‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 57 sur 185 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Services rendus par la selence à la défense nationale. — La France, menacée en 1793 par une formidablecoalition, bloquée à la fois sur tous ses rivages par les âottes britanniques et sur toutes ses frontières par les armées européennes, privée de toute communication avec le reste du monde civilisé, dut en grande partie son salut à ses savants.

Le téléi^rapbe aérien. — Nos pères de la Révolution tressaillirent d*étonnement et de joie quand les deux frères Chappe, en 1793 , réalisèrent le télégraphe aérien. De distance en distance, sur une ligne de hauteurs, on élevait des tours : sur ces tours on établissait un appareil composé de pièces mobiles : chaque mouvement, chaque combinaison de ces pièces formait un signe, qui était répété successivement par tous les appareils de la ligne. Le !«' avril 1793, Romme lit à la Convention un rapport sur « ce moyen ingénieux d'écrire en Tair ». L'Assemblée ordonne rétablissement d'une ligne allant de Paris à lai frontière du nord. Le 11 avril, Barère annonce dans un nouveau rapport que « les communications se font avec la rapidité de Téclair et que les ordres du Comité de Salut public arrivent même à travers une armée assiégeante ». Le 1®' septembre 1794, les bras de tous les appareils formant la ligne du nord sont en mouvement; ils transmettent à Paris un grand succès des armées françaises : « La ville de Condé est restituée à la République; la reddition a eu lieu ce matin à six heures. » Le même jour, la

Convention adressait à l'armée un télégramme de félicitations et recevait la réponse des chefs. Dans les années suivantes s'établirent les lignes de Paris à Strasbourg, de Paris à Brest; en 1805, celle de Paris à Turin, alors cité française; en 4813, de Paris, par Metz, à Mayence, ville également française à cette époque.

Aérostatlon militaire 9 eanons, aciers, poudres, salpêtre, etc. — Va^rostation militaire date du ballon captif du capitaine coutelle à la bataille de Fleurus (1794).

On n'avait pas assez de canons et on ne pouvait faire venir le cuivre d'Allemagne; nos savants trouvèrent moyen de fondre des canons^ avec les cloches des églises, avec les statues : de celle de Jeanne d'Arc à Orléans on tira des pièces qui portèrent les noms de Jearme et de la Pucelle. Monge publia, par ordre du Comité, son livre, introuvable aujourd'hui, intitulé (c Description de Fart de fabriquer les canons ».

L'acier manquait, nous ignorions môme le secret de sa confection, et on ne pouvait en demander à l'Angleterre. Fourcroy inventa des procédés rapides de fabrication; et l'on fit des baïonnettes, des épées, des sabres, avec l'acier français.

La poudre manquait ; on n'avait plus, pour en fabriquer, le salpêtre de l'Inde; on n'avait plus le temps de construire des moulins à poudre; le Comité de Salut public demandait dix -sept millions de livres de ce produit, et la régie déclarait ne pouvoir en fabriquer plus de trois millions de livres . Nos savants montrèrent comment on pouvait, en lessivant le sol des étables et le plâtre des murailles , extraire le salpêtre ^ , non plus à raison d'un million de livres par an, ainsi qu'on le faisait autrefois, mais à raison de douze millions en neuf mois ; comment on pouvait, par des procédés jusqu'alors incon-

1. Dans nos fonderies, on suivait encore le procédé très long du moulage en argile : le Comité de Salut public, à la recherche de procédés plus expéditifs, ordonna de mettre en œuvre celui du moulage en sable.

2. Par ordre du Comité de Salut public, il fut établi, dans chaque département, un préposé chargé d'instruire les agents qui devaient rechercher le salpêtre. Le décret de la Convention (4 décembre 1793) fut accompagné d'une Instruction claire, précise, à la portée de chaque citoyen, où roni Wdiquait les principales opérations de la fabrication du salpêtre.

aus, le purifier et le sécher en quelques jours; comment on pouTaity avec des tonneaux que des hommes faisaient tourner, fabriquer la poudre en douze heures. Alors se vérifia cette assertion audacieuse d*ttn membre du Comité de Salut public : <c On montrera la terre salpêtrée, et, cinq jours après, on en chargera les canons. »

u Par son arrêté du 14 pluviôse, nous raconte Monge, le Comité de Salut public appela de chaque district de la République des citoyens choisis parmi les canonniers de la garde nationale, pour y apprendre, dans des cours révolutionnaires, l'art d'extraire le salpêtre, le procédé nouveau du raffinage de cette substance, la nouvelle manière de fabriquer la poudre, enfin la fabrication des canons de bronze pour le service de nos armées de terre, et de fer coulé pour Farmement de nos vaisseaux. Il chargea de ces cours les citoyens Fourcroy, Pluvine, Dufourny, pour le salpêtre; Guyton, Carny, BerthoUet, pour la poudre; Hassenfratz, Monge, Perrier, pour les canons. » Chaque section de Paris eut son atelier.

Quand ces cours furent terminés, la Convention convia les citoyens à la Fête du Salpêtre, le 30 ventôse an II (mars 1794). On y exposa les produits des industries nouvelles, canons, poudres, salpêtres. « Cette fête fut, dit Monge, une des plus belles de celles qui ont eu lieu sous la Révolution. Toutes les sections y assistèrent, portant Thommage de leurs travaux en salpêtre qu'elles avaient fait cristalliser sous des formes patriotiques, toutes très aimables, et la plupart très ingénieuses. » C'est alors que fut mise en vogue la « Cha^iison républicaine du Salpêtre * », où Ton trouve une indication sommaire des procédés nouveaux, et que répétaient en chœur les élèves du salpêtre.

Armand seguin inventa un procédé rapide pour le tan-

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