C'est en 183*2 qu'il publia sa Nouvelle force maritime
DEPUIS 1848. — l'armée 571
signalé, en 1853, à la destruction de la flotte turque de Sinope par les Russes, le canon de Paixhans, réduit de proportions, put être employé dans les armées de terre. On n'avait donc plus besoin d'avoir à la fois des canons pour les projectiles creux. Le canon-obusier suffisait à tout. Bientôt tout canon fut un obusier, et ce dernier mot cessa presque d'être employé.
Dans la guerre de 1859*, Napoléon III employa les premiers canons-obusiers rayés, dont les rayures en spirale imprimaient à l'obus un mouvement de rotation qui augmentait la précision du tir. L'obus éclatait par la combustion de sa fusée. On lui donnait la forme cylindroconique, qu'il a encore aujourd'hui et qui assure un tir plus exact et une plus grande force de pénétration.
Le canon-obusier des armées de terre était en bronze; mais, en Angleterre, en Amérique, en Allemagne, se manifesta un retour au canon de fer ou d'acier, rendu possible par le progrès énorme de la métallurgie. L'usine prussienne de KRUPP, à Essen, munie d'un marteau-pilon du poids de 50 000 kilogrammes, produisait un acier d'une grande résistance, avee lequel il put fabriquer des canons de toute dimension. A l'Exposition universelle de 1867, il exhiba son canon-monstre forgé en acier, qui pesait 50 000 kilogrammes et lançait des projectiles de 550 kilogrammes. Il était destiné à l'armement des forts. L'armée prussienne fut la première, sur le continent, qui substitua l'acier au bronze pour le canon de campagne. En même temps, elle admit la culasse mobile, qui permet de charger le canon par l'arrière. L'obus reçut aussi d'importants perfectionnements; à la fusée, dont la combustion est difficile à régler, on substitua une capsule de fulminate qui faisait éclater l'obus au premier choc. Chargé de 200 grammes de poudre, creusé et strié à la surface pour régulariser les cassures de l'éclatement, l'obus prussien éclatait en vingt-quatre morceaux. Enfin les Prussiens revêtirent l'obus d'une enveloppe de plomb qui assurait son exacte adhérence aux parois du canon et empêchait toute déperdition
1. Ponr être exact, il faat signaler, dès 1858, pendant l'expédition de Gochinchine, Temploi de ces obasiere.
572 OTiUSÀTIOR FRANÇAISE
des gaz. Malheai-eusement, le canon d'acier à culasse ne fat pas alors introdait dans l'année française : durant la gaenre de 1870-1871, il assorait à rartillerie prussienne une supériorité décisive.
CTest à la suite de nos désastres que Ton s'est mis à l'œuyre. Le canon se chargeant parla culasse était déjà en usage dans notre marine; il a pris position sur les remparts de Paris assiégé. Mais nous devons surtout le perfectionnement de notre artillerie de campagne, la fabrication des pièces de 80, 90 et 95 millimètres, du canon de montagne de 80, de Yohtis à balles, beaucoup plus meurtrier que l'ancien obus prussien, à de beffib et de ban» : le premier fabriquait les canons en bronze (1870), le second les fabriquait en acier (1877). De 1894 à 1898 l'artillerie française s'est encore transformée, notamment par l'adoption du frein hydro-pneumatique qui supprime le recul et permet un tir d'extrême rapidité. L'usine française du Creusot rivalise avec celle de Krupp par la puissance de l'outillage, la perfection des produits, l'abondance des commandes dans le monde entier. Cest elle qui a fourni aux Boers une partie des pièces qui leur permirent de lutter contre l'artillerie britannique.
A la veille de la guerre avec la Prusse, Napoléon III avait inventé la milrailleuse, qui ne donna pas alors tous les résultats qu'on en espérait. Elle fut cependant adoptée par la plupart des armées européennes, mais non par l'armée prussienne. Elle parait aujourd'hui abandonnée. On lui préfère le canon-revolver du système Hotchkiss, adopté d'abord par notre marine.
En 1853, on avait introduit dans Tartillerie française les fusées à la Congrève *, qui intimidaient l'ennemi, surtout la garnison des places assiégées, en faisant beaucoup de bruit : de plus, elles portaient avec elles un petit obus ou une petite bombe. Cet engin, dont le tir était fort incertain, a été presque complètement délaissé depuis les progrès réalisés par Tobusier.
1. L'ingénieur anglais Congrève les avait inventées en 1804, ou plutôt il les avait empruntées aux artificiers de l'Indoustan, où elles étaient connues depuis longtemps. •
DEPUIS 1848. — l'armée 573
En 1883, on a supprimé le train d' artillerie ^ dont les hommes, les chevaux et le matériel ont été versés dans Tartillerie. Il ne subsiste plus aujourd'hui que le train des équipages.
Perfectionnement du fnsil. — Après les perfectionne* ments apportés à la carabine rayée, on fabriqua le fusil rayé pour l'infanterie, la carabine rayée pour la cavîderie, le mousqueton rayé pour l'artillerie. A la balle sphérique on substitua la balle cylindro -conique. A la baïonnette triangulaire on substitua le sabre-baïonnette (on est revenu à la première, qui est beaucoup moins pesante). Les armes nouvelles furent en usage dans toute l'armée française à partir de 1858, et firent leurs preuves dans la campagne d'Italie.
Depuis le xvi® siècle, les armuriers avaient cherché un modèle de fusil se chargeant par la culasse. Quelques essais avaient été faits en France sous Napoléon I" et sous la Restauration : celle-ci avait armé ses Cent-Suisses d'un fusil de ce type.
En 1827, l'armurier prussien dretsse inventa le fusil à aiguille : la cartouche était muni d'une pastille fulminante que venait frapper une pointe d'acier ; mais le chargement par la culasse ne fut appliqué par Dreysse qu'en 1836. A partir de 1841, ce fusil l'ut adopté par l'armée prusienne, qui, grâce à la rapidité nouvelle du tir, lui dut une partie de ses succès dans la guerre contre le Danemark en 1864 et contre l'Autriche en 1866.
Ce fut un avertissement pour la France. Depuis le fusil Chassepot, adopté en 1866, jusqu'au fusil Gras, adopté en 1874, le fusil rayé, à balle forcée et cylindro -conique, se chargeant par la culasse, ne cessa de se perfectionner chez nous. Nous avons maintenant le fusil lebel (devenu fusil modèle 1886-93), très léger à porter, se chargeant avec une poudre qui ne donne pas de fumée et d'une énergie extrême, envoyant une petite balle nickelée, d'une grande force de pénétration. Cette arme est, en outre, un fusil à répétition^ se rechargeant automatiquement, au moyen d'une série de cartouches contenues dans un magasin placé sous le canon. On connaissait déjà les fusils à répétition de Spencer, de Winchester, de Kropatchek, etc. Celui-ci
574 OTEUSAnOH FIAHÇAISB
est employé dans la marine française. On a parié aussi da fusU^evotcerj dont le principe fnt tronvé en 1835 parFAméricain Golt.
Le pistolet, dont la caTalerie était armée dans les anciennes gaeires, a fait place an revolver.
— Ces annes si redoutables et si précises ont dû modifia la tactique. On ne se bat plus seulement en ordre compact^ comme au xvn* siècle, en ordre mincej comme à la fin du 'xviii^ siècle, mais aussi en ordre dispersé, c'est-à-dire avec des lignes de tirailleurs qui s'abritent de leur mieux pour donner moins de prise an feu de Fennemi. Elles ont derrière elles des soutiens plus ou moins espacés et, en arrière encore, une réserve. On ne verra sans doute que rarement les charges décisives de cavalerie conmie à Eylau oa à la Moskova; la cavalerie a maintenant pour rôle principal le service d'éclaireurs, les reconnaissances, les surprises.
La portée prodigieuse des nouveaux canons, surtout des grosses pièces de siège, a amené également une transformation dans le système des places fortes. Les forteresses construites par Yauban, avec leur seule enceinte bastionnée, ne résisteraient plus an formidable effet du bombardement et des batteries de brèche. Pour maintenir Tassiégeant à une distance suffisante, on entoure les places de forts détaehéSj éloignés quelquefois de huit ou dix kilomètres. L'adoption de redoutables substances explosives pour le chargement des obus ^ obligera de donner aux remparts une épaisseur énorme ou peut-être de renoncer presque entièrement à leur protection.
La guerre est devenue scientifique : elle utilise toutes les inventions nouvelles. On a fondé chez nous une Direction générale des chemins de fer et des étapes et des Compagnies militaires de chemins de fer (1884); un service de la télégraphie militaire (1874), comprenant la télégraphie électriquCf la télégraphie optique et les téléphones; une Ecole d" aérostation militaire, à Ghalais (bois de Meudon), où l'on s'occupe de recherches sur la direction des aérostats; une administration militaire des pigeons voyageurs^ avec