I. L'architecture, la sculpture
L'architecture de la Restauration. — La Restauration fut une époque de médiocrité et de stérilité pour l'architecture même religieuse. On avait renoncé à l'art classique, et on ne comprenait pas encore l'art chrétien du moyen âge, car la Restauration dispersa le musée d'antiquités nationales créé par la Convention. La révolution romantique, si brillante dans la littérature et dans la peinture, ne produisit que tardivement ses efifets en architecture.
En fait de monuments publics, on se borne à continuer ceux qu'avait laissés l'Empire. En 1823, on reprend les travaux de l'Arc de triomphe, qu'on veut dédier à l'armée
•qui Tenait d*opérer la contre-révolution en Espagne, vioron reste chargé de Fachèvement de son monument, très emèarrassé de faire de ce temple une église. On inaugure la Bourse en 1826. Sur la Colonne de la place Vendôme, à la place de la statue de Napoléon, renversée en 1814, flotte le •drapeau blanc. Toutes les églises construites à cette époque ■sont d*un pauvre style : Notre-Dame de Lorette, par lebas (1824); Saint-Vincent de Paul, par le pèbe et son gendre 'BiTTORFr ; la Chapelle eocptototre, par fontadib. alavoine prétend achever la catédrale de Rouen, mais il lui donne, par on ne sait quelle fâcheuse inspiration, uae flèche en fer.
SBSTAiLLEims Commence le Ministère des finances, construit VHospice de Saint-Mandé et le Passage Jouffroy, La mode est alors aux passages ; bohault db flbvrt bâtit le Passage du Sawnon, luiois le Passage Choiseul et le Passage Saticéde. Tout cela n'a rien à voir avec le grand art.
L'arclUtoctwe de Ia MoBarchie de JaOlet. — Sous le régime qui suivit s'achève l'Arc de triomphe, dont les travaux sont confiés à hutot, puis à blouet. Restitué à la gloire de la Grande Armée, orné des quatre grands bas-reliefs de Rude, Gbrtot, Etex, et d'autres bas-relieCs de Gortot, Lemaire, Feuchère, Ghaponnière, décoré à l'intérieur d'insjcriptions qui reproduisent les noms des batailles, les noms 4es armées républicaines et impériales, les noms des généraux, il est inauguré en 1836. On peut alors admirer l'imposante conception de Ghalgrin, ces proportions colossales, la simplicité de ces grandes lignes, se déyeloppant magnifiquement sur l'horizon de Paris, et dont l'effet est doublé par cette large avenue des Ghamps-Ëlysées et toutes ces -avenues, aux noms retentissants de généraux et de batailles, qui rayonnent alentour. Sur la Golonne, on place le Napoléon populaire et militaire, au grand chapeau, à la redingote grise. La Madeleine est inaugurée en 1842. On achève les églises de la Restauration, lacobnëb termine le palais du quai d'Orsay (Gonseil d'État et Gour des comptes), commence le Palais des Beaiix-Arts, achève le Ministère des Affaires étrangères. Léon vaudoteb restaure l'église et l'abbaye de Saint-Martin, qui deviennent le Conservatoire des Arts et Métiers. On construit la fontaine Molière^ le pont du Carrousel, la prison de Mazas, la galerie d'Orléans
au Palais-Royal. Sur la place de la Bastille, où Napoléon avait fait élever par Alavoiae le modèle en plâtre d*uii éléphant colossal, ALAVOiNE et DUC érigent la Colonne de Juillet
emiLON, sur la place de la Concorde, dispose les socles des villes de France, fait jaillir les fontaines, dresse Tobélisque égyptien de Louqsor. lOTTORFr s*empare des Champs-Elysées, leur donne Taspect qu'ils ont aujourd'hui, les dote de la Rotonde des Panoramas et du Cùque d'été, n bâtit la Caserne des sapeurs-pompiers, Ibl Mairie du Panthéon, le Cirque d'hiver, visgonti construit la Bibliothèque Royale (depuis 1825); les fontaines Gaillon (1824), Louvois (1835), MoUère (1841), Saint-Sulpice (1842); le Tombeau de Napoléon aux Invalides (i842). Labrouste élève la Biblio^ théque Sainte-Geneviève (1843), continue la Bibliothèque Nationale, rohault db fleurt travaille au Muséum d'histoire naturelle. Le Havre doit à brumet-debaines ses principaux monuments, dalgabio construit ceux de Saint-Étienne . DARDEL, à Lyon, restaure l'Hôtel de ville, bâtit le Palais de la Bourse et du Commerce, perce la rue Impériale; léon FEUGHÈRE dcssinc Ics théâtres de Toulon et d'Avignon; PENGHAUD est le grand architecte de Marseille; thiag, de Bordeaux. En somme, malgré l'effet imposant de quelques-uns de ces monuments, il n'y a pas là un art nouveau.
Chose singulière, ce n'est pas sous la Restauration, mais sous la Monarchie de Juillet, si peu dévote, que commence la renaissance de l'architecture religieuse. Elle s'accomplit par le retour aux modèles que nous a légués le moyen âge, ces vieilles églises que Montalembert, Prosper Mérimée, Victor Hugo, signalaient à l'admiration du public et qu'ils défendaient contre le vandalisme. La fondation de la Société d'archéologie par Caumont, du Comité des arts et monuments par le ministre Salvandy, les lois votées pour protéger nos anciens monuments, attestent le revirement qui s*est opéré dans les esprits, lenoir restaure VHôtel de Cluny (1835), qui devient le Musée de Cluny; baltard restaure, à Paris, Saint-Germain des Prés, Saint-Séverin, Saint- Eustache; lassus restaure Saint-Germain VAiuserrois (i836), la Sainte-Chapelle (1840-1856), Notre-Dame de Paris (1845- 1847), la cathédrale de Chartres (1843). On ne néglige pas
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nos aotiqnités romaines, car uhoie restaure à Paris les Thermes de Jvlien; dobabp et oufflOR, la Maison Carrée de Nîmes; qoesrl. V amphithéâtre dT Arles.
A l'étranger, masemsAÈXù dotait Saint-Pétersbourg de cette magnifique cathédrale Samt-Isaae, où il a prodigué le bronze, le marbre, la malachite, le lapis-lazuÛ, et qui restera un des plus beaux spécimens de l'architecture dite byzantine (1814-i83i).
Caractères géaéraw» de la acalptare firançaise. —
La réyolution romantique a beaucoup moins influé sur la sculpture que sur la peinture. La statuaire, en effet, est soumise à des conditions matérielles qui limitent les caprices de la fantaisie. Celle-ci ne peut se mettre en réyolte contre les lois de l'équilibre apparent, contre certaines exigences esthétiques, comme la nécessité de présenter une œuyre belle de quelque côté qu'on la regarde. La statuaire ne peut s'accommoder des attitudes tourmentées, qui donnent quelquefois leur originalité aux figures peintes : sa beauté a toujours quelque chose de calme et de reposé.
On peut signaler, en notre siècle, quatre tendances entre lesquelles se partagent les artistes de la sculpture : la tendance classique, qui cherche à tout prix la beauté idéale, même aux dépens de l'exacte réalité; la tendance romantique, qui fait saillir les muscles et yeut ayant tout du « caractère » dans les physionomies, comme ont fait Michel- Ange et Pugét; la tendance maniérée, qui est un retour aux traditions du xirm* siècle et qui yise uniquement au joli ; la tendance réaliste, qui pousse l'artiste, par un respect exagéré du yrai, à copier les modèle^ d'atelier, c'est-à-dire, suivant l'expression de M. Eugène Guillaume, à « rendre telles quelles des natures obscures, dépourvues de caractère moral et, k plus forte raison, de beauté ».
De ces diverses tendances, les deux premières surtout se sont disputé les artistes dans la première moitié du siècle ; les deux autres ont agi concurremment avec celles-là, surtout dans la seconde moitié ^.
1. 11 est difficile de marquer exactement la limite entre ces deux époques ; mai», dans la première, nous placerons les sculpteurs qui ont reçu les leçons des maîtres de Tépoque révolutionnaire ou impériale, des Ramey, des Lemot, des Cartellieri des Bosio, des Canova ; dans la seconde, ceux
Le» «enlpteurs. — rddb, de Dijon (1784-1855), peut passer pour le type du révolutionnaire romantique en sculpture. Il a produit telle œuvre où Tattitude est violente à Texcès, le geste peu naturel, l'ensemble dépourvu de beauté, comme la statue du maréchal Ney au carrefour de l'Observatoire; en revanche, il a rencontré la force, la fougue, l'élan, l'énergie heureuse, comme dans son chef-d'œuvre, cette Marseillaise de l'Arc de triomphe (1838) qui, d'un geste si emporté et d'un cri si retentissant (car on croit l'entendre crier), soulève pour la guerre d'indépendance les vieux guerriers aux forts biceps et les jeunes héros aux membres élégants. H y a une beauté plus sereine et plus classique dans d'autres de ses œuvres : son « Mercure rattachant ses talonnières» (1827), son « Jeune pêcheur napolitain» (1833), « l'Amour dominateur », (c Hébé et l'aigle de Jupiter ».
DAVID VAHftBRS (1784-1856) a été un élève de Roland S de Ganova, du peintre David. De révolution romantique, il n'a guère gardé que le caractère moderne de ses types et de ses draperies, n a de la dignité, de la grandeur, du naturel. Son œuvre immense, ses statues, ses bustes, surtout ses médaillons, font revivre tous les hommes illustres de l'époque. Il a laissé peu de groupes. On lui doit cependant le fronton du Panthéon.
PRADiBR (17901852) fut un élève du classique Lemot. Les qualités maltresses de son génie sont la pureté, la grâce, le fini. Parmi ses chefs-d'œuvre même, il faut faire un choix et se borner à citer « Psyché » (1824), « les Trois Grâces » (1832), « Nyssia », le « Printemps », la « Toilette d'Atalante », « Sapho » (1852).
CORTOT (1787-1843) a modelé c< le Soldat de Marathon »
qui ont reça les enseignements de eeax-là on de leara élèves. En général, les œuvres des premiers sont exposées an musée du Louvre et les œuvres des seconds au musée du Luxembourg, sans parler de celles qui sont dispersées dans les édifices publics ou privés.
1. « David a eu des commencements bien difficiles, raconte M. Jean Gigonx dans ses Causeries. Il m'a confié là-dessus des choses d*un intérêt poignant que je n'ai jamais divulguées pendant sa vie... Ecoutez donc, jeunes gens qui vous plaignez si souvent. David m'a conté que sa pénurie était si grande quand il était à l'atelier de M. Roland, qu'il en était réduit, pour vivre, à ramasser les croûtes de pain des camarades quand ceux-ci étaient partis! il les mettait tremper dans le baquet pour sa nourriture de la journée I »
(1822), « Daphnis et Chloé » (1827), « le Triomphe de Napoléon » à rArc de rËtoile, le fronton du Corps législatif.
CHARLES NANTEUiL (1792-1865), élève de Gartellier, a donné un « Ajax mourant » (1817), « Eurydice piquée par un serpent » (1822), les frontons de Saint-Vincent de Paul et de
Notre-Dame de Lorette.
On doit à henri lemaire, né en 1798 et élève de Gartellier,
<( la Jeune fille au papillon », le « Laboureur », <f la Jeune
fille piquée par une vipère », le fronton de la Madeleine.
ALEXANDRE DUMONT, né en 1802, Ois, petit -fils et arrièrepetit-fils de sculpteurs éminents ^ est Tauteur de « TAmour tourmentant l'àme », de « Leucothoé et Bacchus » (1832), du Génie de la Liberté sur la colonne de Juillet, du Napoléon militaire et populaire sur la colonne Vendôme, des figures du pavillon de Lesdiguières au Louvre, d*une infinité de statues. Il fut plus illustre encore par les éminents élèves qu'il forma : un grand nombre des artistes de la seconde moitié du siècle sont sortis de son atelier.
CLÉSIN6ER, né à Besançon en 1841, gendre de George Sand, fut un artiste puissant, d'une grande vivacité de mouvement et d'expression, mais peu maître de lui-même, inégal et incomplet, souvent défectueux dans l'exécution. Son œuvre ressemble à cette statue de François I« qu'il devait dresser dans la cour du Louvre, qu'il avait conçue colossale et qui n'a point été achevée. Ghose singulière, c'est par quelques œuvres gracieuses, la « Femme piquée par un serpent », « la Bacchante », « Rachd en Phèdre », « la Tragédie », que ce rude génie passera à la postérité.
On peut encore citer de cette génération gattbaux ', pour son « Triptolème » et sa « Minerve » (1836) ; roman, pour son « Nisus et Euryale »; aluer, pour son « Ariane », son « Viala », son « Philopœmen »; fotatibr, pour son « Spartacus « (1827); les deux dantan. Antoine et Jean-Pierre; JALET, pour ses statues de « la Prière » |^1833) et de « la
1. Arrière-petit-fils de François Damont (fils lai-mftme de P. Damont, illostre seulpteor da xtii* ûècle), aateor da Titan foudroyé (1712) ; pelit* fils d'Edme Dumonl, qui, en 17G8, fit àOIon de Croione es$aifant ses forces; fils de Jaeqoes Dumont, doot il a été question au chapitre xi, et qaî, avee Gartellier, fat son maître.
2. Son atelier fat, en 1871, incendié par les insurgés de la Commune.
Pudeur »; TRiauETi, pour son « Pétrarque lisant ses vers à Laure » (1839) et pour ses belles portes de la Madeleine ; duret, pour son « Jeune pêcheur dansant » (1838), son « Vendangeur », sa « Vénus au bain », son fronton du Louvre (1852) , son groupe de la fontaine Saint- Michel (1866); J0UFFR07, pour son « Gain maudit » et son <( Ingénuité » (1839); siMART, pour son « Gladiateur mourant », son fronton du pavillon Denon ; bartb, le grand sculpteur animalier^ dont on peut admirer les groupes de bétes en bronze verdâtre du jardin des Tuileries et du musée du Luxembourg et son « Thésée combattant le Minotaure ».
IL La peinture, les arts du dessin.
Les révolutions de la peinture. — La peinture dispose de bien d'autres ressources que la sculpture : elle n*est pas enfermée dans le contour d'une statue ; elle a pour elle la magie de la couleur, les illusions de la perspective, la faculté de multiplier les plans, de grouper des foules dans un espace étroit, de nous donner sur une surface plane des profondeurs infinies, d'y enfermer la mer sans bornes et le ciel sans limites. U n'est pas étonnant que, de tous les arts plastiques, elle ouvre la plus vaste carrière à la fantaisie, à l'initiative individuelle, aux rivalités d'écoles, aux renouvellements incessants. Aussi a-t-elle pu avoir autant de révolutions que la littérature elle-même, être tour à tour classique, romantique, réaliste, impressionniste.
Essayons de grouper par générations les principaux peintres de ce siècle. Celle de la Restauration a eu pour chefs Eugène Delacroix, Géricault, Ary Schefifer, Sigalon, Léopold Robert, Paul Delaroche, Ingres, Picot, Léon Cogniet Elle a vu les grandes batailles des classiques et des romantiques.
Celle de la Monarchie de Juillet a compté parmi ses illustres Horace Vernet, Alfred Johannot, Decamps, les deux Devéria, Auguste et Hippolyte Flandrin, Jean Gigoux, Cou- ' ture, Lehmann,Ziégler, Karl Girardet, Philippoteaux, Joseph Robert-Fleury, Amaury-Duval, Gudin, Roqueplan, Marilhat^ Brascassat.
Cette génération a été témoin de la fusion, de la pacification, de la pénétration mutuelle des écoles, en lutte si ardente à Tépoque précédente.
Les peintres de la Restauration : classiques et romantiques. — Parmi les peintres de l'âge précédent, nous en avons distingué qui, tout en s'intitulant classiques, ont échappé cependant par la puissance de leur génie à toute mesquinerie d'école : David lui-même, surtout dans ses portraits et ses tableaux d'histoire contemporaine, Regnault, Prud'hon, Carie Vernet, Isabey l'Ancien, Gérard, Gros. D'autres sont des classiques au sens strict du mot : Lethière, Girodet, Guérin. Ce qui caractérise ceux-ci, c'est le choix presque exclusif de sujets antiques, un dessin correct, mais froid, un coloris pauvre et monotone. Prenons quelques-uns des tableaux les plus typiques de l'école : « Phèdre accusant Hippolyte », ou « Andromâque implorant Pyrrhus », qui sont de Guérin. Rien ne ressemble plus à une tragédie classique du xviii« siècle : deux ou trois personnages principaux, auxquels on adjoint parfois un confident; pas d'action, mais des attitudes de théâtre, des gestes convenus d'acteurs; aucun caractère dans le costume, qui a la prétention d'être antique, mais qui n'est que du faux antique; un fond négligé et vague, un mobilier pauvre et quelconque ; l'action se passe n'importe où, en un lieu qui peut être Athènes aussi bien que Rome. C'est du bas-relief colorié plutôt que la peinture. La peinture ainsi réduite aux ressources de la sculpture, appauvrie comme la langue des tragédies de Voltaire, n'a ni chaleur, ni vie. Or, les classiques de génie et les classiques de procédé, un Gros aussi bien qu'un Guérin, si différents qu'ils fussent entre eux, se croyaient tous de la même école, celle de David *. Comme ils occupaient les sièges de l'Ins-
1. Une anecdote montre le remords singulier dont furent pris les élèyes da David, ceux qui étaient le plus émancipés de l'influence davidienne, qaand éclata la révolution romantique avec toutes les exagérations, les brutalités, les injustices, même les férocités d'une école qui se lève. En 1824, comme Gérard et Gros paraissaient très affectés de la mort de Girodet : « Qua na lé remplacez-vous ! dit à Gérard un peintre de l'ancienne éoule. Et que ne vous levez-vous pour remettre Técole dans la bonne voie, puisque David ast exilé? — C'est cô que je devrais faire, dit Gérard, mais je confesse que je aa m'en sens pas la force : j'en sais incapable. — Pouc moi , s'écria
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tituty formaient le jury des salons de peinture, inspiraient la critique d'art dans les journaux, recevaient les commandes de l'État ou les faisaient donner à leurs élèves, il n*y avait plus de place au soleil pour ceux qui cherchaient d'autres voies *. Ceux-ci s'indignaient de ne voir partout que Grecs et Romains à jambes nues; ils aspiraient à faire éclater sur leurs toiles les brillantes symphonies des coloristes vénitiens. Une jeunesse ardente grandissait, en révolte aussi bien contre la peinture de Guérin que contre la poésie de Baour-Lormian.
« Nous étions, raconte M. Paul Mantz, en présence des derniers représentants de l'école de David, prêtres d'un culte abrogéf qui, pour bien des raisons, n'inventaient plus et dont les froides réminiscences nous glaçaient jusque dans les moelles. Ces peintres avaient peut-être du talent, une sorte de propreté graphique qui faisait de quelques-uns d'entre eux d'estimables professeurs d'écriture. Mais notre état mental ne nous permettait pas d'apprécier les mérites de ces sages. On devine notre lassitude et notre écœurement. Ces calligraphes attardés, élevant l'art à la hauteur du pensum, nous paraissaient les plus ennuyeux du monde. Nous avions des mépris superbes pour leurs recettes monotones et artificielles. Les personnages qu'ils mettaient en scène, sur un théâtre mal meublé, nous faisaient l'effet de mannequins d'autant plus coupables qu'ils étaient déclamatoires. Delacroix vint, et il nous montra des hommes. »
font à coup Oro8, dont lei yeax étaient rouges et la voix altérée, non sealement je n*ai point assez d'autorité pour diriger l'école; mais je dois m'accnser encore d'avoir été Tan des premiers à donner le mauvais exem^ pie qne l'on a suivi, en ne mettant pas, dans le choix des sujets que j'a{ traités et dans leur exécution, cette sévérité que recommandait mon maître et qu'il n'a jamais cessé démontrer dans ses ouvrages. » Touchante humilité ehez deux peintres de génie et singulière méconnaissance de leur propre originalité !
1. « Un jour, raconte M.Jean Gigoux,que je montais la rue de Tournon, je rencontrai Delacroix, qui la descendait. Dès qu'il m'aperçut, il leva les bras en s'écriant : « Ah ! mon cher, dix-sept de refusés t » C'était le matix •de l'ouverture du Salon. Dans ce temps-là on présentait autant de tableaux qu'on voulait, mais le jury en refusait tant qu'il voulait aussi. Pour chaniger le cours de ses idées, je parlai à Delacroix d'un petit héritage qu'il ve- «ait de faire, et il me répondit : « Oui, an moins avec cela je sais sûr d« Jke pas mourir portier. »
EUGENE DELACROIX (1798-1863), le chef de Técole romantique, était cependant un élève non seulement de David, mais de Guérin. Son premier tableau épouvanta celui-ci (1822). Il représente « Dante et Virgile » ; les deux poètes sont promenés sur la barque infernale par Gharon, qui, d'un geste furieux, à coups d'aviron, repousse et assomme la foule grouillante des morts, le tout d'une couleur éclatante, assombrie d'ombres tragiques. Puis vinrent les « Massacres de Scie » (1824), tableau qui fut un événement à la fois artistique et politique, protestation à la fois contre la tyrannie des peintres pseudo-grecs et contre l'abandon des insurgés grecs par les despotes de la Sainte-Alliance. G'était une scène orientale comme celles de Gros, mais avec plus de fougue dans le mouvement, plus d'éclat dans les tons, plus de soleil.
La lutte était déjà commencée, ardente, implacable, avec des injustices et des cruautés presque égales de part et d'autre. Les jeunes gens, en passant devant les tableaux classiques, affectaient de relever le collet de leur habit, comme s'ils eussent été frappés d'un froid soudain. Les classiques accusaient Delacroix de ne pas savoir dessiner, de barbouiller ses toiles avec un « balai ivre ».
Puis vinrent le « Combat du Giaour et du Pacha » (1826), la (( Mort de Marino Faliero », « Milton dictant le Paradis perdu », la « Mort de Sardanapale » (1827), la « Liberté guidant le peuple » (1831), surtout la « Mort de l'évéque de Liège », une scène inspirée de Walter Scott, dans un tumulte de figures féroces et de costumes truculents, à la lueur vacillante et rouge des torches. Chose singulière, Delacroix, le grand coloriste, n'a jamais été à Venise. D'abord il s'est épris des fraîches couleurs de l'école anglaise de cette époque , dans les portraits de Lawrence, dans les paysages de Constable, dans les aquarelles de Varley et des deux Fielding. C'est en Afrique, en pleine lumière du soleil, qu'il alla compléter son éducation. De son voyage au Maroc et en Algérie datent « les Femmes d'Alger » (1834), « une Noce juive au Maroc », « la Chasse aux lions ». Son t Entrée des croisés à Constantinople » (1841), dans le fond bleu du ciel oriental, dans le panorama infini de la métropole du Bosphore, dans l'éclat et le contraste
des armures franques et des riches draperies byzantines, est une admirable page d'histoire. Sa « Médée » (1838) montra comme il était possible de rajeunir et de renouveler les sujets même classiques.
Delacroix, comme Victor Hugo, avait gagné sa bataille : il fut presque le peintre offlciel de la Monarchie de Juillet, qui livra à son pinceau les murs et les plafonds du Corps législatif, du Luxembourg, de l'Hôtel de Ville, etc.
GÉRiGAïïLT (1791-1824), dont nous avons vu les débuts sous Napoléon, autre élève de Guérin, n'avait pas moins étonné le maître. Il commença la révolte plus tôt que Delacroix, bien qu'il n'ait pas gardé le premier rang parmi les insurgés. Son « Naufrage de la Méduse *■ », exposé au Salon de 1819, ne se prétait pas à la coloration éclatante. Au contraire, pour donner à cette scène toute son horreur, il a fallu forcer les tons de bitume pour le radeau, le mât, la voile, les cordages, pour les chairs et les draperies des personnages, pour la mer et le ciel, également menaçants et implacables aux naufragés. Ce dessin hardi, ces raccourcis audacieux, ce fouillis de morts et de mourants, furent sévèrement jugés par les classiques, qui prétendaient que les personnages de Géricault ressemblaient à des hommes comme une boite de violon ressemble à un violon. Géricault était un génie puissant qui avait le goût du gigantesque. Quand ses amis, devant cette toile immense, lui disaient : u Voilà de la grande peinture! — De la grande peinture, cela I répondait dédaigneusement l'artiste. Mais c'est un tableau de chevalet! Ah! la grande peinture, c'est de la peinture avec des baquets de couleurs sur des murailles de cent pieds. » 11 connaissait le cheval à merveille : on sait qu'il s'était engagé dans les mousquetaires, et que, plus tard, il est mort d'une chute de cheval. Ses derniers tableaux, c'est le u Hussard chargeant » et le <c Postillon faisant boire ses chevaux ».
Un troisième élève de Guérin, aryschepfer (1795-1858),
1. Le gouvernement ne se monlrait guère généreux pour les artisles : il paya 6000 francs seulement à Géricault la grande toile du Naufrage de la Méduse. Pourtant Louis XVIII, en lui remettant lui-môme la médaille du Salon, avait dit à l'artiste : « Monsieur Géricault, vous venez de faire on naufrage qui n'en est pas un pour vous. »
compléta la stupeur du maître quand, à ce même Salon qui avait vu « Dante et Virgile » de Delacroix, il exposa ses « Bourgeois de Calais ». La « Mort de Gaston de Foix » et les « Femmes Souliotes » (1827) suivirent de près. Quoique très français par la perfection du goût et la netteté de l'idée et du dessin, Ary Schefifer tenait de son origine hollandaise quelque chose de la rêverie du nord. Aussi a-t-il emprunté beaucoup de ses sujets, comme ses Marfçuerites de Faust et sa « Mignon regrettant sa patrie », aux légendes et la littérature d'outre-Rhin. Dans « Françoise de Rimini » (1835), (c Dante et Béatrix », les scènes de la vie du Christ (la Tentation, le Baiser de Judas), « Monique et saint Augustin » (1846), « les Douleurs de la terre », on retrouve la même originalité de conception et la même profondeur de pensée.
H est un romantique de la littérature plutôt que de la peinture; il est romantique plutôt par sa passion pour Dante et Goethe que pour ses procédés d'exécution. D n'a rien de la fougue, du fier coloris de Delacroix. Sa peinture vit surtout par l'expression et le sentiment. Ary Scheffer est un peintre philosophe et un philosophe spiritualiste.
siGALON (1788-1837), un quatrième élève de Guérin, était né peintre; il avait d'abord été son propre maître et s'était fait lui-même. Il eut d'abord à lutter contre la mauvaise fortune. A l'époque où il peignit a la Courtisane » (1822), qui est au Louvre, un chef-d'œuvre tant de fois reproduit par la gravure, il vivait avec quinze sous par jour. Un soir, il se passa de dîner pour entrer à la Comédie* Française. Trois vers du Britannicus de Racine lui inspirèrent « Locuste essayant ses poisons sur un esclave » (1824) : rentré chez lui, il en traça l'ébauche en quelques heures. Ce tableau, pas plus que son « Athalie faisant massacrer ses enfants » ou sa w Vocation de saint Jérôme » (1827), n'est dans la manière classique. Il y a, en toutes ses œuvres, une science du nu, une énergie dans la musculature qui rappellent ce Michel-Ange dont il copiait, quelques années plus tard, « le Jugement dernier ».
LÉOPOLD ROBERT (1794-1835), né en Suisse, est cependant un des maîtres de l'école française. Élève de David et de Gros, il est surtout un coloriste. Il a vécu à Venise, à
Rome, à Naples. C'est l'Italie elle-même, avec son ciel éclatant, sa chaude lumière, ses beaux types humains, qu'il a transportée sur ses toiles : « Improvisateur napolitain i> (1824), « Retour de pèlerinage », « Moissonneurs des marais Pontins » (1830), « Départ des pêcheurs de l'Adriatique » (1835), etc. Amoureux de son art comme on savait l'être alors, c'est au sentiment de son impuissance à reproduire l'idéal sur la toile, tout autant qu'à une passion malheureuse pour une fille du roi Joseph, qu'il faut attribuer sa mort volontaire.
6KANET (1775-1849) continuait ses études de monastères. Il avait tant fréquenté les moines qu'il en avait conservé quelque chose de monacal dans son costume, ses manières et son genre de vie un peu sauvage : « N'a-t-il pas l'air d'un vrai capucin? » disait un jour Louis XVIU, en regardant sa calotte noire. Granet a peint surtout des intérieurs d'églises et de monastères. « Il est le premier, même avant Delacroix, qui ait deviné les tons », dit M. Jean Gigoux.
PAUL DELAROGHE (1 797- i 856), élèvc de David et Gros, mais débutant vers 1822 en plein mouvement romantique, suivit d'abord ce mouvement, puis se fit une manière à lui. En lui se réalise la fusion des écoles rivales. Aussi n'a-t-il point la puissante originalité de Delacroix : il est un romantique atténué comme Casimir Delavigne en littérature. Il est, en peinture, comme Cousin en philosophie, un éclectique. Les fanatiques le dénonçaient volontiers comme un bourgeois, un notaire, le Scribe de la peinture. Il a gardé de la révolution artistique le goût des sujets modernes, de la draperie, de l'accessoire. Sa première gramde toile, la « Mort d'Elisabeth, reine d'Angleterre » (1827), semble, dit Charles Rlanc, « un bazar d'étoffes voyantes, un étalage immodéré de soie, de velours, d'hermine et de brocart, de rideaux ramages, de coussins brochés d'or et de pompeuses tentures ». Au second rang comme coloriste, mais dessinateur correct, il a comme personne l'entente des grandes compositions, l'instinct du dramatique, le labeur à la fois acharné et facile, la science du costume» du mobilier et de toute l'archéologie. Il était né pour être le grand peintre d'histoire et comme le Le Brun de la Monarchie constitutionnelle*
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Aussi quelle magnifique série de TÎYaiite histoire que la « Scène de la Saint-Barthélemj » (1826), la « Mort du président Duranti », la « Prise de la Bastille » (1830), « les Enfants d'Edouard », cette pathétique illustration du drame de Casimir Delayigne; a Richelieu descendant le Rhône » , « Mazarin mourant », Gromwell ouvrant le cercueil de Charles P'' » (1833), le « Supplice de Jeanne Gray », « Galilée étudiant le mouvement de la Terre », « le Meurtre du duc de Guise » (1835), « François de Guise et Amhroise Paré sur le champ de bataille de Metz », « Charles 1*' insulté par les soldats », « Strafford marchant au supplice », « Bonaparte franchissant les Alpes », « le Dernier adieu des Girondins » ! Rien qu*à parcourir cette galerie, on voit que Delaroche est contemporain de la grande résurrection de l'histoire par les Thierry, les Guizot, les Michelet. Il était si consciencieux que, pour ses tableaux « du Baptême de Govis » et du « Couronnement de Charlemagne », il visita Venise et Ravenne afin d'y étudier les monuments de style roman, qui sont ceux de l'époque qu'il avait à étudier. En i841, on lui donna à peindre Vhémicycle du palais des Beaux- Arts ;laL, sur une longueur de vingt-sept mètres, il représenta plus de soixante-dix personnages, les grands artistes de l'antiquité, du moyen âge et des temps modernes, présidés par leurs maîtres à tous : Ictinus, Phidias et Apelle.
Pendant que l'école romantique s'exaltait avec Delacroix ou s*assagissait avec Delaroche, dans le camp de ces classiques si dédaignés, un artiste maintenait les traditions des maîtres qui* l'avaient formé, Regnault et David. Seulement, en retenant d'eux un dessin correct et un coloris tempéré, oigrbs (1780-1867) s'appliquait à corriger certains défauts de l'école par une étude encore plus consciencieuse de la nature, mais dans ses formes les plus suaves et les plus idéales. En face de l'école opposée, il resta un des grands peintres du siècle. Ingres, dont nous avons déjà signalé les brillants débuts, donna son « Odalisque » (1819), son j« Vœu de Louis XIII » (1824), son « Martyre de saint Symphorien » (1827), qui furent en butte à une critique acharnée '
1. « Ingres n'est qu'an Chinois égaré dans les ruines d'Athènes », répétidl
Dès lors 11 cessa d'exposer, mais non de produire. Son V Apothéose d'Homère » a servi de modèle à Delaroche pour son hémicycle. Sa « Jeanne Darc », sa « Vierge à l'hostie », sa « Naissance de Vénus », « Jésus au milieu des docteurs », « Molière et Louis XIV », « la Source » (1861), « l'Apothéose de Napoléon » (brûlée en 1871 avec l'Hôtel de Ville), ses beaux portraits de Cherubini, Mole, Bertin (du Journal des Débats), attestent la fécondité de sa vieillesse.
HCOT (1786-1868) est le grand décorateur des plafonds vers 1830. On a de lui au Louvre « le Génie., es arts dévoilant l'Egypte à la Grèce » et « Cybèle protégeant les villes contre le Vésuve ».
LÉon GOGNiET (1794-1880), élève de Guérin, a donné, sous la Restauration, son » Marins sur les ruines de Garthage » et son « Massacre des Innocents ». Par son œuvre principale, « Tintoret peignant sa fille morte » (1845), et par ses Batailles du musée de Versailles, il appartiendrait à la génération suivante. Ce furent encore ses élèves qui brillèrent dans les Salons des âges suivants.
Les peintres de la Monarchie de Juillet. — La plupart des maîtres que nous venons d'énumérer restèrent, sous le régime qui suivit, en pleine possession de leur génie^ ainsi que des honneurs publics. Ils eurent pour rivaux ceux qui sortirent alors de leurs ateliers.
La Monarchie de Juillet montra plus de libéralité pour les artistes que le régime précédent. Le château de Versailles, qu'aucun roi n'avait habité depuis les journées d'octobre 1789, fut transformé, en 1837, en un vaste musée que Louis-Philippe dédia « à toutes les gloires de la France ». Dans la famille royale même, la princesse Marie était un sculpteur distingué. Le duc d'Orléans fut FanM d'Horace Vernet et le protecteur de Barye, qu'il tira de l'obscurité et de la misère en lui faisant obtenir ses premières commandes.
HORACE VERNET (1 789-1863) fut intimement lié avec les fils de Louis-Philippe. H les accompagna, dans plusieurs de leurs
Diaz farieax, en frappant le plancher de sa jambe de bois. Horace Vernet montrant une Vierge à Vhostie^ commandée à Ingres par l'empereur Nicolas, disait : « Quand on pense que voilà soixante ans qu'il nous Qche des biens comme cela! »
R. Civil, contemp. 25
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campagnes, sous Tuniforme d'officier de la garde nationale. Il est si bien de l'époque orléaniste qu'il avait adopté Tanachronisme à la mode : il s'était fait une tète de grognard de Napoléon I«>^. Quoiqu'il ne fût pas autrement militaire, il avait la passion des chevaux, des uniformes, des scènes guerrières.
D^'à sous la Restauration, il avait peint les soldats de la grande époque, la Mort de Poniatowski, etc. Ces sujets ne plurent pas au gouvernement d'alors : le jury de peinture refusait obstinément ses tableaux. Alors Vemet ouvrit une exposition privée, où il produisit une cinquantaine de toiles : entre autres, la « Bataille de Jemmapes », la « Défense de la barrière de Glichj »,la « Défense d'Huningue )>, le « Soldat de Waterloo », la belle composition du « Massacre des Mameluks par le vice-roi d'Égjpte »et ce tableau, si curieux pour les moeurs artistiques d'alors, qui représente Horace Yemet et ses amis dans son atelier, peignant, faiisant des armes, battant du tambour, etc.
Il fut le peintre de batailles de la monarchie libérale. De son pinceau brillant, vif, alerte, il illustra la conquête de r Algérie : surtout par cette immense toile de la « Prise de la Smala », si amusante dans le détail et qui témoigne d'une si profonde connaissance des types, des costumes et des paysages algériens. Il peignit aussi le « Siège d'Anvers », plus tard, le « Siège de Rooke », plus tard, la « Bataille de l'Aima ». Les sujets bibliques et orientaux l'attirèrent : il donna « Judith et Holopheme », « Judas et Thamar », « Rcbecca et Ëliézer », « Mazeppa », etc. On a de lui d'intéressants portraits, comme celui du Frère Philippe.
Parmi les autres peintres d'histoire, il faut citer alfbb» jOHAïuiOT, pour son « Entrée de Mlle de Montpensier à Orléans » (1833); DECAMPS, un peintre orientaliste , pour sa a Halte de cavaliers arabes », sa « Sortie de l'école turque », et aussi pour quelques jolis tableaux de genre ; eugène devéru, pour sa « Naissance de Henri IV », et achulb sevêria, pour ses tableaux religieux, auxquels a succédé, en 1850, « Périclès chez Aspasie »; auguste flandbin, pour son « Savonarole préchant à Florence » (1840); uppolite flandbin, pour son « Dante et Virgile », son « Napoléon législateur », pour son pénétrant portrait de Napoléon III, pour ses fresquei k
Saiût-Germaiû des Prés et dans d'autres églises ; jeait gi&oijx, pour sa « Mort de Léonard de Vinci », son « Réloïse recevant les restes d'Abélard », sa « Mort de Cléopàtre », sa « Veille d*Au8terlitz » (1857); coimnŒ, pour ses « Romains de la décadence » (1857); ziégleh, pour sa décoration intérieure de la Madeleine; oudin et Nestor RoatTEPLAN, pour leurs études de marines ; marilhat, qui, dès 1832, avait commencé à voyager en Orient, pour ses Scènes et Paysages de Syrie; Karl «rardet, pour ses « Protestants surpris au prêche » (1842); philippoteaux, pour son « Dernier banquet des Girondins » (1850) ; joseph robert-plbury, pour sa « Scène de la Saint-Barthélémy (1833), son « Colloque de Poissy » (1840), son tf Pillage d'une Juiverie », son <c Charles-Quint au couvent de Yuste » (1867); amaurt-duval, pour ses peintures de Saint-Merry, de Saint-Germain l'Auierrois, du château de Saint-Germain.
RRASCASSAT a mis en scène les combats entre les taureaux, leurs batailles contre les loups, et nous a intéressé au paysage italien, en attendant que nous nous intéressions au nôtre.
Les desfldnatenrs. — CHARLET (1792-1845), élève de Gros et disgracié par la Restauration, produisit plus de trois mille dessins, n fut, plus encore que les artistes du pinceau, l'interprète des regrets et des fiertés de ce peuple de France qui avait recruté les légions de la Grande Armée. Il lui raconta son épopée guerrière en scènes familières, humoristiques, parfois tragiques : « la Garde meurt », « Vous ne savez donc pas mourir », « l'Aumône du soldat », « Épisode de la retraite de Russie », « l'Empereur et sa garde ». Charlet était grand, avec une tête énergique, et ressemblait luimême à ses plus beaux grenadiers.
RAFFET (1804-1860) traita presque les mêmes sujets. Son chef-d'œuvre, c'est cette page fantastique, traduction en gravure de la célèbre ballade de Zedlitz, la « Revue nocturne », où l'on voit l'ombre de l'Empereur, entourée des ombres de ses maréchaux, passer en revue ses cavaliers dont les crânes ricanent sous les casques et ses fantassins qui, de leurs bras de squelettes, lui portent les armes.
Parmi les caricaturistes, notamment ceux du Charivari^ qui ne connaît gatarni (1802-1866), ses lorettes, actrices, étudiants. Bals de Paris, Enfants terribles, Parents terribles;
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CHAH, pseudonyme d'Amédée de Noé (1819-1879), élève de Delaroche et de Gharlet, qui exécuta les piquantes séries des Souvenirs de garnison, Impressions de voyage, Soulouque et sa cour, Représentants en vacances, et qui fit la première Revue comique du salon; daumier (1808-1879), qui a dessiné ces types réalistes de Bourgeois censitaires, de Locataires et Propriétaires, de Gens de justice, de Philanthropes du jour, de Robert-Macaire et de ses émules; BERTALL, auteur de tant de jolies charges; graitdtille (1803- 1847), qui illustra les Scènes de la vie des animaux, les Petites misères de la vie humaine, les Fleurs animées, La Fontaine, Déranger, les voyages de Gulliver.
Les artistes graTenrs. — Il faut retenir les noms de DiEN, qui interpréta les Batailles de Gérard ; de porster, qui traduisit les maîtres italiens ; de HENRiauEL-DUPONT, qui grava les œuvres des peintres contemporains et popularisa l'Hémicycle de Paul Delaroche.
Les progrès de la gravure sur bois ont permis d'éditer les journaux illustrés, comme le MagcLsin pittoresque (1830), le Musée des Familles^ V Illustration, le Monde illustré. Ils ont donné l'essor à cette imagerie d*Épinal, de Metz, de Pontà-Mousson, si populaire dans nos villes et nos campagnes.
Les artistes lithographes. — Aux procédés de la gravure sur cuivre ou sur bois, au burin ou à l'eau- forte, sont venus s'ajouter ceux de la lithographie, inventée, en 1793, par Senefelder, et de la lithochromie ou chromolithographie, devinée par lui, mais réellement fondée par Engelmann (1837).
Le romantisme a révolutionné la. lithographie. Les grands peintres Géricault, Ary Scheffer, Horace Vernet, furent aussi des artistes lithographes, de même que les grands dessinateurs Gharlet, Raffet, Gavarni, etc.
Le célèbre paysagiste français fut d'abord un admirable lithographe. Delacroix, dont il reproduisait la « Barque de don Juan », se montrait, en examinant son propre tableau, très affligé des défauts qu'il y découvrait. « Que voulezvous ! dit-il au graveur. Faites comme vous pourrez. Est-ce qu'Audran a copié Le Brun littéralement? Û l'a recalé. Eh bien, recalez-moi aussi I »
Citons encore J. P. Sudre, Aubry*Lecomte, et le peintre Charles Malien
f814-1848. — LES ARTS 437