VI PRÉFACE
A aucune époque de notre histoire, le génie français n'a été plus vivant, plus agissant, plus fécond, en toutes les branches de la littérature, de Tart, de la science, que dans les cinquante dernières années qui viennent de s'écouler.
Au théâtre, dans la poésie, dans le roman, dans la critique littéraire, dans la philosophie, dans l'histoire, dans Térudition, que de noms et que d'œuvres I Gomment être juste pour tous? Gomment oser préjuger les appréciations de l'avenir sur chacun? Gomment rester impartial entre les écoles rivales? Gomment se défendre des passions et des sentiments qui dominent la génération à laquelle on appartient et qui ne seront peut-être pas ceux de la postérité? Quand on voit combien de jugements des contemporains de Gorneille, de Racine, de Voltaire, de Ghateaubriand, de Balzac, ont été réformés, comment se hasarder à juger et à classer, à louer celui-ci, à laisser dans l'ombre celui-là?
Parmi les centaines de nos contemporains qui manient avec distinction l'ébauchoir, le pinceau, le burin, ou qui nous charment de leurs œuvres lyriques, quels sont ceux que l'avenir établira solidement au Panthéon artistique et qu'un autre Delaroche peindra dans un autre Hémicycle?
Même pour les sciences et les applications des sciences, qui pourra apprécier, avant trente ou quarante ans, la portée réelle de telle ou telle découverte, que nous ne pouvons que noter au passage et qui est peut-être le point de départ de merveilleux développements?