‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 136 sur 185 · DEPUIS 1848. — LIS SGIEUGJES NATURELLES · texte numérisé non relu

DEPUIS 1848. — LIS SGIEUGJES NATURELLES

eux les animaux adultes; on les compare en leur germe, en leur embryon : alors naît cette branche de la science qu*on appelle Vembryologie. Les embryons, chez les ani< maux les plus différents, sont si semblables entre eux qu'on a peine, dans leur premier état, k distinguer celui d*un poisson de celui d*un oiseau, celui d*un reptile de celui d*un mammifère; on a donc été amené k Thypothèse d*une unité originelle de toutes les espèces.

Alors s'est produit le système de TAnglais SARwm : le transformisme, ïévolutiani o*est-à-dire l'unité originelle des espèces, leur séparation sous l'empire de conditions diffé* rentes de vie et de lutte pour la vie, le déyeloppement d'organes spéciaux appropriés k ces conditions différentes d'existence. L'homme lui-même ne serait arrivé à son état actuel que par un lent perfectionnement ^

Zoologie — Dans les Suites k Buffon, qui ont paru avec la collaboration de plusieurs savants, Paul savais a décrit les Insectes sans ailes (1884). On lui doit aussi de nombreux ouvrages relatifs k la loologie, à la morphologie, à la paléontologie.

LACAZE<siiTHiERS s'ost consacré à rétude des animaux marins, surtout des Mollusques, Zoophytes, Protozoaires. 11 a exécuté de nombreux sondages sur les c6tes de la France et de l'Algérie. C'est sous sa direction qu'on a placé les laboratoires zoologiques de Roscoff (Bretagne) et deBanyuls (Pyrénées-Orientales), où Ton étudie l'anatomie et la phy« Biologie des Mollusques et autres animaux marins.

Georges Pouchet, directeur du laboratoire de Goncarneau (Finistère), Marion, directeur de celui de Marseille, ont également formé de nombreux élèves et rendu de grands services à la zoologie maritime,

Henri MnJfE-EDWAi]», mort en 1885 doyen de la Faculté des sciences et âgé de quatre«vingt«cinq ans, étudia la physiologie et l'anatomie comparée de l'homme et des animaux, et, en outre, les Crustacés, les Coraux, les Polypes.

1. L*ouTrage de Darwin, Z*oWptfM de$ tipècet, date de 1850. Il a été traduit en français par Mme Clémence Royer (1863). On l'a traduit dans presdue toutes les langues du monde civilisé.

Il faut citer les travaux de son fils, Alphonse milne- EDWARDS, sur des branches analogues de la science; de RLAMCHARD, sur les Insectes» les Mollusques, les Arachnides, les Crustacés ; de delage, qui, au Congrès de Rome (1899), montra que les œufs microscopiques de certains animaux peuvent être divisés, chaque fraction d'œuf restant féconde: d'E. PERRiER, directeur du Muséum (1900), sur les Annélides, les Mollusques, les Zoophytes ; de vaillant, sur les Reptiles et les Poissons ; d'A. de quatrefages, sur les Annélides, les maladies des vers à soie, les métamorphoses des insectes, Fembryologie *.

Le venin des serpents et des autres reptiles a été Tobjet des consciencieux travaux de Phisalix, J. Bertrand, A. Calmette, qui ont recherché les moyens d'en combattre les effets par Tinjection de bouillons de culture. Kaufmann, professeur à Alfort, a indiqué le permanganate de potasse comme remède efficace contre la morsure des serpents venimeux.

L'étude des parasites, externes et internes, de Thomme ou des animaux a amené des révélations. On a découvert que la gale est causée par un sarcopte; que le tournis du mouton provient d'un cénure qui, dans l'intestin du chien, devient un txnia cœnums; que le cysticerque, qui cause chez le porc la maladie appelée ladrerie^ devient chez l'homme un ténia; que le cysticerque du rat, du lapin, deVient le ténia du chat, du chien; que quantité de maladies sont causées par des hématozoaires ou parasites du sang chez l'homme ou chez les animaux. Un des plus redoutables de ces parasites, c'est la trichine du porc, qui se loge dans les muscles de l'homme; elle est surtout fréquente chez les porcs allemands et américains.

Les savants, armés de microscopes d'une puissance énorme, tels que le microscope composé et achromatique, se sont, comme pasteur, attaqués aux infiniment petits, bacilles, bactéridies, vibrions, à tout ce monde invisible et formidable; nuisible quand il est l'agent des corruptions, des virus, des maladies infectieuses; nécessaire aux phc-

1. On évalue aujourd'hui à 400000 les espèces d'animaux reconnues à la surface du globe; les Insectes entrent dans ce total pour ^0 000 espèces.

nomènes de la vie, quand il est l'agent des fermentations, fécondations, transformations de toute nature.

Reculant vers des limites inespérées le champ de l'observation, les perfectionnements réalisés dans la construction du microscope ont permis de scruter en ses moindres détails la structure des tissus animaux. Vhistologie s'est ainsi rapidement développée. Non seulement, comme nous le verrons plus loin, elle apporte un précieux con cours à l'anatomie normale ou pathologique, mais elle a conduit les naturalistes à modifier totalement l'ancienne conception de l'être vivant, qui désormais doit être considéré comme formé par l'association, par la fédération d'un nombre souvent considérable de parties premières (cellules, etc.) représentant autant d'organismes élémentaires plus ou moins variés dans leurs formes et leurs attributs, et concourant à une fin commune. Les travaux de robin, de RANViER, de cornil, etc., ont particulièrement contribué en France au progrès de Vhistologie.

Qaestion de la (génération spontanée. — Les savants de l'antiquité et du moyen âge avaient cru à la naissance spontanée, c'est-à-dire sans germes préexistants, d'animaux tels que les abeilles. Au xvii® siècle. Van Helmont croyait à la génération spontanée, dans la vase d'un marécage, de grenouilles, limaces, sangsues ^ Une observation plus attentive avait fait justice de ces fables. Redi, naturaliste italien de la fin de ce siècle, montra que même des animaux plus petits, les mouches et les vers, ne naissent jamais que lorsqu'il existe déjà des œufs pondus par des individus de leur espèce. Les partisans de la génération spontanée s'étaient réduits à ne l'admettre que pour les animaux microscopiques : au xviu® siècle, Buffon et Needham avaient soutenu cette thèse, déjà combattue par Spallanzani.

La question s'était reproduite en 1858 : Pouchet, directeur du Muséum de Rouen, assurait avoir pris toutes les

1. Il enseignait même un moyen de provoquer la génération spontanée des souris : il suffisait de remplir de blé un vase et de le boucher avec une chemise sale. Quelque temps après, on y trouvait une potée de souris, les grains de blé s'étant tranformés en ces animaux. On voit combien Tobser* ration de Van Helmont était superficielle et grossière.

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précautions imaginables pour empêcher les germes en suspension dans Tair de se déposer dans certaines matières : il avait cependant obtenu la production d*animalcules vivants. Pasteur se borna à démontrer que les précautions prises par Pouchet avaient été insuffisantes ; lui-même, au moyen d'appareils iogénleux, qui ne laissaient passer qu'un air purifié par la chaleur ou par les agents chimiques, réussit à maintenir, vierges de toute génération les substances observées. Au moins dans Tétat actuel du monde physique et de la science, il ne convient pas d'af* firmer que la matière soit capable de produire spontanément la vie.

P»léottt*logle. *- La paléontologie, fondée chez nous par Guvier, a été surtout cultivée depuis par alcide d'prbiont, auteur de la c Paléontologie française > (1840-1860) et fondateur du Cùmité de poUoniologie française (1861); D'ARCHUc, qui écrivit c THistoire des progrès de la géologie » ; PiCTET, auteur de savants mémoires à la Société d'histoire naturelle de Genève; Aunt ftAUD&T, qui, après avoir fait connaître les curieux fossiles du gisement de Pikermi (Grèce), s*est attaché à établir les liens organiques qui unissent les espèces éteintes aux espèces actuelles.

Des centaines d'espèces de coquilles, poissons, crustacés, reptiles, oiseaux, mammifères fossiles, ont été signalées : par exemple VhétérosauruSi grand crocodile de sept mètres de long, retrouvé en 1850 par cobnuel.

Histoire nalnrelle de l'homme. — L'homme, par ses aspects les plus nobles, appiairtient aux sciences morales; par d'autres, il relève de la zoologie, de Tanatomie, de la physiologie. Il y a donc une histoire naturelle de l'homme. Sous ce titre, Lacépède et Bory de Saint- Vincent, dès 1827, publiaient chacun un ouvrage. De là une science nouvelle : l'anthropologie.

Les explorations des voyageurs dans le monde entier nous ont fait connaître toutes les races humaines et ont permis d'en essayer une classification. Pour préciser les points de comparaison entre elles, on s'est mis à mesurer les cr&nes (de là une étude nouvelle, la craniologie^ et un nouvel instrument, le céphalomélre^ inventé par Antelme en 1838), à évaluer l'angle faciali à peser les cerveaux.

Dans ces branches nouvelles de la science) il faut citer surtout les travaux de Gervais, Broca, Dupont, Joulin, Mortillet, LuySjMathias Duval. La chaire d'anthropologie, fondée au Muséum en 1822, fut occupée d'abord par flourens, qui étudia avec tant d'éclat les rapports du moral et du physique de l'homme, le rôle du système nerveux dans les phénomènes de l'intelligence, les conditions de la longévité; puis par A. de auATRBFAafis ; puis par le docteur* hamt. La Société ethnologique, fondée en 1839, s'est dédoublée en Société d'ethnographie et Société d'anthropologie.

Alors des questions très hautes se sont posées. Parmi les savants, les uns, les polygénistes, estiment qu'il y eut pour l'espèce humaine plusieurs centres de création ; les autres, les monogénistes, tiennent pour un centre unique. La seconde de ces hypothèses a rallié les noms les plus illustres de la science, Linné, BufiPon, Guvier, Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, Lamarck, Humboldt, Blainville. -^ A. de Qua^trefages déclara que « les groupes humains ne sont pas des espèces différentes : ils ne sont que des races d'une seule et même espèce >. Il allait même jusqu'à désigner une. région de l'Asie, située à l'ouest du Plateau Central, comme le berceau commun de toutes les races humaines ^

Botanique. — ' La botanique se partage d'abord eu deux branches principales : 1^ la botanique physiologique, qui étudie les plantes au point de vue de leur organisation et des phénomènes de leur existence, et qui se subdivise naturellement en organographie ou examen de leurs organes, phytotomie ou anatomie végétale ^ physiologie ou étude des fonctions vitales ; 2^ la botanique phytogtaphique, qui s'occupe de la description des végétaux, de leur groupement et de leur classiQcation, de la répartition des espèces à la surface du globe 3, enfin de la recherche des espèces per« dues ou paléontologie végétale*

VorganographieeiV anatomie végétale ont été, che2 nous, l'objet des travaux de Weddell^ Bâillon, Éd. Bureau, Ger* main Saint^Pierre, Charles Martins, Lestiboudois, docteur

1. 8ar l'antiquité d« Tespèce hamcioe, toir 4l*deMtii, p. 645.

2.' Où évalae aujeurd'hui à l&OÛOO les e«péec9 d« plantes reooDnoes à la surface da globe. Le règaè végétal 8ei*aitdoQ4 moins riche et moins varié qa« le règne animal.

Clos, Henri Fabre, Van Tieghem, Decaisne, Ducliartre, Gustave Regnault, Trécul, G.-A. Ghatin, Cette branche de la science a dû son essor aux progrès accomplis dans la construction des microscopes, à l'emploi des réactifs chimiques et des injections colorées.

Pour la physiologie végétale, signalons les recherches de Pépin, sur V accroissement; Arthur Guis, P. Dalimier, Duchartre, sur Vabsorption et sur le rôle des eaux de pluie et de la rosée; Senebier, Th. de Saussure, Gratiolet, Boussingault, Georges Ville, Carreau, sur la respiration; Bouchardat, Kuhlmann, Soubeiran, Grandeau, sur la. nutrition; Tulasne, Charles Naudin, H. Lecoq, Gordon, sur la fécondation et la reproduction; Dutrochet et Leclerc, sur les mouvements des plantes; Charles Royer, Fée, les deux Planchon, sur le sommeil des végétaux; G. Bonnier, Guignard, L. Mangin, Delacroix, E. Prillieux, G. André, sur les maladies des plantes; Déhérain, sur la physiologie végétale appliquée à Tagriculture. On voit que le règne végétal reproduit presque tous les phénomènes vitaux qu'on peut constater dans le règne animal.

D'innombrables monographies ont été consacrées à la description des végétaux. Les cryptogames et licfiens, à eux seuls, nous ont valu de nombreux ouvrages dus à Cordier, G. Bonnier, Cornet, de Seynes, Marchand, etc.

Parmi les travaux d'ensemble les plus remarquables du siècle, il faut citer le c Traité général de botanique descriptive et analytique » de Le Maout et Decaisne (1868), qui ne comprend pas moins de 5 500 figures ; et c l'Histoire des plantes » de Bâillon (1868), qui comprend 8 volumes, ornés de 7 000 figures.

La distribution des plantes à la surface du globe a fait l'objet de deux grandes œuvres d'un caractère général : Tune pour l'Europe, c Études sur la géographie botanique de l'Europe » (1854-1858), de Lecoq; l'autre pour notre pays, € la Flore de France » (1848), de Grenier et Godron. Il n'est presque pas une province de notre pays qui n'ait fait l'objet de quelque monographie considérable.

La recherche des espèces perdues , dans le monde végétal, a été inaugurée, dès 1837, par abolphe brongniart, auteur de la € Flore des végétaux fossiles » (1849).

Alphonse de GandoUe a étudié < rOrigine des plantes cultivées » (1883).

En 1854 s'est constituée la Société botanique de France; elle s'est trouvée presque aussitôt en correspondance avec de nombreuses sociétés locales formées dans presque toutes les parties du pays.

La Société d'acclimatation (1854) s'est aussi proposé de doter la France des plantes exotiques qui pourraient prospérer en nos climats. C'est grâce à elle, en partie, que nous nous sommes enrichis de nouvelles essences forestières, comme le Wellingtonia gigantea des États-Unis, le plus élevé des résineux, comme Veucalypttis de l'Australie, dont la présence assainit les terres malsaines du Languedoc, de la Corse, de l'Algérie; de nouvelles espèces médicinales, comme Vlpécacuanha et le ricin; de nouvelles plantes d'ornqment, comme les nymphéas, les aralias, les ficus, les arums, les azalées, etc.

Géolo^e. — La géologie, en se développant, s'est également divisée en un certain nombre de branches. Les principales sont : la cristallographie, qui recherche les lois de la cristallisation * ; l& physique minérale, qui étudie les corps au point de vue de leurs qualités physiques, densité, élasticité, dureté, propriétés électriques, caloriques, optiques ^ ; la chimie minérale, qui s'occupe de la composition atomique des corps ; Vhistoire naturelle proprement dite, ou description et classification des minéraux; la stratigraphie, qui détermine la formation des couches minérales, le système des montagnes, la distribution des substances à la surface du globe, la structure des gisements métalliques.

La cristallographie t considérée dans ses rapports avec les lois mathématiques, a fait l'objet des travaux de Des Cloizeaux, Delafosse, Auguste Bravais, Baudrimont, pasteur : celui-ci avait débuté par des études (1848-1852) sur les cristaux des tartrates,

La physique minérale doit beaucoup aux recherches de de Sénarmont (1847), Fizeau (1862), Hugueny, Mallard, Des Cloizeaux, qui a examiné (de 1857 à 1866) plus de 400 sub-

1. PhéDomëDes d'iêomorphisme, de dimorphisme^ de plésiomorphisme.

2. Telles que la double réfraction ^ la polarisation de la lumière, etc.

Stances cristallines au point de vue de la double léfraction et de la polarisation rotatoire de la lumière; Marcel Bertrand, P. Hàutereuille, A. Lacfoix, Foumet, Michel Lévy, Jannettaz, qui se sont occupés de la coloration des miné* raux; Edmond Becquerel, qui a étudié leurs propriétés phosphorescentes et magnétiques.

La chimie minérale tend à se confondre avec la chimie proprement dite. Dans cette branche de la minéralogie, il faut signaler les travaux de Niklès, Troost, Debray, Fouqué, A. Gaudry, Friedel, Damour, Delesse, Lechartier, 6.*A. Daubrée.

De nouvelles classifications ont été proposées par Charles Sainte-Glaire Deville (1855), Des Gloizeaux (1862), de Chancourtois (1862). Aucune n*a été adoptée définitivement.

£UE Di BBAVMONT a contiuué ses études de stratigraphie, en 1852, par sa c Notice sur les systèmes de montagnes >. Dans son c Rapport sur les Progrès de la stratigraphie > (1869), il a tracé les grandes lignes de soulèvement à la surface du globe. On vit alors avec surprise s'identifier des systèmes de montagnes placés à une énorme distance les uns des autres. Sous l'impulsion d'Élie de Beaumont, toute une légion de savants, Ë. Hébert, Munier-Ghalmas, Fouqué, Stanislas Meunier, Yélain, A. de Lapparent, s'est attachée à la description des diverses régions. Sur la stra* tigraphie repose en grande partie la géographie physique»

Le monde •outtrrmin, — Les plus curieuses des études contemporaines relatives à la géologie ou mieux à la géographie physique, ce sont celles [que poursuit X.-A. vabtel sur les cavernes, les abîmes, les eaux souterraines. De 1888 à 1893, il pénétra dans 2dO goufh^es, parfois à plusieurs centaines de mètres de profondeur, au prix des plus grands dangers. Il explora le monde souterrain non seulement en France (Gausses du Languedoc, Jura, etcO» mais dans la majeure partie de l'Europe, étudiant la faune, la flore, le régime des eaux dans ces gouffres c d'où les vieiUes femmes prétendent voir sortir parfois le feu de Tenfer ». Il fut le fondateur de la Société de spéléologie internationale (1894).

Anatomie, histologie. ^ Les seules découvertes ^a*oa ait pu, au xix* siècle» faire en anatomie nr Tont été qu'à Taide du microscope : elles se rapportent plutôv à ['histologie ou étude des tissus organiques. En 1866 s'est fondée la Société des études microscopiques. GomnL et rantibr ont publié) en 1869, le c Manuel d'histologie pathologique ». Ranvier a donné ensuite de remarquables travaux d'histologie normale^

Cependant, en anatomie pure, on peut citer les études de LBUBBT et aBATioLET sur les circonvolutions du cerveau, de KAHQ ïïkE sur les fonctions du cœur.

Physiologie, biologie. -- En 1849 s'est fondée la Société de Biologie, dont B. Gley, en 1900, a exposé l'histoire. — LONOBT, médecin de Napoléon III, a étudié le système nerveux et les maladies de la moelle épinière. Son c Traité complet de physiologie » (1850«1859) est un des meilleurs qui ait paru en notre langue. Jules BtCLARD a publié (1855) le * Traité élémentaire de physiologie humaine ». marst (1879) son € Traité de physiologie expérimentale ».

DUCHENNE, de Boulogne, a fait un examen approfondi de l'action de Télectricité sur les nerfÉ et sur les muscles (1859), au moyen des courants d*indiiction.

ROBIN, qui fut sénateur de la République, a publié, avec tbrdeh., un < Traité de chimie anatomique et physiologique »; avec LiTTRÉ, une réédition du c Dictionnaire de médecine » de Nysten; et, enfin, le c Journal d'anatomie et de physiologie >.

wiPiAH, dans ses c Leçons sur le système nerveux » (1865) et sur les t nerfs vaso-moteurs > (1873), a ouvert la voie à de nouvelles découvertes. BaowN-SÉauABD a étudié plus spécialement la physiologie de la moelle épinière, et les effets de l'injection de certains sérums. TRonssBAU a dirigé, d'une façon magistrale, la clinique de l'Hôtel-Dieu. jagcoud s'est consacré à l'étude des perturbations dans le système nerveux, telles que les paraplégies, LANDOUZT, SANDBAS, POTAiN, ont fait d'importantes découvertes en physiologie pathologique.

Claude Bernard : lea snea organiques, les fonettons de système nerveux. — CLAUDE BEBNARD (i813-1878) fut, au Collège de France, à rAcadémie de médecine, au Muséum, le successeur de.Magendie. En 1854, il devint professeur à la Faculté et membre de rAcadémie des sciences. Les vues philosophiques qui le guidaient dans ses recherches, son talent d'exposition, lui ouvrirent, comme à J.-B. Dumas et Pasteur, l'Académie française (1868).

Sa première œuvre fut une thèse sur le suc gastrique (1843). Il détermina également la nature et les propriétés du suc pancréatique (1846). Il consacra vingt années à Fétude d'une propriété du foie, la propriété glycogéniqucy qui consiste à produire du sucre, substance indispensable à l'organisme, mais dont la production exagérée constitue une maladie spéciale (le diabète). Au xvii^ siècle, on avait détrôné ^ le foie comme facteur du sang, ne lui laissant d'autre office que d'élaborer la bile : Claude Bernard trou> vait un emploi nouveau pour cet organe en disponibilité.

Reprenant les expériences de Lavoisier sur les phénomènes de combustion organique, mais avec des appareils ingénieux et des procédés d'une délicatesse extrême, il mesura la production de la chaleur dans les organes (1849).

11 étudia le nerf spinal, qu'il démontra être celui qui fait mouvoir les organes vocaux. Il constata (1851) l'action des nerfs intercostaux sur certains phénomènes vitaux. Il montra que le réseau nerveux appelé le grand sympathique forme un système autonome, indépendant du cerveau, et qui exerce une action sur la dilatation de la pupille.

Complétant la grande découverte des Servet, des Colombo, des Harvey2, il constata les circulations locales. Il prouva que le cœur, dans notre organisme, n'est pas le seul agent delà circulation du sang; car, dans toutes les parties du corps, il y a des nerfs dits vaso-moteurs, les uns dilatant, les autres resserrant les artères, et qui activent les circulations locales du sang.

Notre système nerveux, sur lequel planait toujours tant d'obscurités et de mystère, fut alors exploré. Claude Ber-

1. Voir notre Histoire de la Civilisation française^ t. M, p. 460.

î. Voir notre Mist. de la Civilis. française, i. l", p. 480, et t. II, p. 458.

nard soumit celui des animaux à raclion des agents physiques, comme la chaleur et Télectricité. U employa aussi des agents chimiques, comme le curare, ce poison américain, qui a la singulière propriété de supprimer toute faculté de mouvement par une action directe sur la fibre musculaire, tout en laissant intacte la faculté de sentir'. Quelques philosophes ont cherché, dans ce rôle énorme que les découvertes de Claude Bernard assignaient à la matière organisée en système nerveux, des arguments à Tappui de thèses matérialistes. Le grand savant se refusait k de telles conclusions :

« Il importe, disait-il, de séparer la physiologie des grands problèmes qui tourmentent l'esprit humain : leur étude relève de méthodes différentes. La science ne saurait rien supprimer; le sentiment n'abdiquera jamais; il sera toujours le premier moteur des actes humains. »

Il avait commencé l'étude des fermentations. Ce travail le passionnait. Quand il sentît ses forces décliner : c C'est dommage, dit-il, c'eût été bien finir. > On connaît les services que Pasteur a rendus dans cette direction.

Louis Pastenr : les viras. — PASTEUR a repris la question des virus presque au point où Jenner l'avait laissée. Il montra que les virus sont produits par le développement des bacilles, bactéridies (ainsi appelés parce qu'ils ont la forme de bâtonnets) et autres microbes. Ses premières recherches portèrent sur une maladie infectieuse connue sous le nom de charbon. Elle s'attaque aux bétes à cornes, au mouton, au cheval, à l'homme; elle peut se transmettre de l'un à l'autre de ces êtres, et être contagieuse même pour d'autres animaux, comme le lapin. Déjà, de 1851 à 1862, Rayer et Davaine avaient constaté dans les pustules du charbon la présence de corps en forme de bâtonnets. Pasteur reconnut également ces bacilles. 11 en commença aussitôt la culture : à cet effet, il préparait «ne série de liquides azotés, par exemple du bouillon de poule. Dans le premier liquide, il déposait quelques gouttes de sang charbonneux; dans le second liquide, une goutte

1. Claude Bernard fut, en outre, un médecin éminont : sa Pathogénie expé" rimentale et son Introduction à la Médiane expérimentale en font foi.

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du liquide précédent, et ainsi de suite. Il constata que les derniers liquides, quoique les bacilles continuassent à y pulluler, perdaient de leur virulence première. Bien plus, le liquide amené à cet état modéré de yimlence, quand on Tinoculait à un animal, non seulement ne causait pas la mort, mais, au prix d'une indisposition plus ou moins grave et toujours passagère, le rendait réfractaire pour Tavenir h Faction de liquides plus virulents et même du virus pur. Un virus atténué produisait donc, pour cette maladie, le môme effet que le vaccin pour la petite vérole. Pasteur venait de trouver le vaccin da charbon (1881). Le nombre des animaux domestiques ainsi vaccinés, jusqu'à Tannée 1900, s'élève k 13 381 807.

Z^ choléra dês poules, qui fait tant de victimes dans les basses-cours, fut Tobjet des mêmes expériences : le bacille de cette maladie fut soumis à une série de eultttres, et le vaccin en fût également trouvé (1889). Il en fQt de même pour le vaccin du rottget des porcs.

Pasteur a mis le comble à sa renommée en créant le vaccin de la rage. Jusqu'à 1900, laméthoda a été appliquée a 26 631 malades, dont 99 seulement ont succombé.

Cette idée de prévenir ou de combattre les maladies virulentes par Tinoculation de virus atténués a pris, depuis les découvertes de Pasteur, une importance capitale.

c Vous verrez, avait«il dit, comme tout cela s'agrandira plus tard. >

L'Institnt Pastenr^ où Ton conserve la tombe du grand savant ^ a été fondé (1888), non seulement des subventions de l'État français, mais de celles qu'y ajoutèrent tous les États civilisés, et de souscriptions recueillies en France même et dans le monde entier. Là, sous la direction de ses élèves, Duclaux, Roux, Martin, Grancher, Gbamberland, Ghantemesse, Nocard, Yersin, le Russe Metcbnikof, on poursuit l'application de ses théories. Des établissements analogues se sont ensuite fondés en France (à Lille avec Albert Calmette), et chez presque toutes les nations. G'est ainsi que s'immortalise le nom et se perpétue l'activité du plus génial peut-être des savants du xix« siècle.

1 . Pasteur est mort le samedi 26 septembre 1895. Il était né à D61e le 87 décembre 18?3.

Sérothérapie. — Une opération distincte de la vaccination proprement dite, c'est Tinjection du sérum de certains animaux ayant eux-mêmes subi certaines inoculations. C'est ce qu'on appelle la sérothérapie *. Le docteur Roux (1889), qui eut pour collaborateurs les Français Martin et Ghaillou, le docteur allemand Behring et le docteur japonais Kitasato, résolut de l'appliquer à la guérison du croup ou diphtérie^ ce fléau si destructeur, surtout pour l'enfance. Le microbe de cette maladie était déjà reconnu 2; mais c'est surtout par des sécrétions infectieuses, ou toxines ^ dégagées par les microbes que ceux-ci tuent les patients. 11 fallait donc isoler cette toxine. C'est à quoi réussit le docteur Roux, aidé de "ï^rsin. Le sérum de chevaux préalablement inoculés de ce poison à doses graduées, jusqu'à ce qu'ils fussent complètement immunisés ^ fut, également à doses graduées, inoculé aux malades. C'est en février 1894 que le traitement fut inauguré, et dès lors les guérisons se multiplièrent.

D'autres disciples de Pasteur se sont attaqués au microbe (staphylocoque) de l'érésipèle, à la tuberculose, à la fièvre jaune, au choléra, à la peste d'Orient ou bubonique, dont YERsnf, lors de sa mission à Hong-Kong (1894), découvrit le microbe.

Le parlement français, sur l'initiative et les rapports du député AudifTred, vota de larges subventions aux laboratoires de sérothérapie.

Les méthodes nouvelles de thérapeutique sont devenues d'une application si fréquente qu'en France la loi du 25 avril 4895 a dû réglementer la fabrication, l'emploi et le commerce des < virus atténués, sérums thérapeutiques, toxines modifiées, etc. >.

On a pu écrire que l'histoire de la médecine se divisait en deux périodes : avant Pasteur^ après Pasteur,

1. La première application en fut faite, en 188?, par les docteurs Ch. Bichet et Héricourt, mais non à propos de la diphtérie : ils cherchaient un remède contre le staphylocoque d'une maladie des chiens.

2. L^ microbe ou bacille de la diphtérie avait été reconnu, en 1883| par TÂllemand Klebs. II fut ensuite isolé par un autre Allemand, Lœffler.

3. Le mot toxine est devenu le terme générique pour les virus, que Selmi appelait des ptomaînes ; Gautier, des leticomaïnes ; Roux et Yersin, des diaetases ; Gamaléïa, des nuelétnes ; Brieger, des toxatbvminest ete.

R. Civil, contemp. 41

Perturbations da système nerveax. : phénoïKènes d'hypnotisme. — Il se produit dans notre organisme des faits étranges et qui, jusqu'à ces derniers temps, étaient restés inexpliqués. Notre système nerveux, en particulier, dont on commence à peine l'exploration scientifique, est inépuisable en surprises. Déjà Laplace, Cuvier, Arago avaient remarqué que, dans ce qu'on appelait magnétisme animal, tout ne pouvait pas s'expliquer, ou par la fraude et le charlatanisme, ou par les seuls prestiges de l'imagination. En 1826, l'Académie de médecine, frappée des faits qui lui étaient signalés par c des observateurs exacts, probes, attentifs >, avait nommé une commission de neuf membres pour,les étudier. Cette commission avait admis le fait même du somnambulisme , qu'elle définissait t un état de sommeil provoqué artificiellement >. Puis, en 1840, à la suite de certaines tentatives pour lui en imposer, l'Académie de médecine déclara qu'elle s'abstiendrait à l'avenir de s'occuper du magnétisme animal : « de même, disait un de ses membres, que l'Académie des sciences refuse de s'occuper de la quadrature du cercle et du ^nouvement perpétuel >. ,

Or, c'est l'année suivante (1841) que le phénomène de Vhypnotisme fut scientifiquement constaté par le médecin anglais bbaid. U définit l'hypnotisme un sommeil nerveux accompagné d'insensibilité aux lésions, parfois de raideur cataleptique, parfois aussi d'une hyperesthésie, ou sensibilité extraordinaire de certains sens. Au lieu d'agir par des passes magnétiques, comme faisaient ses devanciers, Braid produisait l'hypnotisme simplement en obligeant les sujets à fixer, pendant 20 ou 30 minutes, un corps brillant.

La découverte fut bien accueillie en France par bqbin UTTRÉ, BROCA. Gelui-ci, en 1859, employa, de concert avec VELPEAU, l'hypnotisme pour produire Vanesthésie, ou insensibilité, dans une opération chirurgicale, azam, vers 1860, fit de ces phénomènes une description très précise, figuier n'hésita pas, en 1861, en raison de la similitude des phénomènes, à identifier Vhypnotisme avec le somnambulisme tel que prétendaient le produire les magnétiseurs.

A partir de 1873, charcot, surtout dans sa clinique de la Salpêtrière, fit des expériences qui excitèrent un étonne*

ment général parmi les savants comme dans le publie, mais qui ont mis hors de doute certains faits qui semblaient extraordinaires. Par là se sont expliqués beaucoup des phénomènes qui ont tant ému nos ancêtres, depuis les épidémies de sorcellerie et dedémonomanieau moyen âge jusqu'aux convulsionnaires du cimetière Saint-Médard et aux effets merveilleux du baquet de Mesmer.

Thérapeuflqne : prog^rès de la médecine enratlve. — La médecine a fait de sérieux progrès, ne fût-ce que dans la détermination plus exacte de la nature des maladies. Par exemple, les affections du cerveau ont été mieux localisées et les affections de la moelle épinière ont été définies. Les fièvres continues de notre pays ont été réduites à une seule, la fièvre typhoïde, qui a été reconnue comme occasionnée par une lésion de Tintestin grêle. Le typhus des camps, au contraire, a été nettement séparé de la fièvre typhoïde. Les affections pseudo-membraneuses du pharynx (angine couenneuse) ou du larynx (croup) ont été rattachées à la diphtérie. Les caractères des fièvres éruptives ont été plus clairement déterminés. Une étude plus minutieuse des tubercules dans le poumon, qu'avait reconnus Laënnec, la découverte du bacille tuberculeux, ont expliqué la nature de certaines affections pulmonaires, ainsi que leur caractère contagieux. Le tétanos même, d'après les récentes expériences de CORNIL et verneuil, est une riialadie microbienne.

On a trouvé une méthode plus rationnelle et plus hardie pour le traitement de la fièvre typhoïde, par l'eau froide ou à une température inférieure de quelques degrés à la température du corps.

La médecine a renoncé aux fréquentes saignées d'autrefois, ayant bien plutôt à se préoccuper de nous fortifier contre Vanémie et ses conséquences. Elle a renoncé aux médicaments compliqués. Elle a marqué une préférence de jour en jour plus décidée pour l'emploi de l'eau, soit au moyen de douches *, soit au moyen des bains de mer

1. V hydrothérapie a été, pour ainsi dire, fondée par Priesnitz, paysan allemand, mort en 185Î, qui avait créé l'établissement de Grœfenberg (Silésie). Scoutettin semble le premier qui ait traité de l'eau sous le rapport hygiénique et médical (1842). Dix ans après, Fleury publiait son Iraité pratique et raisonné d'hydrothérapie.

et des eaux minérales. Elle est devenue plus expectante, car elle a pris plus de confiance dans les forces réparatrices que la nature elle-même a mises en réserve dans notre organisme.

Elle a constaté la tendance qu'ont certaines maladies contagieuses à perdre de leur violence meurtrière, comme si elles s^ acclimataient chez nous, ou si elles avaient une tendance à s'éteindre. C'est ainsi que le choléra morbuSy qui a fait tant de ravages à ses premières invasions, en 1832, en 1840 et en 1854, s'est montré beaucoup moins redoutable lors de ses récentes apparitions ^

Elle a étudié de plus près certaines maladies affectant la composition du sang, comme V albuminurie, le diabète, etc., que les anciens médecins classaient avec d'autres, sous la dénomination vague de c maladie de consomption >.

La médecine a su tirer parti des ressources que tant de découvertes récentes, en physique et surtout en électricité, en chimie, en botanique ^, en minéralogie, mettaient à sa disposition. Elle fait un usage plus fréquent du thermomètre pour mesurer la température dans les diverses parties du corps d'un malade. Elle a employé Vanalyse spectrale pour déterminer plus exactement la composition du sang. Nous avons vu quels puissants agents la chimie, surtout la chimie organique, avait révélés au médecin ^. duchenne, de Boulogne, a généralisé l'emploi de l'électricité : il fut un des fondateurs de Véleclrothérapie. pravaz est un des premiers qui ait pratiqué les injections sous-cutanées, maret et ROBINET ont perfectionné le sphygmographe, grâce auquel les mouvements du cœur et des artères s'enregistrent spontanément, en traçant des diagrammes, sur le papier ♦.

Chirurgie. — Un illustre praticien forme le trait d'union entre les deux générations, celle qui est antérieure et celle

1. A' Paris seulement, le choléra de 1832 a coûté la vie à 18 402 personnes; en 1849, à 19165; en 1854, il n'a fait que 9 217 victimes. On prétend distinguer aujourd'hui entre le choléra asiatique ^ qui serait toujours importé, et le choléra nosiras, qui ne serait qu'une forme acclimatée oo plus bénigne.

2. Par exemple, les propriétés chimiques et médicales de la noix de kola ont attiré, dès 1882, l'attention de Heckel.

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