‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 61 sur 185 · II. L'industrie · texte numérisé non relu

II. L'industrie

L'industrie pendant la Révolotlon. — La Constituante ne s'était pas bornée à émanciper Findustrie des liens des corporations par la loi de 1790; par celle de 1791, elle créa les brevets d'invention et assura ainsi la propriété industrielle.

Malheureusement, il survint des années de crise terrible qui empêchèrent le travail de profiter de ces réformes. Toutes les industries de luxe, articles de Paris, meubles, vaisselle, furent tuées par Fanarchie, Fémigration, la Terreur, les emprunts forcés sur les citoyens riches. La politique en plein air, les discussions des clubs, le service de la garde nationale ou de l'armée, firent déserter les ateliers. L'insurrection de Lyon, puis la sévère répression qui suivit, anéantirent Findustrie de la soie (1793).

1. En 1800, il 7 eut 198000 mariages et 903000 naissances; en 1804, tl4 000 mariages et 912000 naissances; en 1809, 287000 mariages et933 000 naissances; en 1814, les mariages se réduisent à 193000, mais il y a 994000 naissances, Il n'y ent de légères disettes qae dans les années 1802 à 1805, 1807, 1811 à 1814. Au contraire, les années 1809 et 1810 forent une époq[ae de belles récoltes et de grande prospérité.

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Les ouvriers, dès 1791 , avaient formé des coalitions et pétitionné pour faire augmenter le prix des salaires. La municipalité parisienne essaya vainement de les apaiser en invoquant la liberté qui doit présider aux transactions entre ouvriers et patrons et les principes immuables de réconomie politique. La loi de 4794 (14 juin) interdit ces associations sous peine d'amende et de prison. « Sans doute, disait le député Chapelier dans son rapport, il doit être permis à tous les citoyens de s'assembler, mais il ne doit pas être permis aux citoyens de certaines professions de s'assembler pour leurs prétendus intérêts communs... Les caisses de secours sont inutiles, car c'est à la nation à, fournir des travaux à ceux qui en ont besoin pour leur existence, et des secours aux infirmes. » Ainsi la Constituante, en même temps qu'elle refusait une liberté nécessaire, patronnait la dangereuse utopie du droit au travail.

Comme le chômage était devenu général, on ouvrit des ateliers nationaux; mais, comme ils ne servaient qu'à décourager ceux des ouvriers qui persistaient à travailler comme autrefois, on les ferma. Beaucoup, pour avoir dii pain, s'enrôlèrent dans les armées des frontières ou dans l'armée révolutionnaire de l'intérieur.

Le travail ne reprit un peu que sous le Directoire. Pourtant, plusieurs millions alors accordés à Lyon ne réussirent pas à relever son industrie. A Paris même, on constatait que les ouvriers des Gobelins n'étaient pas payés. Pour stimuler un peu la production, François de Neufchâteau, ministre de l'intérieur, imagina de réunir au Champ de Mars la première exposition nationale de l'industrie française. Soit que celle-ci fût encore trop éprouvée, soit qu'on n'eût pas été prévenu à temps, il ne se présenta que 111 exposants, auxquels on distribua douze médailles. Cependant on y remarqua le développement de l'industrie métallurgique du Creusot et des essais de filature mécanique qui annonçaient l'avènement prochain des machines.

L'Industrie sous Napoléon : la -réfflementallon. — Napoléon, Premier consul ou Empereur, eut pour premier souci de rétablir une certaine discipline parmi les classes ouvrières. Il dépassa la mesure, et, siir certains points, son préfet de police, par une réglementation minutieuse

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et tracassière, en revint presque à reconstituer Tancien régime. Les boulangers de Paris, au nombre de 641, les bouchers, au nombre de 450, réduits ensuite à 300, furent réunis en corporations et soumis à une rigoureuse surveillance. Ce qui prouve, cependant, que ces mesures n'étaient pas absolument contraires k l'opinion de Pépoque, c'est que les marchands de vin sollicitèrent, en 1804, la même réforme : ils ne furent pas exaucés. La police des halles, des marchés, fut à peu près celle de la monarchie. Les colporteurs, commissionnaires, porteurs de charbon, reçurent une médaille avec un numéro; leur nombre fut rigoureusement limité. Les forts de la halle durent être commissionnés par l'administration. Les imprimeurs furent réduits à 60; en 1811, ce chiffre se releva à 111. Comme les libraires, ils furent astreints à Tobligation du brevet et au serment.

Une loi de 4803 interdit les coalitions d'ouvriers, en vue de cesser le travail. Elle ne s'ezpUquait pas sur les coalitions de patrons. Le Code pénal de 1810 fut un peu plus équitable : il ne punit que les ouvriers coahsés pour faire cesser le travail. Il visa aussi les coalitions de patrons; mais ceci n'était qu'un trompe-l'œil, car les patrons n'ont pas besoin de s'attrouper pour arriver à une entente.

Le livret d'ouvrier, mesure utile en soi, devint une mesure vexatoire, car on l'assujettit aux mêmes formalités que le passeport; l'administration le faisait payer 75 centimes à l'ouvrier; celui-ci devait le déposer entre- les mains du patron qui l'embauchait, et, par là, se trouvait à sa discrétion. Le Code civil (dans son article 1781) contient une disposition assez peu équitable : « Le maître est cru sur son affirmation pour la quotité des gages, pour le payement du salaire de l'année échue, et pour les acomptes donnés sur l'année courante. »

Une création utile fut l'établissement, en 1806, des conseils de prud'hommes dans 26 villes de France; mais l'organisation en étaié aristocratique; la moitié de chaque conseil était bien composée de patrons, mais l'autre moitié, au lieu de se composer d'ouvriers salariés, ne comprenait que des contremaîtres et des ouvriers patentés, c'est-à-dire de petits patrons. La loi de 4840 conféra aux conseils do

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prud'hommes des attributions de justice correctionnelle, les autorisant à punir d'un emprisonnement qui n'excéderait pas trois jours les délits tendant à troubler l'ordre et la discipline des ateliers. Toutes ces lois constituaient donc une sorte de revanche des classes bourgeoises contre la dictature des classes populaires en 1793.

Progrès de rindiistrle. — En 1801, Ghaptal, Monge, Conté, Fourcroy, Berthollet fondèrent la Société d'encouragement pour Vindustrie nationale ^ qui rendit d'éminents services. Un des caractères de notre histoire industrielle à cette époque, c'est le rôle qu'y jouent les savants et le progrès accompli par les applications pratiques de leurs découvertes.

Napoléon emprunta à François de Neufch&teau l'idée des expositions nationales. Elles eurent alors beaucoup plus de succès. Celle de 1801 compta 229 exposants; celle de 1802, 540; celle de 1806, 1422.

Alors se signalèrent, parmi les industriels français, CHOPITEL, serrurier, qui inventa une machine à découper les pièces laminées, de manière à fabriquer des fenêtres toutes prêtes à recevoir la vitre ; Bernard et gamdère, qui trouvèrent un vernis contre la rouille ; treppoz, qui importa en France la fabrique orientale de l'acier et produisit des rasoirs aussi bons que ceux d'Angleterre; albbet, qui imagina les scies sans fin; conté, l'inventeur des crayons de mine de plomb, chimiste et métallurgiste si habile que, l'armée française en Egypte ayant perdu ses outils et ses machines, il y improvisa des fabriques d'étoffes, d'acier, de canons, d'instruments de chirurgie et de précision; LEBLANC, qui avait créé en 1791 la première fabrique de soude artificielle, mais qui s'était ruiné ; seguin, qui s'enrichissait dans la tannerie; besson (1793) et champion (1811), qui fabriquaient le caoutchouc ; mollerat, qui, s'inspirant des recherches de Vauquelin et Fourcroy, produisait le vinaigre de bois ; Edouard adah, qui distillait l'alcool avec une perfection jusqu'alors inconnue; darcet* qui, avec la gélatine extraite des os, obtenait une colle supérieure; bordibr- MABCET, qui inventa la lampe astrale, à couronne et suspendue, dont la lumière tombait d'en haut et ne portait point d'ombre; cabcel, qui, en 1803, ajouta aux lampes un

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mouvement d'horlogerie pour faire monter l'huile régulièrement. Deux fabriques de maroquin avaient été établies. Tune à Choisy-le-Roi , depuis 1797, l'autre à Paris, cadet . DE TAUX, chirurgien en chef du Val-de-Grâce, fabriquait de la gélatine avec les os ou en tirait des engrais pour l'agriculture. ROCHON imitait la corne transparente avec de la coUe de poisson.

Les produits chimiques, après les recherches de Thénard, Berthollet, Fourcroy, etc., devinrent une branche importante de Tindustrie nationale : on améliora la fabrication de Facide nitrique ; on créa celle des acides chlorhydrique et sulfurique, de l'ammoniaque, du blanc de céruse, de l'alun purifié, des sulfates de fer et de magnésie. On employa le chlore pour le blanchiment des toiles, tandis que l'ancienne méthode, Fexposition sur le pré, exigeait des mois, chaptal l'employa aussi pour les chiiTons destinés à la fabrication du papier.

BUCHER, de Strasbourg, et Mlle sonthonax, de Nantua, fabriquaient des nankins; hontaqrin, de Tarare, des mousselines; Camille pbrnon, des brocards; Grégoire et vaucbelet, des velours; uaué, des satins. L'ébéniste Jacob desmaltbh créait un mobilier nouveau. Dans l'orfèvrerie se distinguaient BiENNAis, AUGUSTE et ODIOT; dans le bronze, thomire et RAVRio. On disputait à l'Italie la fabrication des camées et mosaïques, alors fort en faveur chez nous.

Le luxe de la cour consulaire, de la cour impériale, des uniformes militaires, fut un sérieux encouragement à nos industries du vêtement.

Les meubles fabriqués dans le faubourg Saint- Antoine continuaient à s'exporter au loin.

L'usine métallurgique d'Ëssen, alors française, si célèbre depuis comme usine prussienne, naquit en 1810. La manufacture de Bischwiller donna des faux d'acier fin; celles de Moulins et de Langres, des couteaux et des ciseaux; celles de Thiers, des couteaux à bon marché ^.

La fabrication du papier à la mécanique fut inaugurée à Essonnes, par léger didot. En 1799, un ouvrier, appelé

1. Par exemple, les eustaches, couteaux-sifflets de deux sous qu'admirait l'Anglais Fox à l'exposition de 1806, et dont il remplit ses poches ponr !•■ distribuer à ses amis de Londres.

Louis ROBERT, y inventa la machine à production continue^ qui donne le papier sans fin,

PRIEUR, de la Côte-d'Or, ancien membre de la Convention et du Comité de Salut public, retiré en Bourgogne, montait une fabrique de papiers peints et renouvelait Findustrie inaugurée par réveillon.

L*horlogerie de Besançon oifrait des montres à tout prix, même à 13 francs. La typographie parisienne, avec les DiDOT, la lithographie, avec lastetrœ, de Paris, et EN6EL1CANN, de Mulhouse, donnaient des produits admirables.

Pour suppléer à la rareté du sucre colonial, aghard, un Prussien d'origine française (1796), derosne (1804), proust et Pierre nfiuiER (1810), bonmatin et drapiez (1811), perpère (1812), perfectionnaient la fabrication du sucre de betterave. DELESSERT fondait Tusine sucrière de Passy (1812) et CRESPEL-DELissE Celle de Lille (1812).

ALEXANDRE BRONGNiARD fut nommé, en 1800, directeur de la manufacture de Sèvres, poste qu'il occupa jusqu'en 1847 : il y rendit de grands services, car il y fit revivre la peinture sur verre, y perfectionna les émaux, y développa le Musée de céramique, trouva moyen de fixer le vert de. chrome.

En 1790 se fondait la verrerie de Saint-Louis (Lorraine).

Philippe Lebon. — Lebon, né à Bruchay (Haute-Marne) en 1769, fut sur la voie d'une grande découverte. Il distilla le bois, en obtint un gaz d'éclairage et construisit les ther-molampeSy qui donnaient à la fois de la chaleur et de la lumière. Il prit un brevet d'invention et obtint de l'Empereur la concession de la forêt de Rouvray (Seine-Inférieure), qui devait fournir les bois à sa distillation. En 1805» il mourut à Paris, d'une façon mystérieuse. Son invention, portée en Angleterre, appliquée à la distillation de la houille, est l'origine de Véclairage au gaz.

Richard-Lenoir. — Richard, qui s'appela Richard-Lenoir, du nom de son associé, Lenoir-Dufresne, était né à Ëpinay (Calvados), en 1765. A dix-sept ans, il avait quitté son village en sabots, s'était fait garçon limonadier dans la ville voisine, ensuite à Paris, au café de la Victoire. Il avait monté ensuite un petit commerce et y avait si mal réussi qu'il fut prisonnier pour dettes. En 1797) il s*était associé

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