‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 107 sur 185 · DEPUIS 1848. — LE DBOIT DES GENS · texte numérisé non relu

DEPUIS 1848. — LE DBOIT DES GENS

encore les limites exactes. Le conflit soulevé entre F Allemagne et FEspagne à propos des lies Garolines a pris fm, sans effusion de sang, par V arbitrage du pape Léon XIIL Des litiges qui s*ét€Lient élevés entre la France et la Hollande, entre la France et le Brésil, à propos de leur délimitation en Guyane, le premier a été réglé par Farbitrage du tsar Alexandre 111 (1891), le second a été terminé, mais tout à notre désavantage, par Farbitrage du président de la République helvétique (i^ décembre 1900). La guerre entre le Japon et la Chine a été abrégée par Fintervention concertée de la France, de la Russie et de FAllemagne (1895), Des conflits aussi redoutables que ceux dont menaçaient la paix européenne, Finsurrection de la Crète et la guerre turco>russe ont été résolus grâce à Faction du < concert européen » (1897).

Toutefois ce concert n*a pu ou voulu agir, ni lors des massacres d'Arménie (1894-1896), ni dans la guerre entre les États-Unis et FEspagne, qui a perdu toutes ses colonies (1898), ni lors de Fagression anglaise contre les deux républiques deFAfrique australe (1899-1901).

La neutralisation de la Suisse par le congrès de 1815» celle de la Belgique en 1839 constituaient des précédents qui n'étaient pas à négliger. En 1878 on a neutralisé 1er Danube qui, autrement, aurait pu être sillonné par les flottilles rivales de FAutriche, de la Russie, de la Turquie, de la Roumanie, de la Serbie. En 1887, on a neutralisé le canal de Suez, que FEurope entend maintenir ouvert à la marine de toutes les nations. Pendant et depuis la guerre de 1870-71, n*a-t-on pas rêvé de créer, entre la France et FAllemagne, une zone continue d'États neutres qui eût rendu presque impossible le redoutable contact de leurs forces militaires?

lie droit des gens pendant la gnerve. — Le traité de Paris, en 1856, a interdit la course; sans doute, les navires marchands des puissances belligérantes peuvent être encore saisis, mais ils ne peuvent Fêtre que par la marine de guerre, et non plus par des corsaires ^. La Convention de

1. Deux paissances maritimes seulement, TEspagne et les États-Unis, n'ont pas adhéré à Tabolition de la course. Au reste cette abolition est

Genève, en 1864, à laquelle oût adhéré toutes les nations civilisées, prescrit que le personnel de santé militaire ne sera jamais traité comme prisonnier de guerre, qu'on ne tirera ni sur les ambulances ni sur le matériel protégé par la croix rouge, qu'aucune distinction ne sera faite dans la manière de soigner les blessés. Elle stipule que tout blessé recueilli et soigné dans une maison lui servira de sauvegarde et que cette maison sera exempte des logements militaires et des contributions de guerre.

D'autres résolutions, dont les p]us importantes sont celles de la Conférence de Bruxelles de 1874, ont proscrit Tusage des engins qui infligent aux soldats qui en sont atteints des souffrances inutiles : elles tendent à prohiber l'emploi des balles explosibles, ainsi que les boulets à chaînes ou boulets rames; elles défendent d'empoisonner les projectiles, les puits, les fontaines, les provisions de bouche. Les armées en pays ennemi sont tenues de ne pas détruire inutilement la propriété privée, de respecter les habitants ino£fensifs\ de ne réquisitionner que les objets nécessaires à leur subsistance, et, en ce cas, de délivrer des reçus qui permettront au réquisitionné de se faire indemniser par les puissances belligérantes.

L'alliance conclue entre la France et la Russie, maintenue et proclamée par les empereurs Alexandre III et Nicolas II, créa un puissant contrepoids à la Triple-Alliance (Allemagne, Autriche, Italie). Elle a contribué certainement au maintien de la paix générale. Nicolas II, héritier d'un empire à traditions guerrières et conquérantes, s'est révélé, comme son père, résolument pacifique. Le 24 août 1898, il signait une circulaire aux représentants de la Russie auprès des cabinets étrangers, à Teffet d'obtenir de ceux-ci la réunion d'une conférence internationale, où l'on aviserait aux moyens d'assurer le maintien de la paix générale, de réduire, s'il se pouvait, « les armements excessifs qui

tout à TavaDtage de la Grande-Bretagne, dont la marine de guerre, ai formidable qu'elle soit, serait impuissante à protéger contre l'aadace des corsaires les 35 000 navires marchands qui sillonnent les mers et les océans. 1. Plus d'une fois le bombardement avait frappé la population civile des places assiégées. Dans la dernière guerre, les Prussiens ont enlevé des otages dans nos villes, soit pour les faire monter sur les locomotives, soit pour répondre des dommages causés par notre marine de guerre.

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pèsent sur toutes les nations >, qui « atteignent la prospérité publique dans sa source », détournent de leur application normale « les forces intellectuelles et physiques des peuples ». Cette circulaire reçut des États les plus faibles un accueil enthousiaste; il en fut de même en Autriche et en Italie; TAngleterre et rAllemagne se refusaient à tout désarmement; la France, tout en formulant quelques ' réserves, commandées par les dangers de sa situation, se prêta de meilleure grâce à l'examen des propositions du tsar. Celui-ci, tenant compte d'objections sérieuses et légitimes, précisa ses vues dans une nouvelle circulaire (H janvier 1899), où il assignait à la conférence la tâche d*étudier les moyens de mettre un terme à l'accroissement progressif des armements de terre et de mer; d'interdire l'emploi de certains engins ou de certaines substances par trop destructives; d'étendre aux guerres maritimes les stipulations de la convention de Genève ; de donner plus d'autorité aux déclarations de Bruxelles concernant les lois et coutumes de la guerre; de prévenir les conflits armés par tous les moyens pacifiques dont peut disposer la diplomatie. 11 fut alors décidé que la conférence se réunirait à La Haye. Vingt-six États s'y firent représenter *. Sur la réduction des armements et budgets militaires, l'accord ne put se faire : on dut se borner à énoncer le principe qu'elle était « grandement désirable ». On fut d'accord pour proscrire l'emploi à la guerre des balles explosives, des projectiles à gaz asphyxiants ou délétères, et, pour une durée de cinq ans, à interdire de lancer du haut de ballons des projectiles ou des explosifs. L'Angleterre refusa de renoncer à l'emploi des balles dum-dum. Les stipulations de Genève furent étendues à la guerre maritime : des navires portant la croix de Genève étaient autorisés à intervenir dans les batailles navales pour recueillir les blessés, les naufragés et les malades. L'Angleterre fit opposition à ce que les déclarations de Bruxelles, tendant

1. Les six grandes puissances : Allemagne, Autriche-Hongrie, France, Orande-Brelagpie, Italie, Russie. — États secondaires de l'Europe : Belgique, Balgarie, Danemark, Espagne, Grèce, Hollande, Luxembourg, Monténégro, Portugal, Roumanie, Serbie, Suède et Norvège, Suisse, Turquie. — En Amérique : États-Unis, Mexique. — En Asie : Chine, Japon, Siam, Perse.

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à protéger les villes ouvertes, les propriétés privées et les lignes oa câbles télégraphiques, fussent étendues aux guerres maritimes. La coodilion des prisonniers de guerre fut améliorée. EnGn il fut convenu qu'une Cour perma" nente d'arbitrage serait établie à la Haye et qu'en cas de conflit armé les puissances neutres seraient toujours auto> risées à offrir leur médiation, sans qu'une telle démarche pût jamais être considérée par les belligérants comme an acte « peu amical ». Ces conventions, approuvées le 2& juillet 1899 par la conférence plénière, réalisaient, à défaut de ce que les amis de la paix avaient pu espérer, un progrès très sensible dans le droit international.

La dlploinatie. — Il n'y a aujourd'hui que deux États européens où les affaires étrangères soient conduites comme autrefois, par la volonté des souverains et des ministres et sans aucune participation directe des peuples : ce sont la Russie et la Turquie. Partout ailleurs, même en Prusse, où la volonté du prince est restée prépondérante, les anciennes affaires du roi sont devenues les affaires de la nation. Elles sont discutées au grand jour, par l'opinion, par la presse, par les assemblées. La diplomatie a cessé, chez les peuples libres, d'être uniquement cette œuvre de secret, de ruse, de duplicité, d'espionnage, que flétrissait Beaumarchais. En même temps, elle s'est dépouillée de ce qu'il y avait d'excessif dans la pompe et la représentation d'autrefois ; il n'y a plus de ces longs voyages en grand appareil, de ces réceptions au son des cloches et du canon, de ces cérémonies théâtrales, de ces éternels conflits de pré^ séance. Les titres des agents sont moins imposants; la France n'en entretient plus que dix portant le titre d'ambaêsadeurs; ses autres représentants à l'étranger se contentent du titre de ministres plénipotentiaires ^ Les États- Unis d'Amérique, qui avaient donné l'exemple de ne se faire représenter auprès des cours les plus importantes que par de simples ministres, y ont maintenant des ambas^

1. Nous avons encore des canbassadettrs à Londres, à Berlin, à Vienne, à Saint-Pétersbottg, à Constantinople, à Madrid, à Washington; nous en avons deux à Rome, l'an auprès du pape, Taulre auprès du roi d'Italie. En mémoire des antiques relations avec la Suisse, notre représentant à Berne porte également le titre d'ambassadeur.

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