‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 151 sur 185 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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puissance que leur assurait en politique leur bulletin de vote; elles estimaient que si les classes bourgeoises avaient tiré des révolutions de 1789 et 1830 tout le parti possible, ni ces révolutions, ni celle de 1848 n'avaient donné satisfaction complète aux classes ouvrières. La révolution sociale leur semblait à peine commencée. Le tiers état avait triomphé en 1789; ce devait être le tour du quatrième état. A leurs yeux, l'antagonisme subsistait entre le capital et le travail, entre la bourgeoisie et le prolétariat.

Pour exprimer leurs aspirations à la fois ardentes et vagues, les utopies littéraires de Saint-Simon, Fourier, Cabet, Pierre Leroux, même Louis Blanc, leur semblaient démodées. Vanarchisme de Proudhon ne suffîsait plus à des hommes qui convoitaient obscurément la conquête du capital et même du pouvoir.

Or, en Allemagne, les idées de revendication sociale avaient commencé à se formuler avec toutes les apparences d'une précision scientifique. De nouvelles théories socialistes allaient sortir non pas de la masse des travailleurs, mais de la bourgeoisie elle-même, c travailleurs intellectuels », lettrés, professeurs, ceux qu'on appela ensuite les c socialistes de la chaire >.

Les créateurs de théories furent des hommes comme Rodbertus-Jagetzow, ancien ministre de l'agriculture en Prusse (1848); Karl Marx, fils d'un fonctionnaire prussien et qui avait fait de fortes études de droit et d'économie politique ; Ferdinand Lassalle, fils d'un riche négociant et qui avait appris à l'Université le droit, la philologie et la philosophie. Les deux derniers étaient des Israélites. Tous deux avaient été compromis dans les révolutions qui suivirent en Allemagne notre révolution du 24 février 1848.

Karl Max était né à Trêves (1818), quatre ans après la fin de la domination française sur ce pays. Son principal ouvrage, devenu comme Tévangile du nouveau socialisme, fut publié en 1867 sous ce titre : t Le Capital ». Reprenant une idée de Rodbertus, enseignée d'ailleurs par d'autres économistes de grande autorité, il posa ce principe que la richesse dérive non pas de la nature, mais du travail, qui seul donne une valeur aux productions de la nature. Le travail est donc la mesure réelle à l'aide de laquelle toute

marchandise doit s'évaluer. Il est la vraie < substance créatrice de valeur ».

Gomme conséquence, le gain produit par le travail doit appartenir uniquement au travailleur. Tout ce que le capital entend prélever sur ce gain est une spoliation. Si la machine fournie par le capitaliste permet de produire en trois heures une valeur que la simple main-d'œuvre n'au^ rait pu produire qu'en douze heures, peu importe. Pour l'ouvrier, la valeur de son travail équivaut exactement h celle des objets nécessaires à son entretien et à celui de sa famille. Or, s'il n'a pas besoin de travailler plus de cinq ou six heures par jour pour gagner cet entretien, tout le travail que le capital exige de lui en surplus est excessif. 11 n'y a de juste que le travail nécessaire à la subsistance de l'ouvrier et de sa famille. S'il lui suffit de six heures de travail pour subvenir à ces besoins, et si on lui impose une journée de douze heures, c'est six heures de son travail que le patron ne lui paie réellement pas. Or, c par lui-même le capital est inerte : c'est du travail mort qui ne peut se revivifier qu'en suçant, comme le vampire, du travail vivant et qui vit et s'engraisse d'autant plus vigoureusement qu'il en absorbe davantage > ^ Le patron ou la compagnie qui fait travailler beaucoup d'ouvriers, pratique le parasitisme en grand. Dans leur lutte contre le parasitisme du capital,

1. Il n'est pout-étre pas inutile de noter, dès le débat, ce qae la négation de tout droit au capital a d'excessif, et à quel point tout le raisonnement ultérieur en sera faussé : l** Le capital n'a pas été formé nécessairement par la spoliation : le plus souvent, il est le résultat du travail et de l'épargne accumulés. Est-ce que le travail ne se propose pas comme sa récompense la formation d'un capital, et le travailleur d'aujourd'hui doit-il êlre dénoncé comme le capitaliste spoliateur de demain? 2® Le capital n'est-il pas nécessaire pour créer les entreprises où le travail trouvera sa rémunération? C'est si vrai que Lassalle s'adresse à l'État pour obtenir ce capital nécessaire ; seulement il entend que ce capital sera gratuitement accordé, ne sera pas rémunéré : nous indiquons plus loin le point faible de cette conception ; 3* Si le capital est créateur, s'il crée les entreprises, en fournissant les machines qui rendront le travail moins pénible, moins long, moins asservissant, moins dangereux pour la santé et la vie de l'ouvrier, peut-on soutenir, avec Karl Marx, qu'il n'est que du « travail mort », vampire du capital vivant?

En outre le système de Marx ne tient aucun compte de cet autre capital : l'intelligence. II semble négliger la rémunération due à l'inventeur, h rin<;énieur, qui ont fondé l'industrie nouvelle, imaginé les machines et les installations qui garantiront la santé et la vie de l'ouvrier.

les ouvriers de tous les pays doivent s'associer, afin que les heures de travail ne soient pas augmentées ou le mon* tant des salaires diminué par la concurrence qu'ils se feraient mutuellement. Karl Marx enseignait également que les ouvriers doivent lutter pour la conquête des pouvoirs politiques, afin de se servir de ceux-ci pour briser la prépondérance du capital.

Ferdinand Lassalle, né à Breslau(1825), tué en duel près de Carouge, non loin de Genève (28 août 1864), était passionné pour l'unité allemande, très hostile à la France qui s'opposait à la réalisation de cette unité, plus tard grand admirateur de Bismarck, auquel il exposa ses idées et qui en appliqua quelques-unes.

Vers 1862, il publia deux brochures dont les titres sont significatifs : Le programme des ouvriers et La science et les ouvriers, Schulze-Delitzch et d'autres réformateurs s'efforçaient d'améliorer, en Allemagne, le sort des travailleurs par la création de maisons ouvrières, de caisses de secours, de coopératives de consommation, etc. Lassalle déclara que ces efforts allaient à rencontre de l'intérêt des salariés. Il formula ce qu'il appelait t la loi d'airain ». D'après cette loi, sous l'action de la concurrence pour le travail, le salaire moyen est nécessairement réduit au minimum de ce qui est indispensable à l'ouvrier pour vivre. Si les institutions philanthropiques améliorent ses conditions d'existence, le capital interviendra pour réduire d'autant son salaire. D'autre part, vainement on affirmera que l'ouvrier traite librement avec le patron : Lassalle prétend qu'il subira toujours, par besoin, la loi du plus fort. Les travailleurs ne peuvent échapper à t la loi d'airain > ni par l'effort individuel, ni par les simples coopératives de consommation. Ils ne le peuvent qu'en formant de puissantes associations, capables elles-mêmes de produire. Seulement, comme pour produire il ne suffit pas de la force des bras, comme il faut d'abord des capitaux pour lutter contre le capital, il est nécessaire d'obtenir des subventions de l'État. Pour les lui arracher, il faut d'abord conquérir la prépondérance politique : elle ne peut se conquérir que si la classe ouvrière est en possession du suffrage universel. L'État doit aider les ouvriers à former des associations de pro-

duction où, affraDchis du patronat, ils ont eux-mêmes la direction de Tentreprise avec la totalité du bénéfice. Si rÉtat dépense des millions de thalers à créer des routes, des chemins de fer, des canaux, des ports, il peut bien en dépenser pour substituer au capital exploitant les associations d'ouvriers possédant en commun le capital ^. Au fond, ces idées se rapprochent du socialisme d'État, tel qu'il fut pratiqué par Napoléon III et, avec plus de décision encore, par Bismarck.

Lassalle ne croyait pas nécessaire, comme Karl Marx, de détruire au préalable les États, les trônes, les autels, la propriété privée, afin d'assurer l'avènement de la classe ouvrière. Il estimait que la transformation pouvait se faire pacifiquement et lentement. Pour Marx l'avènement de la République sociale était indispensable; Lassalle se contentait du suffrage universel. Il se fût accommodé d'un souverain ou d'un ministre entrant résolument dans ses vues. Il ne cherchait pas à diffamer et détruire le capital, mais à mettre aux mains des ouvriers le capital nécessaire

1. L*intérêt des ouvriers est certes très respectable ; mais il n'est pas le seul des intérêts qu'un État a pour devoir de favoriser. La classe ouvrière, si nombreuse qu'elle soit, n'est pas la seule classe dans une nation. Les autres classes utiles et productrices, les agriculteurs (beaucoup plus nombreux en France que les ouvriers), les commerçants petits ou grands, les travailleurs de la forêt, les pêcheurs de la mer, les marins, etc., auraient le même droit & réclamer les « millions de thalers » qui leur permettraient de gagner plus en travaillant moins. Or, ces millions, où l'Etat les troQvera-t-il, sinon dans les poches des contribuables, agriculteurs, commerçants, forestiers, pêcheurs, marins? Les contributions sont prélevées sur tous pour assurer les services publics d'un intérêt évident pour tousy tels que la défense nationale, l'administration, la justice, les voies de communication, les postes et télégraphes, les ports, l'instruction et l'assistance publiques, etc. Le budget de l'État, qui doit être consacré aux services intéressant la nation tout entière, ne peut avoir pour objet de dépouiller l'ensemble des contribuables pour avantager une seule classe de contribuables. Cette conception, du budget et de l'État lui-même est donc radicalement fausse.

D'autre part, le socialisme (VÉtat^ bienfaisant si l'on maintient son action dans certaines limites, arriverait à des résultats monstrueux si l'on poussait jusqu'au bout les conséquences de la doctrine. 11 aboutirait à établir sur tous ses sujets, sur les ouvriers eux-mêmes, un despotisme dont rien dans l'histoire du passé ne saurait donner l'idée. L'agriculteur et l'ouvrier seraient alors assujettis à un' servage pire que celui du xi* siècle. Le paysan serait attaché à la glèbe de l'État, l'ouvrier asservi à l'atelier d'État. Les notions de liberté individuelle et de propriété individuelle seraient également abolies.

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à leur émancipation. Marx était un internationaliste : Lassalle était un patriote allemand. Il n'eut guère d'influence sur révolution des idées françaises que par sa pittoresque formule de la c loi d'airain » et par ses principes d'organisation coopérative. Il fut avant tout le fondateur de Y Union des travailleurs allemands (1863). Au contraire, Marx, chef en Allemagne du Parti ouvrier social-démocrate y est surtout célèbre comme le fondateur de V Internationale des travailleurs. Marx eut pour disciples en Allemagne des hommes comme Liebknecht et Bebel; mais son action s'exerça surtout hors des frontières du pays natal. Le marxisme fut un fait non pas seulement allemand, mais européen.

Dès 1847, dans une réunion de communistes allemands dirigée par Karl Marx, avait été formulé le programme du parti : abolition de la propriété privée ; le crédit centralisé aux mains de l'Etat dans une banque nationale; l'agriculture pratiquée en grand, sous la direction scientiAque de rÉtat; l'industrie remise à des ateliers nationaux, etc. (Nous avons retrouvé, dans le mouvement français de 1848, partiellement mise en pratique, l'idée de ces ateliers nationaux). Le manifeste se terminait par cet appel : c Prolétaires de tous les pays, unissez- vous *.

L*Internattoiiale des travailleurs. — En 1862, pendant l'Exposition universelle de Londres, Napoléon III y fit envoyer, aux frais de l'État, un certain nombre d'ouvriers français. Ils furent bien accueillis de leurs camarades anglais. Les uns et les autres convinrent de s'unir et de créer des comités de travailleurs t pour l'échange de correspondances sur les questions d'industrie internationale». C'est le germe de la célèbre Internationale des travailleurs, A ses débuts, elle n'avait rien de révolutionnaire. Elle s'occupait des questions de salaire, et non de politique. On devait même, afin de diminuer les difficultés, tâcher de s'entendre avec les patrons.

L'idée prit de la consistance quand, le 28 septembre 1864, à Saint-Martin's Hall (Londres), se réunit un grand meeting € d'ouvriers de toutes les nations ». Karl Marx le dirigeait. Parmi les délégués français se trouvait Tolain, alors ouvrier ciseleur, futur député et sénateur. L'agitateur ita-'

lien Mazzini s*y était fait représenter par le major Wolff; mais il n*y obtint que peu d'influence et ne tarda pas à se retirer de l'entreprise. Le meeting nomma un comité provisoire chargé de rédiger les statuts de l'association et de préparer, pour Tannée suivante, la réunion d'un congrès général à Bruxelles

Ce fut seulement en septembre 1866, à Genève, que se réunit le premier congrès général, il approuva les statuts, qui avaient été rédigés de manière à ne pas alarmer les gouvernements. Ils créaient une organisation non pas centraliste, comme Tavait fait demander Mazzini, mais fédérale, respectant l'initiative des sections et fédérations locales. Le conseil général de l'Association était élu par les représentants de celles-ci. Il était presque uniquement un centre de direction et d'études ; il recevait les rapports. Dans ce congrès de Genève comme dans les suivants, les Anglais et les Allemands montrèrent en général plus de sens pratique que les Français. (Plus d'une fois depuis, ils leur ont reproché les discours inutiles, les discussions violentes, leur c sabbat de sorcières » : Hexensabbat). L'assemblée décida de poursuivre partout la réduction de la journée de travail à huit heures pour les adultes, à quelques heures pour les enfants. Des résolutions furent votées pour la suppression des armées permanentes. Dans tous les pays du monde commencèrent à se fonder des journaux qui propagèrent les idées de l'Internationale.

Le deuxième congrès général se tint à Lausanne (septembre 1867). On ne vota la suppression ni de l'héritage, ni de la propriété individuelle, mais seulement la reprise des chemins de fer par l'Etat < afin d'anéantir le monopole des grandes compagnies » . Une certaine défiance se manifestait à l'égard des sociétés coopératives, c parce qu'elles tendent à constituer un quatrième état, ayant au-dessous de lui un cinquième état plus misérable encore ». Karl Marx aurait voulu limiter l'action du congrès aux questions ouvrières, écarter pour l'instant celles de pure politique, ne pas intervenir dans les efforts tentés par les classes € bourgeoises » pour rétablissement de Républiques. On décida seulement que « l'émancipation sociale était insé-! parable de l'action politique ».

Le troisième congrès se réunit à Bruxelles (septembre 1868). Français et Allemands furent d'accord pour protester contre la guerre qui, à Foccasion du Luxembourg, menaçait d'éclater entre la France et la Prusse. On emprunta la devise des t Sociétés pour la paix > : Guerre à la guerre! Il fut même question de paralyser les gouvernements par une grève générale. On convint de soutenir les grèves partielles qui éclateraient dans tel ou tel pays par des souscriptions recueillies dans tous les autres. Pour la première fois, on s'attaqua violemment à la c société capitaliste », au salariat, < cette forme moderne de Tescla* vage ». Au lieu de l'ancien communisme de 1848, apparut ridée du collectivisme. Ce ne sont plus seulement les chemins de fer qui doivent faire retour à TEtat, mais les mines, les carrières, les forêts, même les terres de labour : « La propriété du sol et le travail agricole doivent être traités sur le même pied que le travail minier et la propriété du sous-sol ». Cette sorte de confiscation s'appelait nationalisation, appropriation à la collectivité, socialisation, Tolain protesta au nom des cinq millions de petits propriétaires agricoles de France. De plus, il s'inquiétait de voir iHndividu sacrifié à la communauté. Il s'inspirait ici de Proudhon qui a toujours combattu l'omnipotence de l'État, -cet État dût-il être socialiste. Au surplus, les membres du congrès ne précisaient pas ce qu'ils entendaient par la collectivité : était-ce celle de la commune, celle de la nation, ou bien celle de l'humanité tout entière?

Au congrès de Bâle (septembre 1869) furent prises des résolutions plus graves; celle-ci, par exemple: « Le •congrès déclare que la société a le droit d'abolir la propriété individuelle du sol et de faire entrer le sol dans la •communauté ». Toutefois l'abolition de l'héritage n'obtint •que 32 oui sur 68 votants. Enfin c'est à ce congrès qu'un ■nouvel élément se manifesta dans l'Internationale et tendit à la faire dévier : ce fut l'élément révolutionnaire russe, représenté par un ami du républicain russe Herzen : Michel Bakounine. Déjà compromis dans les troubles allemands •de 1848, condamné à mort par la Prusse, déporté en Sibérie parle Tsar, évadé ensuite, errant à travers l'Europe en quête d'insurrections à soutenir, Bakounine inquiéta les

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congressistes par la froide violence de ses théories. Il demanda la socialisation non seulement du sol, mais de toute richesse c au moyen d*une liquidation sociale universelle » ; la destruction de tous les États nationaux et territoriaux; sur leurs ruines c la construction de TEtat international des millions de travailleurs » ; la suppression de toute magistrature, de toute Eglise, de tout culte; le maintien de la commune comme seul élément organisé, et encore avec un minimum d^organisation.

En même temps que s'accentuaient les théories de Vlnte^mationale, l'agitation se propageait dans les masses ouvrières de tous les pays. Des grèves éclataient partout. En France, celle de la Ricamarie (Loire) fut sanglante. Le gouvernement de Napoléon III avait, en 1868, dirigé contre les chefs de Vlnteimationale des poursuites, d'ailleurs pleines de ménagements, et qui n'aboutirent qu'à des condamnations à 100 francs d'amende. Il se montra plus rigoureux dans celles de mai 1870, où figura, parmi les accusés, Duval, un futur général de la Commune. Dans la presse qui soutenait V Internationale, on voyait l'idée de la transformation sociale violente, au besoin par la révolution, prendre le pas sur l'idée primitive, qui était simplement le relèvement des salaires.

Au lendemain du siège prussien éclata dans Paris l'insurrection de la Commune. On ne voit pas que Y Internationale y ait participé en tant qu'association; mais nombre de ses membres y jouèrent un rôle à titre individuel; quelques-unes de ses idées et de ses formules y sont reconnaissables ^.

Le triomphe, puis la défaite de la Commune, exercèrent une action dissolvante sur Y Internationale, En excitant les passions, ces événements firent éclater la discorde, encore latente, entre les éléments relativement modérés de l'Association et ses éléments les plus violents. Quelques sections

1. Peut-être le mot de « Commune » procède-t-il de la « commune autonome » de Bakounine. — Karl Marx se tint à l'écart. Il ne crut même pas au succès de Tinsurrection. En revanche, Bakounine avait essayé de provoquer un mouvement à Lyon (septembre 1870). Plusieurs groupes de Y Internationale^ notamment le conseil général de Londres, lancèrent des adresses d'encouragement aux insurgés ou, plus tard, témoignèrent de leurs sympathies pour les « glorieux vaincus ».

de la Suisse française (Locle et Ghaux-derFonds), dirigées par James Guillaume, se révoltèrent contre les directions « autoritaires » de Karl Marx et formèrent la « fédération du Jura >. Les partisans de Blanqui opposaient la c révolution > à sa théorie de V c évolution ». Enfin Michel Bakounine, dont les propositions communistes avaient été repoussées au congrès de Bàle de 1869, fonda < TÂlliance de la démocratie socialiste ». Elle se déclarait athée; elle demandait Tabolition définitive et entière des classes; régalité politique, économique et sociale des deux sexes ; la destruction de tous les États ; la socialisation de la terre, des instruments de travail, de tout capital et de toute richesse.

Gette association fut un groupement d' c anarchistes ». Seulement ïanarchie qu^ils professaient différait profondément de Van-archie de Proudhon. Elle était, en Occident, le pendant du nihilisme russe. Si les moins violenls d*entre eux se contentaient de prêcher la destruction de TÉtat, des Églises et même de toute religion, de Tarmée, de la société, de la patrie, les énergumènes ne reculaient pas devant la c propagande par le fait » qui ne s'attaquait pas seulement aux institutions, mais aux propriétés et aux personnes. Dans ses Principes de la Révolution, Bakounine écrivait : c N'admettant aucune autre activité que celle de la destruction, nous déclarons que les formes dans lesquelles cette activité doive s'exercer peuvent être extrêmement variées : poison, poignard, nœud coulant. La Révolution sanctifie tout sans distinction. » Â ces moyens primitifs ses disciples ont pu ajouter })ar la suite le pétrole, la dynamite et les plus redoutables explosifs; au poignard associer les armes à feu, les machines infernales et les bombes. En 1881, le congrès anarchiste de Londres recommandait à ses adhérents, Fétude de la chimie, c qui a déjà rendu de grands services à la cause révolutionnaire ». De là tant d'attentats contre les propriétés, contre les personnes, même inoffeosives, contre les présidents de Hépublique aussi bien que contre les rois et les empereurs (assassinats d'Alexandre II, du président Garnot, de l'impératrice d'Autriche, du roi d'Italie, etc.). Les exaltés du parti ont fidèlement suivi cette autre instruction de Bakou*

nine : < Une série d'attentats et d*entreprises audacieuses, insensées même, épouvanteront les puissants... » L*universelle destruction, c*est ce qu*il appelait la pan-destruction *.

C'est au congrès de la Haye (septembre 4872) que 17ntematicnale de Marx, attaquée par James Guillaume, arma son chef du droit de dissoudre les groupements rebelles; que les Bianquistes (Ranvier, Ck>urnet, Vaillant), protestèrent contre cette usurpation, en faisant scission avec éclat; que Bakounine et ses adhérents furent exclus de TAssociation. Gelle--ci déclara transporter son siège hors d'Europe, à New-York. Vlntemationale de Marx et celle de James Guillaume, peu de temps après, tombèrent également en dissolution. Elles disparurent, moins sous la rigueur des lois édictées par les gouvernements ^, qualifiées par les socialistes de < lois scélérates >, que par les germes de discorde qui avaient rapidement grandi en leur sein.

Les idée» et les partis socialistes en France. — Le socialisme n'en continua pas moins à se développer parmi les classes ouvrières, et aussi parmi les classes bourgeoises et intellectuelles, où les ambitieux ne manquèrent pas pour l'exploiter comme un tremplin politique. Un ouvrier allemand, au congrès de Breslau (Prusse), montrant ses mains calleuses, disait : c Regardez bien ceci; c'est rare dans notre parti ». G*est peut-être aussi rare en France qu'en Allemagne.

Aux congrès généraux de Flnternationale des travailleurs succédèrent les conférences et congrès internationaux (Gand, 1877; Coire, 1881; Paris, 1883; Paris, 1886; Londres, 1888; Paris, 1889; Bruxelles, 1891; Zurich, 1893; Londres, 1896; Paris, 1900); sans parler d'assez nombreux congrès dits nationaux, c'est-à-dire particuliers à la France, et d'assez nombreux congrès régionaux. C'est la résurrec-

1. Bakounine est mort à Berne, le 2 juillet 1876. 11 a laissé des adhérents en Russie, en France, en Espagne, en Italie, et partout ils eurent la main dans les attentats, les émeutes et les insurrections. En revanche VAllianee anarchiste n'a eu aucun succès en Angleterre, où elle fut répudiée par le sens pratique des ouTriers britanniques, ni en Allemagne, où elle se heurte à la solide organisation des partis socialistes, celui de Lassalle et celui de Karl Marx.

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