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II. L'armée pendant la Révolution

Mlaistres de la guerre. — Pendant la période révolutionnaire et impériale, les ministres de la guerre ont été le comte de Puységur, nommé en 1788; le duc de Broglie, qui le remplaça pour organiser le coup d'État de juillet 1789, mais ne resta que vingt et un jours; la Tour du Pin,

du Portail, Narbonne, qui administrèrent sous la Constituante; de Grave, Servan, Dumouriez, sous la Législative; Pache, Beurnonville, Bouchotte, sous la Convention. Quand les ministères furent supprimés, Carnet eut une influence prépondérante dans les Commissions executives de la guerre * comme au Comité de Salut public. Sous le Directoire, on eut pour ministres de la guerre : Aubert-Dubayet, Petiet, Schérer, Millet-Mureau , Bernadotte; sous le Consulat : Dubois-Crancé, Berthier, Carnot, Lacuée ; sous l'Empire : Lacuée, Berthier (1807), Clarke (1807-1814). A côté du ministère de la guerre il y eut, à partir de 1810, un ministère de V administration de la guerre, avec Dejean, Lacuée, Daru. Le ministre de la première Restauration fut Dupont et celui des Ccnt-Jours le maréchal Soult.

Idées nouTelles sur l'aimée. •— A la fin du xvm^ siècle, le système de Tarmée permanente avait été attaqué par les philosophes et les économistes : la milice surtout avait été dénoncée comme tyrannique et ruineuse. Les cahiers de 1789 demandèrent, en général, la suppression de celle-ci et la réduction de celle-là. En môme temps, on préconisait V armement de tous les citoyens.

Pouvoirs du roi sur la force armée. — La Constituante maintint à Louis XYl un attribut essentiel du pouvoir exécutif : le roi restait le chef suprême de l'armée; mais l'Assemblée garda un attribut non moins essentiel du pouvoir législatif : celui de voter annuellement les sommes nécessaires à l'entretien de l'armée : ce qui entraînait le droit d'en déterminer l'effectif.

La force armée se composait alors de trois éléments : la garde nationale, l'armée régulière, la gendarmerie, spécialement réservée au service de l'intérieur.

n ne pouvait être introduit dans le royaume aucun corps de troupes étrangères qu'en vertu d'un acte du pouvoir législatif. On voulsiit empêcher que le roi, en augmentant le nombre des régiments suisses, allemands, irlandais, qui étaient déjà à sa disposition, ne pût en faire un instru-

1. Ces commissions, destinées à remplacer Tancien ministère, étaient aa nombre de deux : 1* Organisation et mouvements des armées ; 2* Approvisionnements. La Commission des Travaux publics avait hérité aussi de certaines attributions du ministère de la guerre.

ment de despotisme. C'est surtout avec ces troupes étrangères que la cour essaya à deux reprises, en juillet et en octobre 1789, de faire un coup d'État contre FAssemblée; c'est avec les gardes suisses qu'elle livra au peuple de Paris le décisif combat du 10 août 1792, après lequel les gardes suisses et les régiments suisses furent dissous.

L'institution de la garde nationale entraînait la suppression de la milice ainsi que du tirage au sort. La Constituante, par le décret de 4189 (16 décembre), n'admît d'autre mode de recrutement que les engagements volontaires,

La sarde nationale. — La Constituante, dès le 13 juillet 1789, avait demandé la formation de gardes bourgeoises; le roi essaya de s'y refusier; mais elles s'organisèrent spontanément sur loule l'étendue du territoire. En août, elles prirent le nom de gardes nationales. A Paris, il y eut alors 60 bataillons de district, comprenant chacun une compagnie spéciale, appelée compagnie du centre, et qui faisait un service permanent. Ces 60 Smpagnies permanentes furent recrutées des gardes-françaises, passés à la cause de la Révolution, et de quelques militaires qui avaient abandonné leur corps. Ensemble, elles constituaient une force, très sérieuse pour ce temps, de 6000 soldats. La garde nationale de Paris prit l'uniforme des gardes-françaises : les grenadiers eurent le grand bonnet à poil et les fusiliers le tricorne. Elle comprenait aussi de l'artillerie, des gardes à cheval, des vétérans, des carabiniers, des cuirassiers avec le tricorne et la cuirasse. En province, l'uniforme ofifrit une variété infinie : habit rouge, ou blanc, ou bleu. La Fayette fut nommé « commandant général des gardes nationales du royaume » et devint, par là, un des personnages les plus considérables de l'État, l'arbitre du roi et de l'Assemblée. A la fête de la Fédération (14 juillet 1790), il y eut à Paris des délégués de toutes les gardes nationales de France : ce fut surtout lo. fête de la milice nouvelle.

La loi de 4190 (6 décembre) appela au service de la garde nationale tous les citoyens en âge de porter les armes; elle déclara que cette garde n'était ni un corps militaire, ni une institution dans l'État : « Ce sont les citoyens euxmêmes appelés au service de la force publique ». L'organisation devait être déterminée par le roi; la discipline et

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runiforme seraient les mêmes partout ; les officiers étaient éhis à temps et ne pouvaient être réélus qu* après un intervalle de service comme simples soldats. Cette dernière disposition achevait de détruire toute discipline dans une milice où l'on n'était déjà que trop disposé à discuter.

Cette loi avait statué que nul ne pouvait commander la garde nationale de plus d*un district : elle mettait fin à la dictature militaire de La Fayette. Les lois de 4794 (23 septembre et 14 octobre) décidèrent que les bataillons se formeraient seulement par district et par canton : elles supprimaient toute organisation départementale. Chaque bataillon se composerait de compagnies ordinaires et d'une compagnie de grenadiers. Huit ou dix bataillons se groupaient pour former une légion. Il pouvait y avoir des compagnies à. cheval et même des sections d'artillerie, à raison de deux pièces pour chaque bataillon à pied.

Sous la Législative, la loi de 1792 (8 mai) organisa à part des canonniers de la gai^ nationale. Elle créa des compagnies de vétérans (âgés de plus de soixante ans) et d' élève f(èigés de moins de dix-huit ans). En rendant le service universel, elle autorisa les ministres, députés, employés, prêtres, magistrats, à payer une taxe de remplacement.

Le drapeau trieolore. — Les drapeaux offraient jusqu'alors une variété infinie, les trois couleurs étant disposées en tiiangles, en losanges, en croix, etc. Désormais il n'y eut qu'un seul drapeau tricolore, le bleu adhérant à la hampe, avec une double inscription. D'un côté : « le Peuple français debout contre les tyrans » ; de l'autre : « la Liberté ou la mort ». .

L'année ré^^lière sens la Constitaante. — Quant à l'armée, la Constituante se borna d'abord à y introduire quelques réformes. La vénalité des grades était supprimée . nul ne pouvait devenir officier sans avoir débuté comme soldat ou sous-officier. On ne pouvait être promu à un grade supérieur qu'après avoir passé quelque temps dans le grade inférieur. Les soldats devaient prêter entre les mains de leurs officiers, et les officiers devaient prêter publiquement le serment d'être u fidèles à la nation, à la loi, au roi et à la Constitution ». On espérait faire ainsi de l'ancienne armée royale une armée vraiment nationale.

Les noms des aaciens régiments, Navarre, Piémont, Champagne, Picardie, qui rappelaient tant de souvenirs de gloire, furent supprimés et remplacés par des numéros d'ordre *. On abolit les étals-majors généraux, gouvernements, lieutenances ; on réduisit de 16 à 6 les maréchaux de France, de 216 à 34 les lieutenants généraux; on remplaça la dénomination de bai-of^der par celle de sous-officier; on établit des règles pour les examens et Tavancement.

La loi de 4790 (22 septembre) réorganisa les cours martiales, les composa de juges militaires et de juges civils, y introduisit la procédure publique, la faculté de se défendre par avocat, les jurys d'accusation et de jugement, la sentence motivée. La loi de 4794 (30 septembre) ^ édicta un Code des délits et des peines militaires, qu*on trouva bien sévère à cette époque, mais qu'on n'a pas modifié depuis.

Tout militaire, après seize ans de service, jouirait des droits de citoyen actif.

Pendant longtemps, Farmée permanente fut négligée : toute la faveur de Topinion se portait vers la garde nationale. On s'enorgueillissait du chiffre énorme de cette milice, et il n'était bruit que des 2571 000 baïonnettes qu'elle pouvait opposer à l'Europe coalisée. Quelques-uns parlaient même de quatre millions.

Pourtant, quand on eut à défendre la frontière, on s'aperçut qu'une garde nationale, composée d'hommes de tout âge et de toute profession, si nombreuse qu'elle fût, n'était pas en état de lutter contre les vieux régiments de la Prusse et de l'Autriche. Une armée permanente était seule capable de tenir tête à des armées permanentes.

Malheureusement, l'armée royale était désorganisée par rémigration de 2000 officiers nobles, affaiblie par la désertion de 30 000 soldats. Pour la reconstituer, on n'avait plus la ressource du tirage de la milice, et Fou n'avait pas

i. En 1791, le chapeau à cornes est remplacé par le casque en feutre noir verni. Les grenadiers et les carabiniers continuent à porter le bonnet à poil.

2. Jusqu'en 1796, les tribunaux militaires ne sont pas permanents, et il n'y a pas dereeours contre les jugements. En 1796, apparaissent les Conseils de guerre permanenta et les Conseils de révision^ appelés & réformer lep jugementA.

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encore celle de la coQScription. En 1791, la Constituante décida de renforcer l'armée de 100 000 gardes nationaux volontaires; ils devaient serrir un an : chaque département devait fournir un contingent déterminé. En réalité, la levée ne ^ que de 60 000 hommes.

La Législative : les enrôlements volontaires. — En 1792, devant les menaces d'invasion, on proclama la pairie en danger, et partout, sur des estrades en plein air, on ouvrit des bureaux d'enrôlement. Contre l'Europe et les émigrés, qui prétendaient rétablir l'ancien régime, détruire les libertés nouvelles, dépouiller les acquéreurs des biens nationaux, rétablir la dime et les droits féodaux, les campagnes s'armèrent comme les villes. Dans tous les départements s'organisèrent les bataillons de volontaires. Ceuxci furent autorisés à élire leurs officiers * : beaucoup de leurs choix furent excellents. C'est alors que des hommes qui, sans la Révolution, seraient restés dans les carrières civiles ou auraient végété comme sous- officiers dans l'armée, obtinrent l'épée d'officier par le suffrage de leurs camarades. C'est alors que les Hoche, les Marceau, les Desaix, les Joubert, les Championnet, les Kléber, ces futurs généraux de la République; que les Masséna; les Augereau, les Moncey, les Davoust, les Macdonald, les Lajines, ces futurs maréchaux de l'Empire; que les Marat et les Bernadotte, ces futurs rois de Naples et de Suède, furent élus capitaines ou chefs de bataillon.

A côté des officiers plébéiens, comme Sébastian!, fils d'un artisan ; Drouot, fils d'un boulanger; Murât, fils d'un aubergiste; Lannes, teinturier; Bessières, perruquier; Jourdan, mercier, il y a quantité d'officiers de l'ancienne noblesse : Blron, Custine, Montesquieu, la Bourdonnaye, Canclaux, Dumouriez, Dagobert, de Fontenilles, Dugommier, Desaix, Dommartin, Clarke, Macdonald, Grouchy, Marmont, Bonaparte. Beaucoup d'anciens nobles restèrent fidèles à la

1. Les soldats de l'ancienne armée désapproavaient cette innovation: ceux de Dumooriez déclaraient aux ' commissaires de la Législative que « c'était le plus grand malheur qui pût arriver ». Pourtant, à une époque où le patriotisme primait tous les sentiments et où les grades n'étaient pas ambitionnés avec autant d'ardeur qu'aujourd'hui, ce système ne produisit pat %oas les inconvénients qu'il aurait pu produire en d'autres temps.

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patrie sous ses nouveaux étendards. Le royaliste pommartin écrivait : a C'est à Farinée qu'est la place de tous les gens de bien », et La Tour-d* Auvergne s'écriait : « Quand même toute Tarmée émigrerait, je resterais en France. »

A tous, la pénurie du Trésor réservait de dures privations et de cruelles épreuves ^

Les forces réunies à la frontière se composaient donc de deux ièléments bien différents : l'ancienne armée, désorga-

1. On connaît ce mot de La Tour d'ÂUTergne, à qui un représentant du peuple faisait ses offres de service : « Eh bien, dit La Tonr d'Anvergne, si

TOQs êtes tout-puissant, demandez poor moi — Quoi? un régiment? —

Non I une paire do souliers. »

Quand on songe qu'en 1793 et 1794 les officiers, les généraux mêmes, an témoignage de Soult, ne touchaient en argent que S francs par mois, on se demande quel devait être le dénuement des soldats.

Une estampe allemande, que M. Lorédan Larchey a reproduite dans son édition du Journal du iergeni Frieasse^ représente une revue de soldats français à Manheim en 1795. Toutes las variétés possibles de vêtements, de coiflbre et de chaussure y sont représentées : la veste étriquée et l'ample redingote à la propriétaire, les pantalons de cotonnade rayée et les culottes de drap, les casques à chenille, les tricornes et les bonnets de peaux de bêtes. Les uns semblent avoir conservé quelque vestige d'un costume de petit-maitre, y compris les escarpins et les bas de soie ; les autres sont là tel* qu'ils sont arrivés du village, avec leurs grands chapeaux ronds de paysans, leurs guêtres encore rouges de la glèbe des champs et leurs blouses rustiques : tout cela fripé, rapiécé, déchiré, frangé, ef&loohé, lamentable à voir. Certains ont des reates de bottes, quelques-uns des débris de souliers rafistolés avec des ficelles ; d'autres vont pieds nus.

Pour donner une idée de l'esprit qui animait ces volontaires, je citerai la Prière du soldat républicain français du sergent Fricasse :

« Dieu de toute justicCi Être étemel et suprême souverain, arbitre de la destinée de tous les hommes, toi qui es l'auteur de tous biens et de toute justice» pourrais-tu rejeter la prière de l'homme vertueux qui ne te demande que justice et liberté?

« Ah 1 si notre cause est injuste, ne la défends pas I La prière de l'impie est un second péché ; c'est t'outrager toi-même que de te demander ce qui n'esi pas conforme à ta volonté sainte.

« Mais nous te demandons que la puissance dont ta nous a revêtus soit conforme à ta volonté. Prends sous ta protection sainte une nation généreuse qui ne combat que pour l'égalité. Ole à nos ennemis détestables la force criminelle de nous nuire; brise les fers des despotes orgueilleux qui veulent nous les forger. Bénis le drapeau de l'union sous lequel nous voulons tous nous réunir pour obtenir notre indépendance. Bénis les généreux eitoyenc qui exposent leur vie et leur fortune pour défendre leur patrie. Bénis les mères respectables de ces vertueux enfants de la pairie qui te prient de leur accorder victoire. Ouvre les yeux de ceux qui sont égarés dans nos foyers afin qu'ils rentrent à la raison, pour jouir avec nous des préeieux froits de l'égalité et de la liberté, et chanter aveo nous les cantiques et les louanges dédiés à l'Êlre suprême. •

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nisée et un peu découragée, mais ayant Texpérience et l'instruction militaires, et ces bataillons nouveaux, encore inexpérimentés, indisciplinés, turbulents, mais qui apportaient un patriotisme ardent, un dévouement à toute épreuve, un enthousiasme indomptable. « J'en ressens encore, écrira plus tard Marmont, la chaleur et la puisisance à cinquante-cinq ans, comme au premier jour. »

Les anciens soldats donnèrent aux nouveaux venus l'exemple du sang-froid et de la discipline, et ceux-ci leur communiquèrent l'enthousiasme qu'ils apportaient de leurs villes et de leurs villages. Des succès éclatants, la victoire de Valmy, la prise de Mayence, la conquête de Nice et de la Savoie, jetèrent sur cette armée déjà républicaine le premier reûet de gloire.

La Convention : ramalgame. — Sur la proposition de DUBOis-CRANCÉ, par les décrets de février 4193 *, on supprima les anciens régiments et jusqu'au nom de régiment. On associait un bataillon d'anciens soldats et deux bataillons de volontaires pour en former une demi-brigade. C'est ce qu'on appelait faire Yamalgame s. « En récompense de leurs services, portait le rapport de Dubois-Crancé, les braves soldats des troupes de ligne doivent être considérés tous comme volontaires nationaux, être réunis à leurs frères d'armes et ne plus faire avec eux qu'un seul et même faisceau contre les ennemis de la patrie. » Les anciens soldats échangèrent l'habit blanc des troupes royales contre l'habit bleu des volontaires, obtinrent, comme ceux-ci, le droit d'élire leurs officiers, le droit de se marier, les droits politiques. On assura aux soldats, pour les retenir sous les drapeaux, des gratifications en argent, des facilités pour acquérir les biens nationaux, des secours pour leur famille, des pensions pour les blessés. On vieux capitaine avouait à La Fayette qu'il n'aimait pas la Révolution, mais

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