‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 39 sur 185 · Voici un extrait de ce nouvesa catéchisme · texte numérisé non relu

Voici un extrait de ce nouvesa catéchisme

Leçon VIT. — Suite du quatrième Cùmmandement.

D. -> Quels sont les devoirs de:( chrétiens à l'égard des princes qui les gouvernent, et quels sont en particulier nos devoirs envers Napoléon I*% notre emperear?

R. — Les chrétiens doivent aux princes qui les gouvernent, et nous devons en particulier à Napoléon I*', notre CLiperear, l'amour, le respect, l'obéissance, la fidélité, le sey'vice militaire, les tributs ordonnés pour la conservation et la défense de l'empire et de son trône ; nous lui devons encore des prières ferventes pour son salut et pour la prosjtérité spirituelle et temporelle de l'État.

D. — Pourquoi sommes-nous tenus de tous ces devoirs envers notre empereur?

R. — C'est, premièrement, parce que Dieu, qui orée les empires et les distribue selon sa volonté, en comblant notre empereur de dons, soit dans la paix, soit dans la guerre, Ta établi notre souverain, l'a rendu le ministre de sa puissance et son image sur la terre. Honorer et servir notre empereur estdonc honorer et servir Dieu lui-même. Secondement, parce que N.-S. J.-C, tant par sa doctrine que par ses exemples^ nous a enseigné lui-même ce que nous devons à notre souverain.....

D. — N'y a-t-il pas des motifs particuliers qui doivent nous attacher plus fortement à Napoléon I*', notre empereur?

R, — Oui, car il est celui que Dieu a suscité, dans les circonstances difficiles, pour rétablir le culte public et la religion sainte de nos pères, et pour en être le protecteur. H a ramené et conservé l'ordre public par sa sagesse profonde et active; il défend l'Etat par son bras puissant; il est devenu l'oint du Seigneur par la consécration qu'il a reçue du souverain pontife, chef de l'Église universelle.

D. — Que doil'On penser de ceux qui manqueraient à leur devoir envers notre empereur?

R. — Selon l'apôlre saint Paul, ils résisteraient à l'ordre établi de Diea même, et se rendraient dignes de la damnation éternelle.

fêle de TEmpereur se confondit avec celle de rAssomption de la Vierge, le 15 août *. En revanche, il recevait les prélats à la cour, faisait entrer les cardinaux dans son Sénat, donnait le pas aux évêques sur les généraux. Il choisissait de préférence pour Tépiscopat les prêtres titrés, même anciens émigrés; nommait M. de Boulogne parce qu'autrefois il avait prêché le carême devant Louis XVI; désignait Boisgelin, archevêque d'Aix, pour prêcher le jour de la publication du Concordat, précisément parce qu'il avait parlé au sacre de Louis XVI; se plaisait à renouer les anciennes traditions de l'Église monarchique, et, comme Louis XIV, goûtait les louanges tombées de la chaire. Il se montrait même plus difficile que le grand roi : à l'occasion de la naissance du roi de Rome, M. de Broglie, évêque d'Acqui (Italie), n'avait rien trouvé de mieux que de copier ce qu'avait dit Bossuet h la naissance d'un petitfils de Louis XIV : Napoléon trouva que c'était insuffisant. Portalis *, conseiller d'État chargé des cultes, fut comme un ministre des affaires ecclésiastiques. Les mandements épiscopaux furent, comme les journaux, soumis à une sorte de censure : d'abord on engagea les évêques à communiquer leur prose aux préfets ; puis ils ne purent faire imprimer qu'à l'imprimerie préfectorale. Le préfet exigeait parfois des modifications ou des suppressions. Il se produisit des faits singuliers. Tel préfet, appelé à censurer un mandement, pouvait être protestant ou libre penseur. Souvent un évêque, dont le diocèse comprenait deux départements, recevait de ses deux préfets des critiques contradictoires. Ces fonctionnaires avaient une tendance à empiéter

1. Quand on fonda la Saint-Napoléon, les prélats farent très embarrassés pour découvrir la légende du nouveau saint. L'évèque de Nancy écrit qu'à « la honte des bibliothèques de Nancy, vainement, nous avons feuilleté tous les volumes qui pouvaient nous instruire ». Le cardinal Caprara, légat du pape, s'avisa enfin qu'il y avait eu un chrétien martyrisé en Egypte, sous le règne de Dioctétien, et qui s'appelait Neapolis ou Neapolas. On n'hésita pas à y reconnaître le Napoléon cherché, et on l'inscrivit dans le calendrier.

2. Après Austerlilz, Portalis, reprenant un usage de l'ancien régime, av&it eu ridée de faire lire en chaire par les curés les bulletins de victoire. Napoléon se ravisa : s'il y avait de mauvaises nouvelles, n'éLait-ce pas les autoriser h les communiquer en chaire? « Je vous ai déjà fait connaître, écrivit-il à Portalis, que je ne désirais pas qu'on fît sortir les prêtres de leurs fonctions et qu'on leur donnât trop d'importance civile... C'est un grand mal de leur faire sentir qu'ils ont une importance politique. »

sur le domaine spirituel : celui de rAveyron se trouvait <c déconsidéré aux yeux de ses administrés », parce que son évéque ne permettait pas, comme ceux des diocèses voisins, Tusage des aliments gras à certains jours.

Napoléon faisait surveiller les prélats par la gendarme* rie, recevait des rapports sur eux. Il essaya de les transformer eux-mêmes en auxiliaires de la gendarmerie, les invitant à appuyer les mesures de recrutement, surtout dans rOuest et en Belgique, à prêcher contre l'Angleterre, en insistant sur la persécution des catholiques irlandais. H exigea qu'ils dégradassent les prêtres compromis dans les complots. Certains se prêtaient aisément à ce rôle : Bernier, par exemple, dénonçait les menées de ses anciens complices, les chouans, et Napoléon l'invitait à en faire arrêter deux.. Il disait volontiers : « Mes évêques et mes gendarmes. »

Ce clergé si docile. Napoléon trouva moyen de le pousser à bout. Après qu'on eut enlevé le pape de Rome, il essaya, comme Louis XIV en 1682, de couvrir ses actes de Tautorité de l'Église de France. Il convoqua donc un comité, choisi parmi les plus dévoués du haut clergé, et composé du cardinal Maury, de cinq évêques et de l'abbé Émery, supérieur de Saint-Sulpice. Il les invita à se prononcer sur des questions fort embarrassantes pour eux : à savoir, si, pour mettre le pape à la raison, il ne convenait pas de réunir un concile ; si l'on ne devait pas placer Pie VII sous la tutelle d'un conseil d'évêques de tous les pays; s'il n'y avait pas des mesures à prendre pour prévenir l'excommunication qu'il pouvait être tenté de lancer. Les membres du comité se bornèrent à dire qu'une excommunication serait a un abus de pouvoir »; ils évitèrent de s'expliquer sur le reste. L'Empereur dut se borner à édicter le décret de 1810 (25 février), par lequel il remettrait en vigueur les maximes de 468% et en prescrivait de nouveau l'enseignement dans toutes les facultés de théologie et dans tous les séminaires. L'année suivante, il se décida à réunir le concile national de 1811 (du 17 juin au 5 août), où figurèrent 106 évêques dont 31 de son royaume d'Italie. Un certain nombre d'entre eux réclamèrent la mise en liberté du saint-père. Les promoteurs de cette démarche, les évêques de Troyes, de Tournai, de

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Gand, furent arrêtés et enfermés à Yincennes. 88 prélats consentirent à approuver le décret de 1811, en verta duquel « si, dans les six mois, le pape refusait l'investiture épiscopale (aux nouveaux évêques), elle serait donnée par le métropolitain ».

Bientôt Napoléon se trouva engagé, comme les Assemblées révolutionnaires , dans la voie de la persécution. Il avait entrepris de révoquer et de remplacer les trois prélats arrêtés : cela ât un schisme dans les trois diocèses. A Tournai, comme le nouvel évêque se préparait à officier, les séminaristes refusèrent de paraître dans le chœur : le préfet arrêta leur supérieur et leurs professeiu*s et livra ces jeunes hommes au recrutement militaire ; Napoléon les fit incorporer dans les régiments d'artillerie de Wesel, où plusieurs moururent de chagrin ou de maladie.

AmMtlons impoUfi^iies de Napoléon. — Plus tard à Sainte-Hélène, Napoléon énonçait ainsi ses vues sur l'Église : « Quel levier! Quel moyen d'influence sur le reste du monde!... J'aurais fait du pape une idole; il fût demeuré près de moi. Paris fût devenu la capitale du naonde chrétien, et j'aurais dirigé le monde religieux aussi bien que le monde politique... J'aurais eu mes sessions religieuses comme mes sessions législatives. Mes conciles eussent été la représentation de la chrétienté : les papes n'en eussent été que les présidents. » Le système que rêvait Napoléon eût été la confusion du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. L'Empereur eût été à la fois un chef politique et religieux, comme les empereurs païens de Rome, comme les khalifes arabes et les sultans ottomans. C'eût été un retour au despotisme asiatique.

Le Concordat de 1801 valait mieux que la politique de 1811. Aussi a-t-il survécu à Napoléon.

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