II. L'histoire, les langues, la géographie
Idées nonirelles snr Fhistoîre. — Une des gloires du xix« siècle^ c'est le magniflque développement des études historiques. Après la grande secousse de la Révolution, qui semblait avoir brisé tout lien qui nous rattachât à nos origines, la France s*est éprise de son passé, et de son passé le plus lointain, le plus mal connu, et même le plus dédaigné des générations précédentes. En même temps, comme la Révolution l'avait mis en contact avec presque tous les peuples, sa curiosité, une fois éveillée, est devenue universelle. Enfin l'histoire, qui était autrefois un passe-temps de lettré ou une curiosité d'érudit, a paru ce qu'elle est en effet : la maîtresse de la vie, la lumière qui éclaire le présent et même l'avenir par les expériences du passé, le guide nécessaire de la politique et l'un des ressorts du patriotisme. A tous les degrés de l'enseignement, à commencer par l'école primaire, l'histoire est donc devenue, ce qu'elle n'était pas au xvni* siècle, une des bases de l'éducation nationale.
Elle a progressé à la fois comme art et comme science. D'une part, elle a cessé d'être, comme elle était encore avec r ft Histoire des croisades » de Michaud (1811-1822) ou r « Histoire des ducs de Bourgogne » de Barante (1824), un récit plus ou moins intéressant, une sorte de paraphrase des chroniques. Elle a formé une des branches les plus brillantes de notre littérature; elle a donné des chefs-
d'œuvre de style, comme « la Conquête de TAngleterre par les Normands » (1825), « Dix ans d'études historiques » (1835), ou « les Récits mérovingiens » (4840) d'AUGnsTin THiEBBT; commo V « Histoire de la civilisation » (1839) de ouizoT; comme V « Introduction à l'histoire universelle » (1831) et le « Précis d'histoire moderne » (1833) de mighblet, qui commença en 1833 son « Histoire de France».
D*autre part, dans sa recherche ardente de la vérité, elle a perfectionné ses méthodes, accru ses moyens d'investigation, appelé à son aide toutes les sciences auxiliaires, archéologie, paléographie^ numismatique y épigraphie, etc. Quand on entreprend de faire connaître le passé d'un peuple, on ne se borne plus à raconter les guerres, les traités et tous les événements de sa vie extérieure, mais on veut rendre compte de son état social, de ses institutions, de ses croyances religieuses, de ses industries et de son commerce, des lettres, des sciences, des arts.
Ainsi comprise, l'histoire ne saurait être Tœuvre de quelques hommes de génie. Il faut une armée de travailleurs explorant à la fois tous les points de son domaine, chacun d*eux se confinant dans une spécialité et se résignant à ne dégager souvent qu^une parcelle de vérité. C'est de nombreuses fouilles archéologiques et de patientes recherches dans la poussière des archives et des bibliothèques, que se compose le monument colossal de l'histoire universelle. Pour le construire, il a fallu une organisation du travail et une division du travail,
Les Âge» classiques. — La première moitié du siècle a été signalée par une brillante renaissance des études d'érudition. C'est Fépoque où boissonnade, hase, vigtor le clerc, publient leurs éditions savantes d*auteurs classiques; où viLLEHAiN traduit les fragments de « la République » de Cicéron, que le cardinal Angelo Mai* a retrouvés, en 1822, dans un palimpseste; où M. Désiré risard dirige la publication, avec traduction française, des écrivains latins (1839); où la maison Didot commence la collection, avec traduction latine, des classiques grecs ; où dugas-honteel donne ses études sur les poésies homériques (1831), walgkenaer sur le poète Horace (1840j, patin (1841-1843) sur les tragiques grecs, EG6ER sur les historiens du siècle d^ Auguste (1844).
1814-1848. — LES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES 403 RAOUL ROGHETTE (1815) et BRUNET DE PRESLE (1845) étudient
les colonies grecques; vigtor le clerc, les journaux chez les Romains (1838); naudet, les magistratures romaines; 6Ui- 6NiAUT,les religions de Tantiquité (1821); dïïreau de la malle, l'économie politique des Romains (1840).
BncHELET, en écrivant son « Histoire de la république romaine » (1831), et M. Victor durut son « Histoire des Ror mains» (1843), ont vulgarisé chez nous les résultats des recherches de Niebuhr et des grands érudits allemands.
C'est en 1820 que le marin dumont d'ïïrville découvrit à Milo, une des îles de TArchipel, l'admirable Vénus de Milo, la merveille de notre Musée du Louvre.
Cependant la période de la Monarchie parlementaire n'est pas encore celle des grandes découvertes dans le domaine de l'histoire et de l'archéologie grecques et romaines. Elle a une autre gloire qui lui est propre.
Le moyen Age français. — Les services que l'École française d'Athènes devait rendre aux études grecques, l'École des Chartes, fondée en 1821, les a rendus aux études sur le moyen âge français : la Bibliothèque de VÉcok de$ CharteSy recueil périodique inauguré en 1830, forme une collection des plus précieuses.
Les travaux entrepris au siècle précédent par les bénédictins de Saint-Maur ont été repris sous les auspices de rinstitut de France. C'est ainsi qu'on a pu continuer le « Recueil des historiens des Gaules et de la France »; r « Histoire littéraire de la France )>, qui a compté parmi ses collaborateurs Victor Le Clerc, Renan et Littré ; « la Gaule chrétienne » ; le « Recueil des historiens des croisades »; le « Recueil des ordonnances des rois ».
En 1834, M. Guizot a créé au ministère de l'instruction publique le Comité des traoaux historiques^ chargé d'éditer le « Recueil des documents inédits » , qui comprend aujourd'hui plus de 150 volumes in-quarto*. Presque en même temps s'est constituée la Société de Vhistoire de
1. C'est dans cette collection qu'Aagaatin Thierry a publié les Documents relatifs à l'histoire du tiers état, Michelet le Procès des Templiers, Mignet les Papiers relatifs aux négociations de la succession d'Espagne, le général Pelet les Documents relatifs à l'histoire de la guerre de la succession d'E^^ pagne, etc.
France, qui a déjà publié plus de 200 volumes. Il ne s^agissait pas seulement d'éditer des chroniques, mais aussi de» chartes, des comptes, des polyptiques ou registres terriers. Varchéologie du moyen âge ne comprend pas seulement Yépigraphiey la numismatiquef la paléographie y mais encorela sigillographie ou étude des sceaux, car les sceaux jouent, au moyen âge, un rôle considérable, qui les rend précieux au point de vue historique et même artistique.
Une des découvertes les plus importantes de cette pé-. riode, c'est celle des chansons de gestes ou épopées françaises du moyen âge, commencée en i831 par edgar auinet, et poursuivie depuis par J.-J. Ampère, Raynouard, Victor Le Clerc.
C'est alors aussi qu'ont été publiées, outre les grands travaux de Guizot, Augustin Thierry, Michelet, « les Institutions mérovingiennes » et « les Institutions carolingiennes » (1841) de LE HnÉROU; les « Études germaniques » (1847) d'ozANAH; la « Collcction des chroniques nationales » (18!24) de BUCHON et ses « Recherches sur les États fondés en Grèce par les croisés (1843-1846); V « Histoire de sainte Elisabeth de Hongrie » (1836) et V « Histoire de saint Anselme » (1844), de MONTALEMBERT; Y « Histoire de saint Dominique », de LACOROAiRE (1840). siMONDE DE siSHONDi publie, en 1832, son « Histoire des républiques italiennes » et achève en 1844 son (< Histoire des Français ». henri martot commence, en 1847, sa grande « Histoire de France ».
L'histoire des temps modernes. — L*histoîre des temps modernes a une méthode un peu différente : elle demande de vastes recherches dans les archives pour en extraire les papiers d'État, correspondance des rois et des ministres^ instructions diplomatiques, rapports de généraux et d'ambassadeurs. Comme les rapports entre les nations devinrent, à partir du xv« siècle, chaque jour plus fréquents» ce n'est pas seulement aux archives de France qu'il faut chercher les sources de l'histoire de France.
Dans cet ordre de travaux, mignet se place au premier rang avec son « Introduction aux négociations relatives à la succession d'Espagne » (1836), ses « Notices et mémoires» (1844), son livre sur « Antonio Ferez et Philippe II » (1845) ; villemaih, avec SCS « Études d'histoire moderne » (1 846) ; guizot, avec
son « Histoire de la Révolution et de la République d'Angleterre » (1827-1828) et sa « Vie de Washington » (1841);8AINTe- AULAIRE, avec son « Histoire de la Fronde» (1827); pierre aÊHENT, avec son « Histoire de Golbert et de son administration (1846); SAINTE-BEUVE, avec son «Histoire de Port- Royal » (1840-1860).
L'histoire de la Révolalioii et de l'Empire. — Après lelong silence imposé par TEmpire, puis par la Restauration, sur ce sujet brûlant de la Révolution, il semblait que la France eût oublié complètement cette histoire ou qu'elle en eût honte. On avait élevé à Louis XVI un monument expiatoire, ei une simple allusion de Manuel à 1793 avait suffi à le faire expulser de la Chambre. Les libéraux, dans leurs luttes contre la royauté, n'osaient invoquer ces souvenirs terribles et faisaient plutôt appel à ceux du Consulat et de TËmpire. Il semblait que Napoléon personniOàt à lui seul la grande époque et que les victoires de la République fussent perdues dans la splendeur d'Austerlitz et d'Iéna. Ce fut THiERS qui mit fin à ce long silence quand il publia, en» 1823, le premier volume de son « Histoire de la Révolution ». Cette œuvre, remarquable par une rédaction limpide et alerte, est, pour le fond, encore bien insuffisante. L'auteur n'avait eu à sa disposition que Tancien MoniteuTy quelques Mémoires inédits et la conversation des témoinsoculaires. Surtout dans les deux premiers volumes, consacrés à la Constituante, il semble ne pas saisir toute la complexité des questions qu*il effleure, mionet. son ami, donna, en 1824, une petite histoire de la Révolution^ remarquable par la concision, la netteté, et Télégance du style.
Ces deux ouvrages rompirent le charme : c'est alors que commencèrent à paraître les Mémoires des Constituants^ des Conventionnels, des émigrés, des généraux de la République et de l'Empire. Le public témoigna pour ces publications une telle curiosité qu'on lui donna même des Mémoires apocryphes. Après 1830, commença la réimpression du Moniteur universel de la Révolution, bûchez et roux publièrent leur « Histoire parlementaire de la Révolution » (1833). Ces deux collections mirent sous les yeux du public, sinon le texte même, au moins le résumé authen-
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tique des discours dont avait retenti la tribune nationale aux jours de Mirabeau et de Danton.
Quand les idées socialistes étaient à leur maximum de puissance, louis blanc, en i846, commença son « Histoire de la Révolution », si forte de recherches et si remarquable de style, mais où il exaltait Robespierre et les Jacobins, exagérait la diversité entre les aspirations du peuple et des bourgeois de la Révolution, prêtait aux personnages de 1789 et de 1793 les idées de sa génération et de son parti.
LAMARTiNS, en 1847, d'un style imagé, mais un peu déclamatoire, avec peu de critique des textes et des faits, avec un souci visible de faire l'apologie de la Révolution et de la mettre en contraste avec ce qu*on appelait « les petitesses du temps présent », publia sa poétique « Histoire des Girondins », qui produisit une grande sensation et contribua, dit-on, à la révolution de février.
La même année, mighelet commençait son « Histoire de la Révolution », où il montra la même faculté dlntuition historique, la même puissance de résurrection, la même chaleur patriotique, les mêmes vues larges, humaines, généreuses, que dans son « Histoire de France ». Il s'efforça de comprendre et de faire comprendre tous ces hommes, Feuillants, Girondins, Montagnards, indulgent pour tous, excepté pour Robespierre, qui les avait tous envoyés à réchafaud, et particulièrement favorable à Danton, le grand homme d'action et le grand indulgent.
Pour la période contemporaine, Yaulabelle commence, en 1847, son « Histoire des deux Restaurations », et Louis Blanc, en 1841, son « Histoire de dix ans », qui comprend la première période du règne de Louis-Philippe.
Les proiinees nouTelles de l'histoire. — Nous avons suivi jusqu'à présent ce qu'on pourrait appeler le courant classique de l'histoire : la Grèce, Rome, la France, l'Europe au moyen âge et dans les temps modernes. Nous ne pouvons oublier qu'il y a des civilisations plus anciennes que celles de la Grèce et de Rome, et d'autres qui sont restées presque étrangères à la nôtre. Dans ces autres provinces de l'histoire universelle, la science française s'est acquis des titres impérissables.
Études égfptkeMUkeÊi, — Sur les monuments rapportés
d'Egypte par Tarmée française, ghampollion axait entrepris des travaux de déchiffrement. Vinscription trilingue de Bosette, en caractères hiéroglyphiqties, en caractères démotiques et en grec le mit sur la voie : le texte grec de Tinscription lui donna la traduction des deux autres. Il constata ensuite que les anciens Égyptiens se servaient concurremment de trois alphabets : l'écriture hiéroglyphique; récriture hiératique f également réservée aux prêtres, et qui €st comme la forme abrégée de la première; l'écriture démotique, c'est-à-dire populaire. Il publia, en 1821, son « Mémoire sur l'écriture hiératique », et, en 1824, son « Système hiéroglyphique ». A force de tâtonner, il déchiffra des fragments chaque jour plus nombreux d'inscriptions et fit d'importantes publications. Il mourut en 1832, léguant à ses continuateurs sa « Grammaire égyptienne », qui fut éditée Tannée suivante.
Il eut des disciples : en Allemagne, comme Lepsius, Brugsch, Bunsen; en Hollande, comme Leemans; en Angleterre, comme Birch et Goodwin. Il en eut en France : comme son frère, CHAMPOLUON-naBAG, qui étudia l'écriture démotique et publia, dans la collection de V Univers pittoresque, « l'Egypte ancienne et moderne » (1850); comme i.£tronnb, célèbre par ses travaux sur l'histoire de FÉgypte, sur le célèbre colosse musical de Memnon, sur les inscriptions grecques et latines de la vallée du Nir(1832); comme prisse D'AVESNES, qui publia en 1836 un « Choix de monuments égyptiens ».
C'est en 1836 que fut amené à Paris le fameux obélisque de Louqsor, enlevé aux ruines du temple d'Ammon, dans l'ancienne cité égyptienne de Thèbes. Notre musée du Louvre s'enrichit de nombreux monuments égyptiens.
Études assyiiennesy babyloniennes, persiques, médlqnes. — Le centre d'une civilisation presque aussi vieille que celle de l'Egypte, c'est la vallée du Tigre et de l'Eu phrate, comprenant l'ancienne Assyrie, l'ancienne Baby îonie, l'ancienne Perse, l'ancienne Médie. Là aussi, on se trouvait en présence d'inscriptions jusqu'alors indéchiffrables ; elles sont gravées, non plus en hiéroglyphes, mais en caractères cunéiformes (qui ont la forme de clous). On 8'apcrçut que ces caractères servaient d'alphabet à des
langues très dififérentes : les unes sémitiques, comme l'assyrien; les autres indo-européennes, comme le perse et le mède ; d'autres scythiques, c'est-à-dire finnoises ou turques, comme le plus ancien babylonien. Vinrent eugène burnoup, qui, dès 1836, déchiffra les inscriptions de Hamadan (Ecbatane], et TAnglais rawlinson, qui expliqua Finscription monumentale de Béhistoun, où sont relatés les exploits de Darius, et dont saulgt a donné la traduction.
En 1845} BOTTA, notre consul à Mossoul, avait retrouvé le» ruines de Ninive et le palais de Khorsabad. C'est alors que les taureaux gigantesques à tête d'homme, couronnés de la tiare sacerdotale et royale, furent transportés au musée du Louvre. Les Anglais rivalisèrent avec nous et fouillèrent, toujours sur l'emplacement de Ninive, les ruines de Nimroud, qui rappelle le nom de Nemrod, et de Koyoundjik. En 1840 avaient commencé les missions d'Eugène flandin et cosTE; en 1845, celle de ferrier. Ils explorèrent les ruines de Babylone, où sont les restes de la fameuse tour dite de Babel, les ruines de Persépolis et de Ctésiphon, anciennes métropoles de la Perse, d'Ecbatane, ancienne capitale de la Médie.
On a fait plus que retrouver les anciens monuments de la Perse. On a retrouvé sa langue ancienne, le Zend, et son livre sacré, le Zend-Avesta, attribué à son grand législateur Zoroastre (xvi« siècle avant Jésus-Christ). Ce livre avait disparu de la Perse avec la langue zende, après la conquête musulmane : il ne se rencontrait plus que chez les Parsis de l'Inde, descendants des Perses, et, comme eux, adorateurs du feu. En i771, Anquetil-Duperron avait donné la traduction du Zend-Avesta, En 1829, eugène burnoïïf traduisit le Vendiddd Sade, également attribué à Zoroastre.
Études sémitiques. — Les civilisations sémitiques sont celles des régions habitées par les descendants de Sem : Phénicie, Judée, Syrie, Arabie, ainsi que des divers pays que les Arabes ont envahis et conquis à la loi de Mahomet.
Les Phéniciens n'ont pas habité seulement les cités fameuses de Tyr et Sidon ; ils ont fondé Carthage en Afrique; ils ont fondé, avant les Phocéens, une colonie à Marseille. En 1845, on a trouvé la fameuse inscription phénicienne de Mai'seille, ■ Les études hébraïques et syriaques sont en relation
intime avec les études sur nos origines religieuses, qu^intéressent à un haut degré les textes hébraïques ou syriaques de la Bible, du Talmud, des Évangiles. Il faut citer les belles traductions de dahler (i825), de 8. cahen <1830), de mhhk, auquel nous devons, en outre, un livre remarquable sur la Palestine (1846). En 1843, M. framck, le célèbre auteur du « Dictionnaire des sciences philosophiques », publiait « la Kabbale, ou philosophie religieuse des Hébreux ».
Plusieurs ouvrages d'historiens ou de géographes arabes ont été traduits, comme la Géographie d'Aboul-Féda par REiNAUD et DE SLANE (1840). Le Korau a été traduit par KASiMiRSKi (1840), auteur d'un dictionnaire arabe.
L'histoire de cette branche des peuples sémitiques a été renouvelée par les « Lettres sur l'histoire des Arabes avant l'islamisme », de fulqence de fresnel (1838) ; par 1' « Essai sur l'histoire des Arabes avant Mahomet », de CAUSsm de perceval » (1847) ; par 1' « Histoire des incursions des Arabes en France » (1836), de REINAUD; par les recherches sur les sciences des Arabes, de sédillot.
Études persanes et arméniennes. — La Perse du moyen» âge et des temps modernes, la Perse musulmane, est profondément différente de la Perse antique, celle de Zoroastre et du Zend-Avesta; mais, bien qu'elle professe une autrereligion, on retrouve dans ses traditions nationales les traces de son âge héroïque. Depuis sa conversion à l'islamisme, la Perse, au temps des khalifes de Bagdad ou de ses rois particuHers, a eu d'illustres poètes, comme Firdousi (x« siècle), Férid (xii* siècle), Sadi (xni« siècle).
snvESTRE de sagt, qui est encore ici le grand initiateur, avait traduit, en 1819, le Pend-Nameh de Férid. oarcin de tasst traduisit le « Langage des Oiseaux » du même auteur, mohl entreprit une œuvre colossale, la traduction du Shah'Named ou « Livre des Rois », la grande épopée persane de Firdousi (1838-1855). defrémert a écrit l'histoire de la dynastie samanide de la Perse (1845). Un magnifique recueil, la Collection orientale, a été entrepris aux fraisdu gouvernement français. Amédée jaïïbert en a donné deseztraits dans ses « Ghrestomathies orientales ». Nous devons< à M. Alexandre chodzko le « Théâtre persan » (1845) et plu* ueurs ouvrages sur la poésie persane.
L'arrivée à Paris de F Arménien Zohrab, en 1818, a donné chez nous l'élan aux études sur son pays. Parmi les Français qui ont le plus contribué à en faire connaître la littérature et l'histoire, il faut citer brossbt, établi en Russie •et membre de l'Académie de Saint-Pétersbourg, auteur de savants mémoires sur la Géorgie et l'Arménie.
U faut mentionner aussi les travaux de saint-martoi.
Études indiennes. — Un monde dont la découverte scientifique a exercé une influence encore plus grande sur l'ensemble de nos études, c'est llnde. Avec ses Védas, qui sont les plus anciens poèmes de notre race ; avec ses colossales épopées, comme le Eamayana et le Makabarata; avec ses poèmes cosmogoniques, comme le Bhagavata-Pourana^ ses recueils de contes, comme le Pantchatantra, ses drames lyriques, comme Sakountala; avec ses nombreux idiomes, pâli, hindoui, hindoustani, dont le plus ancien, qui n'est plus aujourd'hui que la langue sacrée des brahmanes, «'appelle le sanscrit; avec ses deux grandes religions, le brahmanisme et le bouddhisme; avec son art étrange et original, l'Inde nous a beaucoup appris sur les origines les plus lointaines de notre civilisation.
C'est l'étude du sanscrit qui nous a fait toucher du doigt la parenté des langues qui se parlent et des races qui habitent dans la plus grande partie de l'ancien monde, depuis i'Indoustan jusqu'à l'Irlande, y compris les races persane, germanique, slave, latine, grecque, celtique. C'est alors •qu'on a compris toutes ces langues et toutes ces races sous une dénomination commune : indo-germaniques ou indoeuropéennes. C'est une des plus grandes découvertes de notre siècle.
En 1815, Antoine de chézt occupa la chaire de sanscrit au Collège de France, qui fut alors fondée et qui fut la première qu'on ait eue en Europe. Il eut pour disciples Bur^ nouf, Langlois, Bopp, Lassen. U a traduit des fragments du Ramayana, le drame de Sakountala, eugène burnouf a publié, dès 1826, son étude sur le pâli, autre langue sacrée de I'Indoustan. Dès 1840, il a traduit le Ehagavata-Pourana. garcin de tassy donne en 1839-1847 son Histoire de la littérature hindoue.
Études tatares, turques, chinoises, japonaises. — De
i^autre côté des montagnes qui forment au nord les frontières de rinde et de la Perse, commence un tout autre monde. G*est la région des peuples finnois, tatares, turcs, mongoliques, menaçant éternellement les pays occupés par les peuples de race indo-européenne. Ils ne se sont guère signalés dans l'histoire que par leurs campagnes dévastatrices, sous les ordres de ces fléaiue de Dieu qui s'appellent Attila (v* siècle), Gengis-Khan (xiii« siècle), Tamerlan {xv« siècle).
ABEL BÉMUSAT et BEINAUD nous out appris la curieuse histoire des relations de nos rois avec les princes mongols, du xni« au xv« siècle.
Un des peuples de la nice jaune, le plus nombreux de tous ceux qui couvrent la surface du globe, a possédé une civilisation brillante et complète, infiniment plus ancienne que la nôtre et qui, à certains égards et en certains temps, lui a été supérieure. C'est la Chine, que, depuis trois cents ans déjà, étudient nos missionnaires et nos savants. La connaissance de la langue, de la littérature, des sciences, des arts de la Chine a fait, en notre siècle, de grands progrès.
Ils sont dus surtout à abel bémusat, qui, à vingt-six ans, occupa la chaire de chinois créée en 1814 au Collège de France et traduisit le roman des « Deux cousines »; à STANISLAS JUUEN, qui a traduit le philosophe Meng-Tseu, la comédie du « Cercle de craie », le drame de « TOrphelin de la Chine », le roman-féerie des « Deux couleuvres-fées » (1834), enfin les auteurs chinois qui se sont occupés de rélève et des maladies du ver à soie, ainsi que de Tart de fabriquer la porcelaine ; à thëodobe pavib, qui nous a révélé les contes chinois, le roman intitulé « Histoire des trois royaumes » (1845), le « Laotseu » ou philosophie de Confucius ; à ED. biot, qui s'est occupé surtout des sciences de la Chine ; à gaillabd D'abcy, qui a enrichi de nombreuses traductions notre bibliothèque française-chinoise.
ABEL BÉMUSAT cst le premier, en France, qui se soit occupé de la littérature japonaise.
Géographie, Toyages. — Les découvertes maritimes des trois derniers siècles n'avaient laissé sur la carte du
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globe que quelques taches blanches, indiquant Tabsence de notions précises sur certaines régions. L'exploration des régions du pôle nord a coûté la vie, en 1833, à un explorateur français, Jules de blossevule, et a provoqué l'expédition 6ATMARD, de 1835 à 1840; mais, de ce côté, nous avons laissé agir surtout les Anglais et les Américains, qui ont eu à déplorer la perte de beaucoup de vaillants hommes et de plusieurs navires. Les voyages maritimes de la place, dumort- D'UBViLLE, DUPETiT-THonABS, cÉcoLB (1827-1840) ont achevé de nous faire connaître FOcéanie, sur plusieurs points de laquelle nous avons depuis planté notre pavillon.
En Afrique, sur les rivages de laquelle nous occupions déjà certains points et qui présente à son centre de si vastes régions inconnues, il y a eu d'importantes explorations françaises. Les contrées du haut Nil et TAbyssinie ont été explorées par brun-rollet, vauoet, qui y périt^
D'BSGARAC, LEFÈVRE, ks frèreS D'ABBADIE. En 1846, KAIZAN fut
assassiné sur la côte de Zanguebar. Partant de nos établissements du Sénégal, perrolbt et lefel (1833), caille et huart (1840), RAFFENEL (1844), Ont passé du bassin de ce fleuve dans celui du Niger. En 1828, René caillé, déguisé en Égyptien, était parvenu du Sénégal à Tombouctou;'deTombouctou, à travers le Sahara, il avait pu regagner le Maroc et l'Europe (1828) : voyage si hardi et si périlleux que les Anglais refusèrent d'y croire.
Il faut encore signaler les voyages du colonel vialla (1819^ au Monténégro, alors absolument barbare; de botta et FRBSNEL, dans la vallée du Tigre et de l'Euphrate; de jAcaus- MONT, dans l'Inde (1822); de l'évéque brugïïière, d'Auguste WALUN et de Léon roche, en Arabie; d'Alcide d'Orbiont (1826), dans les régions inconnues du bassin de l'Amazone.
Dès 1821, s'est fondée à Paris la Société de Géographie^ émule de celle de Londres. La collection de « l'Univers pittoresque », celle des « Annales des voyages », de Malte- Brun, ont contribué à vulgariser la connaissance du globe» Au Dépôt de la guerre, au Dépôt de la marine, nos mili« taires et nos marins ont rivalisé avec les ingénieurs civils pour la confection des cartes. La Géographie de Malte-Brun avait été commencée en 1810.
1814-1848. — LES SCaENCES MORALES ET POLITIQUES 41^
ni. L'économie politique et la sociologie.
L'économie politique. — Les doctrines du libre-échange^ professées par les physiocrates du xviii« siècle, puis par l'Anglais Adam Smith, puis, sous Napoléon, par jean-bâp- TiSTB SAT s furent reprises en notre siècle par bastiat 2,
MICHEL CHEVALIER ', ROSS! ^, ADOLPHE BLANQUI *. Elles trOUYèrent
peu d'écho dans les Chambres des deux monarchies parlementaires, mais firent beaucoup de chemin dans Topinion. Les théories commaBlstes et eollectlvlstes* — Le.
comte de saint-sihon était mort en 1825, après avoir résumé ses doctrines industrielles, sociales et religieuses dans soa « Nouveau christianisme », et fondé pour les soutenir une feuille périodique : le Producteur, Ses disciples, les Saint- Simoniens, dont les principaux étaient alors enfantin et BàZARD, commencèrent à prêcher, rue Taranne, la foi nouvelle et publièrent une autre feuille : VOrganisateur, Suivant eux, l'histoire de l'humanité avait été jusqu'alors « Fex» ploitation de l'homme par l'homme » ; il fallait y substituer <c l'exploitation de la nature par l'homme associé à l'homme ». La cause de tous les maux dont souffraient les classes laborieuses, c'était la concurrence : il fallait détruire la concurrence. Le travail était asservi au capital : il fallait détruire le capital. Pour l'empêcher de se reformer, il fallait abolir l'hérédité : à la mort de chaque propriétaire, ses immeubles, ses capitaux, ses instruments de travail, feraient retour èi
1. Say a publié an Traité ^économie politique (180i) , un Catéchisme, ^économie politique (1815) et un Cours d'économie politique (1815).
2. Bastiàt fit conoaitre (1845) les efforts qae faisaient, en Angleterre, Gobden et la Ligue de Manchester pour combattre les lois sur les céréales» •t tout l'ancien système douanier. Il a publié les Sophismes économiques (1846-1851) et les Harmonies économiques (1850-1851).
3^. On doit à Michel Chevalier, d'abord saint-simonien , plus tard séna. teor du second Empire, le livre intitulé : Intérêts matétHels de la France- (1838), et beaucoup d'autres ouvrages.
4. L'Italien Rossi fut ministre du pape Pie IX en 18-18 : il périt assassiné par des fanatiques. En 1833, il avait été appelé par Guizot à professer l'économie politique au Collège de France et publia son Cours, en 1839-
5. Blanqui, qu'il ne faut pas confondre avec le démagogue du même nom, fat un disciple de J.-B. Say. 11 publia son Cours fait au Conservatoire deê Arts et Métiers (1837) et une Histoire de l'économie politique (1837J.
la communauté. Celle-ci les répartirait entre les travailleurs. 71 n'y aurait plus de propriétaires, mais des serviteurs de rÉtat, qui serait le seul propriétaire du sol, le seul industriel, le seul commerçant, mais qui nourrirait tous les travailleurs. Et d'abord FÉtat ancien, FÉtat aristocratique «t bourgeois, devait disparaître : les Saint-Simoniens le remplaçaient par la communauté. Pour préparer Fémancipation de celle-ci, ils s'étaient déjà groupés en une famille ou église, pratiquant la yie en commun, ayant sa hiérarchie de dignitaires, ses degrés d'initiation, ses mères et ses pères, -et surtout son père suprême ou son pape. Le pape était alors en deux personnes : Enfantin et Bazard. Il y avait un culte i^int-simonien, avec offices, sermons, fêtes, baptêmes, confessions publiques ou secrètes, communions spirituelles. -Chaque membre de la famille portait un costume déterminé par les règlements. Les Saint-Simoniens formaient si bien un clergé qu'ils se refusaient au service de la garde nationale et préféraient aller coucher au poste. La Révolution •de 4830 donna l'essor à la nouvelle église. Le journal le Globe, acheté par les sectaires, adopta ce sous-titre : « Journal de la doctrine de Saint-Simon ». Ils s'imposèrent à l'attention du public par un déluge de brochures, une multitude de «ours, conférences, prédications, offices au temple de la rue Taitbout. Us organisèrent des missions dans les provinces et y fondèrent cinq églises. Us se vantaient d'avoir 40 000 adhérents et comptaient dans leurs rangs des hommes d'une haute valeur et célèbres depuis à divers titres : le poète Sainte-Beuve, le financier Pereire, le publiciste Guéroult, l'économiste Michel Chevalier, le musicien Félicien David. Ils professaient un profond mépris pour le régime parlementaire, et ces trois mots, libéral, bourgeois et ■égoïste, étaient pour eux synonymes.
Un schisme naquit parmi les adhérents lorsqu'Enfantin, développant certaines de ces doctrines, se proclama la loi vivante, appela les femmes dans l'église, prêcha leur éman- <;ipation et les unions libres, se proposa de confier le pouvoir suprême à un couple-prêtre, donna au Globe un nouveau sous-titre : « L'appel aux femmes ». Bazard fit scission en protestant contre l'immoralité de ces doctrines. La famille, reformée sous Fautorité unique d'Enfantin, mena
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d'abord joyeuse Tie rue de Monsigny; puis, accablée de dettes, se retira sur les hauteurs de Ménilmontaut, où l'on vit les frères se rendre mutuellement les services de la domesticité, faire la cuisine, brosser les habits, cirer les bottes, cultiver eux-mêmes la terre de leur petit jardin, en chantant les hymnes composés par Félicien David.
En janvier 1832, les Saint-Simoniens, accusés d'outrage à la morale publique, furent traduits en cour d'assises. Ils y parurent en tunique bleue, pantalon blanc, ceinture de cuir verni. Enfantin portait sur la poitrine, en grosses lettres, ces mots : Le Fére. U attesta qu'il était la loi vivante, irrita les magistrats par un pathos inintelligible et sa prétention d'essayer sur eux « la puissance de son regard ». Trois des accusés furent condamnés à un mois de prison. Les autres se sécularisèrent^ c'est-à-dire se dispersèrent, et allèrent porter dans les arts, l'économie publique, la finance, un levain d'idées parfois fécondes et originales. Enfantin, toujours à la recherche de la Mère^ c'est-à-dire de la femme idéale qui devait compléter le couple^prétrej voyagea en Orient. Plus tard, le duc d'Orléans fit offrir à l'héritier de Moïse, de Jésus et de Mahomet, tombé dans l'isolement et la misère, une place de sous-préfet.
Les idées de fourier ont été professées dans ses livres intitulés « Traité de l'association domestique agricole » (4822), « le Nouveau Monde intellectuel », « l'Harmonie aniverselle » (4849), et dans ses journaux, le Phalanstère et la Phalange* Ses œuvres ont été publiées en 1841-1845.
Fourier abolit presque entièrement la propriété : tout est à tous, sauf les instruments de travail, qui restent personnels. Les travailleurs sont divisés en phalanges de 4600 à 2000 personnes, de tout sexe et de tout âge, exploitant un établissement agricole ou industriel, appelé le phalanstère. Ne croyez pas qu'aucun d'eux refusera de travailler : Fourier a fait du travail, qui est un devoir fâcheux, un plaisir attrayant : les heures d'atelier sont très réduites, les occupations variées, égayées par une agréable compagnie et par de la musique. L'art culinaire, élevé à la hauteur d'une science et devenu la gastrosophie, assure aux ouvriers, assis autour de tables communes, une nourriture abondante et recherchée : Fourier craint même qu'ils no
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deviennent obèses, n supprime toutes les entraves qae des lois et une morale surannées apportent aux inclinations do cœur, ainsi que les soucis et les charges résultant de la paternité : les unions sont libres, et les enfants sont élevés par le phalanstère.
Fourier essaya inutilement de réaliser son phalanstère à Gondé-sur-Yesgre et mourut en 1837. Ses disciples, les Fouriéristes^ ont été fort nombreux. Ils attendaient beaucoup de la mise en pratique de ces théories : ils pensaient même que, dans un régime de Tie aussi rationnel, Tétre humain pourrait se perfectionner, acquérir des facultés et même des organes nouveaux, par exemple, un œil de plus, comme l'admettait tel de ses disciples.
càBKT, dans son « Voyage en Icarie », publié en 1841; présente le tableau enchanteur d'une société idéale, établie dans l'ile imaginaire qui a pour capitale Icara. Il respecte le mariage et la famille; mais, entre tous les habitants d'Icarie, il y a une conmiunauté absolue de biens et de travaux, de droits et de devoirs, de bénéfices et de charges. C'est l'État qui fait fabriquer et qui vend, qui administre les chemins de fer et qui règle les fêtes, qui prescrit les meilleures méthodes de culture et les machines les plus perfectionnées, qui détermine la coupe du vêtement et le menu des repas. Aussi est-il fortement armé contre les insubordonnés : il n'y a qu'un journal en Icarie, le Joumai officiel; Thistoire y est rédigée par des historiographes officiels, d'après les sentences rendues par un tribunal sur le mérite et le démérite des personnages historiques.
PiEBBE LEROUX s'était séparé d'Enfantin en même temps que Bazard. Dans ses livres sur l'Égalité (1838) et sur l'Humanité (1840), il mêle aux idées sociales des idées mystiques et religieuses, identifie l'homme avec l'humanité, Dieu avec le monde, nie la vie future et se perd dans des rè- ▼eries sur la triade et sur le dreulus, sur le cylôulre, qui I doit être le symbole de la liberté, et sur le cône^ qui est celui de la fraternité, comme la sphère est celui de l'égalité.
LOUIS RLAHc, dans son « Organisation du travail » (1841), dans son « Catéchisme des socialistes » (1849), voit, loi aussi, dans la diversité des intérêts, la cause de tous les maux, n veut substituer à la concurrence l'association,
l'harmonie, la fusion. S*il respecte la famille, il supprime l'hérédité, d'abord en ligne collatérale, et plus tard en ligne directe. Il tend à faire absorber par l'État tous les établissements industriels, toutes les propriétés agricoles, de façon à anéantir toute industrie et toute agriculture pri- Tées, les tuant d'abord par la concurrence officielle, afin de détruire plus sûrement ensuite toute concurrence. Mis par la Révolution de 1848 en possession du pouvoir, ce sont ces idées, à peine mitigées, qu'il développe aux ouvriers de Paris, dans ses fameuses conférences du Luxembourg. En attendant mieux, il propose que l'État subventionne un certain nombre d*ateliers sociaux ^.
Toutes ces^ doctrines se ressemblent par un caractère : c'est le communisme ou le collectivisme. A l'activité individuelle, elles substituent toutes l'activité collective. Pour annihiler l'individu, en vue d'assurer son bonheur, elles confèrent toutes à la puissance collective, qu'elle s'appelle le Gouple-prétre, le Phalanstère, l'État icarien ou TEtat français réformé, une autorité absolument despotique.
Les théories anarchistes. — PROUDHON ' se sépare nettement de ces écoles. Sans doute, lui aussi est l'ennemi de la propriété. En 1841, parait sa brochure intitulée : « Qu'estce' que la propriété? » A cette question, il répond par le mot célèbre de Brissot de Warville : « C'est le vol » . La propriété n'est pas juste, car elle crée l'inégalité; or, la jastice, c'est l'égalité^ Tous ont également le droit d*occuper la terre : donc nul n'a le droit de la posséder. Tous ont également le droit de vivre en travaillant; donc, nul n'a la propriété exclusive des instruments de travail. Le capital n'est pas quitte quand il a payé à l'ouvrier son salaire : celui-ci conserve un droit naturel de propriété sur les objets que son travail a créés. La rémunération de tous les travaux de durée égale doit être égale : donc la journée d'un ingé-
1. Sa proposition, d'ailleurs déûgurée, aboutit aux ateliers nationaux de 1848, où se préparèrent les journées de juin.
2. Né à Besançon en 1809, mort à Paris en 1865. Il a publié : Qu*est-ce que taprooriéié, 1841 ; Création de l'ordre dans l'humanité^ 1843; Contradictions économiques ^iSiÔ; Confession d'un JRévolutionnairet 1849; La dévolution sociale démontrée par le couv d^État^ 1852 ; De la justice dans la Béoolution et dans l'Église^ 1858; etc. C'est un économiste très savant et um écriTain de premier ordre.
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nieur ne doit pas être payée plus que celle d*uD manœuvre.
Proudhon combat le communisme avec la même énergie que la propriété. Nul n'a réfuté avec autant d'esprit et de force Saint-Simon, Fourier, Gabet, Leroux. Il montre à quel point les instincts primordiaux de l'honmie répugnent à la Yie commune, à la propriété commune, à la famille commune, n n'est pas moins sérère pour les socialistes mitigés, conmie Louis Blanc, qui demandent des ateliers nationaux, c'est-à-dire la ruine de l'industrie privée, ou une organisation du crédit par l'État, ce qui entraine la suppression du capital privé et frappe de stérilité l'épargne, cette grande force économique.
Loin qu'il attende rien de l'État pour l'organisation du travail, il regarde tout État comme le principal obstacle au progrès. 11 voudrait l'anéantir, avec ses frontières, sa diplomatie, ses armées permanentes, ses tribunaux. La seule force organisatrice de l'avenir, c'est VassocicUion Ubre des travailleurs. A la réforme par l'État, Proudhon oppose la réforme par Vanarchie, qu'il définit « la négation de toute autorité».
Sans entrer plus loin dans l'étude des sectes socialiste!^, on voit que celles qui s'agitent sous nos yeux, et qui se divisent en deux grands groupes, les collectivistes et les anarchistes, procèdent toutes soit du communisme pur de Saint-Simon, Fourier ou Gabet, soit du collectivisme mitigé de Louis Blanc, soit de l'anarchisme de Proudhon. La différence principale consiste en ce que les unes attendent tout de l'Etat, et que les autres veulent commencer par détruire les États.
Ouvrages a gonsultir. — Voyez la bibliogr. du chapitre xxx.