‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 47 sur 185 · Loi de firaotidor an YI · texte numérisé non relu

Loi de firaotidor an YI

L'exigerait. Au bout de cinq ans, le conscrit était libéré du service ordinaire ; mais, en cas de danger, le gouvernement conservait le droit d'ordonner la levée en masse.

Création de nouveaux corps. — La Législative avait comblé une lacune dans les réformes de Gribeauval : elle créa, en 1792, Tartillerie à cheval. La Convention organisa en un corps de pontonniers les compagnies de (c matelots révolutionnaires français » qui s'étaient spontanément formées à Strasbourg et à Mayence. Elle attribua au service du génie les compagnies de mineurs et sapeurs de nouvelle formation : il y eut, dès lors, des troupes du génie. En 1799 furent créées les troupes du train d'artillerie.

L.es troupes étrangères pendant la Révolution. — La Constituante avait naturalisé français les régiments étrangers, et la Législative avait licencié les régiments suisses.

Il se forma bientôt d'autres corps étrangers, mais sous rinfluence d'idées toutes nouvelles. Il ne s'agissait plus d'enrôler des mercenaires, mais d'appeler les étrangers eux-mêmes à la défense de la cause commune, la cause des peuples et de la liberté. Par la loi de 4792 (3 août), la Législative irfvita les sous-officiers et soldats des armées ennemies à servir dans les troupes françaises, leur promit des indemnités et des pensions, leur déféra le serment civique et les recommanda « à la sollicitude des fonctionnaires publics et à la fraternité des officiers et soldats français ». La loi de 4193 (2 décembre) mit fin à ces pratiques. La Constitution de Tan III n'admit dans nos armées que les étrangers qui auraient fait « une ou plusieurs campagnes pour l'établissement de la République »•

En 1792 figurèrent dans nos rangs une légion^ liégeoise^ une légion belge, une légion batave, La dernière était commandée par les chefs du parti libéral en Hollande, Daendels, de Winter, Kock •, etc., et devait être notre avantgarde dans la campagne entreprise pour Taffrancbissement des Pays-Bas. Une légion germanique, formée en 1792 à la

1. Une légion était composée à la fois d'infanterie, cavalerie et artillerie.

2. Le père du célèbre romancier, Paul de Kock : il fut plus tard enveloppé dans la disgrâce des Hébertistes et envoyé h l'échafaud (mars 1794) aveo eux et avec Anacharsis Cloolz, « l'orateur du genre humain »•

demande d'Anarcharsis Clootz, et pour laquelle il avait composé en allemand des chants républicains, devint plus tard, en 1799, la légion des Francs du Nord, nom qu'on donnait alors aux habitants de la rive gauche du Rhin. Dans l'invasion de la Savoie, nous fûmes guidés, en 1792, par la légion franche allobroge, commandée par le vaillant Dessaix et le médecin Doppet ^ Plus tard^ les sujets du roi de Sardaigne nous donnèrent deux brigades piémontaises et une légion vaudoise, levée par Masséna. En 1799, la France prit à son service les troupes de la République Cisalpine et forma une légion italique, ouverte non seulement aux Cisalpins, mais aux Romains, Toscans, Napolitains. On eut, en 1796, une brigade irlandaise^ qui fut licenciée après l'échec des expéditions tentées en Irlande, et dont il resta Hn bataillon. Une partie des Suisses licenciés après le 10 août formèrent, avec d'autres, la compagnie franche genevoise et les chasseurs suisses. Les Suisses , au service de la Sardaigne, furent organisés en deux légions helf>âtique8. En 1798, à la suite d'une capitulation conclue, sur le type de celles de l'ancien régime, avec la nouvelle République helvétique, ^8 000 Suisses entrèrent à notre service. Après le troisième partage de la Pologne, de vaillants réfugiés constituèrent, avec l'autorisation du général Bonaparte, deux légions polonaises : c'est Dombrowski qui les commandait. On vit Zaïontchek suivre Bonaparte en Egypte, Kniaszewicz arborer le drapeau tricolore au Capitole de Rome, Jablonowski combattre à l'île Saint-Domingue.

Bonaparte, après la prise de Malte, forma, avec la garde du grand maître et les deux régiments de l'Ordre, une légion maltaise. En Egypte, il créa une légion cophte, recrutée d'Égyptiens, une légion grecque et un corps de mamelouks.

Enfin, avec les esclaves nègres enlevés aux Anglais, on créa un bataillon de pionniers noirs '.

1. Dessaix, qu'il ne faut pas confondre avec Desaix, figura plus tard à la bataille de la Moskova. Doppet prit part au siège de Lyon en 1793.

2. Il passa plus tard au service de Joseph, roi de Naples, et forma le Royal-Africain.

m. £i*armée sons Napoléon.

Abas de la eenseriptian sons FEmpire. — D'après la

loi de 1798, on leyait les classes tout entières; par exemple, quand on levait la classe de vingt ans, tous les Français âgés de vingt ans partaient pour Tarinée. Napoléon, en 1804, décida que, pour chaque classe, il y aurait un tirage au sort: les conscrits qui avaient amené les plus faibles numéros étaient seuls incorporés. On pouvait s'exonérer du service militaire en fournissant un remplaçant : c'était une satisfaction donnée à la bourgeoisie. Ce système était plus équitable, moins rigoureux que celui de Jourdan : il devint désastreux par l'abus qu'en fit l'Empereur.

Les guerres devinrent si fréquentes et si prolongées, il se fit une telle consommation d'hommes sur les champs de bataille, que les classes, à la fin, étaient levées tout entières : il n'y avait plus de bons numéros. En 1813, on leva même la classe de 1815, c'est-à-dire les jeunes gens de dix-huit ans, et Ton remonta juscpi'à celle de 1803 pour prendre les hommes de trente ans.

Ceux qui avaient obtenu un bon numéro ^ et qui se croyaient libérés,, finissaient par être appelés comme les autres. Ceux qui avaient fini leur temps étaient gardés sous les drapeaux. Ceux qui avaient fourni un remplaçant étaient forcés de servir en personne ou d'en fournir un nouveau. Des jeunes gens que leurs familles avaient rachetés plusieurs fois furent, à la fin, obligés de partir.

La conscription devenait ainsi la mise en coupe réglée des générations irançaises. Le désespoir était dans toutes les familles : les jeunes gens se sauvaient dans les bois pour échapper au recrutement; il y eut bientôt des milliers de réfraçtaires qui se formaient en bandes et livraient bataille à la gendarmerie.

La garde nationale sons l'Empire. — La Constitution disposait que la garde nationale serait organisée par xme loi. L'Empereur obligea le Sénat à commettre une nouvelle usurpation sur le Corps législatif : le sénatus-consulte de 4805 statua que la garde nationale serait organisée par décret de l'Empereur. Le décret de 4806 appela tous les

Français de vingt à soixante ans au service de la garde nationale ; elle fut divisée en légions, subdivisées elles-mêmes en cohortes. Puis un sénatus-consulte de 4842, (13 mars) la répartit en trois bans : de vingt à vingt-six ans, de vingt-six à quarante ans, de quarante à soixante ans. Tous les gardes nationaux du premier ban furent mis immédiatenient à la disposition de l'Empereur pour la défense des frontières. Ils se battirent bien et se distinguèrent notamment au combat de la Fère-Champenoise, en 1814, où, avec le général Pacthod, ils se firent écraser par l'artillerie prussienne. Ainsi, même ceux qui avaient échappé, comme par miracle, au service de l'armée permanente, étaient repris par la garde nationale' et envoyés à la bataille.

lies grades» la Légion d'hoimeiury les dotations. — Dans Tarmée* comme dans la garde nationale. Napoléon avait absolument supprimé Télection : tous les grades étaient conférés par lui, soit au choix, soit à l'ancienneté.

La Révolution avait supprimé toutes les décorations : puis l'usage s*était introduit de distribuer aux soldats les plus braves des armes d'honnewr. Napoléon institua la Légion d^honneur : il fît en 1804 la première distribution de croix.

Premier consul, même Empereur, Bonaparte se faisait un devoir d'entrer dans les casernes pour s'assurer que les soldats, surtout ceux de la garde, étaient bien nourris, bien couchés ^ Jusqu'à 1804, il invitait à sa table, parfois au nombre de deux cents, les militaires ou les marins qui avaient obtenu des armes d'honneur, fusils, sabres ou haches d'abordage *.

1. Le capitaine Coignet, dans ses Cahiers^ raconte une de ces visites. Le Premier consul vint surprendre les soldats au lit : « Les couchettes, dit-il à Lannes, sont trop courtes pour mes grenadiers. Vois-tu? il faut réformer tout le coucher de ma garde. Prends note. » 11 se ût donner du pain. « Ce n'est p*s cela, dît-il ; je paye pour du pain blanc, je veux en avoir tous les jours, tu entends, Lannes? Tu enverras mon aide de camp chez le fournisseur pour qu'il vienne me parler. » '

2. XL recommandait d'entremêler les simples soldats avec les colonels et tes généraux. Contre son habitude, il laissait le repas se prolonger. Il se montrait d'une amabilité parfaite, s'efforçait de mettre à Taise les plus humbles de ses convives. « Bien n'était plus drôle, raconte le valet de ehamhre Constant, que de voir ces bons troupiers, se tenant à deuc pieds de la tablo, n'osant approcher ni de leur serviette, ni de leur pain, rouges jusqu'aux oreilles et le cou tendu 'du côté de leur général, comme pour recevoir la mot d'ordre. Le Premier consul leur faisait raconter le haut fait

152 aVILISATION FRANÇAISE

C'est ainsi qu'il s'assurait le dévouemeut de Tarmée, le principal appui de son pouvoir en France comme en Europe.

Pour les colonels, pour les généraux, Napoléon gardait d'autres moyens de séduction. Il les nommait barons, comtes, princes, ducs, leur distribuait de grosses pensions, de riches gratifications, leur assignait des domaines dans les provinces conquises. Plus précieux que tout était le bâton de maréchal, dignité rétablie en 1804 : un maréchal de Napoléon se considérait comme plus qu'un roi. Et puis il n'était pas sans exemple qu'un maréchal fût devenu roi : Murât le fut à Naples, Bernadotte en Suède, Davoust espéra l'être en Pologne.

L'organisation et l'armement. — L'Empire, pas plus que la Révolution, ne modifia rien à l'ancien armement. Toutes leurs victoires furent gagnées avec les fusils à pierre modèle de 1777, et les canons à âme lisse modèle de 1765, qui avaient figuré dans les guerres de la monarchie. Napoléon fit même disparaître la carabine rayée que portaient certains corps d'élite sous l'anciéh régime *.

Le système d'artillerie de Gribeauval fut légèrement modifié par le système de l'an XI (1803j : le Premier consul supprima les canons de 4 et de 8 de campagne, allégea le calibre 12, introduisit le calibre 6, précisément pour utiliser les pièces et les projectiles conquis sur l'artillerie autrichienne. Il adopta la formation en batteries de six pièces. Napoléon ne cessa d'accroître la proportion de l'artillerie dans les armées : il eut jusqu'à 4 pièces par 1000 hommes. Ses batailles d'Eylau, Friedland, Essling, Wagram, la Moskowa, furent d'effroyables canonnades, où

qui leur valait la récompense nationiUe, et riait parfois aux éclats de lear« singulières narrations. II les engageait à bien manger, buvant quelquefois à leur santé ; mais, pour quelques-uns, ses encouragements échouaient conti-o leur timidité, et les valets de pied enlevaient successivement leurs assiettes sans qu'ils y eussent touché. Cette contrainte ne les empêchait pas d'être pleins de joie et d'enthousiasme en quittant la table. « âu revoir, mes braves, leur disait le Premier consul, baptisez-moi bien vite ces nouveau-nés-là » (montrant du doigt leurs sabres d'honneur) l Dieu sait s'ils s'y épargnaient. » i. Les noms de carabiniers, chasseurs, grenadiers, dont il distinguait les différents corps, ne doivent pas nous faire illusion : il n'y avait pas plus de carabines que de grenades, et tout le monde avait le même fusil.

il se proposa surtout de « démolir » les solides carrés de fennemi.

En 1807, il créa les bataillons du train des équipages et les compagnies de boulangers de munition; en 1809, les compagnies d'infirmiers.

Il rétablit les régiments et créa les corps d'armée.

Gomme ses campagnes étaient des « campagnes de manœuvre » et que ses soldats faisaient la guerre, comme, ils disaient, autant avec leurs jambes qu'avec leurs bras, il s'efforça de donner plus de mobilité à tous les corps.

Dans les bataillons d'infanterie, il y avait déjà une com^ pagnie d'élite, celle des grenadiers, composée des hommes les plus grands et les plus robustes; il créa, en 1804, une seconde compagnie d'élite, celle des voltigeurs, composée d'hommes petits et agiles, exercés à la marche rapide, à la course, à la gymnastique, marchant au clairon et non au tambour. Dans chaque bataillon, ou distingua dès lors la compagnie des grenadiers, celle des voltigeurs, celles du centre : on les reconnaissait à la couleur des épaulettes. En 1809, Napoléon créa des régiments entiers de voltigeurs : en 1814, il en eut dix-neuf. On distingua, dès lors, entre les régiments d'infanterie légère et ceux d'infanterie de ligne.

Napoléon maintint à la cavalerie, même à la grosse cavalerie, un rôle prépondérant. A Eylau, Murât lança sur l'armée russe d'épouvantables charges de 80 escadrons. Les cuirassiers, à la Moskova, enlevèrent des redoutes; à Waterloo, enfoncèrent les carrés d'infanterie anglaise. Gomme l'Empereur avait à sa disposition toutes les ressources de l'Allemagne, il put monter sa cavalerie des plus beaux chevaux de l'Europe. La Gonvention lui avait légué 86 régiments à cheval, dont 2 de carabiniers, 1 de cuirassiers, 24 de cavalerie proprement dite, 21 de dragons, 25 de chasseurs, 14 de hussards. La cavalerie proprement dite disparut sous l'Empire. En 1814, il y avait 83 régiments à cheval : 2 de carabiniers, 4 de cuirassiers, 24 de dragons, 30 de chasseurs, 14 de hussards, 9 de lanciers : car Napoléon avait, en 1809, reconstitué des corps armés de la lance, à l'imitation des Polonais.

La gwatde impériale. — La Gonstitution de l'an III avait créé une garde directoriale et une garde des Conseils.

154 ayiLISATlON FRANÇAISE

Bonaparte eut sa garde consulaire. Elle devint ensuite la garde impériale. On distingua la vieille garde, constituée avant 1807, et la jeune garde j formée depuis cette époque. La garde s'éleva, en 1813, à 92 000 hommes : c'était toute une armée, toute de soldats d'élite, aguerris par vingt batailles, touchant une haute paye, ne combattant que sous les yeux de l'Empereur, tenus en réserve pour donner les grands coups. Elle était commandée par des héros incomparables, comme Dorsenne, général des grenadiers à pied, Lepic, des grenadiers à cheval, Lefebvre-Desnouettes, des chasseurs à cheval, Drouot, de rartillerie. Napoléon y distribuait libéralement les croix et, même aux simples grenadiers, des dotations. Aussi, du dernier fusilier jusqu'aux généraux commandants, tous étaient fanatiques de FEmpereur, lui étaient dévoués jusqu'à la mort. Ils avaient gardé à son égard la famiharité des cam^ pagnes d'Egypte et d'Italie, l'appelaient volontiers le petit caporal ou le petit tondUy et, comme ils murmuraient tout en obéissant, il les avait surnommés ses grognards.

L'infanterie de la garde se composait : de 4 régiments de grenadiers à pied, une élite dans l'élite, dont un régiment hollandais ; de 3 de chasseurs à pied^ 1 de fusiliersgrenadiers, 1 de fusiUers-chasseurs, 1 de flanqueurs-grenadierSy 13 de tirailleurs, 13 de voltigeurs; des pupilles de la garde et des vétérans de la garde.

La cavalerie comprenait les grenadiers à cheval, les plus beaux cavaliers de l'armée, imposants sous le grand bonnet à poil, célèbres par leurs charges d'Austerlitz et d'Eylau ; les dragons de V Impératrice, qui, en 1805, avaient juré à Joséphine de revenir victorieux de rAutriche; les chasseurs à cheval, anciens guides de Tarmée d'Egypte ; les mamelouks, à l'équipement oriental, turban à aigrette, grandes culottes rouges, cimeterre asiatique, selle à haut pommeau, étriers à la turque, étendards à queue de cheval, mais dans les rangs desquels l'élément européen commençait à prédominer; les lanciers polonais; les lanciers routes, recrutés de Hollandais et de Français; les quatre régiments des gardes d'honneur, formés en 181^, équipés et montés à leurs frais, tous fils de familles riches; enfin la gendarmerie d'élite.

L'artillerie et services annexes comprenaient 1 régiment à cheval, 2 à pied, 3 du train, 1 compagnie de sapeurs.

Il y avait même dans la garde un corps de marins, avec un uniforme très peu maritime : le grand shako à plumet et le dolman rouge & brandebourgs.

Louis XIV et Louis XV n'avaient rien eu de plus magnifique que les uniformes de cette garde, où l'on avait prodigué les passementeries, cordons, aiguillettes, ganses, tresses, broderies, brandebourgs, les plumets, plaques, chabraques, sabretaches : le tout très incommode, mais splendide, avec un ruissellement d'or pour les officiers. Les grenadiers à pied portaient des boucles d'argent à leurs souliers, des bas de soie, la queue poudrée à frimas. Leurs tambours, fifres, musiciens, étaient éblouissants. Un de leurs tambours-majors, un nommé Sénot, avait 1°^,898 de haut : il élevait à deux mètres et demi le prodigieux panache de son énorme bonnet à poil.

Gomme la garde était un objet d'envie et d'émulation pour tous les soldats de l'armée de ligne. Napoléon les tenait tous par l'espoir d'y être un jour admis.

Les troupes étrangères sons l'Empire. — U faut distinguer, parmi les troupes étrangères que Napoléon eut à sa disposition : i^ celles qui étaient recrutées dans les départements récemment annexés à la France ; 2*" celles qui venaient du dehors et qu'il prit directement à son service , 3" celles que lui fournissaient les États vassaux de son Empire; 4'' celles qu'il exigea des États alliés.

1** A la première catégorie appartiennent les soldats levés non seulement en Belgique et sur la rive gauche du Rhin, mais en Hollande, Genève et Valais, Piémont, Toscane, États romains, Illyrie, littoral allemand du Nord, îles ' Ioniennes, quand ces pays eurent été réunis par Napoléon à la France. Us étaient tous considérés comme des soldats français. L'Illyrie fournit 6 régiments àHnfanterie croatey 6 de chasseurs illyriens^ 1 régiment dalmate, etc. Les lies Ioniennes donnèrent les chasseurs à cheval ioniens^ le 5ataillon septinsulaire, etc.

2<^ A la seconde catégorie se rattachent les Suisses, qu'une nouvelle capitulation, conclue en 1803, mit au service de la France, au nombre de 16000; la légion hanovrienne, formée

par Mortier, en ^803, après la conquête du Hanovre; les deux légions du Nord et les deux légions de la Vistule, corn* mandées par Joseph Poniatowski, Zaïontchek, Ghlopîcki, et toutes composées de Polonais; les lanciers polonais de la garde et deux autres régiments de lanciers polonais ; le régiment d*infanterie lithuanienne et les gardes d'honneur polonaiSy levés en 1812. A partir de 1807, il y eut une légionportugaise et deux régiments espagnols. Napoléon eut non seulement des Mamelouks, mais un escadron de Taiars^ levé en 1812, un régiment albanais et un bataillon de chasseurs grecs.

3<^ Il eut à sa disposition les armées de tous les États allemands de la Confédération du Bhin, Hesse, Bavière, Wurtemberg, Bade, Saxe, etc., et spécialement du royaume de Westphalie et du grand-duché de Berg; Farmée du royaume de Hollande, qui devint française à Fannexion de ce pays; celle du royaume d'Italie (Italie du Nord), celle du royaume de Naples (Italie du Sud), celle du grandduché de Varsovie (Pologne).

4° U exigea le concours armé du Danemark et de FEspagne en 1807, de la Russie en 1809, de la Prusse et de TAutriche en 1812.

Les troupes de la troisième catégorie étaient aussi complètement à ses ordres que celles des deux premières. Les princes héritiers de Bade et de Hesse-Darmstadt, Deroy, le généralissime des Bavarois, surtout Poniatowski, <( le chef des Polonais », le servaient avec autant de zèle que les rois français Jérôme et Murât. Il enflammait ces soldats étrangers de ses proclamations, les récompensait avec ses croix d'honneur, décernait à leurs chefs des titres de comtes et de princes. Les Polonais lui restèrent fidèles jusqu'au bout et formaient encore sa garde à cheval dans l'ile d'Elbe. Les Allemands, quoiqu'ils se fussent tournés contre lui en 1813, conservèrent de lui un souvenir profond et, encore aujourd'hui, en Allemagne, il y a des associations de « vétérans de la Grande Armée ».

Napdléon utilisait à son gré les services de tous ces soldats étrangers : il envoya combattre les Espa^gnols sur la Baltique, les Polonais et les Westphaliens on Espagne. En 1812, la Grande Armée qui envahit la Russie se composait de 356 000 Français et de 322 000 étrangers : or, comme il

faut comprendre parmi ces Français^ les Hollandais, les Belges, les Allemands et les Italiens des pays annexés, plus de la moitié de cette armée était composée d*éléments exotiques. Jamais l'ancienne monarchie n'avait fait un si large emploi des troupes étrangères.

La marine. — De 1789 à 1814, on a peu innoTé dans notre organisation maritime telle qu'elle avait été fixée par ï ordonnance de 4786, La Constituante, par sa loi de 4194, avait supprimé le^ élèves et les volontaires de la marine, ainsi que les écoles navales, prétendant que Tétat-major de la flotte se recrutât dans la marine marchande. Puis la Convention rétablit les écoles navales. Le corps des officiers de marine, supprimé le {•' mai 1791, fut réorganisé le 15 du même mois. Les appellations de lieutenant général et de chef d'escadre disparurent; celles d'amirawa?, de vice-amU raux, de contre-amiraux furent maintenues. Sous la Convention, on donnait aux officiers généraux de la marine le Mire de généraux. Beaucoup d'officiers étaient si hostiles à la Révolution que ceux de Toulon, en 1793, livrèrent la flotte et le port aux Anglais.

Les ministres de la marine furent La Luzerne, qui avait succédé en 1787 à Cas tries; Fleurieu, Thévenard, Delessart, sous la Constituante; Bertrand de Molleville, Lacoste, Dubouchage, sous la Législative ; le savant Monge et Datbarade, sous la Convention. Pendant une année environ (1794-1795), la marine fut administrée par une Commission, Truchet, Pléville Le Pelley, Bruix, Bourdon, furent ministres sous le Directoire; l'ingénieur Forfait, sous le Consulat; Decrès, pendant la plus grande partie du Consulat et sous l'Empire (1801-1814), puis pendant les Gent-Jours.

En 1789, on avait 72 vaisseaux de ligne portant ensemble 5371 canons, 63 frégates, 36 corvettes, 18 cutters, 4 galiotes à bombes : au total, 261 bâtiments de tout rang, portant 8632 bouches à feu. Au 13 janvier 1793, la Convention ordonna de construire 25 vaisseaux de ligne, 20 frégates, 20 corvettes, 6 galiotes à bombes. Le 31 janvier, on autorisa les armements en course.

Le personnel de la marine fut très éprouvé par l'émigration ou par la Terreur : d'Ëstaing, Grimoard, Kersaint furent guillotinés; Morard de la Galle, Kerguelen, Latouche-Tréville, Bruix, Lacrosse et d'autres furent destitués ou emprisonnés; mais quelques-uns de ceux-ci reparurent ensuite à la tête des escadres.

En 1794, Jean Bon Saint- André avait fait décider la suppression des régiments d'artillerie et d'infanterie de marine, se fondant sur ce que les principes d'égalité ne permettaient pas d'accorder à ces corps le droit exclusif de défendre la République sur mer, honneur que réclamaient également les autres régiments : <c Pourquoi les vainqueurs de Landau, de Toulon, ne pourraient-ils pas aller sur nos flottes montrer leur courage à Pitt et faire baisser le pavillon de George III? » L'artillerie de la marine fut rétablie en 1795 et portée à un effectif de 25 000 hommes.

Nos flottes, privées par l'émigration de presque tous leurs officiers, compromises par les passions et les dissensions politiques, écrasées bientôt par la supériorité de la marine anglaise, ont livré une série de combats, le plus souvent malheureux, toujours glorieux: la bataille de prairial (1«' juin 1794), où s'illustra le Vengeur; Aboukir (4798) et Trafalgar (1805), où notre flotte de la Méditerranée fut anéantie. Quant aux marins de la garde impériale, ils se sont distingués surtout dans les batailles de terre, à Lûtzen, à Leipsig. Les vaisseaux continuèrent à être construits d'après les procédés et par les ingénieurs de la période précédente, surtout par SANi et forfatf. Napoléon, en 1808 et 1811, pour le service de la flotte créa les bataillons de marins, divisés en équipages de haut bord et en équipages de flottille. Nos corsaires des ports de Dunkerque, le Havre, Saint-Malo, Nantes, la Rochelle, Toulon, Marseille, des Antilles et de la Guyane, de l'île de France et de l'île Maurice, se signalèrent, jusqu'à la fin de l'Empire, par une guerre acharnée contre la marine marchande de l'Angleterre.

Les colonies. — Les principes de la Révolution * péné*

1. La Révolution ne semble pas avoir attaché plus d'importance aux oolo* nies que la royauté du xviii* siècle. Delacroix, ministre du Directoire, négo- •iant la paix avec l'envoyé anglais Malmesbury, lui disait en 1790 :

« L'Angleterre et la France ont deux buts très différents et très distincts.

trèrent dans nos colonies, comme dans le reste du monde. Dès le débat, elles divisèrent la population coloniale en adversaires et en partisans des idées nouvelles. Aux premiers appartenaient ordinairement les grands propriétaires, les riches colons; au second, les blancs des autres classes, les hommes libres de couleur.

Par la loi du 28 mars 4792j la Législative accorda à ces derniers les droits politiques. Par le décret du 22 août^ elle donna une représentation dans TAssemblée nationale à toutes nos colonies.

Cependant la lutte avait commencé partout : à la Martinique, les royalistes avaient pris les armes contre Rochambeau, envoyé de l'Assemblée, arboré le drapeau blanc, fait appel aux Anglais. A la Guadeloupe, ils avaient repoussé Lacrosse et n'avaient été soumis que par le général Gollot. A Saint-Domingue, la lutte avait été encore plus vive : en février 1793, les royalistes de File avaient signé à Londres un traité avec les Anglais; pour leur résister, les délégués de TAssemblée firent appel aux esclaves, accueillirent même les nègres marrons, leur promirent à tous la liberté, pourvu qu'ils continuassent à travailler sur les terres de leurs anciens maîtres, et, avec leur aide, écrasèrent les royalistes dans les journées de juin 4793,

La Convention, sur la proposition de Grégoire, avait, en 1793, aboli la prime pour la traite des nègres. Le 4 février 4794, elle décréta, par acclamation *, l'abolition de Tesclavage dans les colonies.

Votre empire, c'est le commerce ; sa base est dans les Indes et dans vos colonies. Quant à la France, j'aimerais mieux pour elle quatre villages de plus sur les frontières de la République que l'ile la plus riche des Antilles. Et je serais même fâ.ché de voir Pondichéry et Cbandernagor appartenir encore à la France. »

1. Voici un curieux extrait du procès-verbal de oette séance :

« Lacroix. — Les hommes de couleur ont, comme nous, voulu briser

leurs fers ; nous avons brisé les nôtxes... Âccordons-lenr le même bienfait.

« Levasseor. — S'il était possible de mettre sous les yeux de la Conven> tion le tableau déchirant des maux de l'esclavage, je la ferais frémir de Taristocratie exercée dans nos colonies par quelques blancs.

« Laoroix. — Président, ne souffre pas que la Convention se déshonora par une plus longue discussion I

« L'Assemblée entière se lève par acclamation.

« Le Président prononce l'abolition de l'esclavage, au milieu des applaa*

Cet acte était à peine connu dans les Antilles, qu'une puissante flotte britannique, en mars 1794, apparut dans ces parages. Elle s'empara de Sainte-Lucie, força Rochambeau et CoUot à capituler, Fun à la Martinique, l'autre à la Guadeloupe, mais ne put rien tenter à la Guyane et à Saint-Domingue. En juin de la même année, Victor Hugues, de Marseille, commissaire de la Convention, débarqua à la Guadeloupe avec moins de 1200 hommes, proclama le décret d'abolition de l'esclavage, appela les noirs aux armes, chassa les Anglais, quoique supérieurs en nombre, reconquit nie en entier, mais ne put reprendre les autres îles.

La conséquence de ces événements, c'est que l'esclavage resta aboli à la Guyane, à la Guadeloupe, où Victor Hugues se maintint contre toutes les attaques des Anglais, à Saint- Domingue, où les nègres se rendirent maîtres du pays et presque indépendants de la France. Dans les autres Antilles, grâce à l'occupation britannique, il se maintint. , L'île de France et l'île Bourbon ne passèrent point par les mêmes épreuves : la Révolution s'y opéra sans coûter une goutte de sang : le nom nouveau de la Réunion est resté comme un souvenir de la fédération des patriotes des deux lies en 1793. Le décret de 1794 n'y fut pas promulgué et l'esclavage y subsista.

Bonaparte essaya de reconstituer un empire colonial dans les Antilles avec les îles restituées par les Anglais ; avec Saint-Domingue, dont la cour de Madrid nous avait cédé la partie espagnole; avec la Louisiane et la Floride,

dissements et des cris mille fois répétés de Vive la République! Vive la Convention! Vive la Montagne!

« Les deux députés de couleur sont à la tribune; il» s^embrassent.

« Lacroix les conduit au président, qui leur donne le baiser fraternel.

« Ils sont successivement embrassés par tous les députés.

« Cambon. — Une citoyenne de couleur, qui assiste régulièrement aux séances de la Convention, et qui a partagé tous les mouvements révolutionnaires, vient de ressentir une joie si vive, en voyant la liberté accordée par nous à tous ses frères, qu'elle a perdu entièrement connaissance. (On applaudit.) Je demande que ce fait soit consigné an procès- verbal, et que cette citoyenne, admise à la séance, reçoive au moins cette récompense de ses vertus civiques.

« Cette proposition est décrétée.

« On voit sur le premier banc de l'amphithéâtre, à la gauche du président^ cette citoyenne, qui essuie les larmes que cette scène attendrissante fait eouler de ses yeux. {On applaudit.) »

Tune restituée, l'autre promise par PEspagiie. En même temps, il rétablit l'esclavage à la Guadeloupe et à la Guyane et essaya de le rétablir à Saint-Domingue : mais Tinsurrection de Saint-Domingue, dirigée par Toussaint-Louverture, amena la destruction d'une armée française et la perte de cette grande lie . A la fin de TEmpire, toutes nos colonies étaient occupées par les Anglais.

Dans rintervalle, on y avait introduit les nouveaux codes : nie de France, quoique tombée au pouvoir des Anglais en 1810, est encore en possession du Gode Napoléon.

Quant à la traite des noirs, malgré le décret de 1793, elle continua encore longtemps; Napoléon, pendant les Cent- Jours, dans Tespérance de se concilier les sympathies de l'opinion anglaise, proclama de nouveau Tabolition de cet odieux trafic.

Ouvrages a consulter. — A.Sorel, VEurope et la Révolution française.

— F. Masson, Le département des affaires étrangères pendant laBévol.

— De Rayneval, De la liberté des mers (1811). — (Anonyme). La Révolution française en Hollande (1894).

— L. de LaDzac de Laborie, La domination française en Belgique (1895).

— A. B.ajnb&ad, £m domination française en Allemagne. — Gaffarel, Bonaparte et les républiques italiennes.

Voir les ouvrages cités tome II p. 233, Bist. de la civilisation franc.

C. Rousset, Les volontaires, 1791- 1794. — Fr. Mège, Les bataillons de volontaires. — Micbelet, Les soldats de la Révol. — Chassin, L'armée de la Révol. — Colonel lung, Dubois- Crancé et Bonaparte. — Sainte-Cha-

!>elle, Sist. générale des instit. miitairea pendant la Révol. — Ch. Comte, Hist. de la garde nationale de Paris.

— G. Poisson, L'armée et la garde nationale, — A. Chuquet, Toute la série de ses volumes sur Thistoire militaire de la Révolution. — H. Galli, Larmée française en Egypte. — Guillon, La France et l Irlande.

— Escande, Hoche en Irlande.

York de Wartenburg, Napoléon

ehefd'arméCy trad. de r ail., 1899. — C. Rousset, La grande armée de 1813. — Fieffé, Napoléon /•' et la garde impériale (dessins de Raffet).

— Loredan-Larchey, Journal du sergent Fricasse et Cahiers du capitaine Coignet. — Mémoires du commandant Parqain, du sergent Bourgeois, du

colonel de Gonneville, Montesquion- Fézensac, Ph. de Ségur, Thiébault, Marbot, etc. — Ghodzko, Bist. des légions polonaises. — (Brandt), Mémoires d'un officier polonais. ■— Pepe (gén. italien), Mémoires, — Charras, Bist. de la guerre de 1813 et Hist. de la Campagnede 1815. — Edgar Quinet, La Campagne de i^i^. — H.Houssaye, 1814 et 1815. — Clausewitz (trad.

française), Campagnes de iSti à ISIS,

Mémoires, souvenirs ou correspond, de Vandamme (par Du Casse), du roi Joseph (id.), du roi Jérôme (id.), d'Eugène de Beauharnais (id.), de Junot, Soult, Marmont, Masséna (par Kocb) — Pajol, Kléber. — Monographies d'Ernouf, Desprez, Bonnechose, Maz, A. Duruy, Noël Parfait, etc., sur Kléber, Hoche, Desaix, Marceau. — E. Simond, La Tour d'Auvergne. — Général Thoumas, Les grands cavaliers de l'Empire. — Etudes du commandant Boppe sur les Espagnols, les Croates et autres contingents étrangers. — De Saint-Albin, Championnet. — Mme de Blocqueville, Bavoust. — E. Gachot, Masséna.

JuriendelaGraTière,(rtt«rrej maritimes, — B. Chevalier, Hist. de la marine française sous la prem. Rép.

La Légion d'honneur^ 1809-1900^ public, otr., 1900.

Léon DeschampS; La Constituante et les colonies. — Castonnet des Fosses, La Révolution à Saint-Domingue. — Barbé-Marbois, Bist. de la Louisiane.

— H. Prentout, L'Ile de France sous Decaen. — V, ci-dessous, chap. XXVII,

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