‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 106 sur 185 · DEPUIS 1848. — LE DROIT DES GENS · texte numérisé non relu

DEPUIS 1848. — LE DROIT DES GENS

États tous les soulèvements. Louis-Napoléon et rAssemblée législative, par Texpédition de Rome (1849), contribuèrent à dompter la révolution italienne. L'Allemagne retomba dans son impuissance, l'Italie dans son morcellement, la Hongrie et les autres peuples dans leur servitude.

Cependant les idées qu'avait suscitées la Révolution de 1848 ne périrent pas. Ce fut Louis-Napoléon lui-même, devenu empereur des Français, qui, par une politique aventureuse et incertaine, tour à tour favorisant et entravant l'unité italienne et l'unité allemande, en hâta la formation. Par lui, ou malgré lui, elles se réalisèrent. La puissance de La France en fut atteinte d'abord indirectement, puis directement. Non seulement notre pays vit s'élever sur ses frontières, au lieu d'une Italie morcelée, d'une Allemagne divisée et nécessairement pacifique, deux puissantes monarchies militaires, mais la plus redoutable des deux, en 1870-1871, envahit la France et nous enleva l'Alsace et le nord de la Lorraine.

Le principe des nationalités, avec moins de dommage pour nous, a triomphé en d'autres pays. Dans l'empire autrichien, les Hongrois, les Tchèques, les Illyriens, les Polonais, ont fini par conquérir une certaine autonomie sous le sceptre de François-Joseph. Dans l'empire turc, par les armes ou la diplomatie de la Russie et de la France, les Roumains et les Serbes ont pu former des royaumes indépendants; le Monténégro est absolument libre; la Bulgarie forme une principauté autonome. Si Ton ajoute à ces peuples la Grèce, émancipée en 1828, la Belgique après 1830, les États de l'Amérique du Centre et du Sud, affranchis, dès le début du xix» siècle, de la domination espagnole ou portugaise, on voit qu'en notre siècle une vingtaine de peuples sont arrivés à constituer des nations libres. L'attentat qui, au xviii* siècle, a mis fin à l'existence de la Pologne, ne s'est pas renouvelé * : beaucoup de peuples sont nés, aucun n'a péri de mort violente. Il faut constater, sur ce point, un certain progrès du droit des gens.

1. Cependant il est permis d'assimiler à ce crime la guerre de conquête dirigée par l'Angleterre contre les deux républiques hollandaises de l'Afrique Australe (1899-1901).

558 QTIUSATION FRANÇAISB

Draii 4e#i peaples h ëÊspmmcr dTcn-aiêmefli. — Même sous le second Empire, la France a soutenu cette thèse qu'on ne peut disposer des peuples malgré eux. Quand Napoléon III se fit céder Nice et la SaToie, il ne prononça leur annexion à la France qu'après aToir demandé, par la Yoie d'un plébiscite, le consentement des populations. Par ses conseils et sous son influence, le roi de Sardaigne n'a réuni en un royaume les peuples italiens qu'après avoir obtenu leur adhésion par un Tote solennel. La Prusse n'a pas daigné ou n'a pas osé agir de même quand elle annexait à l'Allemagne l'Alsace et la Lorraine en vertu du droit de conquête.

La France, victime elle-même de cette politique de conquête, et qui a fait du respect du droit des peuples à dis* poser d'eux-mêmes un principe de sa politique, apparut plus que jamais, dans le monde entier, comme le champion du droit et de la justice internationale.

Congrès, conféreiieesy arbitraires, seatralisatiQBS. — Depuis 1848, on a eu recours plus fréquemment qu'autrefois, en grande partie sous l'influence de la France, à la pratique des congrès.

En 1856, quand la Russie vaincue refusait encore de plier devant l'Angleterre et la France victorieuses, le Congrès de Paris lui a fait admettre, avec l'autorité de l'Europe assemblée, un état de choses que les vainqueurs n'auraient sans doute pas réussi à lui faire accepter sans une prolongation des hostilités. En 1867, quand la France et la Prusse furent sur le point de se déclarer la guerre à propos du Luxembourg, la Conférence de Londres amena chacune des deux parties aux concessions qui permirent de retarder la collision. En 1878, quand l'Autriche et l'Angleterre, coalisées contre la Russie, se préparaient à lui arracher le fruit de ses victoires sur les Turcs, l'Europe intervint encore au Congrès de Berlin et obtint d'Alexandre II les sacrifices nécessaires au maintien de la paix. La Conférence de Berlin, en 1885, a posé de nouveaux principes de droit colonial et a partagé diplomatiquement, entre la France, le Portugal et rAssociation internationale africaine (dont les droits ont passé au roi des Belges), la plus vaste région de l'Afrique centrale, cet immense Congo, dont personne ne connaissait

Page 1