I. Le droit des gens
lie droit des gens pendant la Révolntlon. — La Constitution de 4791 consacre un principe nouveau en matière de droit des gens : « La nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes, et n'emploiera jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple. » C'est la négation du droit violent d'autrefois, du droit du. plus fort, du droit de conquête, qui venait de s'affirmer encore d'une façon si scandaleuse dans le premier paxlage de la Pologne. Comme corollaire du dogme de la souveraineté nationale à l'intérieur, la France professe le respect de la souveraineté des autres nations. Pour être sûre de n'être pas amenée à violer ce principe, malgré les objurgations de Mirabeau, elle désarme la royauté du droit de paix et de guerre et le remet aux représentants du pays.
La Constituante s'imposait seulement dé ne pas nuire aux autres peuples : la Convention, emportée par les idées généreuses des Girondins, rend le décret de 4792 (49 novembre) : « La Convention nationale déclare, au nom de la nation française, qu'elle accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté. »
Déjà, au lendemain du manifeste de Brunswick, quand la France se trouva en face d'une nécessité inéluctable, la guerre pour la défense du territoire, Robespierre avait dit:
« Allons I il faut que le peuple français soutienne le poids du monde. Il faut qu'il soit parmi les peuples ce qu'Hercule fut parmi les héros. »
Alors commence la guerre de propagande, la guerre pour ra£francliissement des nations, la guerre pour Texpansion des Droits de VHomme, C'est aux acclamations des libéraux de la Savoie, de Nice, de la rive gauche du Rhin *, de la Belgique, de la Hollande, c*est précédés par des légions de volontaires savoisiens, italiens, rhénans, belges, bataves, que nous entrons dans ces pays. Nous acceptons la lutte contre tous les rois pour la cause de tous les peuples. Dans la proclamation aux armées (21 février 1793), la Convention propose à leur valeur le but le plus noble pour lequel jamais soldats aient combattu : « Si vous êtes vainqueurs, c'en est fait des tyrans. Les peuples s'embrassent, et, honteux de leur longue erreur, ils éteignent à jamais le flambeau de la guerre. On vous proclame les sauveurs de la patrie, les fondateurs de la République, les régénérateurs de l'univers. » Peut-être y avait-il là une utopie; mais quelle espérance que la régénération universelle, que la paix perpétuelle ! et quelle force morale elle donnait à une armée et à une nation i
La lutte devient si lourde pour nous, si menaçante pour notre existence même, qu'il faut bientôt renoncer à ces vastes pensées et consacrer tous nos efforts à la défense de notre propre territoire. La politique plus étroite, mais plus pratique de Robespierre prévaut. La Constitution de 1793 consacre bien ce principe : « Le peuple français est l'ami et l'allié naturel des peuples libres»; mais elle ajoute
1. Le grand poète allemand Goethe, dans Bermann et Dorothée» raconte ainsi notre arrivée parmi les populations de la rive gauche du Rhin : « Les Français arrivèrent, mais ils semblaient n'apporter que l'ami lié. Et ils rapportèrent en effet, car ils avaient tous T&me exaltée. Ils plantaient aveo -allégresse les joyeux arbres de liberté, promettant à chacun son droit, à chacun son gouvernement national. Les jeunes gens, les vieillards se félicitaient, et les danses joyeuses commencèrent autour des nouveaux étebdards... Il est beau le temps où, avec son amapte, le fiancé prend l'essor ^ la danse, en attendant le jour de l'union souhaitée ; mais il était plus magnifique le temps où le premier des biens que l'homme puisse rêver notis sembla proche et accessible : la liberté! Toutes les langues étaient déliées : vieillards, hommes faitfi, jeunes gens, exprimaient hautement des pensées et des sentiments sublimes. »