Le droit des gens
Les congrès de i8tS à t81B8. — Le congrès de
Vienne ea 1815, pour la première fois, a montré les représentants de toutes les grandes puissances européennes réunis pour aviser à résoudre, par des moyens pacifiques et diplomatiques, une série de questions dont la moindre, cinquante ans auparavant, aurait suffi pour mettre en feu l'Europe et le monde, n est vrai que toutes les puissances étaient épuisées par vingt-trois ans de guerres sanglantes, et qu*à tout prix il fallait assurer la paix.
A cette date, on était trop près des trois partages de la Pologne et des violentes conquêtes de Napoléon pour que les diplomates réunis à Vienne eussent un grand respect du droit des peuples. Aussi, dans leur remaniement de la carte de FEurope, nous les voyons partager pour la quatrième fois la Pologne, démembrer la Saxe, livrer la Norvège k la Suède, le Holstein au Danemark, la Belgique à la Hollande, l'Italie du nord à TAutriçhe, les pays catholiques du Rhin à la Prusse protestante.
Ils ne tinrent compte ni des caractères nationaux des peuples qu'ils séparaient ou réunissaient ainsi sans les consulter, car la théone des nationalités était alors inconnue, et la Révolution elle-même avait subordonné l'idée de nationalité à celle de liberté; ni des « aspirations des peuples », car les diplomates représentaient tous le principe le plus opposé à celui des souverainetés nationales : celui des monarchies de droit divin. La Révolution avait révéla
ligue de tous les peuples contre tous les rois ; la Restauration entra dans la Sainte -Alliance des quatre grands souverains du continent S et vainement Béranger chantait a la Sainte- Alliance des peuples » .
Après le congrès de Vienne, on eut le congrès (TAix-la- Chapelle^ où les puissances s'entendirent pour hâter Tévacuation de la France ; les congrès de Laybach et de Troppau, où elles décidèrent l'intervention de TAutriche pour détruire les constitutions que les Napolitains et les Piémontais avaient arrachées à leurs rois; le congrès de Vérone, où elles confièrent à la France le soin d'accomplir la restauration de l'absolutisme en Espagne.
Pendant plusieurs années, lEurope en revint à la politique de l'ancien régime : celle des affaires des rois et des intérêts des cabinets. Jusqu'à i848, les seuls grands États européens qui aient été en possession d'une Constitution, et chez lesquels l'opinion publique ait influé sur la politique des cabinets, ce furent la France et l'Angleterre.
Les guerres de la Restauration. — La Restauration fit d'abord une guerre dynastique, une guerre de famille ; celle d'Espagne (1823). L'expédition avait pour but de restituer au Bourbon de Madrid le pouvoir absolu dont ses sujets l'avaient dépouillé. Elle semblait une application de l'ancien système du Pacte de famille, en môme temps que de la politique nouvelle, celle de la Sainte- Alliance.
Cependant la Restauration elle-même fit une guerre d'opinion : elle envoya une flotte et une armée pour rendre à la Grèce son indépendance (1826), tout comme Louis XVI avait envoyé une flotte et une armée pour assurer l'indépendance des États-Unis d'Amérique (1778).
La politique étrangère sous Louis -Philippe. — La Monarchie de Juillet se trouva en présence de deux politiques tout opposées, entre lesquelles il fallait choisir. L'opinion publique se manifesta d'abord énergiquement pour une politique de propagande; elle demandait que la France intervînt en faveur des révolutions qui avaient partout éclaté à la suite de la nôtre : en faveur de la révolution italienne contre le pape et l'Autriche, de la révolution polonaise contre la Russie.
t. Franoe, Russie, Autriche, Prusse.