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DEPUIS 1848. — LE DROIT DES GENS

sadeurs. Le personnel diplomatique, si nombreux autrefois, a diminué, surtout par l'unification de TAllemagne * et de l'Italie, et quoique des États nouveaux soient nés dans les deux Amériques et dans la péninsule des Balkans.

On ne saurait méconnaître les services qu'est appelée à rendre la diplomatie ainsi transformée : elle doit être l'habileté, la raison, le raisonnement, mis au service du droit et prévenant l'emploi de Vultima ratio, qui est le canon.

Situation de la Franee en Europe. — La France, malgré la perte de l'Alsace et de la Lorraine, a un territoire plus étendu qu'à l'époque de Louis XIV, une population double de nombre, des finances infiniment plus prospères, une armée et une flotte infiniment plus redoutables. Sa puissance absolue est donc incontestablement plus grande; mais sa puissance relative est beaucoup plus faible. Au temps de Louis XIV, il n'y avait que trois grands États européens : la France, l'Angleterre, l'Autriche avec le Saint-Empire; ils avaient ensemble une population de 50 millions d'âmes, dont 18 millions pour la France : la France possédait, à elle seule, 36 pour 100 de toutes les forces européennes.

En Europe, il y a aujourd'hui six grands États : la France, la Russie, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Autriche- Hongrie, l'Italie, avec une population totale de 292 millions d'âmes, sur lesquelles la France en possède 38 millions 1/2; elle ne compte donc plus aujourd'hui que dans la proportion de 14 pour 100. La proportion serait encore plus faible si, aux 35 ou 40 millions d'habitants de nos colonies on oppose les 300 millions qui peuplent les colo nies anglaises. Enfin il faut faire entrer en ligne de compte la population et la puissance militaire des États-Unis (63 millions d'habitants).

Autant il était facile à Louis XIV de braver une coalition générale, autant cela nous serait aujourd'hui impossible, et ce serait d'ailleurs impossible pour chacune des autres puissances. Elles sont donc obligées d'avoir plus d'égards qu'autrefois les unes pour les autres. L'énormité même

1. Le seul des États secondaires de rÂlIemagne auprès duquel noua enlretenioDS encore un chargé Saffàires^ c*eftt la Bavière.

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des forces accumulées par elles doit devenir une garantie de la paix.

n. L'armée.

La i^arde nmtloiiale et Farmée après 1848. — La Révolution de février n*apporta aucune innovation dans l'armée. Dans la garde nationale, tous les officiers, même les ofHciers supérieurs, furent nommés à l'élection. Gomme l'uniforme avait cessé, en fait, d'être obligatoire, les ouvriers y entrèrent en grand nombre et en changèrent l'esprit.

La plupart n'avaient que l'équipement fourni par le gouvernement, c'est-à-dire le fusil, le sabre, la giberne et les buffleteries, mais pas d'uniforme; ceux des campagnes marchaient en blouse et en sabots. Les compagnies d'élite furent abolies : ce qui donna lieu, le 19 mars 1848, à la protestation connue sous le nom de «c manifestation des bonnets à poil ».

Le Gouvernement provisoire avait formé une garde nationale mobile, forte d'environ 20 000 hommes, recrutée, par voie d'enrôlements volontaires, dans la jeunesse des classes ouvrières de Paris. On voulait constituer une force au service de l'ordre avec des éléments qui auraient pu tourner au désordre. Les gardes mobiles touchaient une paye de trente sous par jour. Aux journées de juin, ce corps avait donné quelques inquiétudes, mais il fit tète à l'émeute; les gardes mobiles montrèrent même contre les insurgés une animosité qui les fît traiter par ceux-ci de « bouchers de Gavaignac ». En janvier 1849, on commença à dissoudre cette milice.

La gweàe nationale et Tarmée sons le second Empire. — L'Assemblée législative et le nouveau Président crurent devoir prendre certaines précautions contre la garde nationale. Le 26 juin 4851, un décret de l'Assemblée la réorganisa, dans les départements, par communes; les communes ne pouvaient former des bataillons cantonaux que par décret du Président. Pans était organisé par arrondissements, et il était interdit aux arrondissements de se concerter entre eux. Le Président obtenait le droit de suspendre ou même de dissoudre tous ces corps.

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Après le coup d'Etat, la garde nationale reçut une organisation conforme à un régime d'arbitraire. Elle ne fut maintenue que dans certaines villes ; les préfets veillèrent avec soin à sa composition; l'uniforme redevint obligatoire, donc les classes ouvrières en furent exclues : tous les officiers furent nommés par le gouvernement. Il n'y eut plus de légions, mais seulement des bataillons, sans aucune relation entre eux. La garde nationale ne fut plus qu'une milice sédentaire, un corps de parade. Elle n'eut aucune influence politique.

Napoléon III, comme son oncle, constitua une garde impériale. Remarquons que l'existence de ces corps d'élite présente des inconvénients : ils excitent la jalousie du reste de l'armée ; ils enlèvent aux régiments de ligne leurs meilleurs soldats et leurs têtes de colonnes.

La loi de 1832 continuait à fonctionner; mais, par la loi de 4855, dite loi de dotation de Varmëe, le remplacement direct fut interdit, excepté entre parents jusqu'au sixième degré. Les conscrits qui voulaient se faire exonérer du service devaient payer une somme déterminée, au lieu de fournir un remplaçant. Par là ils étaient affranchis des responsabilités qui résultaient pour eux de la désertion de leur remplaçant ou de sa mauvaise conduite sous les drapeaux. On cessa d'employer cette expression c acheter un homme >, et l'industrie des marchands^ (Thommes, qui constituait une sorte de < traite des blancs >, fut supprimée. Les fonds versés par les exonérés formèrent la caisse de la dotation de Varmée, L'État devait les consacrer au rengagement des anciens soldats ; mais le nombre des exonérés dépassait celui des rengagés; le gouvernement employait à d'autres services les fonds de la caisse de dotation; les effectifs de l'armée s'abaissèrent notablement.

La faculté de s'exonérer à prix d'argent, en éloignant de l'armée les conscrits des classes bourgeoises et lettrées, tendait à abaisser son niveau intellectuel. L'argent mettait une inégalité choquante dans l'accomplissement d'un devoir sacré : les uns étant retenus au service par leur pauvreté, tandis que les autres se trouvaient assez riches pour envoyer quelqu'un se faire tuer à leur place. Les classes supérieures perdaient le goût de la' profession militaire.

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Varmée formait, dans la nation, comme un corps à part.

Ce système était d'aatant pins choquant que la Prusse pratiquait, depuis 1808, le service militaire obligatoire pour tous les citoyoïs. Gela constituait pour nous une grosse infériorité, car la Prusse pouvait disposer à un certain moment d'immenses contingents, tandis que Farmée française était toujours réduite à environ 300000 hommes.

La victoire de la Prusse sur TAutriche, à Sadova (1866), donna enfin Falarme. Le maréchal nm rédigea, en 1867, un projet de loi militaire dont l'adoption eût sauvé le pays d'un danger dès lors imminent. Au lieu de n'appeler chaque année qu'une partie du contingent, laquelle devait servir sept ans, il proposait d'appeler la totalité de la classe. Cette classe eût été divisée en deux portions par la voie du tirage au sort : la première portion aurait servi cinq années dans Varmée actite et quatre années dans la réserve; la seconde aurait servi quatre années dans ta réserve et cinq années dans la garde nationale mobile. Des facilités étaient accordées pour se faire exonérer, soit de l'armée active, soit de la réserve, mais tout Français était tenu de servir au moins dans la garde mobile. Ce projet aurait porté l'armée française, sur le pied de guerre, à 800 000 hommes, chiffre à peu près égal à celui de l'armée allemande.

Le Corps législatif, quoique recruté par la candidature officielle, n'osa braver l'impopularité qu'aurait pu lui fairo encourir l'adoption de cette mesure de salut.

Par la loi de 1868, il réduisit le projet de Niel. Il persista à n'appeler au service actif qu'une portion du contingent, dispensa la seconde portion du service de la réserve et ne lui demanda que le service de la garde mobile. Dès lors, le chiffre total de notre armée ne pouvait s'élever qu'à 540 000 hommes. Elle se composait de deux parties tout à fait étrangères l'une à l'autre : une armée active et une garde mobile. Ajoutez à cela une garde nationale qu'on se proposait d'appeler à l'occasion, mais qui n'était pas organisée, même sur le papier.

Encore cette loi ne fut-elle pas exécutée. On se contenta de nommer les officiers de la mobile; on ne fit rien pour exercer leurs hommes. Quand la guerre survint, l'armée

active fut écrasée par la supériorité du nombre. Elle fut prise presque tout entière, comme en deux coups de filets, à Sedan et à Metz. Puis les pauvres moblots, appelés en toute hâte, n'ayant ni instruction, ni uniformes, ni armes perfectionnées, ni confiance dans des officiers qu'ils ne connaissaient pas et qui n'étaient guère plus aguerris que leurs soldats, se trouvèrent, en face de l'armée et même de la réserve prussiennes, dans des conditions désastreuses d'infériorité. Quant à la garde nationale, reconstituée, elle aussi à la hâte, elle ne put rendre que bien peu de services, sauf pour la défense de Paris et de quelques forteresses.

E.*aniiée sons le régime actueL — La leçon nous coûtait cher; elle ne fut pas perdue. Un des premiers soins de l'Assemblée nationale fut de réorganiser l'armée.

La garde nationale, qui, depuis 1789, s'était maintenue sous tous les régimes, mais qui. à Paris, avait été compromise en partie dans l'insurrection de la Commune, fut définitivement abolie le 25 août 1871.

La loi du 27 juillet 1872, complétée par de nombreuses lois, dont les plus importantes sont celles des 1^'et 15 juillet 1889 et 19 juillet 1892, établit le service obligatoire et universel. Tout Français de vingt à quarante-cinq ans doit le service militaire personnel. Nos forces comprennent : l'armée active, la réserve de l'armée active, l'armée territoriale^ l& réserve de l'armée territoriale.

Chaque classe de conscrits donne en moyenne 300000 hommes par an, réduits à 160 000 par les exemptions, les dispenses, les services auxiliaires. Par le tirage au sort, elle est partagée en deux fractions : la première partie du contingent doit trois années de service dans Tarmée active, la seconde doit un an. Ceux qui ne doivent qu'un an n'en sont pas moins immatriculés pour trois ans dans l'armée active. Leur année de service terminée, ils restent dans la disponibilité et sont soumis à des revues ou à des exercices que peut prescrire le ministre de la guerre. Après trois ans écoulés, les uns et les autres font partie pendant dix ans de la réserve, pendant six ans de l'armée territoriale, pendant six ans de la réserve de l'armée territoriale.

Les soldais de la réserve de l'armée active sont assujettis à deux périodes d'exercices ou de manœuvres dont la

durée pour chacune ne peut dépasser quatre semaines : ce sont les vingt-huit jours. Ceux de Tarmée territoriale sont astreints à une période d'exercices de treize jours. Les uns et les autres peuvent se marier sans autorisation.

L'armée territoriale, avec sa réserve, forme comme une seconde armée. Elle est également divisée en régiments : elle a ses orHciers et ses cadres à elle. Sa.principale mission est de défendre les places fortes, les côtes, les lignes stratégiques : elle peut aussi être appelée à combattre en rase campagne.

Personne ne peut se faire remplacer^ ni à prix d'argent, ni autrement.

Personne n'est exempté que pour infirmité grave, le rendant impropre à tout service; car, même si le conscrit présente un défaut de taille ou s'il n'est pas apte à combattre, il est classé dans les services auxiliaires. On accorde des dispenses : !<> à certaines catégories de jeunes gens jugés indispensables à leurs familles, tels que fils aîné de veuve ou aine d'orphelins; 2^ aux jeunes gens qui ont un frère sous les drapeaux ou qui ont eu un frère mort en activité de service, ou réformé, ou retraité par suite de blessures; 3° à ceux qui s'engagent, pour une durée déterminée, dans certains services publics, tels que le clergé ou l'enseignement; 4° à ceux qui justifient de certains titres universitaires, de certains diplômes, de certains examens, de certains prix, ou qui exercent certaines industries d'art; 5® à titre provisoire, et dans une proportion déterminée, aux soutiens de famille.

Toutefois, il n'existe pas de dispense absolue. Tout dispensé doit un service d'un an en temps de paix; il est soumis à la mobilisation en temps de guerre. La loi de 1889 a supprimé le ro/onfanaî d'un an, institué par la loi de 1872 pour les jeunes gens ayant subi certains examens ou obtenu un diplôme de bachelier et qui versaient 1500 francs pour leurs frais d'équipement.

En cas de mobilisationy ceux qui ont fait un an ou ceux qui ont fait trois ans de service réel sont également rappelés dans les régiments de l'armée active; chacun de ceux-ci reçoit son contingent de réservistes. Les régiments

de l'armée territoriale sont formés *. Les services auxiliaires sont organisés. Il y a donc à distinguer dans notre organisation le pied de paix et le pied de guerre. Sur le pied de paix, la force totale est de 571 000 hommes ; sur le pied de guerre, l'armée reçoit 300 000 anciens soldats d'un an et 500000 réservistes. Avec l'armée territoriale et sa réserve, nos forces peuvent s'élever à 4 350 000 hommes : c'est-à-dire 25 classes à 230 000 hommes chacune, déduction faite d'un déchet normal évalué à 25 pour 100.

La France, au point de vue militaire, était naguère divisée en dix-huit régions; c'était l'Algérie qui formait la dixneuvième. En 1896, la 6® région (nord-est) a été subdivisée en 6^ et en 6® bis, qui a pris ensuite le n° 20. Chacune d'elles est occupée par un corps d'armée. Les régiments de l'armée active, au moment de la mobilisation, sont complétés sur le pied de guerre au moyen de réservistes domiciliés dans la région. Les régiments de l'armée territoriale sont formés uniquement d'hommes qui sont aussi du pays. Les soldats appelés sous les drapeaux n'ont plus besoin de courir d'un bout à l'autre de la France : c'est dans la région même qu'ils habitent que se trouve le régiment auquel ils doivent s'incorporer.

En cas de mobilisation, chaque commandant de corps d'armée a le droit de requérir, dans toute l'étendue de la région, les chevaux et mulets qu'il juge nécessaires. Aussi a-t-on dressé un état de tous ces animaux, qui, chaque année, sont passés en revue.

Cette loi, la plus rigoureuse de nos lois de conscription, est en même temps la plu& égalitaire. La jeunesse française n'est plus divisée, comme autrefois, en deux catégories : ceux qui servent et ceux qui ne servent pas. La loi ne laisse subsister aucun privilège, car c'est le tirage au sort qui décide de la réduction du service à un an, et les cas dedis-

1. L'armée territoriale, en 1900, formait 145 régiments d'infanterie, 7 bataillons de chasseurs h. pied, 10 bataillons de zouaves (en Algérie), 18 escadrons de dragons, 18 de cavalerie légère, 6 de chasseurs d'Afrique (Algérie); lin ou plusieurs groupes d'artillerie rattachés à chacun des 20 corps d'armée et au gouvernement militaire de Paris, 21 bataillons du génie, 19 escadrons des équipages militaires. — On rattache aussi à Varmée territoriale 37 bataillons de douaniers et 32 compagnies do ebassenra forestiers.

pense donnant droit à la même réduction sont sévèrement limités par la loi. Le devoir de défendre la patrie est le même pour tous : tous sont égaux devant Timpôt du sang. Le régiment devient donc l'école par laquelle tout le monde aura passé, où riches et pauvres, savants ou ignorants, seront confondus sous le même uniforme ; il n'est pas seulement une école de discipline et de patriotisme, mais une école d'égalité. Il n'y a plus à distinguer désormais entre la nation et l'armée ; l'armée, c'est la nation elle-même, debout pour la défense du sol.

Toutes les nations européennes ont adopté un système analogue : l'Angleterre est le seul pays où les citoyens ne soient pas astreints au service personnel et où l'armée soit recrutée de soldats mercenaires ; mais la Grande-Bretagne est une ile, que semblent protéger contre toute invasion la ceinture de l'Océan et la ceinture de ses flottes de guerre.

PerfecUonnement de rartillerle. — Une innovation importante, presque une révolution, s'est produite dans l'artillerie. Autrefois, on ne lançait guère avec les canon$ que de la mitraille ou des projectiles sphériques et pleins, appelée boulets. En fait de projectiles creux, on ne connaissait guère que la bombe, qui se lançait avec le mortier. Le mortier ne pouvait s'employer que dans les sièges; dans la marine même, pour s'en servir, il fallait des navires d'une construction spéciiale, tels que galiotes à bombes ou batteries flottantes.

Pourtant, dès le xviii® siècle, dès la guerre de Sept Ans, on voit apparaître, d'abord dans l'armée russe, des licornes ou ohusiers, plus courts que le canon, plus longs que le mortier, et qui lançaient des projectiles creux, mais également sphériques.

En 1822, Paixhans, chef de bataillon au corps royal de Farlillerie, cherchant un moyen de permettre à la flotte de lancer des projectiles creux, avait trouvé \e canon à bombes ou canon-obusier^. Ce canon, qui ne servit d'abord qu'à la marine et qui était en fer, portait des projectiles creux, les obus, beaucoup plus loin que le mortier. Les obus de Paixhans étaient encore de forme ronde. Après s'être

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