souvent à leur insu. D'un autre côté, ce sont les moyennes et les basses classes qui font la force du non-conformisme, c'est à dire les classes où Ton a le pins de respect pour l'énergie et l'intelligence, et où l'on éprouve naturellement du mépris pour un système qui, selon le bon plaisir du souverain ou du ministre du jour, confère des titres et des richesses à des personnes que la nature n'a jamais destinées à la grandeur, mais qui, à la grande surprise de leurs contemporains, sont revêtues des plus hautes dignités. A l'égard de cette différence d'idées en Ecosse, qui correspondent d'ailleurs à la différence de la situation sociale, voyez les observations présentées sur le dix-septième siècle dans Hume, Commentaries on the Lato of Seolland. JÉdimb., 1797, in-4% t. II, pag. 544.

(2) Décision du conseil privé. M'Crie, Life of Melville, 1. 1, pag. 967. «The brethrein of Glasgow were charged, under paine of horning, to admitt Mr. Robert Montgomrie, • Galderwood, Hist. ofthe Kirk, t. III, pag. 596.

(3) « Charges the said Mr. Robert continue in the ministrie ofthe Kirk of Striveling, » etc. Acts ofthe Geneî*al Assembliez, t. U, pag. 547. Cette interdiction fut pronooeée en 1581 ; la décision du conseil privé porte la date d'avril 1592. Moysie, qoi vivait à cette époque f dit qu'au mois de mars 1584-8* non seulement le doyen et le chapitre, mais encore tout le clergé (« haill ministrie ») déclarèrent en chaire que la nomination de Montgomery « had the warrand of the deuill and not of the word of God, bot wes damnit thairby. » Moysie, Mémoire. Édimb., 1830, in-4°, pag. 36.

(4) t The title whereof the said duke had procured to him, that ne, having the name of

ques années et qui permettait, entre autres moyens nombreux, aux seigneurs de dépouiller l'Église de ses biens (i). Toutefois, ce n'était pas là la question à résoudre (2); le point portait, non sur les revenus, mais sur le pouvoir. Car le clergé savait fort bien que, le pouvoir établi, le revenu en serait le corollaire naturel. Les pasteurs prirent donc les mesures les plus énergiques. Au mois d'avril 1582, l'assemblée générale se réunit à Saint-Andrews, et délégua à Melville les fonctions d'arbitre (3). Le gouvernement, dans la crainte d'un conflit, ordonna aux membres, sous peine d'être accusés de rébellion, de ne rien décider au sujet de l'archevêché (4). Mais rien ne put dompter les représentants de l'Église. Ils citèrent Montgomery à comparaître devant eux ; et, après avoir ratifié la sentence d'interdiction lancée par le chapitre, ils déclarèrent qu'il avait encouru les peines de la déposition et de l'excommunication (5).

bishop, and eight hundred merks money for his living and sustentatioun, the whole rents, and other duteis of the said bénéfice, might corne to the doke's ntilitie and behove. • Calderwood, Hist. ofthe Kirk, t. IV, pag. 111. Voyez aussi pag. 401.

(1) Scot, Apologetical Narration ofthe State ofthe Kir Je, pag. 24, 25; Calderwood, Hist. ofthe Kir le, t. III, pag. 302; Wodrow, Collections upon the Lives of Reformers, 1. 1, part, i, pag. 206 ; Lyon, Hist. of St. -Andrews, 1. 1, pag. 379 ; Gibson, Hist. of Glasgow, pag. 59 ; Hume, Hist . ofthe House of Douglas, t. II, pag. 216, 217 ; Chalmers, Caledonia, t. III, pag. 624.

(2) «But the Chnrchpassing this point (c'est à dire la simonie) made quarrel to him for accepti'ng the bishopric. i Spottiswoode, Hist. ofthe Church ofScotland, t. II, pag. 282. . (3) Acts ofthe General Assemblies ofthe Kirk, t. II, pag. 548.

(4) t A messenger-at-arms entered the honse, and charged the moderator and members of the assembly, on the pain of rébellion, to desist from the process. > M'Crie, Life of

JfeJtnta?,t.I,pag.268.

(5) i The assemblie and brether présent, after yoteing in the said matter, depryrit the said Mr. Robert from ail fnnetioun ofthe Ministrie in the Kirk of God, dnring the will ofthe Kirkof God; and farther, descernit the fearefall sentence of excommunication to be promincit against him in the face of the haill Assemblie, to be voyce and month of the Moderatonr présent ; to the effect, that, his proud flesh being cast into the handspf Satan, he may be win againe', if it be possible, to God ; and the said sentence (to) be intimât be every particnlar minister, at his awin partlcnlar kirk, solemnelie in the first sermonn to be made be them, àfter thairreturning. • Acts ofthe General Assemblies of the Kirk, t. II, pag. 562.

Dans ces temps-là une sentence d'excommunication entraînait des conséquences si fatales, que Montgomery fut frappé de terreur à cette idée. Afin de parer à ce désastre, il se présenta devant l'assemblée et promit solennellement de s'abstenir de toute tentative à l'avenir, renonçant ainsi à l'archevêché (1). Cette démarche lui sauva probablement la vie; car le peuple, se rangeant du côté de ses pasteurs, était résolu à tout faire, ou, tout au moins, à maintenir les prétendus droits de l'Église et à défendre celle-ci contre les empiétements de l'État (2).

De son côté, le gouvernement était également résolu. Le conseil privé fit comparaître plusieurs pasteurs devant lui; et Dury, l'un des fauteurs les plus actifs, fut chassé d'Edimbourg (3). On allait procéder à des mesures encore plus violentes, lorsqu'elles furent arrêtées par un de ces événements singuliers, assez fréquents en Ecosse, et qui démontrent d'une manière frappante la faiblesse endémique de la couronne, malgré les prétentions exagérées qu'elle affichait. Je veux parler de la conspiration de Ruthven, qui eut lieu en 1582, et qui eut pour conséquence de faire emprisonner Jacques VI pendant dix mois (4). Fidèles à leur

(4) Acts ofthe General Assemblies ofthe Kirk, t. II, pag. 665. Calderwood (Hist. of the Kirk, t. III, pag. 604) dit : < After long reluctatioun, at lenth he condescended. »

(2) M'Crie (Life of Melville, 1. 1, pag. 274) dit: • In ail thèse contendings, the ministère had no conntenance or support from any of the oobility. > Il eût été étrange qu'ils eussent trouvé cet appui, attendu que le mouvement tout entier était essentiellement démocratique.

(3) MelTille, Autobiographie, pag. 129; Calderwood, Hist. of the Kirk, t. III, pag. 620 M'Crie, Life of Melville, 1. 1, pag. 270.

(4) Il fut arrêté en 4582 (août) et remis en liberté en juin 4583. Tytler, Hist. ofScotland, I. VI, pag. 324, 360. Il est étrange que cet ouvrage estimable et plein d'un véritable talent contienne des vues si superficielles sur les affaires religieuses de l'Ecosse. 11 semblerait que M. Tytler n'a pas approfondi les menées des consistoires ni même des assemblées générales; on ne trouve dans son livre aucune connaissance de la littérature théologique de son pays. Et cependant (de 4560 à 4700 environ) c'est dans ces sources que l'on puisera plus de vrais renseignements sur l'histoire des Écossais que partout ailleurs.

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politique, les pasteurs approuvèrent hautement la captivité du roi et déclarèrent que c'était une œuvre pie (1). Dury qui avait été expulsé delà chaire fut ramené en triomphe dans, la capitale (2); et l'assemblée générale, se réunissant à Edimbourg , donna l'ordre à tous ses ministres d'exposer a leurs oqailles la justice de l'emprisonnement du roi (3).

En 4583, le roi recouvra la liberté, et la lutte reprit plus acharnée que jamais ; les deux partis étant exaspérés par les souffrances qu'ils s'étaient infligées réciproquement. Ls| conspiration ayant été déclarée l'œuvre de la trahison, et elle l'était sans conteste, Dury la défendit ouvertement en chaire : or, quoique plus tard, sous l'empire d'une crainte passagère, il ait retracté ses paroles (4), d'autres circonstances nous prouvent d'une manière évidente que ses sentiments étaient partagés par ses confrères (5). Un certain nombrç

(i) « The pnlpit resoanded with applauses of theGodly deed. » Àrnot t Hi*t. ofEdinburgh, pag. 37.

(2) • As he is comming from Leith to Edinburgh , upon Taisday the 4th of September, there mett him at the Gallow Greene two hundreth men of the inhabitants of Edinburgh* Their number still increased, till h e came within the Neather Bow. There they beganne to sing the 124 Psalme, Now may Israël say, • etc., and sang in foure parts, knowne to the most part of the people. They came np the Street tiil they came to the Great Kirk, singing thus ail the way , to the nomber of two thowsand. They were mâche moved themselves, and so were ail the beholders. The dnke was asionished, and more affrayed at that sight than at anie thiog that ever he had seene before in Scotland, and rave hîs beard for anger. » Calderwood, Hist. ofthe Kirk, t. III, pag. 646, 647.

(3) Acts ofthe General Assemblies, t. II, pag. 596, 596. Cet ordre, donné par rassemblée générale réunie à Edimbourg, porte la date du 9 octobre 1582 (pag. 565). Consultez également Watson, Historicall Collections of Ecclesiastick Affairt in Scotland, pag. 192 : tReqniring the ministers in ail their churches to commend in into the people. •

(4) Spottiswoode, Hist. ofthe Church of Scotland, t. II, pag. 308.

(5) Jacques, après son évasion, «convocat ail his peaceahill Prelatis and Nobles, aod thair he notefeit unto thayme the greif that he consavit of his unlaughfnll detentioun the yeir bygayne, and tharefore desyrit thame to acknawlege the same; and they be thair generall voittis decernit the rayd of Ruthven to be manifest treasoun. The Ministers on the uthcc part, perswadit the people that it was a godly fact, and that whasoever wald not altow thareof in his hart, was not woTthie to be estemit a c bris tien. » The Historié of King James the Sext, pag. 202, publié par le Bannatyne Club. Édimb., 1825, in-4*.

d'entre eux ayant été appelés devant le roi pour rendre compte de leurs propos séditieux, lui dirent de prendre garde à ee qu'il ferait, tout en lui rappelant qu'aucun prince n'avait prostré du jour où il avait encouru les menaces des ministres de Dieu (1). Melville, qui exerçait une immense action sur le clergé et sur le peuple, brava le roi en face, et, après avoir refusé de s'expliquer sur le langage qu'if avait tenu en chaire : « Vous attentez, lui dit-il, à toutes les lois divines et humaines (2). » Simpson compara Jacques à Caïn et l'avertit de redouter la colère de Dieu (3). Bref, l'Église était animée d'une haine si implacable, qu'elle semblait prendre plaisir à la révéler sous toutes les formes les plus repoussantes. En 1585, un pasteur, nommé Gibson, au milieu d'un sermon qu'il prononça à Edimbourg, appliqua au roi la malédiction qui tomba sur la tête de Jéroboam : il

(1) « Disregajri qot our threatening ; for there was Aérer ooe yet io this realm , in tbe place where your grâce is, who prospered afler the ministers began threaten him. > Tytler, Hist. ofScottandy t. VI, pag. 364. Voyex aussi dans Caiderwood (Hist. of the Kirk, t. V, pag. 540, 541) une lettre adressée au roi par le clergé de Ftfe en 1597 : « And now, Sir, lett me be free with you inwritting other men's reports, and thatof the wisest politicians. They say, our bygane historeis report, and expérience teacheth, that raro et fere nunquam bas a king and a prince continned long togetber in tbis reaime; for Filius ante diem patrios inquirit in annos. And they say, Sir, farther, that whatsoever they were of your Majestie's predecessors of governement that oppouned themselves directïie or indirectlie to God's ordinance in bis Kirk, it has beene tbeir wracke and subrersioun in the end. I might herein be more particular; bat l leave it to your Majestie's owne grave and mode#t consideralionn, for it concerneth you most neere. »

(2) • Sayîng, tHe perverted the laws both of God and man. » Spottiswoode, Hist, ofthe Ctoirch ofScotland, t. Il, pag. 309. Tytler, Hist. ofScotland, t. VI, pag. 371.

(3) t Mr. Patrick Simson, preacjûng before the king upon Gen., IV, 9 : t Tbe Lord said to Cain, Where is Abel, thy brother? • Said to the king, before tbe congrégation : t Sir, I assure you, in God's name, the Lord will ask at you where is the EarJ of Moray , your brother? » The king replyed, before ail the congrégation : «Mr. Patrick, mychalmer doore ires ne ver steeked upon you : ye might hâve told me anything ye thought in secret. > Qe replyed : « Sir, the scandall is publict. • Row, HUt. ofthe Kirk, pag. Itt. «Having occasion, aimo 1593, to preach before tbe king, he publicly exhorted him to beware that he drew not the wrath of God upon himseh* injmtronizing a manifest breach of divine laws. > Howie, Biographia Scoticana, pag. 190.

mourra sans postérité, dit-il, et ce sera le dernier de sa race (1). L'année suivante, Jacques étant convaincu qu'Elisabeth était bien résolue à faire périr sa mère, s'imagina d'avoir recours à ce que l'on considérait dans ce siècle-là comme une ressource infaillible : il demanda au clergé d'adresser des prières au ciel en faveur de Marie Stuart. Presque unanimement, les pasteurs refusèrent d'accéder à ses désirs. Non contents de cette abstention personnelle, ils décidèrent que nul parmi eux ne prêterait son ministère dans cette circonstance. L'archevêque de Saint- Andrews allait officier en présence du roi : gagné p$r les pasteurs, un certain John Cowper alla se poster auparavant dans la chaire, afin d'en exclure leprélat(2).Etcenefutqu'aprèsquelecapitaine des gardes du corps eut menacé Cowper de l'arracher de la place qu'il avait usurpée, que le service put continuer, et le roi entendre les prières adressées au ciel pour sa mère, dont le sort, à cetteheure sombre, était si incertain, qu'on ignorait encore si elle serait décapitée en public ou, selon la croyance la plus répandue, si elle serait secrètement empoisonnée (3).

(1) < Saying, « that Captain James, with his lady Jesabel, and William Stewart (meaniog the colonel), were taken to be the persecntors of the Church ; but that now it iras seen to be the king himself, agaïnst whom he deoouoced the curse that fell on Jéroboam— that ne woold die childless, and to be last of his race, t Spottiswoode, Hist. of the Church of Sfcottond,t.Iï,pag.335.

(2) « The kiog, perceiving by ail thèse letters, that the death of his mother was deter» mined, called back his ambassadors, and at home gave orderto the ministers to remember

her in their public prayers, which they denied to do. » < Upon their déniai, charges

were directed to command ail bishops, ministers, and other office-bearers in the Charch to make mention of her distress in their public prayers, and commendher to-Godin theform appointed. But of ail the namber only Mr. David Lindsay at Leith and the king's own ministers gave obédience. » Spottiswoode, Hist. of the Church, t. II, pag. 355, 356. t They, with only one exception, refnsed to comply. 1 Russell, Hist. ofthe Church in Scotland, t. H, pag. 23. Rapproches Watson, HistoricaU Collections of Ecclesiastick Affaire in Scotland, pag. 208, de Historié of James the Sext, pag. 225.

(3) « They stirred np Mr. John Cowper, a yonng man not entered as yet in the fonction,

En 1594, John Ross déclara en chaire que les conseillers du roi étaient tous des traîtres et que le roi lui-même ne valait pas mieux qu'eux. C'était un rebelle, un réprouvé, Qu'y avait-il d'étonnant dans ce fait, quand on considérait l'extraction de Jacques? Sa mère était une Guise, elle avait persécuté les saints. Quant à lui, il n'osait pas persécuter au grand jour, il les flattait avec de belles paroles : mais ses actes ne répondaient pas à son langage, et si grande était sa dissimulation , que c'était bien l'hy pocri te le plus consommé qui fût en Ecosse (2). En 1596, David Black, l'un des plus influents

î to take the pulpit before the Mme, and exclude the bishop. The king coming at the hour

appointai, and seeing him in the place, called to him from his seat, and said : « Mr. John,

that place is destined for another ; yet since you are there, if you will obey the charge that

' « is given, and remember my mother in yonr p rayer s, yon shall go on. » He replyiog ; «That

he -wonld do as the Spirit of God shonld direct him, » was commanded to lea?e the place :

and makingas thoagh he wonld stay, the captain of the gnard went to pnll him ont;

: whereupon he burst forth in thèse speeches : « This day shall be a witnes* against the king

in the great day of the Lord,» and then denouncing a wo to the inhabitants of Edinbnrgh,

'--. he went dbwn, and the bishop of St. Andrews entering the pulpit did perform the dnty

,| reqnired. » Spottiswoode, Hist. ofthe Church of Scotland, t. II, pag. 356. « The Kingis

Majestie, to testifie his earnest and natnrall affection to his mother, cansit pray for hir

£ oppinly efter him selff; quhairypone arrose a great dissensionn betoli snm ofthe ministrie

and his Majestie, namely the ministrie of Edinbnrgh. Qnhairvpone the king appoynted

Patrik , archbischop of St. And rois to teache, bot he wes prenented be Mr. John Covpar

minister, quho corne befoir and filled the pnlpit. And as the said Mr. John wes beginnand

1 y the prayer, the Kingis Majestie commandit him to stay : so as Mr. John raschit michtely

tt * vpone the pulpit, saying : « This day sali bear witnes aganis yow in the day of the lord :

woe be to ye Edinbnrgh, for the last of XI plaiges salbe the worst. > Moysie, Memoirs,

pag. 59.

(1) Consultez The Historié of King James the Sext, pag. 316-318, d'après «a just copie

t ! ' of his sermon • donnée par Ross lui-même, t His text was upon the 6 chapter of the Ptophet

Jeremias, verse 28. < Brethren, we hâve manie, and almaist innumerable enormiteis in this

^ cuntrie to be lamentât, as the misgoyernement of onr king be sinistrous co un sali of sum

^ particular men. They ar ail rebellions traitors, evin the king the maist singnlar person, and

'■*' particularlie everie estait of the land. • • Our king in sindrie poyntis hes bene

ft 1 ' rebellions aganis the Majestie of God. ■ t To this howre, we gat never gude of

* ' the Guysien blude, for Queyne Marie his mother was an oppin persécuter of the sanctis of

^ God, and althoght the king be not an oppin persecutor, we hâve had many of his fayre

¥ wordis, wharein he is myghtie aneugh, bot for his gude deiddis, I commend me to thayme. •

....*. t Admit, that onr king be a Çhristien king,yit but amen dément, he is a reprobat

1*0 HISTOIRB

parmi les ministres protestants, prononça un sermon qui fit grand brait. Tons les rois, dit-il, étaient les enfants du diable ; mais en Ecosse c'était Satan lui-même qui régnait. Les membres du conseil étaient des cormorans et les lords du parlement des mécréants. Les nobles avaient dégénéré : impies, fourbes, ils étaient les ennemis de l'Église. Quant & la reine d'Angleterre, ce n'était qu'une athée. De la reine d'Ecosse, tout ce qu'il avait à dire c'était qu'ils pouvaient prier pour elle si cela leur plaisait et parce que c'était la mode, mais qu'il n'y avait aucune raison pour cela, d'autant plus qu'il ne leur en reviendrait jamais aucun bien (1).

Par suite de ce sermon, Black fut appelé à comparaître devant le conseil privé : il refusa de s'y rendre, sous le prétexte que c'était à un tribunal ecclésiastique, et non à un

king. Of ail the men in this nation, the kinghimself is the maist fynest, and maist dissembting hypocreit. > Galderwood (Hist. ofthe Kirk, t. V, pag. 299), qui probablement n'avait pas vu les notes originales, ne parle que très brièvement de ce sermon.

(1) < L'accusation, qui établissait de tons points sa culpabilité, portait que < he had pnblictlie sayd in pulpit, tbat the papist erles wes corne home be the kingis knavledge and consent, quhairin his Hienes treacherîe wes detnctit; tbat ail kingis war deniiis and corne of deoilis; that the denill wes the head of the court and in the court; that he prayit for the Queine of Scotland for the faschione, because he saw na appearance of gnid in hir tyme. » Moysie, Memoirs, pag. 128. < Having been heard to affirm, that the popish lords had retnrned into the country by the king's permission, and that thereby the king bad discovered the i treacherous hypocrisy of his heart; • that < ail kings were the devil's bairns, and that the devil was in the court, and the guiders of it. » He was proved to hâve nsed in his prayer thèse indécent words, when speaking of the qneen : c We must pray for her for fashion's sake; but we might as well not, for she will never do us any good. » He called the Queen of England an atheist, and the Lords of Session bribers ; and said that the nobility at large « were degenerate, godless, dissembler s, and enemies to the churh. • Grierson, Hist. of Saint-Andrew*. Gupar, 1838, pag. 30 Au nombre des délits dont il était accusé se trouvaient ceux-ci : < Foorthly, that he had called the queen of England an atheist. Fiflhly , that he had discnssed a suspension granted by the lords of session in pulpit, and called them miscreants and bribers. Sixtbly, that, speaking of the nobility, he said they were « degenerated, godless, dissemblers, and enemies to the church. • Likewise, speaking of the conncil, that he had called them c boliglasses, cormorants, and men of no religion. i Spottiswoode, Hist. oftte Church, t. III, pag. 21.

tribunal séculier, qu'il appartenait de connaître de paroles prononcées en chaire. Assurément, il obéirait à l'Église : ayant reçu sa mission de Dieu, il était tenu de l'accomplir, et il manquerait à don devoir s'il permettait aux cours civiles Se juger de pareilles matières (1). Le roi, tout en fureur, fit jeter Black en prison, et nous ne voyons guère qu'il lui restât d'autre alternative : quoiqu'il pût faire, cependant, il était certain qu'il ne parviendrait jamais à plier l'esprit indomptable de l'Église écossaise (2).

La même année, au mois de décembre, l'Église ordonna un jeune général, et Welstprononçaà Edimbourg un sermon, dans le but de soulever le peuple contre ses maîtres. Le roi, dit-il, avait été autrefois possédé d'un démon : ce démon ayant été exorcisé, sept autres de la pire espèce étaient venus reprendre sa place. Évidemment, Jacques était fou, et il était légal de lui enlever des mains l'épée de justice, de même qu'il serait légal pour des serviteurs ou des enfants de s'emparer du chef de famille, s'il avait plu au ciel de le plonger dans la démence. En un tel cas, ajoutait l'orateur,

(1) Consultez les pièces originales intitulées : The Declinalour of the King and Coumel J 8 Judicatour in Maters Spiritual^ namelie in Preaching of the Word. Calderwood, Hist. of the Kirk, t. V, pag. 457-459, 475-480. Tytler {Hist. ofScotland, t. VII, pag. 326-332) en donne quelques extraits tout en les accompagnant de remarques sur leur tendance évidente. Consultez , relativement au déni de juridiction dont excipait l'Église écossaise, Hallam, Constitutional History, 4* édit., 1842, t. II, pag. 461, et Mackenzie Laws and Customs of Scotland in Matters Criminal: Edimbourg, 1699, pag. 181, 182.

(2) M'Crie (Life of Melville, t. II, pag. 70, seq.) nous donne le récit des poursuites intentées contre Black; mais, selon son habitude, il ne nous dit pas ce qui y donna lieu ou du moins il adoucit tellement le délit, que ce n'en est plus un. D'après lni,« David Black had been served with a sommons to answer before the privy council for certain expressions used by him in his sermons. » Certaines expressions, vraiment! Mais pourquoi parler de la peine et supprimer l'offense Ï Ce profond écrivain savait parfaitement bien ce qu'avait dit Black, et pourtant tous les renseignements qu'il donne au lecteur se bornent à une note (pag. 72) qui contient un extrait mutilé de Spottiswoode.

il serait juste de se saisir du fou, et de le tenir pieds et poings liés, afin de prévenir tout autre mal (1).

A celte époque, la haine du clergé était si implacable, la sève de l'esprit démocratique était si forte dans son sein (2), que ses membres semblaient incapables de se gouverner eux-mêmes : ainsi Andrew Melville, dans une audience avec le roi, en 1596, alla jusqu'à l'insulter personnellement, et, le saisissant par le bras, il le traita de « sot vassal de Dieu (3) ! » La grande somme de vérité contenue dans ce reproche cruel en augmentait l'acre té. Mais les pasteurs ne se bornèrent pas toujours aux paroles (4). Il n'y a pas de doute qu'ils participèrent à la conspiration de Ruthven ; et

(1) « Saying : • He was possessed irith a devil; that one devil being pat ont, seven -worse were entered in place ; and that the subjécts might lavrfully rise, and take the sword ont of his haod ; > which he confirmed by the example of a father that falling into a frenzy, might be taken by the children and servants of the famity, and tied hand and foot from doing violence. > Spottiswoode , Hist. of the Church of Scotland, t. III, pag. 3*. Consultes également Arnot, Hist. of Edinburgh, pag. 46, 47.

(2) Ce qni D*échappa pas à l'attention du gouvernement, et Elisabeth, qui était parfaitement an courant de tont ce qoi se passait en Ecosse, écrivit à Jacques en 1590 pour l'avertir de se tenir sur ses gardes, conseil qui était peu nécessaire, mais qui dut ajouter à toutes ses craintes. « And lest fayre semblance, that easely may begile, do not brede your ignorance of suche persons as ether prétend religion or dissemble deuotion, let me warne you that ther is risen, bothe in your reaime and myne , a secte of perilous conséquence, suche as wold hâve no kings but a presbitrye, and take our place while the inioy our privilège, with a shade of Godes word, triche none is juged to folow right -without by ther censure the be so demed. Yea, looke ire wel unto them. ■ Letlers 6f Elizabetii and James VI, publiées par John Bruce (Camden Society, 1849, in-4", pag. 63).

(3) Le révérend James Melville, qui assistait à cette scène, la décrit avec une joie qui déborde : < To the qnhilk, I begtnning to reply, in my maner, Mr. Andro douent nocht abyd it, bot brak af npon the king in sa zealus, powerfull, and unresistable a maner, that whovbeit the king used his authoritie in maist crabbit and colerik maner, yit Mr. Andro bure him down , and outtered the Commission as from the mightie God, calling the king bot t God's sillie vassall ; • and taking him be the sleive, ■ etc. Autobiography and Diary of James Melvill, pag. 370. Voyez en outre Shield, Hind let Loose, 1687» pag. 52, et M'Crie, Life of Melville, t. Il, pag. 66.

(4) En 1593, un certain nombre d'entre eux formèrent un complot pour se saisir de sa personne. On en trouvera la preuve, tirée des documents d'État, dans Tytler. HisL of Scotland, édit. Édimb., 1845, t. VII, pag. 349.

il est probable qu'ils furent aussi complices de la dernière trame ourdie contre Jacques, avant qu'il s'évadât du pays remuant qu'il gouvernait nominalement. Ce qu'il y a de certain c'est que le comte de Gowrie qui, en 1600, attira le roi dans son château, comme dans un piège, pour le tuer, était l'espoir suprême du parti presbytérien et prenait une part intime aux desseins ambitieux de ses membres (1). Tel était l'aveugle attachement de ces derniers pour l'assassin que, lorsque son complot fut déjoué, lorsqu'il succomba lui-même, plusieurs pasteurs firent répandre le bruit que Gowrie était tombé victime de la perfidie du roi et que, si jamais complot avait existé, c'était bien celui tramé par le monarque, avec de funestes artifices contre son hôte magnanime et innocent (2).

Dans un siècle (5) aussi ignorant, et partant erédule, une telle absurdité faisait vite son chemin. Que le clergé ait propagé cette fausseté, et qu'en cela comme en tous autres cas, ses membres aient cherché, à grands renforts d'art et de méchanceté, à noircir le caractère de leur prince (4), voilà qui ne surprendra aucun de ceux qui savent combien l'Église est facilement irascible et jusqu'à quel

(1) t He was the darling hope of the Presbyterian party. » Ibid., t. VII, pag. 410.

<S) c Gewry's conspiraey was by them chargea on the king, as a contrivance of bis lo gel rid of tbat earl. > Burnet, Hist. of his oum Time, édit. Oxford, 1823, 1. 1, pag. 31. Consulter aussi Ty lier, Hist. of Scoiland, t. VII, pag. 439, 440, et à l'égard de la propagation de t this absird hailtcination, » consultes Spottiswoode, MisceUany. Édimb., 1645, t. II, pag. 3».

13) Il y a une bonne note à ce snjet dans Pitcairn, Criminal Trials in Scolland. Édimb., 18B3, in-4% t. II, pag. 179. Se reporter anssi à Lawson, Book ofPerth. Édimb., 1847, pag. xxxix.

(4) Létr langage et leur manière d'agir en général excitèrent tellement la foreur de Jacques que, dans on accès de colère, il s'écria en 1592 qne t tnat it would not be weill till noblèmen and gentlemen gott licence to breake minister's heads. > Calderwood , Hist. of the Kir k, t. V, pag. 448.

point la théocratie est toujours prête à déverser les plus infâmes calomnies sur ceux qui sont en travers de son chemin. L'évidence qui a été recueillie nous prouve que les pasteurs presbytériens poussèrent la violence contre les autorités constituées jusqu'à l'indécence, sinon jusqu'au crime: impatients, peu scrupuleux, avides de pouvoir, exerçant une cruelle intolérance contre tout ce qui faisait obstacle à leurs desseins, ils commirent toutes ces fautes et ne nous saurions les absoudre. Cependant, la véritable cause de leur conduite fut l'esprit du siècle, comme aussi les particularités de leur position. Qui'de nous peut dire que, placés dans les mêmes circonstances, nous aurions agi différemment? Sans doute, quand nous lisons aujourd'hui , dans les annales de leurs assemblées ou dans les historiens de leur Église, leurs diverses manières de procéder, nous ne pouvons réprimer un certain sentiment de déplaisir, je dirais presque de dégoût, en présence de tant de superstition, d'ergoterie, d'artifices bas et indignes, unis pourtant à tant de superbe et d'insolence ! La vérité, c'est qu'en Ecosse le siècle était mauvais et que le mal monta à la surface. Tout était ébranlé, chancelant; impossible de rien mettre en ordre. Anarchie, ignorance, pauvreté, force, fourberie, troubles civils, invasions de l'étranger, tout avait réduit l'Ecosse à un état qu'il est à peine possible de concevoir. Plus tard , je ferai ressortir l'effet que toutes ces circonstances réunies produisirent sur le caractère national et les maux funestes qu'elles engendrèrent. En attendant, pour rendre toute justice au clergé écossais, déclarons que la condition de son pays est la meilleure explication de la conduite de l'Église. Autour de ces ministres de Dieu, tout était bas et grossier; les hommes apportaient dans toutes leurs habitudes quotidiennes une

violence, une brutalité el un oubli de la décence la plus ordinaire poussés à leur dernière limite : comme corollaire naturel, le beau idéal des actions humaines était tellement terre à terre, si défiguré, si rampant, que nombre de personnes intègres et animées des meilleures intentions ne reculaient pas devant des choses qui aujourd'hui nous semblent incroyables. Ne soyons donc pas trop sévères sur ce point. N'épuisons pas toutes nos critiques sur les principaux acteurs qui jouèrent un rôle dans cette grande phase critique que l'Ecosse traversa à la fin du seizième siècle. Leurs méfaits, et ils sont nombreux, excitent notre plus profonde horreur. Mais, du moins, ils ont accompli une grande œuvre qui nous fait honorer leur mémoire, qui leur mérite le titre de bienfaiteurs de leur espèce. Quand tout était en danger de périr, ils entretinrent la flamme de la liberté nationale (1). Ce que la couronne et la noblesse exposaient au plus grand risque, le clergé le sauva. Grâce à eux, l'étincelle mourante rejaillit, la flamme s'élança. Lorsque la lumière ne jetait plus que des teintes blafardes sur l'autel , le clergé la raviva , il entretint le feu sacré ! Voilà sa véritable gloire, et certes, il peut s'en contenter. Gardiens de la liberté écossaise, les pasteurs restèrent à leur poste. Ils couraient en avant partout où était le danger. Par leurs sermons, par leur conduite

(1) ■ At the period of which we speak (vers 1584) the pnlpit was, in fact, the only organ by which public opinion was, or could be, eipressed; and the ecclesiastical courts were the only assemblies in the nation which possessed any thing that was entitled to the name of liberty or independence. Parliament had its business prepared to its hand , and laid before it in the shape of acts which required only its assent. Discussion and freedom of speech were nnknown in its meetings. The conrts of justice were dépendent on the will of the sovereign, and freqnently had their proceedings regnlated, and their décisions dictated, by letters or messages from the throne. It was the preachers who first tanght the people to express an opinion on the condnct of their rnlers ; and the assemblies of the Church set the earliest example of a regnlar and firm opposition to the arbitrary and unconstitutional measnres of the Court. • M'Crie, Life ofMelville, 1. 1, pag. 303.

publique et privée, par les décisions de leurs assemblées, par leurs attaques hardies et renouvelées contre certains hommes, sans s'inquiéter du rang de celui qu'ils assaillaient, mieux encore, par l'insolence avec laquelle ils traitèrent leurs supérieurs, ils remuèrent les esprits, les firent sortir de leur léthargie et développèrent cet esprit frondeur et démocratique, seule garantie efficace que possède le peuple contre la tyrannie de ses maîtres. Voilà l'œuvre du clergé écossais. Salut à ces champions! Ils apprirent à leurs compatriotes à scruter d'un œil sévère la politique de leurs chefc; ils déversèrent le mépris sur la royauté et la noblesse, et exposèrent dans toute sa nudité la folie de leurs prétentions; il& raillèrent leurs visées et poussèrent un éclat de rire strident devant leurs mystères. Le rideau déchiré, ils firent voir les ruses et les détoars de l'arrière-seène. Les grands de la terre, ils les dédaignèrent souverainement et rabaissèrent tous ceux qui étaient au dessus d'eux. Service immense qui contre-balance tous leurs crimes, fussent-ils dix fois plus grand. En diminuant ce respect fatal et dégradant que les hommes ne sont que trop portés à témoigner envers ceux que le hasard, et non le mérite, a placés au dessus d'eux, ils aidèrent au développement d'une indépendance orgueilleuse et robuste, qui devait être inestimable à l'heure du besoin. Et cette heure arriva plutôt qu'on ne s'y attendait. Dans l'espace de quelques années, Jacques, devenu maître des ressources de l'Angleterre, tenta de les tourner contre les libertés de l'Ecosse. La honteuse entreprise dont il fut le promoteur, fut continuée par son fils cruel et superstitieux. Tous ceux qui ont lu notre histoire savent comment ces tentatives échouèrent; comment Charles I er y engloutit sa fortune et provoqua une révolte qui fit monter sur l'écha-

faud ce grand criminel, qui osa conspirer contre le peuple et qui, en qualité d'ennemi commun et d'oppresseur de de toutes les classes, reçut enfin le juste châtiment de ses fautes. L'on sait aussi que, dans le cours de la lutte, les Anglais furent grandement redevables aux Écossais qui eurent, en outre, le mérite d'avoir été les premiers à lever la main contre le tyran. Ce qui est moins connu, toutefois, mais ce qui n'en est pas moins vrai, incontestable, c'est que les deux nations doivent une dette si grande, qu'elles ne pourront jamais la payer à ces hommes hardis qui, pendant la dernière partie du seizième siècle, firent tomber du haut de la chaire et de leurs assemblées, pour les disséminer, des sentiments que le peuple couva dans son cœur et qui, au moment favorable, en jaillirent vigoureusement au grand effroi des tyrans que ce même peuple finit par anéantir.

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