‹ Histoire de la civilisation française (volume 2)Chapitre 64 sur 85 · II. Le parti protestant · texte numérisé non relu

II. Le parti protestant

Essai de république protestante. — La question des protestants, c'était encore, par un certain côté, la question nobiliaire. Un mot prononcé en 1610 par l'un d'eux, Duplessis- Momay, est assez caractéristique :' « Le roi est mineur, ■soyons majeurs. » Dès 1611, inquiétés par des négociations de la régente avec la très catholique Espagne, les hugue-

nots avaient réuni rassemblée générale de Saumur. Là ils avaient reconstitué l'organisation protestante, Au point de vue ecclésiastique, leurs 806 églises formaient seize provinces divisées en districts : chaque église avait. son consistoire, chaque district son colloque, chaque province son synode. Au-dessus, s'élevait le conseil général des églises ou synode national. Pour la politique, et au besoin pour la guerre, ils avaient divisé le royaume en cercles, et, audessus des assemblées de cercles, institué V assemblée générale. Ils n'avaient évacué aucune de leurs deux cents places fortes. Pour en payer les gouverneurs et les garnisons, ils prélevaient une partie des impôts royaux et avaient établi sur leurs adhérents un impôt spécial. La Rochelle, une de leurs villes, avait une flotte de guerre aussi nombreuse que celle du roi de France. Ils entretenaient des relations d'alliance avec l'Angleterre, la Hollande et les protestants d'Allemagne.

Cependant, depuis qu'à l'abri de toutes ces garanties, de toutes ces places de sûreté, ils jouissaient de la paix religieuse,' ils étaient moins disposés qu'autrefois à courir aux armes. Lors du premier soulèvement de Condé, ils se tinrent tranquilles, « la plupart disant qu'ils avaient pour leur conscience toute la liberté qu'ils pouvaient désirer et ne voulant pas, à l'appétit de quelques factieux, abandonner leur% femmes et leurs enfants ». Lors de la seconde rébellion de Condé, une partie seulement des protestants, ceux des Cévennes, répondirent à l'appel des révoltés.

Un changement s'était opéré chez eux. Les chefs ambitieux des grandes familles, n'espérant plus se faire du protestantisme une arme contre la royauté, avaient trouvé plus avantageux de revenir au catholicisme. Le prince de Condé, descendant des belliqueux huguenots du xvi« siècle, s'était fait instruire dans la religion catholique pour conserver ses droits à la couronne. Nous voyons, en 1622, Lesdiguières abjurer la religion réformée pour obtenir l'épée de connétable. A mesure que la puissance du parti protestant diminue et que celui de la royauté augmente, les défections se multiplient. Sous Louis XIV, les calvinistes, délaissés par les grandes familles, se trouveront à la merci du roi.

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D'autre part, déjà sous Louis XIII, Tinfluence des municipalités et des pasteurs faisait, au sein du parti calviniste, contrepoids à celle des féodaux, encore représentés par les Bouillon, les Rohan, les Sou bise, les La Trémoille, les La Force, les Chàtillon, que nous trouverons tous catholiques cinquante ans plus tard. La force du parti protestant, sous Louis XIII, est plutôt dans les villes que dans les châteaux. Or, les villes, qui illustrèrent par leur résistance la cause expirante de la ligue calviniste, étaient moins faciles à soulever contre le roi que les châteaux.

Prise d'armes des protestants. — Henri IV avait promis au pape de rétablir en Béarn le libre exercice du culte catholique qui y avait été absolument proscrit. Louis XIII se décida à exécuter la promesse de son père : mais les protestants du pays, les États provinciaux, le parlement de Pau, résistèrent à Tédit de tolérance en faveur des catholiques. L'assemblée générale de Loudun, en 1619, prit une attitude menaçante et ne se sépara que sur la promesse, arrachée au roi, que l'occupation des places de sûreté serait prolongée de quatre ans. En 1620, Louis XIII entra dans le Béarn avec une armée et fit exécuter l'édit. Alors l'assemblée générale de la Rochelle décréta une prise d'armes, offrit le commandement de ses cercles à Rohan, la Trémoille, Soubise, etc., leva des troupes et des impôts, confisqua les biens des églises catholiques, fit appel à l'Allemagne protestante, à l'Angleterre, à la HoUande. L'assemblée proclama une u loi fondamentale de la république des églises réformées de France et de Béarn ». Le mot de république était donc prononcé, et Ton ne cachait pas Tintention d'organiser en France un État protestant sur le modèle de la république des Provinces-Unies de Hollande, qui s'étaient, au prix d'une lutte glorieuse, émancipées de la domination espagnole.

Pour rassurer ceux des protestants qui pouvaient être inquiets pour leurs croyances, Louis XIII renouvela solennellement l'édit de Nantes; pour dompter les factieux, il rassembla une armée. Rohan et Soubise avaient soulevé les paysans des Cévennes, les villes du Languedoc et de la Guyenne. Alors commença une nouvelle guerre de religion, amenée presque uniquement par la turbulence des féodaux

calvinistes. Le fait le plus saillant de la campagne, ce fut l'échec du roi et de son favori de Luynes devant Montauban ; mais quantité d'autres places tombèrent entre leurs mains. Alors les défections des nobles commencèrent. La Force se soumit moyennant 200 000 livres et le bâton de maréchal; Châtillon, petit-fils du Coligny qui avait été assassiné à la Saint-Barthélémy, livra Aigues-Mortes pour le même prix. Condé, fils des Condé du xvi® siècle, devenu ardent catholique, avait demandé qu'on exterminât le parti protestant. Le roi préféra traiter. Par la paix de Montpellier (1623), il laissa aux protestants deux villes de sûreté seulement, La Rochelle et Montauban. Il confirma toutes les autres dispositions de l'édit de Nantes. Comme parti politique, le calvinisme était affaibli : il n'était pas abattu.

Ouvrages a consulter. — Voir au chapitre suivant.

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