‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 42 sur 185 · LES CULTES NON CATHOLIQUES · texte numérisé non relu

LES CULTES NON CATHOLIQUES

tiens politiques, qui n*ont pas le même caractère et qui doivent varier comme les conditions politiques où se trouvent les fils d'Israël. La loi civile des Juifs pouvait donc se confondre avec la loi civile des Français. La polygamie, prohibée par leur synode de Worms an xi« siècle, n'était plus pratiquée depuis des siècles. Pour le mariage et le divorce, ils se conformeraient désormais aux dispositions du Gode Napoléon. Les mariages mixtes, c'est-à-dire entre Juifs et chrétiens, ne seraient pas bénis par le rabbin, mais ne seraient plus frappés de Tanathème. Les Juifs considé reraient les Français comme leurs concitoyens, avec obligation de les aimer, de les secourir. Ils regarderaient la France comme leur patrie et lui rendraient le service militaire : pendant la durée de ce service, Tobservation du sabbat et des autres pratiques incompatibles avec lui serait suspendue. Ils encourageraient leur jeunesse aux 8.rts et aux métiers utiles, s'interdiraient l'usure, acquerraient des propriétés foncières. Le décret du 2 mars 4807 sanctionna les décisions du grand sanhédrin. Un autre décret obligea les Juifs à adopter, ce qu'ils n'avaient pas encoi*e, des noms de famille.

Le décret du 47 mars 4808 les plaça, pour dix années encore, sous un régime exceptionnel. Durant ce délai, ils ne pourraient faire le commerce des immeubles, ni prendre une hypothèque, sans l'autorisation du préfet. Les Juifs étrangers aux départements d'Alsace et de la rive gauche du Rhin ne pourraient s'y établir, ni ceux de cette région s'établir dans le reste de la France, sinon comme agriculteurs. La faculté de prendre un remplaçant dans le service militaire était suspendue pour eux.

C'était un décret bien dur : il avait pour objet de faire l'éducation civique des Juifs d'Alsace et de Lorraine ; aussi ceux de Paris et de Bordeaux furent-ils exceptés de ces dispositions. Gomme il ne fut pas renouvelé, lors de son expiration en 1818, les Juifs furent alors placés de plein droit sous la loi commune.

Organisation du eolte Israélite. — Ce même décret, puis le décret du 44 décembre 4808, donnèrent aux Juifs leur organisation religieuse. Napoléon établit une syna^ gogu^ consistoriale et un consistoire Israélite dans tout

département ayant au moins deux mille âmes de population juive : les départements qui auraient une population juive inférieure à ce chiffre seraient groupés pour former la circonscription d'un consistoire. Dans le ressort de la synagogue consistoriale pourraient s'établir, si le consistoire le jugeait utile, des synagogues particulières: à la tête de celles-ci serait un rabbin; k la tête de celle-là, un grand rabbin. Un consistoire se composerait d'un grand rabbin et de notables laïques. A Paris, il y aurait, pour tout l'Empire, un consistoire central, composé de trois grands rabbins et de notables.

Aucune élection de rabbin, de grand rabbin, de notable, ne serait valable sans l'autorisation du gouvernement. Les rabbins étaient astreints à prêter le serment, avant d'entrer en fonctions, et à prier pour l'Empereur. Ils devaient « rappeler en toute circonstance l'obéissance aux lois, notamment et en particulier à celles relatives à la défense de la patrie, mais y exhorter, plus spécialement encore, tous les ans à l'époque de la conscription, depuis le premier appel de l'autorité jusqu'à la complète exécution de la loi ».

Napoléon exigeait donc tout autant du clergé israélite que des autres clergés; mais il ne le payait pas. Ses décrets fixaient bien les traitements ; mais ce n'était pas TEtat qui fournissait l'argent : c'étaient les contributions des fidèles. Les consistoires étaient chargés d'en répartir et d'en percevoir le montant. Cet état de choses dura jusqu'à 1831.

Ouvrages a consdlter. — Ludovic Sciout, Hist. de la Constitution civile du clergé. — L'abbé Jaeer, Eist. de V Église de France penaant la Bévol. (1789-1792). — L'abbé Méric, M. Emery et l'Église de France pendant la Révolution. — Chassin, Les cahiers des curés (en 1789). — Ernoaf, Soimenirs de la Terreur^ Mémoires d'un curé de campagne (le curé Dumesnil). — De Presaensé, L'Église et la Révolution.

— Gazier, Études sur l'histoire religieuse de la Révol. fr. — Victor Pierre, La Terreur sous le Directoire.

— Picot, Mémoires pour servir à V histoire de l'Église. — Jules Sauzay, Hist. de la persécution révolutionnaire dans le Doubs. — F. A. Aulard, Le culte de la Raison et le culte de

l'Être Suprême. — Robinet, Le mouv, religieux, à Paris. — Crétineau-Joly, Bonaparte et le Concordat. — Léon Siché, Les origines du Concordat, D'Haussonville , L'Église romaine et le premier Empire (1800-1814). — J. Jauffret, Mémoires hist. sur les affaires ecclés. de France pendant les premières années du XIX* siècle.

— Artaud, Vie et pontificat de Pie VIL — J. Buissao, Le Concordat de 180i et les articles organiques. — Dupin, Libertés de l'Eglise gallicane.

Th. Reinach, Hist. des Israélites depuis leur dispersion. — L'abbé Lehmann, Ventrée des Israélites dans la société française et Napoléon P' et les Israélites (1894). — Compléter avec la Bibliographie de l'Histoire générale, t. VIII, p. 528

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