I. Divisions de la Gaule
La Ganle et les Gaulois. — A Fépoque où Jules César entra dans notre pays pour le conquérir, en l'an 58 avant J.-C, on appelait Oaule la région comprise entrerOcéan, le Rhin, les Alpes, la Méditerranée et les Pyrénées. On donnait à tous ses habitants le nom commun de Oaulois.
La Gaule romaine et les irllles Si^eeques. — A peir près la sixième partie de la Gaule, c'est-à-dire les pays situés entre les Alpes, la Méditerranée, la haute Garonne et le point où s'élève aujourd'hui Lyon, était déjà soumise aux Romains. Ils l'appelaient Province Narbonnaise ou simplement la Province : d'où le nom moderne de Provence.
La, Gaule romaine ou la Province était habitée : 1° par des peuples indigènes; 2® par des Grecs; 3** par des Romains et d'autres Italiens.
Les peuples indigènes étaient, soit des Celtes, comme les Allobroges (Savoie et Dauphiné), soit des Ligures,. comme les Salyes, des environs de Marseille.
Les Grecs étaient arrivés en Province vers l'an 600 avant J.-C. : ils étaient originaires de la ville de Phocée en Asie Mineure. Ils avaient fondé des villes dont les noms étaient grecs et se sont conservés depuis, avec de légères modifications. C'étaient Agathe Tychè ou la « Ronne fortune »
(Agde) ; Nicaea ou « la Victoire » (Nice) ; Antipàlis ou « la Cité en face de Nice » (Antibes). Ils habitaient encore Arelate (Arles) et Massilia (Marseille), dont le nom gaulois signifie « le mas (ou la maison) des Salyes », parce que c'est sur le territoire de ce peuple que s'éleva Marseille.
Marseille, même sous la domination romaine, était une république presque indépendante, administrée par un sénat. Le sénat était l'assemblée des chefs de famille les plus riches ; il formait une aristocratie de commerçants, d'armateurs et de banquiers. Le peuple se trouvait donc absolument exclu du gouvernement.
A Marseille, tout était grec. La base de l'éducation pour la jeunesse, c'étaient les exercices grecs de la gymnastique et l'étude des poèmes grecs par excellence : V Iliade et YOdyssée *. Les divinités étaient grecques : on adorait surtout Apollon, dieu du soleil, Artémis ou Diane, sa sœur, déesse de la lune, Pallas ou Minerve, déesse de la sagesse.
Marseille vivait donc à part du reste de la Gaule et même de la Gaule romaine. Cependant elle avait en Gaule une énorme importance. Elle paraît avoir fait connaître à nos ancêtres l'alphabet grec et l'usage de la monnaie. Le port de Marseille exportait les produits de la Gaule, importait en Gaule les produits de l'Italie, de l'Espagne, de l'Afrique, de la Grèce, de l'Orient.
Ces Grecs de Marseille et de la Province ont fini par se confondre avec les Français du midi; mais, sur certains points, à Arles, par exemple, ils ont conservé le type grec.
Les Romains avaient apporté dans le reste de la Province leur langue, qui était le latin, et leurs institutions. Ils s'étaient établis en grand nombre dans les anciennes villes gauloises de Tolosa (Toulouse), Nemausits (Nîmes), Avenio (Avignon), Aurasio (Orange), Vienna (Vienne), Geneva (Genève) et surtout Narbo (Narbonne), qu'ils appelaient
1. V Iliade raconte les combats des anciens Grecs autour de la cité d'Ilion ou de Troie ; YOdyssée raconte les aventures maritimes d'Odysseus ou] Ulysse, roi de la petite lie grecque d'Ilhaque. Ces deux poèmes sont attribués à Homère, un chanteur aveugle qui aurait vécu vers le x' siècle avant J.-C.
Narbo Martius parce qu'ils Favaient consacré à Mars, leur dieu de la guerre. Narbonne devint le chef-lieu de la Narbonnaise.
Un proconsul romain, Sextius, 122 ans avant Jésus-Christ, fonda une cité nouvelle : Aquœ Sextias ou « les eaux thermales de Sextius )>. Elle s'appelle aujourd'hui Aix.
La Gaule indépendante s les races et les langues. — C'est de la Gaule indépendante, appelée aussi par les Romains Gaule chevelue, que nous avons surtout à nous occuper.
Les géographes romains la divisaient en trois grandes . régions : V Aquitaine, entre les Pyrénées et la Garonne ; la Celtique, entre la Garonne au sud, la Seine et la Marne au nord; la Belgique, au nord de la Seine et de la Marne.
L'Aquitaine était peuplée par les Ibères *. Outre la Gaule méridionale, ils habitaient la presque totalité de l'Espagne, que les Romains appelaient Ibérie. Leur langue a donné naissance à la langue basque ou eushara, que l'on parle encore aujourd'hui au midi de l'Adour. Elle n'appartient pas à la famille des langues européennes, comme les autres idiomes de la Gaule; elle ne se rattache à aucune langue connue. De même, les mœurs des Ibères ne ressemblaient pas aux mœurs des autres Gaulois, et ils ne se mêlèrent jamais dans leurs guerres.
Parmi les descendants de ces Ibères, les uns ont conservé leur langue nationale et ce sont les Basques, qui se donnent à eux-mêmes le nom d'Euscaldunac ou « hommes à la main habile » ; les autres ont oublié cette langue pour apprendre celle de leurs voisins ; ce sont les Gascons. Mais Basque et Gascon, c'est le même mot avec un léger changement.
Dans la Celtique, habitaient les Celtes. Us parlaient une langue qui, depuis, a fait place au latin, puis au français. Si on veut savoir quelle était cette langue, on peut s'en faire une idée par les langues dites celtiques qui sont parlées aujourd'hui en Ecosse, en Irlande, dans le pays de Galles et dans la Bretagne française.
1. On De sait de quel pays ils étaieut originaires : on suppose qu'ils étaient arrivés en Gaule, non pas de l'Orient, comme les autres peuples, mais du Ididi, peut-être de l'Afrique.
GAULE INDÉPENDANTE if
La Belgique était habitée par les Belges. Les anciens Belges ne formaient pas une nation, mais une collection <le peuples. De ces peuples, les uns étaient des Celtes ^ les autres étaient des Germains '.
Donc, il y avait déjà dans la Gaule des Germains, mais <d*une autre branche que les Allemands d'aujourd'hui. Aussi leurs descendants, Flamands et Hollandais, parlent des langues germaniques, mais ne parient pas l'allemand proprement dit.
Ainsi, dans la Gaule, on parlait au sud-ouest Tibère; au centre et au nord-ouest, le celte ou plus probablement une quinzaine de dialectes celtiques; au nord-est, des langues germaniques. Ajoutons à tout cela le latin et le ligure dans la Province romaine, et le grec dans les cités phocéennes.
Il n'y avait donc en Gaule ni unité de race, ni unité de tangue.
Pas d'iuiiCé politique c peuples, confédératious, ellentèles. — Il n'y avait pas non plus d'unité politique. La Gaule ne formait pas un État, n'avait pas une capitale, n'obéissait pas à un chef suprême.
Tant d'Ibères, que de Celtes ou de Germains, on comptait trois ou quatre cents peuples gaulois, au dire de certains géographes de l'antiquité; une centaine, suivant un autre calcul ••
Tous ces peuples se faisaient la guerre, oubliant que leur pays risquait à tout moment d'être envahi, soit par les Germains d'outre-Rhin, soit par les Romains.
1. Comme les Calèle» (pays de Gaux), les Bellovaks (Beauvais), les Âmbiani (Amiens), les Suestionei (Soissons), les Rèmea (Reims), les Leuks <Toul).
^. Gomme les Nerviens (Hainaut), les Éburons (Liège), les Ménapieni, (Flandre), les Trévireê (Trêves), les Mediomatriks (Metz), les Bataves (Hollande).
3. Les noms de ces peuples se sont conservés dans les noms des villes et des provinces de France : ainsi les Bernes ont laissé leur nom à Reims, les Turont à Tours et à la Touraine, les Andegaves à Angers et à l'Anjou, les Paritii à Paris, les Lemomks à Limoges et an Limousin, les Petrocorii à Périgueox et an Périgord, les Biturigea à Bourges et au Berry, les Senones à Sens, les Trieasses à Troyes. les Lingonn à Langres, les Bellovaks à Beauvais, les Ambiani à Amiens, les Atrebates à Arras, les Suessiones à Soissons, les Medwmatriks à Metz, etc.
Pourtant ils n'étaient pas absolument sans relationsentre eux.
Il semble que les principales nations de la Belgique aient formé une confédération : du moins, elles firent cause commune contre César, cinq ans avant le soulèvement général ordonné par Vercingétorix. Les nations de l'Armorique (Bretagne) formèrent également, sous la direction des Vénètes (Vannes), une confédération qui prit les armes contre César.
Dans d'autres parties de la Gaule, nous voyons des peuples associés d'une manière permanente. Seulement ils ne traitaient pas entre eux sur le pied d'égalité. Il y avait des peuples patrons et des peuples clients : ceux-ci forcés d'obéir à ceux-là. Ainsi les Rèmes (Reims) avaient pour clients les Tricasses (Troyes). Les Édues (Bourgogne) avaient pour clients les Ségusiens (Lyonnais), les Ambarri (Bresse), les Aulerks (Jura), les Mandubiens (d'Alésia). Les Arvernes- (Auvergne) ont eu pour clients, dans leurs premières guerres contre les Romains, presque tous les peuples de la Celtique, depuis les Lemoviks (Limousin) jusqu'aux Allobroges (Savoie et Dauphiné).
Malheureusement les confédérations et les clientèles se combattaient entre elles. Elles en venaient à un tel point d'inimitié qu'elles appelaient l'étranger. Ainsi la confédération des Edues, en querelle avec celle des Arvernes,. 121 ans avant J.-C, avait appelé les Romains : c'est ce qui permit à ceux-ci de se rendre maîtres de la Province. Les Séquanes (Franche-Comté), en lutte contre ces mêmes Édues, appelèrent Arioviste, un chef des Germains d'outre-Rhin qui opprima les uns et les autres et ne fut chassé que par César. Dans la guerre de César contre la confédération belge, les Rèmes firent défection et lui livrèrent le plan des coalisés. Les Ibères ne prirent aucune part à la guerre de l'indépendance et attendirent que les Romains vinssent les attaquer chez eux.
A aucun moment, pas même à l'appel de Vercingétorix, la Gaule ne sut se réunir tout entière contre l'étranger.
GAULE INDÉPENDANTE i3>