Deseendons dans nos louterrains
La liberté noua y convie ; Elle parle, Républicains, Et c'est la voix de la Patrie I Lave la terre en un tonneau ; En faisant évaporer l'eau, Bientôt le nitre va paraître I Pour visiter Pitt en bateaa, n ne nous faut que dn salpêtre.
246 aVILISATlON FRANÇAISE
nage des cuirs destinés à la fabrication des chaussures et autres objets d^équipements militaire : la Convention lui décerna une récompense nationale (1795).
La Convention avait fait, comme nous l'avons vu, beaucoup pour la science ; la science fît alors beaucoup pour la patrie. La révolution scientifique vint au secours de la révolution politique et sociale.
L Les mathématiques et l'astronomie.
Hathématlqaes et mathématiciens. — Les mathématiciens de cette époque ont été mêlés à la politique comme à la guerre. Les services rendus par eux à la cause de la défense nationale n'ont pas été inférieurs à ceux des physiciens et des chimistes. Le parti constitutionnel s'enorgueillit de Bailly, la Gironde de Condorcet, la Montagne de Carnot, Monge, Arbogast, le Sénat consulaire ou impérial de Lagrange et de Laplace. C'est un mathématicien, Carnot, qui renouvela la tactique et fut l' « organisateur de la victoire » ; c'est un autre mathématicien, Bonaparte, qui inaugura la grande guerre.
La carrière scientifique de bault est antérieure à la Révolution : il avait achevé en 1787 son « Histoire de l'astronomie ancienne et moderne » et publié, en 1777, ses « Lettres sur l'origine des sciences ».
La dernière œuvre de condorcet avait été ce magnifique « Tableau des progrès de l'esprit humain )>, dont la Convention nationale ordonna l'impression aux frais de la République. En 1801 commence, par les soins de Garât et de Cabanis, la première édition de ses œuvres complètes.
PORRO, de Besançon, publia, en 1779, son « Algèbre selon les vrais principes ».
La même année, arbogast, de Miintzig (Alsace], présentait à l'Académie des sciences son (c Essai sur de nouveaux principes de calcul différentiel et intégral ». Membre de la Convention, il rédigea le « Rapport sur l'uniformité et le système général de poids et mesures ».
Les principaux travaux de tremblby, de Genève, parurent, de 1793 à 1800, dans les mémoires de TAcadémie de Berlin.
Il contribua au perfectionnement du calcul intégral et du calcul des probabilités.
LA6RAN6E, de Turin, fut membre de la commission que TAcadémie des sciences chargea d'examiner et de récompenser les inventions, membre de la commission qu'elle institua pour l'étude du système décimal, professeur à rÉcole polytechnique, à l'organisation de laquelle il avait pris une si grande part. Napoléon, qui admirait en lui « la haute pyramide des sciences mathématiques >, le fit sénateur, grand officier de la Légion d'honneur. Ses principaux ouvrages de mathématiques pures, dans cette période, sont la «Théorie des fonctions analytiques » (1797), les « Leçons sur le calcul des fonctions » (1806) et le « Traité de la résolution des équations numériques à tous les degrés » (1808). Delambre termine ainsi son éloge de ce savant : « Grâce aux travaux de Lagrange, la science mathématique est aujourd'hui comme un vaste et beau palais dont il a renouvelé les fondements, posé le faite, et dans lequel on ne peut faire un pas sans trouver avec admiration des monuments de son génie. »
LAPLAGB fut, en 1794, professeur d'analyse mathématique à l'École normale. Après le 18 brumaire, il fut ministre de l'intérieur, sénateur et chancelier du Sénat, comte, grand officier de la Légion d'honneur. l\ a publié la « Théorie analytique des probabilités » (1812), le « Calcul des fonctions génératrices ». Ses leçons à l'École normale (1794} ont donné naissance à l' « Essai philosophique sur les probabilités » (1819).
MONGE devient, en 1792, ministre de la marine; puis il se consacre à la création des ressources scientifiques pour la défense nationale. Ardent jacobin, il est, après la chute de Robespierre, dénoncé par son portier comme un partisan de la loi agraire et n'échappe que par la fuite à une poursuite devant le tribunal révolutionnaire. En 1795, il prend. part à l'organisation de l'École polytechnique, où il devient professeur^ et de l'Institut de France, dont il devient membre. Chargé d'une mission en Italie, il contribue à la proclamation de la république romaine. Aidé de BerthoUet, il recrute Je personnel de l'Institut d'Egypte, débarque avec Bonaparte devant Alexandrie, et il faut un ordre formel
du général en chef pour Fempécher de figurer dans les colonnes d'assaut. De retour en France, il est fait sénateur, comte de Péluse, grand officier de la Légion d'honneur, directeur de FËcole polytechnique. La Restauration lui retire tous ses emplois, le chasse de Tlnstitut, licencie l'École polytechnique. 11 meurt dans la misère en 1818.
Avec ce tempérament ardent, dans une carrière si tourmentée, il a rendu de grands services aux mathématiques. On peut le considérer comme un des créateurs de la géométrie descriptive. Sa « Géométrie descriptive » et son « Analyse appliquée à la Géométrie » sont restées des livres fondamentaux.
CâBNOT, officier du génie, fut député à la Législative, puis député à la Convention et membre du Comité de Salut public, puis Tun des cinq Directeurs. Chargé principalement de l'organisation des armées, il assistait Jourdan à la bataille de Wattignies (1793), et c'est lui qui plaça Bonaparte à la tête de l'armée dltalie. Proscrit par ses collègues du Directoire après le coup d'État de fruclidor, il n'échappa à la déportation qu'en se réfugiant en Allemagne. Après le 18 brumaire, Bonaparte le rappela et lui confia le ministère de la guerre; l'Empire le rendit à la vie privée, d'où il ne sortit qu'en 1815 pour organiser la défense d'Anvers. La Restauration, qui ne lui pardonnait pas d'avoir voté la mort de Louis XVI, lui infligea un nouvel exil : il mourut à Magdebourg (Allemagne), en 1823.
Comme Monge, Carnot fut surtout un géomètre. Dans son premier exil, il avait pubhé sa « Métaphysique du calcul intégral ». Après sa disgrâce sous Napoléon, il publia sa a Géométrie de position » et son u Essai sur la théorie des transversales ».
MEUSNiER, officier du génie, devenu général sous la Convention et qui périt en défendant Mayence contre les Prussiens (1793), fut non seulement un physicien distingué, qui avait perfectionné les aérostats, inventé un appareil pour distiller l'eau de mer, et mis Argant et Quinquet sui la voie d'un nouveau système d'éclairage, mais aussi uo géomètre de premier ordre, qui, sur certains points, avait devancé Monge.
lAVCBBT, membre de l'Institut d'Egypte, mort en 1807, à
trente-trois ans, complète les travaux de Monge et Meusnier sur les courbes à double courbure.
LBGENDRE est surtout célèbro par ses « Éléments de géométrie >) (1794) et sa « Théorie des nombres » (1798); pamsoT, par ses « Éléments de statique » (1804); hichette, un des savants de Texpèdition d'Egypte, par sa « Correspondance sur .rÉcole polytechnique », qu'il commença en 1804; Tabbé BossuT^par son « Histoire générale des mathématiques » (1810).
L'aatroBomie. — De 1789 à 1793^, TAUemand sghbobter poursuit ses belles observations sur Venu» : il établit que les montagnes de cette planète atteignent 44 000 mètres d'altitude, c est-à-dire qu'elles sont cinq fois plus hautes que les plus hauts sommets de notre globe, même ceux de l'Himalaya.
Kepler, en poursuivant ses calculs sur le monde planétaire, avait émis Thypothèse qu'il devait exister une planète entre Mars et Jupiter. Les astronomes allemands, dans leur foi au génie de leur compatriote, s'étaient, pendant un siècle et demi, ingéniés à la découvrir. C'est le l»' janvier 1801 que, suivant l'expression de Delambre, « un hasard extrêmement heureux, mais préparé par un travail immense », fit apercevoir à l'Italien piazzi, dans la région indiquée par Kepler, une étoile inconnue. 11 la suivit avec soin, constata qu'elle n'était point immobile, et en conclut que c'était une planète. Il la nomma Cérés. Dans les mêmes parages, Pallas fut découverte par olbers, de Brème, en 1802 ; Junon, par harding, de Gœttingen, en 1804; Vesta, par Olbers, en 1807. Bien d'autres ont été depuis découvertes. On les appelle astéjoîdes ou petites pkmétes. Certains astronomes ont émis l'hypothèse que ces astéroïdes, visibles seulement au télescope, sont les débris d'une planète primitive, projetés dans l'espace par quelque explosion, et qui continueraient, à une certaine distance les uns des autres, à suivre des orbites distinctes, mais assez rapprochées de l'orbite primitive.
Pour l'astronomie physique, les Anglais conservent leur supériorité avec William herschel, qui continue son exploration du ciel, et john hitghell, qui étudie les amas stellaires et les nébuleuses (1797).
L'astronomie mathématique resta le domaine des Français. En 1790, MÉCHiN et delahbre furent chargés par TAcadémie des sciences de mesurer le méridien terrestre entre Dunkerque et Barcelone. Cette opération, qui devait servir à constater scientifiquement la longueur du métré ^ base de tout le système décimal^ fut exécutée au moyen d'instruments et de méthodes beaucoup plus parfaits que ceux qu'avaient pu mettre en œuvre les astronomes du xvii« siècle. En 1803, Méchin se proposait de prolonger ce méridien jusqu'aux iles Baléares : il mourut au cours des travaux.
Le grand nom français de l'époque, c'est laplace. Dans ses deux œuvres capitales, Exposition du système du monde (1796), qu'il dédia au Conseil des Cinq-Cents, et Traité de la mécanique céleste (1799), il confirma les lois de Kepler et le système de Newton en leur donnant un degré de certitude qu'ils n'avaient pas eu aux yeux mêmes de leurs auteurs, et une précision que ceux-ci n'avaient pu leur assurer.
LALANDE publia, cu 1801, son « Histoire céleste » et, en 1803, sa (( Bibliographie astronomique ».
IL La physique et la chimie.
Physique : les SBX9 les aérostats. — 6AT-LUSSAC, élève de l'Ecole polytechnique en 1797, fut le suppléant de Fourcroy à la même école et l'ami de Berthollet. Il a attaché son nom au psychromètre, instrument destiné à mesurer l'humidité avec plus de précision qu'on ne pouvait le faire avec ï hygromètre, inventé par Saussure.
Il a dû sa grande réputation de physicien à ses recherches sur la compressibilité des gaz et à ses expériences d' aérostation.
Depuis la bataille de Fleurus (1794), il y eut de nombreuses ascensions militaires : dans les quatre mois qui suivirent, Fourcroy en signale jusqu'à trente-cinq. D'autre part, les aéronautes civils rivalisaient avec les militaires *.
1. La première ascensioD accomplie avec un but d'observalions scientifiques fut faite en 1803, à Hambourg, par Robertson et Lhoest.
Gay-Lussac les dépassa tous en audace : de plus, il fit servir ces témérités à des recherches scientifiques. Le 20 août 1804, dans une ascension entreprise avec Biot, il s'éleva à 4000 mètres. Le 16 septembre de la même année, il atteignit une altitude, constatée par le baromètre, de plus de 7000 mètres : le thermomètre accusait une température de 9 degrés et demi au-dessous de zéro, tandis que la température relevée à l'observatoire de Paris était d'environ 28 degrés au-dessus de zéro : c'était une différence de plus de 37 degrés. A ce changement si brusque de température se joignait une autre épreuve pour l'aéronaute : une difficulté très grande à respirer. De ce voyage périlleux, Gay-Lussac rapporta de précieuses observations sur les oscillations de l'aiguille aimantée et la composition de l'air atmosphérique à ces hauteurs.
On commença à faire des ascensions un attrait des fêtes publiques : en 1804, Garnerin, le jour du couronnement de l'Empereur, s'enleva sur la place Notre-Dame à Paris; le lendemain, il débarquait à Rome. L'art nouveau avait déjà des victimes à enregistrer : Olivari à Orléans (1802), Mosment à Lille (1806), Bitlorf à Manheim (1812), Zambeccari à Bologne (la même année). Les célèbres mathématiciens Monge et Meusnier s'étaient déjà préoccupés de la direction des ballons.
C'est à 6ARNERIN que remonte l'invention du parachute (1797); il osa se confier à ce fragile appareil et lâcher son ballon à une hauteur de 1000 mètres : il descendit heureusement au milieu de l'émotion inexprimable des spectateurs.
La lumière, l'optique. —Les tbéories de Newton sur la nature de la lumière, son hypothèse de l'émission^ dominaient encore dans la science. Ce fut l'Anglais wollaston qui, vers 1800, revint le premier à l'hypothèse de Huyghens sur les ondulations. En 1807, malus, officier du génie, qui avait fait la campagne d'Egypte, publia son « Traité d'optique analytique » et son « Mémoire sur le pouvoir réfringent des corps opaques ». Les newtoniens virent d'abord dans ces travaux une confirmation de leur théorie : Arago n'eut pas de peine à démontrer le contraire. De 1808 à 1810, Malus publia ses recherches sur la polarisation de la
lumière et sa <c Théorie de la double réfraction ». £a 1811, àBAGO, appliquant son génie à cet ordre de phénomènes, iécouvrit la théorie des couleurs complémentaires^ Yoilà donc toute une branche de l'optique que les siècles précédents n'aYaient pas connue, et qui se trouve constituée dès cette époque.
Lorsque la lumière du soleil passe par un prisme, elle se décompose et projette ce spectre solaire dont Newton avait déjà donné la théorie. Mais certains rayons, à droite et à gauche des sept couleurs, ne sont pas colorés : ils sont invisibles, et cependant ils conservent des propriétés chimiques, par exemple celle d'altérer certaines substances, telles que le chlorure d'argent et Tiodure bleu d'amidon. Les expériences faites à cette époque par quelques savants français ou étrangers, notamment par gât-lussag et thénard, démontrèrent qu'au spectre solaire ou coloré se superpose un spectre chimique , beaucoup plus étendu.
La chaleur. — Sur la nature de la chaleur, les savants étaient partagés, comme sur la nature de la lumière, entre deux hypothèses : les uns la considéraient comme un fluide, c'est-à-dire comme une chose matérielle et même pondérable; les autres ne voyedent en elle qu'une variété du mouvement. En n98, l'Américain rumford fit, en Bavière, une observation importante : il remarqua que le forage des canons produit dans le bronze une forte élévation de température. U en conclut que c'est le mouvement de la machine à forer qui se transforme en chaleur : ta chaleur n'est donc que du mouvement. Dès lors, l'hypothèse de la chaleur-mouvement l'emporta sur celle de la chaleur-matière. C'est, d'ailleurs, un retour à la théorie antique soutenue par Heraclite.
Les premiers travaux sur la chaleur rayonnante sont dus à Prévost (1809), B. de Saussure, Rumford. Celui-ci démontra que les rayons calorifiques traversent le vide.
La Tapeur. — £n 1790, BÉTANGOURT avait lu un mémoire à l'Académie u sur la force expansive de la vapeur d'eau ». Les applications de cette force furent alors tentées, non par des Français, mais presque uniquement par le plus jeune des peuples civilisés, les Américains des États-Unis. Olivier ewans, dans sa manufacture de Pittsburg, cona-
trulsit des machines à haute pression, et, en 1800, fit circuler dans les rues de Philadelphie une espèce de chariot à vapeuar. En 1801, les Anglais trevitaick et vivian avaient introduit dans leur pays ces machines à haute pression, qui devaient rester encore longtemps inconnues chez nous.
Un autre inventeur américain, fulton, se proposa, dès 4793, de construire un navire mû par la vapeur. En 1797, il proposa au Directoire deux de ses inventions : la torpille sous-marine et un bateau sous-marin, qu'il appelait le Nautilus. Assez froidement accueilli, il s'adresse, six ans après (1803), au Premier consul : il fait naviguer sur la Seine un bateau à vapeur. Bonaparte ne semble pas avoir compris alors tout le parti qu'il aurait pu tirer de ce nouvel engin pour ses projets de descente en Angleterre. Éconduit pour la seconde fois, Fulton retourne en Amérique, construit un bateau qui fait le service sur la Delaware. G*est en 1814 que le Congrès américain, alors en lutte contre l'Angleterre, fait construire le premier navire de guerre à vapeur, destiné à tenir la haute mer : c'était une simple frégate.
L'électricité. — Le xviii® siècle, jusqu'en 1780, n'avait connu que l'électricité statiquCj obtenue par le frottement. Avec les expériences de GALVAm sur sa grenouille (1780) commence l'électricité dynamique^ que l'on appela longtemps galvanique, Galvani niait que ces deux électricités fussent identiques. Il voyait dans celle qu'il avait découverte une électricité d'une nature particulière, qu'il appelait animale; il croyait avoir trouvé un fluide nouveau, le fluide nerveux; il supposait qu'il était sécrété par le cerveau et que les muscles, réservoirs de ce fluide, agissaient comme de petites bouteilles de Leyde, dont les nerfs seraient les fils conducteurs. Ses expériences furent répétées partout en Europe. Une commission, nommée par notre Académie pour étudier ce phénomène, se trouva divisée d'opinion.
Un autre Italien, volta, de Pavie, tenait pour l'identité des deux électricités; il estimait que les organes animaux, dans les phénomènes galvaniques, étaient non des générateurs, mais simplement des conducteurs du fluide. D remarquait que ces phénomènes ne se produisent guère lorsqu'on ne met en contact avec les organes animaux
H. Civil, contcmp. 16
qu'un seul métal, n formulait ainsi le principe du voltaîsme : « Lorsque deux métaux différents sont en contact Fun avec Tautre, il y a développement d'électricité. » Une rondelle de cuivre appliquée sur une rondelle de zinc provoque le phénomène : mais si une paire de ces rondelles dégage un peu d'électricité, beaucoup de paires semblables, séparées Tune de Tautre par une rondelle de drap imbibée d'eau, développeront beaucoup d'électricité. C'est ainsi que Yolta, en 1799, construisit l'appareil qui porte son nom : la pile de Volta. C'était, en effet, une pile de rondelles, en forme de colonne, ayant un fil métallique à ses deux extrémités : par un de ces fils se dégage l'électricité qu'on appelle positive; par l'autre, l'électricité négative. Une paire de rondelles, l'une en cuivre, l'autre en zinc, s'appelle un couple ou un élément de la pile.
La disposition en colonne avait ses inconvénients : elle ne permettait pas de multiplier indéfiniment le nombre des éléments, c'est-à-dire la puissance de l'appareil, puisque le poids des rondelles supérieures (ait sortir le liquide des rondelles de drap. L'Anglais gruieshank plaça les couples dans une colonne de bois, où chacun était maintenu par des crans. Puis on imagina de les coucher l'un à côté de l'autre dans des auges en bois remplies d'eau, et de leur donner la forme de plaques carrées; on conserva à l'appareil son nom de pile, bien qu'il n'en eût plus la forme. Telle fut Isi pik à auges, inventée également par Gruikshank. Alors on put multiplier le nombre des éléments, donner aux plaques de cuivre et de zinc de grandes dimensions; c'est ainsi que fut construite la grande pile de wollaston, à l'Institution royale de Londres, en 1807, et la grande pile de l'École polytechnique, construite en 1813 par ordre de Napoléon. Celle-ci comprenait 600 éléments ou couples placés dans 60 auges de bois, les plaques de zinc et de cuivre ayant 9 décimètres carrés; la batterie, c'est-à-dire l'ensemble de ces éléments réunis par des fils métalliques, occupait 54 mètres carrés. Depuis lors la pile a pris bien des formes différentes.
Même, avant ces perfectionnements, elle donnait des résultats considérables. En 1800, nigholson et carlisle avaient montré qu'en plongeant dans l'eau les fils qui sont aux
deia pôles, c'est-à-dire aux deux extrémités de la pile, Teau se décompose en hydrogène et oxygène, gruikshanx montra que presque tous les corps sur lesquels on fait agir à la fois les deux pôles de la pile se décomposent, datt expliqua scientifiquement cette action chimique de la pile, et, quoiqu'il fût Anglais et que les deux nations fussent en guerre. Napoléon, en 1807, lui fit décerner par Tlnstitut le prix de 60 000 francs qu'il avait fondé en 1801 pour encourager les travaux sur Télectricité.
En 1793, six ans avant que la .pile fût inventée, à Taide d'un arc métallique composé de deux métaux, le chirurgien LABBET avait provoqué des contractions musculaires sur une jambe récemment amputée. En 1798, à Taide du même appareil, le physiologiste bichat galvanisa des cadavres de suppliciés. En 1818, cette fois avec une pile puissante, le médecin ube, à Glasgow, épouvanta l'assistance en rendant à un cadavre toutes les apparences de la vie.
Une curieuse application de ces découvertes, ce fut le télégraphe électrique, inventé en 1811 par scemmering, de Francfort, qui devint alors membre correspondant de rinstitut.
L'Américain Goxe en avait eu la première idée : elle consistait à produire, à distance, au moyen de fils électriques, des décompositions des substances chimiques : chacune des décompositions obtenues correspondait à un signe. Sœmmering se bornait à une seule décomposition, celle de l'eau en bulles d'hydrogène et d'oxygène. A cet effet, il employait 35 fils, correspondant aux lettres de l'alphabet ou à d'autres signes : ces 35 fils plongeaient dans nn baquet d'eau. Celui d'entre eux par lequel passait le courant électrique dégageait une bulle d'hydrogène et une bulle d'oxygène : on notait le signe correspondant à ce ôl. C'était assurément fort ingénieux, mais 35 fils constituaient un appareil bien encombrant.
Chimie. — L'échafaud révolutionnaire avait interrompu, en 1794, la carrière de lavoisier, dont les u Mémoires sur la chimie » furent publiés en 1805.
OUTTON DE MOBVEA0, qui fut membre de la Législative, de la Convention, des Cinq-Cents, directeur de l'École polytechnique et administrateur de la Monnaie, n'écrivit, dans
256 cnriusATioN française
cette période, que quelques mémoires de chimie et son « Traité sur les moyens de désinfecter Pair » (1801).
BEBTHOLLET ^, Organisateur et membre dellnstitut d'Egypte, publia, en 1789, son « Mémoire sur la nature de Facier »; en 1791, ses « Éléments de l'art de la teinture »; en 1801, ses « Lois de l'affinité », où il traita surtout des sels et formula ce qu'on appelle les lois Berthollet; en 1803, son tt Essai de statique chimique » . Il s'est occupé beaucoup de la chimie industrielle, de la fabrication des poudres, de l'emploi du chlore pour le blanchiment des étoffes. Ce procédé de blanchiment s'est appelé alors berthoUage : de là encore les mots de berthoUer et bertholleur,
rouBCROT, qui fut membre de la Convention, du Comité de Salut public, du Conseil des Cinq-Cents, puis, sous le régime suivant, conseiller d'État et directeur général de l'instruction publique, avait présidé à l'organisation de l'École polytechnique, des écoles de médecine et de droit, des écoles centrales. Il publia « la Médecine éclairée par les sciences physiques » (1791), <c la Philosophie chimique » (1792), son « Procédé pour extraire la soude » (1795), son fc Tableau synoptique de chimie ».
VAnauEUN est le premier chimiste qui ait dégagé le chrome, du plomb spathique de Sibérie (1797), et le glu^ einium, del'émeraude et du béryl (1798). Il s'occupa surtout de l'analyse des matières organiques et, avec BOBiauET, découvrit Vasparaginey un alcaloïde extrait de l'asperge, il analysa la matière cérébrale, la laite des poissons, le chyle de plusieurs animaux; étudia l'action du vin, du vinaigre et des acides sur les vases de plomb et d'étain; fabriqua l'alun et le laiton. Il est un des fondateurs de notre chimie médicale, comme de notre chimie industrielle.
Celle-ci dut également d'importants progrès à chaptal, ministre de l'instruction publique sous le Directoire, ministre de l'inférieur sous le Consulat, ministre d'État pendant les Cent-Jours. Il publia deux ouvrages, où les préoccupations d'utilité pratique s'affirment rien que par les
1. Berthollet est le premier qui ait expérimenté, vers la fin dazvm* sièole, une poadre, la poudre Berthollet, où le chlorate de potasse remplaçait le salpêtre, et qai était plus brisante que la poadre ordinaire. De là Texplosion de la poudrière d'Essonnes, où Û faillit périr avec Lavoisier.
titres : « la Chimie appliquée aux arts » (1807), et « la Chimie appliquée à l'agriculture * » (1823).
GAT-LussAC, à Taide d'une pile colossale, parvint à isoler plusieurs corps simples. De Tacide borique il dégagea le bore; du bleu de Prusse, le cyanogène (1815). Celui-ci, bien que composé lui-même de carbone et d'azote, agit cependant comme un corps simple et entre dans plusieurs combinaisons, telles que Tacide prussique. Les recherches de Gay-Lussac sur le sodium, celles sur le potassium, qui faillirent lui coûter la vue, ont une grande valeur. Il inventa Valcoomètrey le chloromètre^ Vakalimètre. Dans l'analyse des monnaies, il substitua la voie humide à la coupellation. Enfin, la philosophie de la chimie lui doit la loi des volumes.
Dans plusieurs de ses travaux, Gay-Lussac eut pour collaborateur le baron Thénard, avec lequel il publia, en 1811/ ses « Recherches physico-chimiques ».
Le baron thénard avait commencé, en 1800, ses recherches sur les combinaisons de Tarsenic et de Tantimoine avec l'oxygène et le soufre, sur les oxydes et sels de mercure, les phosphates, les tartrates, les éthers. Avec les sels de cobalt, il fabriqua le bleu de Thénard. Plus tard (1818), il inventera une eau oxygénée dont il proposera l'emploi pour le nettoyage des tableaux à l'huile. On voit que ses travaux ont principalement porté sur la chimie industrielle. Del813àl816 parut son célèbre « Traité de chimie ».
Il est nécessaire de dire quelques mots de quatre chimistes étrangers de cette période : les Anglais ^ Humphry Davy, Wollaston et Dalton, le Suédois Berzélius.
Humphry davy avait d'abord été apprenti chez un apothicaire, qui l'estimait « un pauvre sujet ». A vingt ans cependant il démontrait la décomposition de l'air par les plantes marines (1798). Le protoxyde d'azote, ou « oxyde nitreux » de Priestley, était considéré comme un gaz mortel, dont l'inhalation tuait à de très faibles doses : Davy osai le respirer pur (1799) et constata qu'il donnait
1. Un procédé inventé par Chaptal, en 1S33, pour augmenter la force des ▼ins en alcool, s'appelle encore la chaptalisation,
2. Un autre Anglais, Howard, inventa, en ISOO, la poudre Hovoard, qni eit le falminate de mercure.
t58 CIVILISATION FRANÇAISE
des sensations tellement agréables et étranges, qu'il l'appela gaz hilarant. Il fit un usage plus constant qu'on ne Tavait fait avant lui de la pile, et découvrit plusieurs corps simples dont Lavoisier avait deviné l'existence : le potas* sium dans la potasse, le sodium dans la soude, le calcium dans la chaux, le barium dans la baryte, le strontium dans ; la strontiane. Il essaya aussi d'isoler le fluor de Tacide fluorhydrique, mais ne put obtenir à l'état libre ce redou- > table gaz. Il montra ce qu'avait d'incomplet la théorie de Lavoisier, qui croyait que l'oxygène entre en composition dans tous les acides : il prouva que le chlore peut joner parfois le même rôle et qu'il en est de même de l'hydrogène. Davy distingua donc entre les oxacides, ou acides d'oxygène, et les hydracides.
L'invention de la lampe des mineurs *■ (1818); la démonstration que l'emploi des clous de fer dans les doublages en cuivre provoque la décomposition des doublages ; l'emploi de réactifs chimiques pour rendre lisibles les manuscrits de Pompéi et d'Herculanum, ont rendu Davy célèbre dans tous les mondes.
Son nom se rattache à notre histoire par une circonstance notable : en 1811, bien que l'Angleterre fût en guerre avec nous, Napoléon autorisa Davy à traverser la France ; c'est dans ce voyage qu'il examina une substance noire, qui se rencontre dans la cendre des plantes marines, qui corrode les chaudières, et qui avait attiré l'attention du salpétrier Courtois. Il découvrit que cette substance était un corps jusqu'alors inconnu et susceptible d'importantes applications : l'iode. La découverte en fut faite, presque en même temps, par Davy et Gay-Lussac, si bien que la question de priorité reste encore indécise.
WOLLASTON dut, comme Davy, à l'emploi de la pile, qui fut perfectionnée par lui, d'importantes découvertes : par exemple, du palladium et du rhodium (1804), qu'il tira de ce même minerai de platine dont Tennant, l'année précédente, avait déjà extrait ïiridium et l'osmium.
1. Cette invention est fondée sur la propriété qa*ont les toiles métalliqoes d'isoler les flammes et d'empêcher celle d'une lampe, emprisonnéo dans un cylindre de toile métallique, de mettre le feu au grisou ou gaz iaflammabie des mines de houille.
DALTON fut le créateur d'un nouveau système de philosophie chimique. Dès 1801, il émit l'hypothèse que la matière est composée de particules infiniment petites, insécables, invisibles : ce sont les atomes des philosophes grecs. €haque espèce de matière aurait ses atomes propres, ayant une forme et un poids spéciaux. G*est ce qui explique les différences entre les corps simples. Lorsque des atomes de nature différente entrent en combinaison, ils se juxtaposent sans se confondre.
Cette idée a été reprise, en 1814, par ampèbe, qui au mot atome substitua celui de molécule. Depuis, la science a admis les deux expressions : la molécule, invisible ellemême, est un agrégat d'atomes.
Proust avait formulé la loi des proportions définies, Gay- Lussac lu loi des volumes; Dalton compléta ces données par la loi des proportions multiples.
BEBZÊLins est surtout célèbre par les progrès qu*il a fait faire à la méthode chimique^ Pour désigner une combinaison quelconque, il ne suffit pas, comme on sait, de désigner les corps qui y entrent, il faut encore désigner la proportion dans laquelle y entre chacun d'eux.
C'est Berzélius qui a employé, le premier, des lettres ci des chiffres pour traduire ces combinaisons. Berzélius a donc complété l'œuvre de Lavoisier, le créateur de la nomenclature chimique, en donnant à la science une langu e plus brève dans sa concision. Berzélius a émis, pour expliquer l'action de la pile sur les combinaisons et les décompositions chimiques, une hypothèse qui est encore en vigueur aujourd'hui : il suppose que chaque molécule a deux pôles qui sont électrisés diversement : une combinaison de molécules serait en même temps une combinaison d'électricités ^
ié Signalons encore la déoonyerte de plusieurs corps simples, outre ceux qnt noas avons déjà indiqués : da titan , par Gregor et Klaproth (1791-1794); an tilieiuin et du sélénium, par Berzélius ; du eérium, par Bencélius et Hé* flingtr; da tireonium, par Klaproth et Berzélius (1805).
m. Les sciences naturelles
Voyages de naturalistes. — Bien que la période rêvolutionnaire et impériale, tout entière occupée par les guerres anglaises, n'ait pas laissé aux savants français la faculté de courir le inonde, il faut signaler cependant la fin des voyages scientifiques de là billabdière en Océanie, de RiCHARO à la Guyane, la mission de dombet dans rAmérique du Sud * et surtout l'expédition entreprise, de 1800 à 1802, deins toutes les mers africaines, par les trois navires le Géographe, le Naturaliste et la Casuarina : ils étaient commandés par le capitaine Baudin et son lieutenant Freycinet. BOBT de saint- Vincent était le directeur scientifique de l'expédition; il était accompagné des deux zoologistes Pérou et Lesueur. Comme le constate l'historien allemand Carus, « les entreprises des Français furent les premières » et elles allaient être bientôt « les plus fécondes ».
Zoologie. — C'est dans cette période que lagépëde donna une suite à ses précédents travaux en publiant l'Histoire des Heptiles, en 1789; celle des Poissons, de 1798 à 1803; celle des Cétacés, en 1804.
lATREiiLE publie, en 1796, ses travaux sur les ciiistacés, et, en 1806, son livre sur les Insectes.
LELORGNE DE SAViGNT, qui avait voyagé en Chine et qui fut membre de l'Institut d'Egypte, est connu par ses travaux, encore aujourd'hui classiques, sur la bouche des insectes; il est un des fondateurs de l'anatomie philosophique.
LAUARCX, professeur de conchyliologie au Muséum (1793) ne s'est pas seulement occupé des espèces à coquilles. U montra l'importance capitale de la division des animaux en vertébrés et invertébrés. U constata une des grandes lois de l'histoire naturelle : la dégradation progressive des organes, lorsqu'on va des animaux les plus parfaits aux moins parfaits, jusqu'à l'entier anéantissement de ces organes. C'est l'idée maltresse de ses « Recherches sur l'organisation des corps vivants» (1806)^oùron trouve son
1. loterrompue par sa captare (il fut pris par les Anglais) et par sa mort (1793).
1789-18H. — LES SCIEMCES 261
magnifique « Tableau du règne animal ». Dans sa « Philosophie zoologique » (1809), il jeta les bases de la doctrine de Vévolution et fut ainsi le précurseur de Darwin.
.LEVAiLLANT publia, de 1796 à 1804, le résultat de ses précédents Yoyages, et fut surtout Fhistorien des oiseaux de l'Afrique et de TAmérique.
DUTROGHET, en 1812, sépara nettement des infusoires ces fameux rotifères qui avaient tant occupé le xyiii« siècle.
Louis DUVERNOT, à partir de 1802, se consacra aux Reptiles, notamment aux serpents venimeux, caméléons, crocodiles.
C'est de cette époque aussi que datent les premiers travaux de Frédéric Cuvier et Constant Duméril.
ETIENNE GEOFFROY SAiNT-HiLAiRE, en 1792, avait été assez heureux pour arracher son maître Haûy et onze autres prêtres aux massacreurs de septembre. En 1793, nous le trouvons professeur de zoologie au Muséum, s'employant activement à en enrichir les collections. Il suivit Bonaparte en Egypte, et, lors de la capitulation d'Alexandrie, réussit à sauver les collections. françaises *. En 1808, il fut chargé d^une mission scientifique en Portugal, et^ en 1809, prit possession de la chaire de zoologie à la Sorbonne. Ses travaux, qui sont pour la plupart des monographies, réunies plus tard dans son grand ouvrage, ont un caractère philosophique : il tient, comme nous le verrons, pour l'unité de composition dans les êtres animés.
GEORGES CUVIER, le plus grand zoologiste du siècle, devint sous TEmpire conseiller de l'Université et conseiller d'État. Il avait professé à Técole centrale du Panthéon, au Collège de France, au Muséum. Avec Saint-Hilaire, il publia le «c Mémoire sur la classification des Mammifères » (1795),
1. Voici comme Dumas, dans son Éloge du ûls de Geoffroy, raconte cet épisode. Un savant anglais, Hamilton, avait fait insérer dans la capitulation QQ article en vertu duquel les collections de toutes sortes rassemblées pour rinstitut d'Egypte seraient livrées. Geoffroy, indigné des exigences et de la dureté de l'Anglais, s'écria : « Non! nous n'obéirons pas. Votre armée n^entre à Alexandrie que dans deux jours. £b bien, d'ici là, le sacrifice sera consommé. Nous brûlerons nos richesses, vous disposerez de nos personnes.... Oui! nous le ferons. C'est à la célébrité que vous visez? Comptez sur le souvenir de l'histoire. Vous aussi, vous aurez brûlé une bibliothèque à Alexandrie. » Hamilton, qui. après tout, aimait les lettres et les sciences, céda. On nous laissa ces trophées scientifiques, le seul fruit do tant de victoires
une nouTelle classification des animaux à sang blanc et les « Tableaux élémentaires de Tbistoire naturelle des animaux » (1798). Il acheva» après quelques tâtonnements ^, de déterminer la classification des animaux, à peu près telle que nous la pratiquons encore aujourd'hui.
PaléonColo^e. — En 1800, cuviEB commença ces leçons à^anatomie comparée qui devaient donner de si surprenants résultats. En effet, c'est grâce à Tanatomie comparée qu'il fonda la paléontologie^ c'est-à-dire la reconstitution des espèces perdues ou espèces fossiles. Des ossements épars d'animaux fossiles avaient été recueillis au Muséum sans qu'on eût pu encore déterminer à quelles espèces ils appartenaient. Vers cette époque commencèrent les fouilles dans les carrières de plâtre et de gypse à Montmartre. Dès 1796, à propos des éléphants fossiles comparés aux éléphants vivants, Guvier affirmait que Ton pouvait établir les mêmes comparaisons pour les rhinocéros, les ours, les cerfs, et un grand nombre d'animaux, dont le sol recouvre les espèces fossiles et dont nous avons sous les yeux les espèces vivantes. Il affirmait qu'il avait existé, avant la création actuelle, toute une création, peut-être toute une série de créations, qui avaient été détruites par les révolutions du globe.
<< Que Ton se représente, dit Flourens, ce mélange confus de débris mutilés et incomplets, recueillis par Guvier; que l'on se représente, sous sa main habile, chaque os, chaque portion d'os, allant se réunir à l'os, à la portion d'os à laquelle elle avait dû tenir; et toutes ces espèces d'animaux, détruites depuis tant de siècles, renaissant ainsi avec leurs formes, leurs caractères, leurs attributs; et l'on ne croira pas assister à une simple opération anatomique : on croira assister à une résurrection ! )>
Guvier, pour opérer cette résurrection prodigieuse, s'appuyait sur la loi de la corrélation des formes. Telle dent appartient évidemment à un Carnivore, mais c'est le seul débris qu'on possède de lui; cependant Guvier lui attribuait avec certitude telle constitution de la mâchoire, du
1. Par exemple, en 1797 eacore, Cavier classait les crustacés (homards, écrevisses, crevettes, etc.) avec les insectes et les arachnides.
crâne, de la colonne vertébrale, des membres antérieurs et postérieurs, des ongles ou des griffes. Telle autre dent, au contraire, est d'un ruminant : Guvier n'hésite pas à dessiner cet herbivore fossile avec une mâchoire, un crâne, un estomac triple, des pieds fendus, bref, toute une structure générale. Donc il suffisait à Guvier d'une dent ou du plus petit os pour reconstruire un squelette entier. Et, lorsque le hasard des fouilles amène au jour un squelette entier, on s'aperçoit avec stupeur que le savant ne s'est pas trompé d'un détail. C'est ainsi qu'il remet sur pied, après des milliers et des myriades d'années, toute la tribu de pachydermes antédiluviens, mastodonte, rhinocéros à narines cloisonnées, hippopotame fbssile, palœothérium, anoplothérium, lophiodon^ anthracothérium, cfiœropotame, adapis ; toute la tribu des herbivores, depuis le grand cerf d'Irlande jusqu'au daim gigantesque delà vallée de la Somme; toute celle des carnassiers, ours arctoïde, ours à dents comprimées, ours des cavernes, grand félin des cavernes; toute celle des grands reptiles, ichtyosaure, plésiosaure, mégalosaure, salamandres ou crocodiles gigantesques, ptérodactyles ou lézards ailés.
Ce n'est pas tout : Cuvier constate que ces animaux fossiles, depuis les plus anciens jusqu'aux plus récents, se trouvent dans des couches de terrain différentes; que chaque série animale correspond à un état particulier du globe, roches anciennes ou terrains plus ou moins récents ; qu'avec les premières couches qui formèrent le lit des océans primitifs apparaissent seulement des zoophytes, des mollusques, des crustacés, des poissons; que sur les , premières terres émergées du chaos pataugèrent, comme dans un immense marais, les reptiles colossaux; que sur le sol un peu raffermi ont vagabondé les grands pachydermes; que les forêts et les prairies qui survinrent ensuite permirent aux carnassiers et aux ruminants d'apparaître. Et alors, interprétant les couches du sol par leurs habitants, il publie, en 1813, ses deux ouvrages capitaux : le Discours sur les révolutions du globe , et les Recherches sur les ossements fossiles.
Botanique. — Les principaux travaux sur la botanique furent alors ceux de laurxnt de jussieu, qui fit paraître la
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dernière feuille de ses Gênera plantarum le jour même où fut prise la Bastille; — de lamarck, qui, en i789, commença son « Dictionnaire de Botanique », en 1802, publia la troisième édition de sa « Flore générale de France », et qui contribua à la réorganisation du Jardin des Plantes (1793) ; — de DU PETiT-THOUARS, qui, dans ses « Essais sur la végétation » (1809), s'occupa spécialement du mode de développement des bourgeons; — de brisseau-mirbel, auteur d'un «Traité d*anatomie et de physiologie végétales » (4802), d'une « Théorie de l'organisation végétale » (1808), des « Éléments de botanique et de physiologie végétales », et qui a publié, en collaboration avec Lamarck, de 1802 à 1826, sa grande « Histoire naturelle des végétaux ».
Géologie. — L'Allemand werner, qui, en 1791, publia sa « Théorie des Filons », avait concilié les deux écoles vul^ canienne et neptunienne. Il avait fait leur part au système de la formation des roches par le feu et au système de la formation par les dépôts de la mer. Il avait divisé Técorce terrestre en deux étages, séparés par un terrain de transition : un étage inférieur, constitué avant l'apparition des êtres organisés, et où l'action ignée était évidente; uu étage supérieur, où lès débris d'êtres organisés apparaissaient et qui ne pouvait avoir été constitué que par les sédiments. Cette théorie de Wernelr était encore incomplète : son compatriote léopold de bugh, qui visita les Alpes en 1797 et le Puy-de-Dôme en 1802, put constater qu'elle ne rendait pas compte de tous les faits géologiques. BÉNÉDiGT DE SAUSSURE, dont les excursions alpestres vont de 1780 à 1796, se trouva aux prises avec les mêmes obscurités. cuviER et ALEXANDRE BR0N6NIART « mirent en évidence l'existence d'un troisième étage formé de sédiments déposés au sein des eaux, celui des terrains tertiaires ». C'était un grand événement; mais « à ce service rendu à la science s'en joignait un autre. Les terrains tertiaires ne forment point des masses homogènes; ils se subdivisent en couches distinctes et nombreuses. Pour caractériser chacune d'elles, il fallut créer une méthode; et celle-ci permit non seulement de les classer, mais de mieux déiînir les coupes des terrains secondaires plus anciens; de reconnaître l'existence de terrains quaternaires plus récents;
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de démontrer, enfin, que les couches sédimentaires forment une série continue, commençant aux terrains de transition et finissant aux alluvions actuelles... Dans le sol des environs de Paris, Cuvier et Brongniart constatèrent Toeuvre distincte de trois mers qui, après Tavoir occupé chacune au cours de longs siècles, Favaient abandonné pendant des périodes non moins prolongées. > (Dumas.)
Or, comment reconstituer cette histoire des couches terrestres, qui apparaissait si compliquée? Ce fut l'œuvre surtout de Brongniart. Les coquillages et les ossements fossiles lui fournirent les points de repère. Il apprit à les considérer « comme autant de médailles capables de fournir la date de leur dépôt ». C'est sur ces données qu'il publia (1808), en collaboration avec Cuvier, sa « Description géologique des environs de Paris ».
Pour la minéralogie proprement dite, signalons le «Traité de minéralogie » publié en 1801 par haity.
Anatomie. — Un des plus grands anatomistes de cette période, ce fut bichat, qui, en 1797, ouvrît un cours privé
1. Cavier {Éloge de Corvisart) constate que TenseignieineDt médical de I* Faculté de Paris s'était peu amélioré à la veille de la Révolution. « Tous ses membres recevaient, avec le titre de docteur, le droit d'enseigner, mais ils n'en contractaient pas le devoir ». Elle n'avait donc pas de professeur! en titre : les plus jeunes docteurs passaient dans les chaires à tour de rôle, n*y restaient pas plus de deux ans, « se h&tant de s'acquitter de cette corvée pour acquérir le titre de docteur-régent. » Il n'y avait toujours pas de cli' nique ou leçons publiques au lit des malades : les jeunes médecins ne pouvaient se former qu'en accompagnant les anciens dans leurs tournées de visite. En somme, le siège du progrès médical n'était point à la Faculté» mais à l'Académie de médecine et dans les chaires du Collège de France.
« Les habitudes et l'extérieur des médecins, continue Cuvier, n'étaien* guère moins antiques que le régime de la Faculté. Si Molière leur avait fait quitter la robe et le bonnet pointu, ils avaient au moins gardé la perruque à marteau, que personne ne portait plus, et c'était dès leur entrée en fonctions qu'ils devaient 8*en affubler. On assure que M. Corvisart et M. Halle ont été les premiers k donner le scandale de ne point la prendre, et que eette légèreté, comme on l'appelait, leur nuisit beaucoup. » Le premier, qui était candidat à la direction d'un hôpital qu'une grande dame venait de fonder, en fut écarté, car la fondatrice, « dès le premier mot, lui déclara que son hôpital n'aurait jamais un médecin sans permqoe ••
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h Paris. Ed 1801, il fnt mèdecia à l' Hôtel-Dieu, et fonda lu Sodëté médicale ^émulation. Travailleur infatigable, on le Tojait manger et coucher & l'amphithéâtre et faire jusqu'à 600 dissections en un seul hiver. Chose singulière, il dédaignait, dans ses études sur tes tissus, le microscope, « dont la physiologie et l'anatomie, disait-il, ne me paraissent avoir jamais retiré un grand secours, parce qu'on regarde dans l'obscurité ; chacun voit à sa manière et suivant qu'il est affecté ». C'est cependant l'emploi du microscope qui devait achever son œuvre, car, en notre siècle, l'anatomie sera surtout l'histologie '. Ses principaux travaux dans cette branche de ta science sont le a Traité des Membranes » (4800), « l'Anatomie générale appliquée à la physiologie et à la médecine » (1801), le u Traité d'Anatomie descriptive » et « l'Anatomie pathologique », qui parurent après sa mort (1602). Il semble avoir eu, de son vivant, moins d'influence sur les anatomistes que sur les médecins : parmi ceux-ci, il peut se glorifier d'avoir eu pour disciples Broussais, Gorvisart, Laënnec.
PbrHiologle. — Les « Recherches physiologiques sur la vie et la mort » (1800) assurent également à biout le premier rang parmi les physiologistes du temps. Il appartenait à l'école vitalisle ', dont Bordeu avait transporté les théories de Montpellier à Paris. Le chef de l'école était alors Barthei (mort en 1806).
Les théories dites tnatériaUttes , en médecine, eurent pour principal représentant cuuns '.
iBBULOis, médecin t Bicâtre, publia, en 1812, ses « Expériences sur le principe de la vie, notamment sur celui des mouvements du cœur, et sur le siège de ce principe ».
BDTBOCHiT, d'une famille minée par la Révolution, fnt
, d'abord obligé, pour gagner sa vie, de servir comme mé-
g' decin militaire dans la guerre d'Espagne. Nommé ensuite
"■-idecin du roi Joseph (1808). puis devenu tout h ootip
he vers trente-quatre ans (1810), il put se livrer & ses
therches physiologiques. En 1806, il avait donné uno
« Nouvelle théorie de la voix », et, en 1810, une « Nouvelle théorie de Thabitude et des sympathies ». La plupart de ses travaux appartiennent à la période suivante ^ Il appartenait, comme la plupart des illustres de ce temps, à récole vitaliste.
PROST s*est signalé par son u Essai sur la sensibilité » (1805) et ses « Trois coups d'œil sur la folie » (1806) *.
Thérapeatiqae. — La thérapeutique, ou médecine proprement dite, eut alors d'illustres représentants.
BROUSSAis, merveilleusement doué au physique et au moral, d'une force herculéenne, d*un esprit brillant, d'une parole éloquente, fut d'abord soldat sous la Révolution, puis médecin de la marine et médecin militaire pendant les campagnes de la République et de l'Empire, enfin professeur (1814) et médecin en chef au Vaî-de- Grâce •. C'est un des noms les plus populaires de ce temps. En réaction contre le stimulisme de Brown ^, il plaçait le germe de toutes les maladies dans l'inflammation des tissus; il préconisa la méthode antiphlogistique, destinée à calmer cette irritation, et en revint aux émoilients, aux saignées, aux purgations. Ses principales œuvres de cette période portent des titres assez caractéristiques : « Histoire des phlegmasies ou inflammations chroniques » (1808), et « Examen de la doctrine médicale généralement adoptée » (1816).
CORVISART fut, sous la Convention, professeur à VÉcole de Santé de Paris (1795); sous l'Empire, médecin de Napoléon; sous la Restauration, chef du service médical. Sa principale œuvre, dans la période qui nous occupe, c'est son « Essai sur les maladies et les lésions organiques du cœur et des gros vaisseaux » (1806). Un des premiers, il mit en pratique la méthode de percussion, qui consiste à frapper avec le doigt la cavité pectorale pour découvrir les lésions des organes. Il traduisit même l'ouvrage de l'Aile-
1. Notamment, JReeherehêM anatomiques et physiologique» tiar la structure intm» de» végétaux et de» animoMX (1834), et V Agent immédiat du principe vitoJt dévoilé dan» »a nature et »on mode d'action (1847).
8. Le dernier ouvrage de Prost fat son Traité du choléra morbu» (1832).