‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 154 sur 185 · Voir ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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2. L'ouvrier devra alors « utiliser toutes les ressources que la science met à la portée de ceux qui ont quelque chose à détruire ». (G. Deville.)

DEPUIS i848. — LES IDÉES SOCIALISTES 785

SOUS le nom de communisme libertaire. Ils manifestent un fanatisme extrême contre tout ce qui forme l'armature et comme l'ossature de la société, les pouvoirs publics, le patronat industriel, la magistrature, les Églises, l'armée^ Ils sont violemment internationalistes, AUemane a rédigé un Catéchisme du soldat où l'on peut lire : « Qu'est-ce que la patrie? — La patrie est une idée fausse et un mensonge. La patrie, c'est tout ce qui nous opprime, tout ce que nous devons haïr ^ »

20 Les Broussistes (Paul Brousse, Lavy, etc.) ont rompu moins avec la doctrine marxiste qu'avec la direction < autoritaire » de Karl Marx. Ils répudient les moyens révolutionnaires, même la grève générale^ qui peut amener l'écrasement des forces prolétariennes et l'anéantissement de toute espérance. Ils comptent sur la force des choses qui, suivant eux, amènera nécessairement la transformation collectiviste. En somme, ils semblent très proches du socialisme d'État. Leur chef ayant énoncé cette maxime : c Nous demandons que l'on fasse enfin quelque chose : le possible », leurs adversaires leur ont imposé la dénomination de possibilistes ^. D'autre part, Paul Brousse, n'est pas, ou peut-être a cessé d'être un internationaliste. Récemment il écrivait : € La tradition du socialisme révolutionnaire français est d'être patriote... Le fond de la Révolution française tient dans cette clameur : « La Patrie en danger ! »

30 Mathieu Basile, plus connu sous le nom de Jules Guesde, gendre de Karl Marx, avait reçu de lui en personne ses directions doctrinales. Essayant de lutter contre Brousse, il fut battu au congrès de Saint-Etienne (1882) et dut réunir à Roanne ses adhérents. Il fonda le Parti ouvrier français, qui professe le plus orthodoxe marxisme. Dans son Programme de 1883, il semblait interdire à ses partisans la recherche des mandats de conseillers municipaux et de députés, abandonnant ces sièges a aux hémorroïdes des

1. AUemane donne à son parli la dénomination de « parti ouvrier révolationnaire socialiste ». Certains députés du parti sont tenus, sur leur indemnité parlementaire de 9000 francs, d'en verser 5000 à leur comité; certains conseillers municipaux parisiens doivent verser 2000 francs sur 6000 d'indemnité municipale.

2. Le nom que Brousse a donné à son parti est celui de Fédération de» travailleurs socialistes de France,

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bourgeois de tout acabit », n'entendant intervenir dans les périodes électorales que « parce qu'elles livrent à son action éducatrice la partie la plus indifférente de la masse >. Tout au contraire, YAlmanach du parti pour 1892 propose comme objectif la conquête des pouvoirs publics par les conseils municipaux et la députation. On évite de pousser à la grève générale comme trop incertaine et trop dangereuse. On s'essaie à rassurer les petits propriétaires; on ne menace que les gros, condamnés à la « restitution », même sans indemnité. Les Guesdistes (Guesde, P. Lafargue, Chauvin, Prévost, Ferroul, lourde, Garnaud, etc.) ont acquis une certaine force à la Gbambre des députés.

4<> Un parti de socialistes indépendants a été fondé, en 1880, par Benoit Malon.Ils professent les doctrines marxistes sur la socialisation, sont en général partisans de TÉtat fédéralisé et de la commune autonome. Us sont violemment anticléricaux. Ils ne reconnaissent ni discipline commune, ni direction autoritaire. Ils sont moins un groupe, moins un parti qu'une collection de personnalités diverses (Rouanet, Fournière, Sembat, Jaurès, Viviani, Millerand, etc). Dans la masse socialiste, ils sont les plus individualistes; ils en sont les politiciens et les politiques; ils ne cachent pas leur ambition du pouvoir. Les crises par lesquelles a passé notre politique intérieure ont tantôt dispersé, tantôt reconstitué le groupe. Il semble aujourd'hui assez disloqué, entre internationalistes et nationalistes. Cependant la plupart se sont ralliés autour d'un cabinet qui comptait Fun d'eux parmi ses membres.

Presque tous les collectivistes ont adopté le programme formulé au congrès du Havre de 1880, où se rencontrent les propositions suivantes, souvent reproduites depuis :

1"^ Repos d'un jour par semaine ; réduction du travail des adultes à huit heures ; interdiction du travail des enfants dans les ateliers au-dessous de quatorze ans ; 2<* Mimmoin lèiral des salaires déterminé, chaque année, d*apiès le prix local des denrées : 3-^ Égalité de salaire, à travail égal, pour les deux sexes ; 4« Instruction scientitique, professionnelle et in tt' Traie ^?^ de tous les enfants, mis pour leur entretien à la charade de FEiat et des communes; 5* Mise à la charge de la société des vieillards et des invahdes du travail.

6° Responsabilité des patrons en matière d'accident ; 7<* Intervention des ouvriers dans les règlements spéciaux des ateliers ; 8° Revision des contrats ayant aliéné la propriété publique (banques, chemins de fer, mines) ; exploitation des ateliers de TÉtat confiée aux ouvriers qui y travaillent; 9^ Abolition des impôts indirects et leur remplacement par un impôt progressif sur les revenus dépassant 3 000 fr. ; suppression de l'héritage en ligne indirecte et de tout héritage en ligne directe pour la partie qui dépasse 20 000 fr., etc., etc.

Or, si on se rapporte (voir ci-dessùs) aux lois déjà votées, on verra qu'une notable partie de ce programme a été réalisée avec le concours des partis modérés : lois sur les heures de travail, développement de l'instruction et de l'assistance publiques, caisses de retraites ; loi sur les accidents du travail ; loi sur les successions, en tant qu'elle admet une progression dans le tarif des droits à percevoir (1901). Le minimum de salaire, s'il n'a pu être imposé à tous les patrons, Ta été, par simple décret, à l'État et aux entrepreneurs qui dépendent de lui (1899).

En juillet 1889 se tinrent à Paris, simultanément, deux congrès de socialistes français, celui des possibilistes et celui des maradstes. En 1890, à la suite d'un nouveau congrès à Paris, on commença la campagne pour les trois huit (sur vingt-quatre heures, huit heures de travail, huit heures de sommeil, huit heures de repos). Le socialiste Lafargue pensait même, après Karl Marx, que la durée du travail pourrait se réduire à deux ou trois heures.

Enfin le 1®' mai fut indiqué comme un jour de chômage monstre où les travailleurs de toute la France devaient se livrera une grande manifestation sur la voie publique. Elle n'eut pas lieu. La fête annuelle projetée ne passa pas en tradition. D'autres mesures tendirent à organiser la conquête des municipalités, l'embrigadement des c prolétaires intellectuels », des travailleurs agricoles et des « déshérités de la mer ».

En mai 1896, au banquet des c municipalités socialistes » de Saînt-Mandé, le député Millerand prononça un discours où il déclara que « n'est pas socialiste quiconque n'accepte pas la substitution nécessaire et progressive de la propriété

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sociale à la propriété capitaliste C'est dire qu'il ne

saurait s'agir simplement de la transformation de ces trois catégories de moyens de production qu'on peut qualifier de classiques : le crédit et la banque, les transports par voie ferrée, les exploitations minières ». Les raffineries de sucre et d'autres grandes industries devaient être également socialisées. Tel fut le c programme de Saint^Mandé », dont Millerand, devenu ministre du commerce, n'a rien retiré.

Les socialistes et, pour préciser, les collectivistes avaient déjà conquis nombre de municipalités surtout dans les grandes villes, et une quarantaine de sièges à la Chambre. Pourtant ils pouvaient se croire encore éloignés du pouvoir. Le trouble qu'ils avaient aidé, à propos d'une c Affaire » trop connue, à répandre dans l'opinion publique amena partiellement ce résultat. Lorsque se forma le cabinet Waldeck- Rousseau, deux socialistes entrèrent au ministère, et l'un d'eux, l'orateur de Saint- Mandé, fut placé à la tête de l'adminijstration qui touchait par le plus de points aux intérêts économiques de la France (22 juin 1899). Le 19 novembre 1899, lorsqu'on inaugura officiellement le monument élevé par le statuaire Dalou, < le Triomphe de la République », le parti célébra son propre triomphe : on vit se déployer librement dans la rue le drapeau rouge, emblème du collectivisme, aux plis duquel le drapeau noir des anarchistes vint audacieusement mêler ses plis.

Le congères fAternational de Paris en 1900. — C'est en septembre 1900, à la salle Wagram, que les collectivistes, français et étrangers, purent réunir un congrès international.

Les collectivistes purs ou marxistes (Jules Guesde, Lafargue), soutenus par les collectivistes révolutionnaires (Vaillant, etc.), s'y trouvèrent en présence des collectivistes qui se qualifiaient d^ indépendants, mais qui étaient en réalité des collectivistes ministériels (Rouanet, Jaurès, Viviani), renforcés de toute la c jeunesse dorée » du parti, candidats fonctionnaires ou candidats ministres. Une vive discussion s'engagea sur le droit que s'était arrogé le c compagnon » Millerand d'accepter un portefeuille. Le marxiste allemand Kautsky donna sur ce sujet une consul-

tation enveloppée de réticences : « L'entrée d'un socialiste isolé dans un gouvernement bourgeois ne peut pas être considérée comme le commencement normal de la conquête, mais comme un expédient forcé, transitoire, exceptionnel. C'est là une question de tactique, et non de principe. En ce cas, le ministre doit être approuvé de son parti, en rester le mandataire : sinon il ne peut causer que la désorganisation et la confusion du socialisme militant. » Le socialiste russe Plékhanof proposa une addition qui fut ainsi rédigée : c En tout cas... un socialiste doit quitter le ministère lorsque le Parti organisé reconnaît que ce dernier donne des preuves évidentes de partialité dans la lutte entre le capital et le travail ». Après deux jours entiers de discussion, la < motion Kautsky » fut adoptée à une forte majorité. Ainsi une question qui divisait des Français fut soumise à l'arbitrage du socialisme européen et résolue par celui-ci.

Le congrès s'efforça de réconcilier et d'unir les écoles rivales en un grand parti socialiste international, ayant pour centre un Comité permanent international, siégeant à Bruxelles, chargé de coordonner les efforts des diverses nationalités, de préparer les futurs congrès. La 12® résolution du congrès de septembre 4900 est ainsi rédigée : c Le congrès est d'avis que les grèves et les boycots sont des moyens nécessaires pour réaliser la tâche de la classe ouvrière; mais il ne voit pas la possibilité actuelle d'une grève générale internationale. Ce qui est immédiatement nécessaire, c'est l'organisation syndicale des masses ouvrières, puisque de l'extension de l'organisation dépend l'extension des grèves à des industries entières et à des pays entiers. »

Le jour même (28 septembre 1900) où se clôtura le congrès international de Paris s'ouvrait, également à la salle Wagram, le congrès des socialistes français. Il fut beaucoup moins calme que le précédent. Ministériels et anti-ministériels faillirent en venir aux coups. Ils durent se séparer pour délibérer dans des salles distinctes.

Puis, ce fut le groupe guesdiste qui parait avoir pris l'initiative d'une réorganisation unitaire du parti tout entier sous le titre de a Parti de la Révolution sociale »

CrVILISATION FRANÇAISE

(février 1901). La direction du parti appartieodrait au Congrès général, représenté dans Tintervalle des sessions par un comité général. Celui-ci se tiendrait en relation avec les comités locaus, fédérations autonomes, syndicats, coopératives, bourses du travail, c maisons du peuple ». Cétail comme un État collectiviste qui se créerait dans TÉtat français, l'enveloppant du réseau serré de ses groupements, de son administration, de sa police. La France serait comme partagée en. provinces socialistes.

Les députés socialistes formeraient à la Chambre un groupe parlementaire unique. Ils étaient invités à prendre le mot d'ordre au comité général. Ils seraient inscrits sur un tableau de service, d'après lequel ils seraient, à tour de rôle, désignés « pour la propagande et pour les grèves ».

Tel est le programme d'action qui sera discuté et promulgué dans un prochain congrès de socialistes français.

Toutes ces forces allaient travailler à désorganiser les industries c capitalistes > et les institutions < bourgeoises », telles que le patronat, les Eglises, l'armée, qu'on entendait transformer en simples c milices citoyennes > : cela dans une Europe où les Etats militaires travaillent chaque jour à porter au maximum leur puissance d'ofifensive !

Il serait moins utile de parler des ouvriers syndiqués c révolutionnaires », du socialisme agraire, du socialisme c chrétien » ; mais il nous a paru indispensable d'indiquer révolution des idées socialistes en France depuis 1848. On voit que les réformes opérées et les progrès accomplis dans la législation sont loin d'avoir atténué l'âpreté des c revendications ».

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