‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 56 sur 185 · Cet hymne commence par ces vers · texte numérisé non relu

Cet hymne commence par ces vers

Veillons au salut de Tempire Veillons au maintien de nos droits ; Si le despotisme conspire, Conspirons la perte des rois.

Liberté! Liberté! Que tout mortel te rende hommage 1 Plutôt la mort que l'esclavage, C'est la devise des Français.

236 aVILISATION FRANÇAISE

Parmi les compositeurs émioents de Fépoque révolutionnaire et impériale, citons d'abord deux Français de l'ancienne France : méhul, de Givet (1763-1817), et lesdeur (1763-1837), des environs d'Abbeville. chebubiki (1760-1842), né à Florence, avait déjà eu des succès en Italie, quand, à , la veille de la Révolution, il vint s'établir à Paris. Sans perdre ses qualités natives, il francisa à tel point son génie, qu'on doit le regarder comme un des nôtres. Très en faveur sous la République, il déplut à Napoléon, qui ne goûtait point sa musique. Il n'eut la Légion d'honneur qu'en 1815, des mains de Louis XVIII. gosseg (1733-1829) était Belge, mais sa vie se passa en France, et son génie est également tout français.

Les ehants patriotiques. — Tout le monde connaît « la Marseillaise » de bouget de L'ISLE, dont le couplet a un tel accent tragique et le refrain un si grand élan.

Peu de personnes ont entendu le « Chant du Départ », musique de méhul, paroles de Joseph Chénier, ou du moins l'ont entendu exécuter comme il doit l'être, avec ses chœurs de guerriers, de vieillards, de femmes, d'enfants, d'une mélopée si imposante, mais qui n'aurait pu remplacer sur les champs de bataille l'ardente Marseillaise de Rouget. Moins connus encore sont d'autres morceaux de Méhul : « Hymne à la Raison », paroles de Salverle, « Chant de» Victoires », paroles de Chénier, et d'autres œuvres qui parurent après la chute de Robespierre, telles que « Hymne sur la mort de Féraud », « Hymne des vingt-deux Girondins », « Chant du Retour », « Chant pour l'anniversaire du 9 thermidor ».

GOSSEG a écrit le « Chant du 14 Juillet » et le « Chant patriotique pour l'inauguration des bustes de Marat et Lepelletier ».

CHERUBiNi a composé r « Hymne funèbre pour la mort de Hoche » (1797), ponctué par le glas des cloches et le grondement lointain du canon, d'un grand caractère tragique.

LESUEUB a donné également plusieurs hymnes, entre autres r « Hymne sur le 9 thermidor », qui fut chanté à la Convention nationale en 1795.

L'opéra. — Les grands opéras de méhul souffrirent an peu de la vie agitée du théâtre à cette époque. Ce qui

nuisit aussi à leur succès, c'est que les livrets qu'Hoffman ou Alexandre Duval fournirent à Fauteur manquaient d*intérêt. « Alonzo et Cora » (1791) réussit peu. « Stratonice » (1792) présente de magnifiques morceaux. « Le Jeune Henri » (1797) fut déchiré, à la première et unique représentation, par les applaudissements des royalistes et les sifflets des républicains, non que la musique les passionnât à ce point, mais parce qu*il s'agissait de la jeunesse de Henri IV. L'ouverture de cet opéra est encore très admirée. Puis vinrent « Horatius Codés » et « Adrien », pièce à grand spectacle, où cet empereur recevait à Antioche les honneurs du triomphe : malheureusement, le public crut reconnaître, attelés au char du César, des chevaux qui avaient appartenu à Marie-Antoinette et se mit à siffler. Le peintre David déclara qu'il mettrait le feu à l'Opéra plutôt que d'y voir triompher des tyrans. Sous les régimes suivants, mais pour d'autres motifs, la pièce fut plusieurs fois interdite. Méhul fît une ouverture et des chœurs pour le «Timoléon» de Chénier : c'était la première fois, depuis les pièces sacrées de Racine, qu'on voyait la tragédie classique admettre des parties musicales. Le grand succès de Méhul, ce fut Joseph (1807), pièce biblique, qui a été reprise en 1851 et qui a été souvent jouée depuis. La musique de ce maître a de la grandeur et de la puissance : symphoniste de génie, il comprit l'importance du coloris instrumental et sut donner à la partition de chacune de ses pièces une sorte de couleur locale. On a dit de lui qu'il excellait à « peindre en musique ».

GHERUBiNi avait débuté, chez nous, par un opéra emprunté au « Démophon » de Marmontel (1788) : la froideur du livret compromit le succès de la musique, qui présente cependant de beaux morceaux d'ensemble. Puis vinrent «Lodoîska », demi-opéra ou comédie héroïque, représenté en 1791 à la saUe Feydeau; « Médée » (1797), à laquelle certains critiques reprochèrent des imitations de Méhul, mais dont Méhul lui-même proclama hautement Toriginalité; le ballet d' « Achille à Scyros » (1804), où il y a une bacchanale ravissante, mais auquel les spectateurs de l'époque . ne pardonnèrent pas d'avoir osé présenter le héros travesti en femme; « Faniska », qui fut représenté à Vienne en 1805,

et qui excita Tadmiration de Haydn et de Beethoven; « Pygmalion », opéra en italien, qui fut exécuté sur le théâtre des Tuileries; « les Abencérages » (1811), dont on a retenu Pair d'Almanzor ^

Napoléon ayant suscité à Cherubini des difOcultés pour le théâtre, celui-ci s^était consacré à la musique religieuse : sa Messe du Sacre, le Kyrie et le Credo de sa Messe en fa comptent parmi ses chefs-d'œuvre.

La musique de Cherubini se recommande par le charme et la suavité qu'il tenait de Técole napolitaine, en même temps par des qualités de force et de vigueur qu'il emprunta à Pécole française, par la richesse de Tinstrumentation, la science des effets harmoniques, l'ampleur de ses morceaux d'ensemble, la pureté et la correction du style.

FRANÇOIS LESUEUR (1773-1830), musicieu savant, qui avait étudié le système des Grecs, réussit peu au théâtre, beaucoup par la faute du public, car Lesueur fut un novateur, un précurseur du révolutionnaire Berlioz. Le médiocre succès de sa « Mort d'Adam », dont Beethoven disait pourtant : « EQe semble guérir tous mes maux », le fit revenir à la musique religieuse. C'est lui qui composa la Messe du sacre impérial. On cite encore de lui deux opéras : « les Bardes », et « Alexandre à Babylone », resté inédit, mais dont on joue encore des fragments.

CATEL fut aussi un musicien savant, auteur d'un « Traité d'harmonie », qui voulut innover dans la théorie des accords, mais qui paya de la chute de son grand opéra, « Sémiramis » (1802), l'honneur d'avoir voulu devancer la révolution musicale.

L'opéra comiqae. — Le début de méhul avait été « Euphrosyne et Corradin ou le Tyran corrigé » (1790), qui produisit une impression prodigieuse sur les contemporains. Grétry se fait Técho de l'émotion qui s'empara d'eux quand il écrit que « le duo d'Euphrosyne est peut-être le

1. La liste des opéras de Cherubini se termine avec TEmpire : cependant, sous la Restauration, il collabora, en ISU, à Bayard à Aféxières, et, en 1821, à Blanche de Provence ou la Cour des Fées, opéra composé par Berton, Boieldieu, Cherubini, etc., à l'occasion du baptême du duo de Bordeaux. Il écrivit aussi la Messe de Requiem pour l'anniversaire de U mort ds Louis XVI et la Messe du sacre de Charles X.

1789-i814. — LES ARTS 239

plus beau morceau d*eifet qui existe » et qu*il ajoute : « Je n'excepte même pas les plus beaux morceaux de Gluck... Ce duo Yous agite pendant toute sa durée. L'explosion, qui est à la fin, semble ouvrir le crâne des spectateurs avec la Yoûte de la salle. » VIrato ou « l'Emporté » de Méhul est une bouffonnerie musicale qu'il s'amusa à publier sous un pseudonyme italien. De 1802 à 1806, il composa encore « Une folie », « le Trésor supposé », « Joanna », « l'Heureux malgré lui », « les Aveugles de Tolède », avec des airs espagnols.

CHERUBiNi donna « Élisa ou le mont Saint-Bernard » (i794t|, où Ton remarque une imitation des cloches et le Chœur des religieux portant secours aux égarés, qui est encore exécuté aujourd'hui par la Société des concerts du Conservatoire; « THÔtellerie portugaise » (1798), où il y a un trio qui est un chef-d'œuvre; « les Deux Journées » (1800), où il faut signaler l'air du Petit Savoyard, le Chœur des Soldats, la Marche du deuxième acte; enfin « Anacréon ou l'Amour fugitif » (1803), dont Tirisignifiance du livret compromit le succès musical*.

LESUEUR a composé « la Caverne » (1793), dont un chœur est resté classique; « Paul et Virginie » (1794), où Ton admire un hymne au Soleil; « Télémaque » (1796), dont il faut citer le Chœur des nymphes et le duo de Télémaque et d'Eucharis, dans lequel intervient Calypso trahie et furieuse. Ces trois pièces sont plutôt des drames lyriques que des opéras-comiques.

Enfin il faut au moins citer les noms de jadin, solié, ténor très applaudi et compositeur fécond ; GAVEAUX.^autre ténor, mort fou en 1825, dont « le Bouffe et le Tailleur » (1804) et a Monsieur Deschalumeaux » (1806) ont été repris; gatel, qui écrivit « les Artistes par occasion », « F Auberge de Bagnères » (1807), « la Bayadère » (1817) et « Wallace », où il devança Boieldieu en nous faisant entendre des airs écossais; kreutzer, violoniste, auteur de « Lodoïska » (1791) ; BERTON, dom le caquetage des nonnes dans « les Rigueurs du cloître » (1790) a été imité dans « le Domino noir », et

1. a soixante-treize ans, en 1833, Cherubini composa encore, sur un livret de Scribe et Mélesville, Ali-Baba ou les Quarante Voleurs.

dont « Aline, reine de Golconde » (1803) a été reprise avec succès en 1847; della kabia (1768-1800), né à Marseille d'une famille italienne, auteur du « Prisonnier ou la Ressemblance » (1798), dont on chante encore la romance : « Il faut des époux assortis » ; DafiAZOH, qui fit avec pradhbb « le Chevalier d'industrie » ; higolo isouard, d'origine maltaise, qui écrivit la musique des « Rendez-vous bourgeois » (1807), si souvent représentés de nos jours, de « Cendrillon » (1810), de « Joconde n, de « Jeannot et Colin » (i8l4).

Mentionnons les débuts de boieldieu avec « Zoraîme et Zulnare» (1798), aBeniowski» (1800), «le Calife de Bagdad», K Ma tante Aurore » ; avec plusieurs pièces composées pendant son séjour en Russie (1803-1810), par exemple les « Voitures versées » (1807); avec « Jean de Paris » (1812) et le « Nouveau seigneur du village » (1813).

L'éducation musicale du peuple français n'était pas eacore faite à cette époque. Bien que, dans les représentations gratuites de la Révolution, on eût joué devant lui les chefs-d'œuvre des diverses écoles et qu'il eût pu former son goût par la comparaison, il pensait comme Mme de Motteville au xvu« siècle : le moindre pont-neuf, la moindre mélodie populaire, faisait bien mieux son affaire. Ûe là le succès des romances sentimentales, d'une musique simple, rudimentaire, banale. Grétry lui-même crut devoir se soumettre à ces exigences du public : dans son « Guillaume Tell », il introduisit une ronde.

Infloence des Allemandbs et des Italiens sur la musique française. ^ Les œuvres de hozart commençaient à être connues chez nous : on joua en 1807 « les Noces de Figaro », et, en 1811, « Don Juan ».

En 1793, on avait exécuté à Paris la « Création » de hatdn, et, le 24 décembre 1800, le Premier consul allait Tentendre à l'Opéra quand éclata la Machine infernale.

WEI6L, un Allemand de Técole de Salieri, nous donna, en 1812, à la prière de Marie-Louise, « la Vallée suisse ».

BQGHA, né à Prague (Bohême), mais dont Féducation masicale fut surtout allemande, auteur de savants traités sur la mélodie et la composition musicale, d'opéras, de quin^ . tettes, s'était fixé à Paris en 1809 et devint ensuite professeur au Conservatoire.

1789-1814. — LES AETS 241

L*mtluence principale appartient aux Italiens, dont Thistoire, grâce à nos fréquentes interventions dans la péninsule, grâce à la fondation de républiques par le Directoire et de royaumes à dynasties françaises par Napoléon, a été alors si étroitement mêlée à Ja nôtre. Le goût personnel de Napoléon, homme de race italienne, contribuait à propager cette influence.

PAisiELLO, dont Bonaparte, en 1797, à Tarmée dltalie, fit jouer « l'Hymne funèbre en l'honneur de Hoche », de préférence à l'hymne de Gherubini, fut, après la proclamation de la république parthénopéenne, nommé directeur de la musique nationale à Naples. Il fut appelé à Paris en 1802 par le Premier consul. On lui donna un appartement richement meublé, un carrosse de la cour, 12 000 francs d'appointements, 18 000 francs d'indemnités de voyage et de séjour, le titre de directeur de la chapelle des Tuileries. U avait collaboré, en 1801, à un hymne « à la Paix », et composé l'opéra de « Proserpine ». Joseph Bonaparte, nommé roi de Naples par Napoléon, y fit revenir Paisiello. Murât, successeur de Joseph, maintint au vieux maître tous ses emplois. L'Empereur lui conserva sa faveur et lui accorda 4000 livres de gratification pour un morceau composé à l'occasion de son mariage.

ZIN6ABELU, autre Napolitain, se montra d'abord plus rebelle aux séductions napoléoniennes. A l'occasion de la naissance du roi de Rome (1811), l'Empereur lui demanda un Te Beum. Zingarelli, qui avait sur le cœur la captivité de Pie Wîy refusa. On le traita comme un pape : le préfet ■de Rome le fit enlever et conduire à Paris. Là, il fut si bien traité qu'il s'humanisa un peu et consentit à composer one Messe pour la chapelle des Tuileries.

vioin, violoniste piémontais, donna des concerts en 1803 à Paris ; en 1819, nous le retrouvons directeur de l'Opéra.

PAEB, de Parme, fut rencontré à Dresde (Saxe) par Napoléon (1806), qui fut charmé de l'audition de son « Achille ». L'Empereur l'emmena avec lui à Posen et à Varsovie, le ramena à Paris, le nomma directeur de sa musique particulière, maître de chant de l'impératrice Marie- Louise, directeur de l'Opéra-Bouffe, puis directeur do rOpéra-Italien. Il jouit ensuite de la même faveur auprès

•des Bourbons. Il composa chez nous plusieurs opéras.

8P0NTINI, de la M irche d'Ancône, le célèbre aateur de « la Vestale », fit jouer à Paris, en 1804, « Julie ou le Pot de fleurs », « la Petite Maison », « Milton ». Napoléon le nomma directeur de la musique de Timpératrice Joséphine. La représentation de « la Vestale » aux Tuileries (1811) lui valut les compliments de TËmpereur. Quand on entreprit de la jouer à FOpéra^ les mêmes cabales, les mêmes luttes qui avaient signalé autrefois la guerre des Bouffons ou la guerre des Coins, se reproduisirent : le succès n'en fut pas moins éclatant. Deux ans après, il donna « Fernand Cortez ». L'Empereur, en faisant représenter cet opéra, poursuivait un but politique : flétrir le fanatisme des Espagnols. Au contraire, les applaudissements des loges éclatèrent précisément parce qu'on était sympathique à ce peuple, alors armé pour son indépendance. En 1810, Napoléon, qui avait déjà fait décerner à Spontini un de ses prix décennaux, le nomma directeur de TOpéra-Comique. Le maestro venait de contracter un mariage français en épousant la fille d'Érard, le célèbre facteur de pianos ^

En 1804, SALiERi, qui avait fait en 1787 la musique du « Tarare » de Beaumarchais, fut directeur de la chapelle impériale et composa chez nous plusieurs opéras.

Si nous occupions militairement l'Italie, on voit que les Italiens prenaient une sorte de revanche artistique sur les scènes françaises.

OlTVRAGES À CONSULTER. — L. COU-

rajod, Alexandre Lenoir et le musée des monuments français. — Le comte Delaborde, V Académie des Beaux- Arts depuis la fondation de l'Institut de France. — E. Despois, Le Vandalisme révolutionnaire, fondations, etc.

— J. Renouvier, Jlist. de l'art pendant la Bévol., considéré principalement dans les estampes (1863). — T. C. Bruun-Neergaard, Sur la situation des beaux-arts en France, Lettres d'un Danois (Paris, an IX). — Oaizot, Le Salon de 1810. — Miette de Villars, Mémoires de David. — S. J. Delecluze, Louis David, son école et son temps. — J. L. David, Le peintre Louis David. — E. Chesneau, Les chefs d'école. — Ch. Clément, Prud'hon. — Tripier Le Franc, Hist.

du baron Gros. — Delestre, Gros et ses œuvres. — Ch. Clément, Géricault.

— Quatremère de Quincy, Canova.

— André Michel, La peinture française de David à Delacroix. — A. de Montaiglon et G. Duplessis, A. JEToudont sa vie et ses ouvrages {Revue universelle des Arts, t. I).

H. Lavoix, La musique française»

— Pierre (Constant), Sarrette et lee origines au Conservatoire national de musique; la Marseillaise et ses différentes versions (1887); Musique exécutée aux fêtes de la Bévol. fr.

— Tiersot, Bouget de Vlsle (1892).

— A . Coquard, La musique en France depuis Bousseau. — Pougin, Méhul et Boîeldieu. — Soubies et Malherbe, Précis hist. de l'Opéra-Comique.

Voyez la bibliogr. da ohap. xxxi.

1. Arec cette insouciance de la fidélité politique qui se rencontre si souvent chez les artistes, il composa, pour la rentrée des Bourbons (avril 1814), « Pelage, ou le Roi et la Paix ».

Page 1