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II. Progrès de la royauté

La royauté tend & prévaloir sur les dynasties féodales. — L'Eglise et la royauté représentaient deux principes étrangers au système féodal. C'est l'Église qui, avec ses grands papes, se dégage la première de ce système pour affirmer ses propres tendances. La royauté aussi va s'en dégager, mais d'un effort plus lent et que récompensera un succès plus complet. Les deux tentatives se produisent presque en même temps : le roi cherche à fonder en France la monarchie politique; le pape cherche à fonder en Europe la monarchie religieuse.

Les rois avaient gagné sur le principe féodal un premier succès : leur pouvoir, toujours éleotif en droit, était devenu en fait héréditaire.

Or c'est l'hérédité de la couronne, maintenue pendant tant de siècles dans la même famille, qui a permis aux Capétiens de grouper successivement, autour du petit domaine d'Hugues Capet, les autres États français, à mesure que s'éteignaient les vieilles dynasties féodales.

Ils préparent de loin l'unité de la France, bien qu'ils ne se fassent pas de l'unité française l'idée que nous en avons aujourd'hui. A cette époque, réunir une province à la cou-.

ronne, c'était simplement reprendre pour le roi tous les pouvoirs que possédaient les anciens maîtres du pays. Le roi recueiUait les droits et les revenus de ceux-ci, succédait à toutes leurs obligations, s'engageant à respecter comme eux les privilèges des églises, des barons, des villes. Il devenait simplement le seigneur féodal du pays, car, grâce à son titre royal, il en était déjà le souverain.

Le roi, étant suzerain dans tout le royaume, était censé reprendre les fiefs quand ils devenaient vacants par l'extinction totale d'une famille; il héritait de tous les feudataires qui mouraient sans successeurs. Comme juge suprême du royaume, il pouvait décider sur les prétentions des héritiers, s'il s'en présentait, et les débouter de leur demande si elle lui paraissait mal fondée. Enfin il pouvait faire prononcer par sa cour la confiscation des fiefs dont les titulaires avaient commis une forfaiture.

Quand un fief devenait vacant soit par déshérence, soit par forfaiture, le roi pouvait, ou l'adjuger à un autre titulaire, ou le reprendre pour lui-même.

Dans le premier cas, c'était toujours à des membres de sa famille qu'il conférait les fiefs vacants, en ayant soin de retenir sur ces terres certains droits importants et en imposant au nouveau titulaire des obligations plus étroites.

Les premiers Capétiens font peu de réunions directes. Ainsi Henri P»" avait installé son frère Robert comme duc de Bourgogne; Louis VI avait donné à l'un de ses fils le comté de Dreux. De même Philippe-Auguste donne à un de ses fils les comtés de Boulogne, Domfront, Mortain, Clermont; Louis IX donne à son frère Alphonse le comté de Poitiers, puis celui de Toulouse; à son frère Robert, le comté d'Artois; à son ffère Charles, le Maine et l'Anjou, auxquels viendra s'adjoindre la Provence; à son fils Robert, le comté de Clermont, auquel un bon mariage ajoutera le duché de Bourbon. De sorte que presque partout, à la place des anciennes dynasties, s'établissent des dynasties capétiennes.

Du reste, les premiers Capétiens se montrent prudents et modérés dans leurs ambitions : Robert et Henri Iw refusent l'hommage que, par deux ibis, leur offrent les barons de Lorraine; Henri I®' laisse le comte de Flandre porter

soa obéissance à l'empereur d'AUemagae ; Louis IX restitue le sud-ouest de la France au roi d'Angleterre, à la con dition que celui-ci lui prêtera Thommage-lige. En général ils ont un certain respect pour les droits de leurs feudataires. Surtout ils ne veulent que des acquisitions profitables et faciles à garder.

Afi^«ndif9seiiiciito da pouvoir royal. — Leur domaine s^agrandit pourtant. Philippe-Auguste y réunit le Ver- Tuandois, l'Artois, l'Amiénois, et, après la condamnation de Jean sans Terre (1203), la Normandie, le Maine, l'Anjou, la moitié du Poitou, l'Auvergne. Louis VIII réunit le reste du Poitou, le Limousin, l'Aunis, plus les deux sénéchaussées de Beaucaire et Carcassonne. Philippe III hérite du Poitou et du Languedoc, concédés en fief à son oncle Alphonse. Philippe le Bel , en épousant l'héritière de Champagne et de Navarre, acquiert ces deux provinces; il obtient, par un jugement de sa cour, la Marche et VAngoumois; il conquiert une partie de la Flandre française ; il achète une partie du comté de Bar.

IPro^réH de l'antorité royale. — Les progrès de l'autorité royale marchent du même pas que l'extension du domaine. Louis VI avait usé sa vie, d'abord à combattre les petits seigneurs rebelles de llle-de-France, puis à faire reconnaître son autorité royale dans diverses parties de la France. Louis VII, pendant presque tout son règne, avait été tenu en échec par un seul de ses vassaux, le plus puissant de tous, plus puissant même que son suzerain : Henri Plantagenet, comte d'Anjou, duc d'Aquitaine, duc de Normandie et roi d'Angleterre. Philippe-Auguste est déjà assez fort pour triompher à Bouvines (1214) de trois redoutables souverains, le roi d'Angleterre, l'empereur d'Allemagne et le comte de Flandre, à la tête d'une confédération générale des feudataires révoltés. La France féodale reconnaît en lui un véritable roi. Louis IX, à Taillebourg et à Saintes (1242), remporte la victoire sur les barons rebelles, coalisés encore une fois sous la conduite du plus puissant d'entre eux. C'est la dernière grande tentative des anciens féodaux pour détruire la prépondérance royale, Louis IX à son titro de roi joint le titre de saint, et la royauté française devient la plus grande puissance morale du moyen âge. Non seu-

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lement elle est incontestée en France, mais l'Empereur et le pape, le roi d'Angleterre et ses barons, lui défèrent le jugement de leurs querelles. Un frère du roi de France, Charles d'Anjou, devient roi des Deux-Siciles, et, dans tous les pays où Ton parle français, c'est-à-dire de TAngleteiTe à la Palestine, le souverain aux fleurs de lys apparaît comme le chef temporel de la chrétienté. Philippe le Bel hérite d'un pouvoir très étendu et déjà il en abuse; la royauté, si faible sous Louis VI, est déjà presque trop forte sous Philippe le Bel; on trouve qu'elle ne rqjspecte pas assez les droits des sujets et on peut déjà craindre l'établissement d'un pouvoir despotique.

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