‹ Histoire de la civilisation française (volume 3)Chapitre 88 sur 185 · I. Les mathématiques et Tastronomie · texte numérisé non relu

I. Les mathématiques et Tastronomie

mathématiques. — Lagrange écrivait autrefois à d'Alembert, à propos des mathématiques : « La mine est déjà trop profonde et, à moins qu'on ne découvre de nouveaux ûlons, il faudra tôt ou tard Tabandonner. » La mine n'a pourtant pas été abandonnée ; de nouveaux filons s'y sont révélés. Les mathématiques, dans leurs branches principales, analyse (comprenant le calcul intégral, l'algèbre, la théorie des nombres), géométrie et géométrie descriptive, mécanique, astronomie et physique mathématiques, n'ont cessé de progresser. L'École polytechnique, l'École normale (section des sciences), l'École centrale, les diverses Écoles de génie militaire, maritime et civil, renseignement de la Sorbonne et du Collège de France, ont également concouru au développement des mathématiques. Les grands travaux publics, les vastes constructions métallurgiques, les machines compliquées, en un mot toutes les applications nouvelles de la science, n'ont cessé de ramener l'attention sur les hautes questions théoriques. Le monde est plus que jamais dominé par les mathématiques *.

Dans la génération qui précède 1830, et qui put recevoir les leçons des Garnot, des Monge, des Lagrange, des

1. Les limites de cet ouvrage ne permettraient pas d'exposer les résal» tats, trop spéciaux pour les lecteurs et pour l'auteur, de tant de travaux* 11 faut donc nous borner à citer quelques noms.

Laplace, se signalèrent surtout le baron Charles Du pin, Gauchy, Mlle Sophie Germain, le général Poncelet, Sturm, Bobillier, Michel Ghasles. La période suivante, de 1830 à 1848, est celle des grands travaux de Joseph Liouville, Lamé, Constant Duhamel, Binet, Alfred Serret, Bienaymé, Joseph Bertrand.

Astronomie. — En astronomie, on est arrivé à une connaissance plus exacte des variations de la Lune. Dès 4820, Laplace avait fait mettre au concours, par TAcadémie des sciences, « la formation, par la seule théorie, de tables lu^ noires aussi parfaites que celles que Ton a formées par le concours de la théorie et des observations ».

ENCKE, de Hambourg, en 1842, a estimé la masse du Soleil à 359 551 fois la masse de la Terre; galle, à 738 fois la masse de la Terre et de toutes les planètes réunies.

Encke a en outre établi que la densité du Soleil n'est que le quart de celle de la Terre.

Les astronomes du xviiie siècle avaient reconnu que le Soleil n'est point immobile, mais qu'avec son cortège de planètes , de satellites , de comètes , il se meut dans l'espace, bessel en 1839, bravais, en 1841, ont établi qu'il se déplace avec une vitesse d'au moins 6190000 kilomètres par jour, c'est-à-dire plus que double de la vitesse avec laquelle la Terre tourne autour du Soleil, argelandei, directeur de l'observatoire de Bonn (Prusse rhénane), et ITRDVB, directeur de l'observatoire de Poulkova (Russie), ont même précisé le point vers lequel le Soleil semble se diriger : il est situé dans la constellation d'Hercule. Il semble qu'il y .ait aussi un point autour duquel U décrirait cette courbe prodigieuse, peut-être une étoile qui commanderait son orbite et qui serait le soleil de notre Soleil. On n'a pu encore déterminer ce point avec certitude : les uns, comme Maedler, l'ont cherché dans la constellation des Pléiades, et d'autres, comme Goldschmidt, dans la constellation d'Orion.

Les planètes du système solaire ont été l'objet d'études très suivies de la part de le verrier. Celui-ci a pu dresser les tables de Mercure, de Vénus, de Mars, bouvard avait établi, en 1821, celles d'Uranus.

La découverte la plus considérable de ce siècle, c'est

celle de Neptune, en 1846, par le verrier. Le savant astronome, avant de l'apercevoir au télescope, Taveit deviné. Les perturbations qu'il observait dans la marche de la planète Uranus ne pouvaient, pensait-il, s'expliquer que par Texistence d'une autre planète, encore inconnue. Quand Le Verrier en eut, par une série de calculs, précisé la position astronomique et qu'il eut annoncé au monde savant l'existence d'une planète que ni lui ni personne n'avait encore aperçue % il reçut d'un savant de Berlin l'avis que celui-ci venait de la reconnaître au télescope. « Les astronomes, disait à ce propos Arago, ont quelquefois trouvé, accidentellement, un point mobile, une planète, dans le champ de leur télescope, tandis que M. Le Verrier aperçut le nouvel astre sans avoir besoin de jeter un seul regard sur le ciel : il le vit au bout de sa plume. H avait déterminé, par la seule puissance du calcul, la place et la grandeur d'un corps situé bien au delà des limites jusqu'ici connues de notre système planétaire, d'un corps dont la distance au Soleil surpasse 1200 millions de lieues et qui, dans nos plus puissantes lunettes, offre à peine un disque sensible. »

L'anneau de Saturne, où Herchel avait déjà découvert la bande herchélienne qui le partage en anneau extérieur et en anneau intérieur, a été encore subdivisé : bnckb, en 1837, signala un nouvelle bande sur l'anneau extérieur, et vico, en 1838, en signala deux sur l'anneau intérieur : au total cinq anneaux, séparés par quatre bandes. On en a reconnu depuis jusqu'à onze.

En 1847, tout de suite après la grande découverte de Le Verrier, l'Anglais lassell dota Neptune d'un satellite. En 1851, il signala deux nouveaux satellites d'Uranus.

L'exploration du groupe des petites planètes situées entre Mars et Jupiter, après 38 ans d'interruption, était reprise : en 1845, engke découvrait Astrée et, en 1847, Hébé,

On a catalogué aujourd'hui jusqu'à six cents comètes. Les plus intéressantes sont les périodiques. En 1818, on n'en connaissait qu'une seule, celle de Halley. Cette année-

1. Pourtant, en 1795, elle avait été vu* «n télescope, mais signalée alors eomme une étoile de 8* grandeur.

là, poNSj à Marseille, en découvrit une seconde, qu'on appela comète d'Encke, parce qu'Encke en établit la périodicité. Puis vint celle qui fut observée à dix jours d'intervalle, en 1826, par rAliemand biéla. et par gambart, de Marseille, et qui porte Tun ou l'autre de ces noms. Puis FATS découvrit en 1843 celle qui a gardé le sien.

En 1829, l'Anglais Forster eut l'idée singulière d'attribuer aux comètes périodiques les épidémies périodiques : il fut réfuté victorieusement par abàoo. En 1832, Damoiseau annonça que la comète de Biéla tomberait, Tannée suivante, dans l'orbite terrestre. De là une terreur qui rappelait celles de l'ancien temps. Arago rassura encore les esprits en prouvant qu'elle passerait à plus de vingt millions de lieues de la Terre.

IL La physique et la chimie.

Physique s acouAliqae, lumière. — Les divers instruments connus dès le xvn« ou le xviii^ siècle, baromètre, thermomètre, hygromètre, psychromètre, aréomètre, manomètre, etc., ont subi de nombreux perfectionnements et ont affecté les formes les plus diverses, babinbt, physicien en même temps qu'astronome, a perfectionné la machine pneumatique.

L'acoustique a fait de grands progrès à la suite des expé« riences de cagnurd de latour et sayard sur les cordes et sur les tuyaux.

La vitesse du son a été mesurée avec plus de précision. En 1822, une commission composée d'Arago, Bouvard, Prony, Gay-Lussac, A. de Humboldt, avait disposé des pièces d'artillerie sur deux points éloignés de 1861 mètres, à Montlhéry et à Villejuif. Les observateurs s'étaient partagés entre les deux stations, afin d'éviter les causes d'erreur produites par la direction du vent. On constata une vitesse moyenne de 340 mètres par seconde. En 1827, goluldon et STURM mesurèrent la vitesse du son dans l'eau, biot mesura sa vitesse de propagation dans les corps solides.

Dès 1814, FRESNEL avait commencé sur la réflexion et la réfraction de la lumière les travaux qui le conduisirent, en

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1820, à rinveotion des lentilles à échelons. Avec ababo, il inventa les lampes à mèches concentriqties, qui produisent une lumière équivalente à celle de trois ou quatre mille lampes Garcel.Le Phare de Cordouan, éàevé en 1823, est le premier qui ait bénéficié de cette double découverte.

Les théories sur les couleurs se rattachent à cette partie de la physique qui s'occupe de la lumière, chevbedl, que nous retrouverons quand il s'agira de la chimie des couleurs, s'en est aussi occupé au point de vue physique et physiologique. D a signalé la kn du contraste simultané des couleurs (1839), et la théorie des couleurs complémentaires : le vert par exemple est la couleur complémentaire du rouge, et c'est pour cela que les vues affectées de daltonisme ne peuvent pas les distinguer.

Nous citerons enfin deux curieuses applications des lois de l'optique. Le kaléidoscope fut inventé en 1817 par l'Anglais bbewster. Le stéréoscope est fondé sur la théorie de la superposition de deux images vues en même temps par les deux yeux, mais de chaque côté d'une cloison, et apparaissant alors en relief. Le stéréoscope à réflexion fut inventé, en 1839, par l'Anglais wheatstoni, et le stéréoscope à prisme ou à réfraction, celui dont nous nous servons aujourd'hui, par bbewster.

Éleetrlclté : les piles. — La pile électrique a reçu des perfectionnements importants. Les éléments, dans la pile du flanovrien bunsen, inventée en 1843 *, ont la forme de deux cylindres rentrant l'un dans l'autre. Seulement, au lieu du zinc et du cuivre qu'avaient employé Yolta et ses successeurs, chaque élément se compose d'un cylindre de zinc et d'un cylindre de charbon. Au lieu de les immerger dans l'eau pure, comme autrefois, on les immerge dans un liquide acidulé, et la décomposition du métal sous l'action de celui-ci accélère le dégagement de l'électricité. Dans quelques piles, au lieu d'un seul liquide, on emploie deux liquides différents : c'est sur la décomposition de l'eau et l'oxydation des métaux que repose donc le principe des appareils nouveaux. On en a construit qui sont formés de 1000, de 2000 éléments.

1. L'Anglais Grave, dès 1839, avait déjà utilisé le charbon pour la oon* •traction de sa pile.

La pile de Bunsen a été modifiée, en 1846, par k Français àBGHBREAU, qui plaça, comme avait fait Grave, le charbon au centre -de son appareil cylindrique, et le zinc à Texterieur : ce qui assure, avec une surface métallique plus étendue, un plus grand développement d'électricité.

L'action de ces appareils est tellement puissante, que les composés les plus réfractaires ont dû se dissoudre et livrer Les corps simples dont ils sont formés.

En décomposant les sels métalliques dans lesquels entrent le cuivre, l'argent, l'or, on amène les métaux à se déposer en particules impalpables sur les surfaces que l'on veut bronzer, argenter ou dorer. C'est cette industrie * nouvelle, dont les principes ont été établis par spencer cq Angleterre (1837) et jAiCOBi en Allemagne (1838), qu'on appelle galvanoplastie ^

Eleetro-man^iiétiBBie. — Un principe plus fécond encore que l'électricité dynamique avait été découvert en 1820 par le physicien danois iebstes. Il constata que le courant électrique produit par la pile fait dévier l'aiguille aimantée d'une boussole. Entre le phénomène de Télectricité et ce^ lui de l'aimantation, il y avait donc une relation :1e principe de Vélectro-fnagnétisme était découvert. Presque en même temps qu'QErsted, les physiciens français aiipèbe et arago constatèrent l'action qu'exercent l'un sur l'autre soit deux courants électriques, soit un courant électrique et un courant magnétique. Les lois qui gouvernent ces actions s'appellent lois d'Ampère. Ampère a montré encore que la Terre elle-même agit « comme un faisceau de courants électriques ayant son siège dans le sein de la Terre, au sud de l'Europe, et dont le mouvement s'opérerait, comme la révolution diurne du globe, de l'ouest à l'est ».

Ampère a inventé le galvanomètre. C'est cet instrument qui a permis à Seebeck de découvrir les courants thermO" électriques ; à Fourier et OErsted, de reconnaître la loi de rendement des sources électriques; à PouiUet, aux deux

1. Une carieiise appUeatton de oe procédé, c'est le bronzage ou plutôt le cniTrage de la fontaine monumentale de la place Loavoîs, à Paris. A l'aide de la galvanoplastie, en déposant une mince couche de métal sur dee tiatneites en plâtre, sar des feuilles, sur des fruits, même de petits animaux, OB leur donne l'aspect d'objets de bronse, de coÎTre, d'argent, d'or.

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Becquerel, père et (ils (César et Edmond), d'étudier la con-' ductibilité des différents corps.

En 1820, ABAOO avait constaté qu'en entourant un petit barreau d'acier d'un fil par lequel circule un courant électrique, ce barreau devient un aimant. Quand le courant cesse, le barreau cesse d'être aimanté. Si Ton approche de ce barreau une plaque d'acier, cette plaque vient s'appliquer contre le barreau ou s'en éloigne, suivant que celuici est aimanté ou non, c'est-à-dire suivant que le courant électrique circule ou s'interrompt. Les mouvements ainsi imprimés à cette plaque peuvent servir à figurer des signes; ils peuvent même constituer tout un alphabet. Ces mouvements lui sont imprimés au moyen d'un fil métallique, à une distance aussi grande qu'on voudra. Un observateur placé à Paris peut les transmettre à une plaque métallique installée, par exemple, à Bordeaux : il communiquera ainsi, au moyen de signes convenus, avec un observateur placé dans cette ville. C'est le principe de la télégraphie électrique.

Chimie s découverte de nouveaux eorps aimples. — La chimie, armée de piles de plus en plus puissantes, a fait de grands progrès dans la décomposition des substances. De nombreux corps simples ont été découverts ^.

Parmi ces éléments nouvellement reconnus, deux surtout ont une grande importance, balard, rencontrant (1826), dans les marais salants, le brome associé au chlore et à l'iode, constata qu'il reproduit beaucoup de leurs propriétés, qu'il peut se substituer à eux dans les combinaisons, qu'ils sont ensemble comme trois éléments jumeaux *. C'est une

1. Le cadmium, par Hbrmamn et Stromstbr (1817); le lithium, par Arfwedson (1817) ; Vyttrium, le gîueinium» par Wsulkr (1827) ; le magné' «tum, par Bussy (1829); le thorium, par Berzélius (1829); le vanadium, par Sklfstrom (1830) ; le lanthane (1830), le didimium, le terbium, l'erbium, par Mobander (1842-1843); le niobium, lepelopium, par Rose (1844); le ruthénium, par Claus (1845).

2. Pour montrer ranalogie, et en même temps la diversité de ces trois substances, prenons une de leurs combinaisons avec l'argent, d'an grand nsage en photographie. « Le chlorure d'argent exige l'exposition au soleil, prolongée pendant des heures, des objets à reproduire;, l'iodnre d'argent, pendant des minutes ; faites-vous intervenir le brome, des secondes suffisent, et même des centièmes et des millièmes de seconde, sll s'agit de corps très éclairés. » (Dumas.) La succession de ces trois corps répond donc

découverte d'une grande importance, non seulement pour les applications industrielles, mais au point de vue de la philosophie de la chimie. Par elle, Bsdard a mis en lumière l*idée de Texistence de familles de corps simples, et jeté les bases d'une nouvelle classification chimique. « C'est par là, a dit Dumas, que la découverte du brome constitue le point de partage entre deux époques de l'histoire de là chimie; avant qu'il eût été signalé, les éléments étaient considérés comme indépendants les uns des autres ; c'est surtout depuis qu'il est connu qu'on a vu, sans incertitude, qu'ils se rangeaient par familles naturelles, et que, lorsque celles-ci étaient encore incomplètes, on pouvait non seulement prévoir la découverte de l'élément ignoré dont la place restait inoccupée, mais en prédire toutes les qualités. » On pouvait prévoir, par exemple, que telle combinaison du brome avec l'argent aurait des propriétés analogues à la combinaison du chlore et de l'iode avec le même métal; on pouvait prédire que cette combinaison rendrait des services à la photographie, quoique personne ne pût s'attendre à ce qu'ils seraient si considérables. De même, en pharmacie, les bromures sont venus faire concurrence aux chlorures et iodures.

L'Allemand wœbler avait bien découvert l'aluminium (1827) ; mais il n'avait pu le produire qu'en petite quantité, par des procédés de laboratoire, au prix de 40 000 francs le kilogramme !

La soude. — BALARD remarqua que les sauniers, après avoir fait évaporer l'eau de mer dans leurs bassins, laissaient, une fois qu'ils en avaient extrait le sel marin, écouler l'eau qui avait déjà subi cette concentration. « M. Balard s'était ému de voir perdre ce liquide, renfermant deux produits éminemment utilisables, la soude et la potasse, matières alcalines nécessaires à la fabrication du verre, à celle des savons, au dégraissage et au blanchiment des tissus... 11 n'hésitait point à affirmer qu'au lieu de retirer de l'eau des mers le sel marin et de rejeter les autres substances, on en viendrait à l'exploiter surtout pour retirer

•HZ trois périodes de l'histoire de l'héliographie : le daguerréotype, la photographie, la photographie iostantanée.

celles-ci en lej étant le sel marin. On ne saura jamais à quels durs travaux M. Balard s'était condamné pour arriver à résoudre ce prd[)lème. Les journées ardentes et les nuits glaciales qui chassai«:it tous les ouvriers étaient celles qui appelaient M. Balard sur ces plages redoutées que la fièvre habite. C'est ainsi qu'après vingt ans de travaux (1830-1850) il put réaliser le rêve qui lui avait fait entrevoir la Méditerranée et l'Océan comme des sources inépuisables de soude et de potasse. »

Les composés BooTcawK. — Les corps simples, anciennement ou nouvellement reconnus, forment entre eux des combinaisons à l'infini, et il ne se passe pas d'année sans qu'on découvre quelque acide, quelque oxyde, quelque alcali, quelque sel, inédits et dont les applications dans l'industrie, dans les arts, dans la médecine sont innombrables. Pour désigner une si prodigieuse variété de substances, la nomenclature chimique de 1787 s'est trouvée insuffisante, et il a fallu lui donner de nouveaux développements.

La métallurgie a dû à la chimie, non moins qu'au perfectionnement des installations et des machines, d'importants progrès. Elle a pu employer de nouveaux fondants^ de nouveaux alliages. Des aciers d'une résistance à toute épreuve, dont on a pu forger de prodigieux canons, ont été fabriqués.

Chimie ornfaaiqiic. — C'est surtout dans l'étude des matières organiques^ soit animales, soit végétales, que la chimie à accompli des progrès : la chimie organique est devenue comme une science à part ^.

De l'inerte cellulose (coton ou moelle de sureau), traitée par l'acide azotique, on a extrait des substances redouta-

1 . Toutes les substances organiques se ramènent, en sommes à trois corps simples, si elles sont végétales, et à quatre, si elles sont animales : dans le premier cas, elles se composent de carbone, d'hydrogène, d'oxygène; dans le second cas, elles comprennent, en outre, de l'azote. Mais ces quatre corps se combinent ensemble à. l'inânL Ils forment, soit des acides organirques; soit des matières végétales neutres, comme la cellulose, le bois, l'amidon, la dextrtne, les gommes, les caoutchoucs, la gutta-pereha, importée de TAsie méridionale en 1844; soit des matières tweries, comme les glucoses et les sucres; soit des a/coois> des éthers; soit des alcalis organiques, ou encore des alcaloïdes; soit des corps gras; soit des huiles volatiles^ appelées aussi essences, etc. Sur tons ces domaines, d'importantes découvertes oai été réalisées.

blés* La découverte de la xyloidine, matière inflammable, par BRÂGONHOT (1833), a conduit à celle de la pyroxyline, appelée aussi fulmireoton ou coton-poudre, trouvée par pelouze (1838) et scnasKBBiH (1846), et qui a une puissance expie* sible et brisante très supérieure à celle de la poudre. Cette même pyroxyline, dissoute dans Tétber, fournit le coUo' dion ^, qu'on emploie en chirurgie et en photographie.

Du bois et des goudrons de houille on a extrait par distillation la paraffine, qui entre dans la fabrication des bougies, et qui a été obtenue,.en 1831, par BEiCHiaiBAGB ^.

BOOGBEBIE a trouvé le moyen de conseryer indéfiniment les bois en les injectant de sels de cuivre ou de fer (1840).

Les sucres ont été étudiés notamment par pelouzb. Il a montré aux manufacturiers conmient ils pouvaient utiliser les résidus des betteraves, jusqu'alors négligés par eux, et ainsi augmenter d'un tiers la production du sucre.

En 1836, il a découvert Véther (snanthique, un des principes de l'arôme des vins.

De l'alcool on a extrait le chloroforme^ découvert en 1831 par souBETBAN et analysé en 1834 par duhas.

CBEVREOL a pris à partie les corps gras. Il a montré comment ils se composent, en proportions variables, de stéarine, qu'on extrait surtout du suif, de margarine, qu'on extrait surtout de l'huile d'olive, et à' oléine, qu'on peut extraire de la plupart des huiles. Ces trois corps donnent chacun naissance à trois acides également découverts par lui : stéarique, margarique et oléiqm. Ces acides, combinés avec la potasse et la soude, produisent à leur tour les divers savons. Avec l'acide stéarique, Chevreul a créé l'industrie des bougies stéariques (1811), pour lesquelles il avait pris un brevet, de concert avec Gay-Lussatc, et qui ont remplacé avec tant de succès la chandelle ou la cire d'autrefois. De l'acide margarique est née l'industrie des beurres artificiels, dont la production se chiffre annuellement, dans le monde entier, par deux cents millions.

PELtmzB a étudié spécialement Tacide butyrique, un des

1. L'applieatioa da ooUodion à la ohinirirto est due à Maquard, de Boston, et son emploi en photographie à rÂnglaia Archkr.

2. Du bois distillé on a pu obtenir eafiore Vesprit de boit, qui est ub

alcool, et le vinaigre de boit.

principes du beurre naturel, découvert par Chevreul, ea 1819, et en a tiré la butyrine.

Les acides organiques sont fort nombreux ^. Us forment des sels organiques appelés acétaieSf citrates, tar^ trateSy etc.

L'acide tartrique *, important à bien connaître pour la confection des vins, a été découvert en 1819 par kestneb, de Thann.

On peut citer les travaux de bbagonnot sur Tacide malique; de CAHOURS, sur Tacide amilique et ses dérivés ; de pelouze, sur les tartrateSy les acides tartrique et pyrotartrique, Tacide formique^ Tacide lactique, les acides gallique et pyrogallique (celui-ci employé en photographie et pour la teinture des cheveux), l'acide tannique. De la noix de galle, Pelouze a extrait le tannin pur, appelé tannin Pelouze, et a montré comment on pouvait l'utiliser pour la conservation des vins blancs et notamment des vins de Champagne, dont la fabrication a été ainsi renouvelée par lui.

De certaines plantes dont on connaissait déjà lès vertus curatives, toniques ou toxiques, on a extrait des alcalis et alcaloïdes organiques qui possèdent soit les mêmes vertus à un degré incomparablement plus grand, soit des vertus différentes, mais d'une intensité également remarquable. Ce sont, pour la plupart, des poisons violents, mais qu'on peut employer en médecine comme de puissants narcotiques ou des toniques très efficaces. De l'opium, Derosne, en 1804, extrait la narcotine; Sertuemer (1805), la morphine y étudiée ensuite par Robiquet et Pelletier; Robiquet, en 1831, la codéine. De même, du pavot est sortie la narcéine; d'une colchique, appelée vératre ou véraire, la vératrine,' grâce à Meissner (1818) ; de l'amande, grâce à

1. Oq peut citer l'acide oxalique, qvCon peut extraire de Toseille; Tacide acétique, du vinaigre; l'acide formique, des fourmis rouges; l'acide rartrtque, du jus de raisin; l'acide citrique, du jus de citron; l'acide malique, de la pomme et d'autres fruits ; l'aoide amilique, de la pomme de terre ; l'acide tannique, de l'écorce de chêne ; l'acide lactique, du lait, etc.

2. Le tartre, dont on extrait cet acide, était déjà connu de Paraoelse; mais sa composition n'a été exactement donnée que par Scheele en 1770. Les combinaisons de l'acide tartrique avec la potasse, la soude, l'antimoine, ont donné naissance à des sels appelés tartratet qui, de nos jours, ont été l'objet d'importants travaux.

Robiquet et Boutron-Chalard, Vamygdaline (1830); du café, ou du thé, grâce à Runge, Pelletier, Robiquet, Oudry, la caféine (1820), qui est à peu près identique à la théine; de la noix vomique, grâce à Pelletier et Garentou, la strychnine (1818) et la brucine (1819) * ; de la digitale, grâce à Homolle et Quévenne, la digitaline; du tabac, grâce & Reimann et Posselt, la nicotine; des solanées (mandragore, jusquiame, belladone), grâce à Brandes et Desfosses, la solanine (1821); du quinquina, grâce à Pelletier et Gaventou, la quinine (1820) et la cinchoniney si précieuses contre les fièvres; de la ciguë, grâce à E. Simon, Giesecke, Geiger, la dcutine ou conicine^ comparable en énergie toxique à Tacide prussique; de la belladone, Vatropine ', dont une très petite dose suffit à dilater la pupille de Poeil *.

Les huiles volatiles, ou essences, ont été étudiées surtout par Gerhardt, Laurent, Gahours. gahours analysa celles qu'on tire du cumin, de Tanis, de la badiane, du fenouil (1841-1844), et Ton voit quels services il a pu rendre à cette branche si importante de l'industrie française, spécialement de rindustrie parisienne : la parfumerie.

Les coulears de teinture ont été Tobjet de découvertes importantes. Robiquet a extrait de la garance Vclizarine (1826), de Torseille ïorcinsy deux splendides teintures rouges. Kopp a dégagé de Tindigo Vindigotéine ; de la mauve, la malvéine. Jacquelain du rocou d'Amérique a fait sortir la bixéine; Verdeil, du chardon, la cmaréinc. chevreul, attaché pendant plus d'un demi-siècle à rétablissement national des Gobelins,y a renouvelé les procédés de la coloration. Il a trouvé dans le bois de campêche Vhémacéine et a publié, en 1831, ses « Leçons de chimie appliquées à la teinture ♦ ».

1. Les propriétés de ce poison avaient frappé Alexandre Damas père, qai lui fait jouer un rôle important dans son fameux roman de Monte-Christo.

2. Ce nom vient de celui du genre atropa, famille des solanées. Linné avait formé le mot d'atropa du nom d'une des Parques, Âtropos, celle qui eoupe le fil de la vie des hommes.

3. Le docteur Béhier l'a employée, à doses infimes, en injections souscutanées, contre les névralgies rebelles. — La liste de oes alcaloïdes n'a eessé de s'accroître sous nos yeux : il suffit de citer la cocaïne, extraite du coca du Pérou, en 1856, et qui ^produit des phénomènes très curieux d'ânesthésie localetdioni le chirurgien, le dentiste, peuvent tirer un excellent parti.

4. Plus récemment, il a donné une Histoire des connaissances chimiques C186Ô), ou plutôt une introduction philosophique à cette histoire.

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Il est à remarquer que, dans cette période, on a extrait surtout des végétaux les matières colorantes ; de nos jours on les a demandées plutôt à la houille ; mais les houilles elles-mêmes sont moins des minéraux que des végétaux fossiles.

m. Les sciences naturelles.

Voyagpes de natnraUstes. — De 1817 à 1820, les zoologues QUOT, GÂiMARD, GAUDiCHAiTD, accomph'sseut uu Tojage scientifique autour du monde, sur TUranie et la 'BJiysicienm^ que commandait de Freycinet. Puis viennent les explorations de LESSON et gabnot (1822-25), sur la Coquille, que commandait Duperrey; de Quoy et Gaimard (1826-27), sur V Astrolabe^ que commandait Dumont d*Urville ; de hombton et jAcauiNor (1837-1840), avec le même commandant, dans les îles océaniennes et les régions du pôle Sud. Le prince lugien bonapastb va étudier Tornithologie de l'Amérique, agassiz ses tortues et ses méduses. Nous trouvons th. lefebvbe, a. petit, desjardins à rile Maurice; sganzin (1840), à Madagascar; auANTm- DiLLON (1839-43), en Ahyssinie. Une exploration scientifique de rAlgérie fut exécutée de 1840 à 1842.

Zoologie. — Trois des zoologistes de la période précédente occupent, encore dans celle-ci, le premier rang *.

LACÉPÊDB publie en 1827 son « Histoire naturelle de rhomme » et, en 1830, ses « Ages de la nature ». cuvier nous donne, en 1816, son « Règne animal »; en 4828, son Histoire naturelle des Poissons; en 1830, son Histoire des Sciences naturelles. Etienne geoffrot saint-hilaibe, en 1818, dans sa « Philosophie anatomique », précise sa théorie de Vunité de composition organique dans tous les animaux. Cette théorie l'engage dans une polémique avec Cuvier. Celui-ci, après avoir reconnu que, dans la variété infinie des formes extérieures, il n*y a qu'un petit nombre de

1. Lacépède meart en 1825; Cavier succombe en 1832, le jour même oà U venait de clore, aree un très grand éclat, son cours du GoUège de France ; Geoffroy Saint-Hilaire termine en 1844 une vie dont la fin fut attristée par la cécité et des infirmités courageusement supportées, et, suivant Texpree- ■ion de son biographe, « descendit sans rien craindre dans réternell* tcience ».

plans de structure , s'en tient à cette pluralUé,ïaais n'admet pas Vunité.

Ces trois hommes exercent une grande influence sur la science pendant le premier tiers du siècle, et ce sont, après eux, leurs disciples et leurs collaborateurs qui Font surtout illustrée.

Achille TALENCiERiiES, qui collabora à l'Histoire des Poissons de CuTier, s'occupa personnellement des Mollusques, Annélides, Zoopbytes (1833). Pierre floubens, qui avait été l'aide de Cuyier dans ses travaux anatomiques, fut d'ailleurs plutôt un physiologiste qu'un zoologiste, laubulabb eut sa part dans les livres de Cuvier sur les Mammifères et sur l'espèce humaine. roAiNVULB, professeur à la Sorbonne, écrivit son « Prodrome d'une nouvelle distributicm méthodique du règne animal » (4816), dont les théories furent ensuite développées par son suppléant Maurice Laurent. Il publia sa « Faune française » (1821), son « Cours de physiologie générale et comparée », et en 1850 son « Ostéographie ». n s'occupa aussi des Mollusques, risore geoffsot SAiirr-HiLAiRC continua la réputation et les travaux de son père et démontra l'existence des oiseaux gigantesques de Madagascar, les Epyomis, qui devaient être six fois plus grands que les autruches et qui ont disparu. Maurice LAUMïïT, qui avait accompli un voyage autour du monde, se consacra aux Zoophytes, notamment à l'hydre et à l'éponge d'eau douce, asassïz, du pays de Vaud, s'occupa des Poissons vivants et des Poissons fossiles, ainsi que des Échinodermes vivants et fossiles; Alcide dorbigwy et Jules ncTET, des Mollusques fossiles. Paul deshates s'est surtout occupé des Invertébrés et des Mollusques.

Botaniqne. — Nous reviendrons plus loin sur les progrès de la botanique en ce siècle, parce qu'ils appartiennent plutôt à la période tout à fait contemporaine. Signalons seulement les travaux de Payer, Gaudichaud, Adrien de Jussieu, Adolphe Brongniart, Auguste Saint-Hilaire, Moquin-Tandon, les deux Bravais, sur les organes des plantes.

La célèbre classification botanique de Linné et des Jussieu s'est trouvée assez vite insuffisante quand, de tous les points du globe, par milliers et par myriades, des espèces et des variétés nouvelles de plantes se sont révélées. Dès

1824, P7RÂME DE GAMDOLLE essayait de rectifier et de compléter cette classification dans son « Prodrome d'un système du règne végétal ».

Minéralogie, géologie. — La description des minéraux a fait l'objet des travaux de Dufrénoy et de Sénarmont.

La clctësification des minéraux avait été ébauchée par Haûy, qui avait tenu compte surtout des bases et alcalis qui entrent dans leur composition, beudant (1824) et Alexandre BROJfGNiART (1841) tinrent compte surtout des acides. DurBÊNOT (1845) est revenu, sur certains points, à la classification d'Haûy. Après les essais de letherig et d'ADAM, une méthode dite éclectique, adoptée par dblafosse (1846), a pris ses motifs de groupement, tantôt dans la composition chimique, tantôt dans le système de cristallisation.

La stratigraphie, ou étude de.s couches du sol, a été, en quelque sorte, créée par élie de beaumont. De 1826 à 1844, en collaboration avec Brochant de Villiers et Dufrénoy, il a dressé la carte géologique de la France, magnifique travail d'ensemble qui a été repris en détail, dans nombre de régions, par les ingénieurs départementaux. En 1827, il a publié sa « Classification des roches » et, en 1833, son « Dictionnaire des espèces minérales».

C'est surtout à Cordier, Huot, Alcide d'Orbigny qu'est due la nomenclature des roches et des terrains, les dénominations de silurien, dévonien, permien, jurassique, etc.

CHARLES SAiNTE-GLAiBE-DBViLLE, le frère de l'illustre chimiste, s'est consacré à l'étude des régions volcaniques. En i831, il se rendait à la Guadeloupe et y constatait que la nature volcanique de l'île a commandé toute sa structure topographique. En 1843, il assista au terrible tremblement de terre des Antilles, qui bouleversa la Guadeloupe, y renversa la ville de Pointe-à-Pitre et y fît 2000 victimes. Dans l'intervalle, il avait escaladé le pic de Ténérifl'e. Ensuite il étudia les phénomènes volcaniques du Vésuve, de l'Etna, des îles Lipari, descendant dans les cratères, explorant les crevasses, y recueillant les soufres et les laves, analysant les gaz, risquant à tout moment d'être asphyxié par les émanations infernales ou englouti dans quelque gouffre. Il constata les rapports qui existent entre les phénomènes éruptifs et certains phénomènes météorologiques.

lY. Les sciences médicales.

Anatomie, hisfolog^ie. ~ Les grandes découvertes anatomiques avaient été faites du xvii« au xviii» siècle. L'originalité de notre époque a été, en premier lieu, la comparaison de la structure humaine avec celle des animaux; en second lieu, Fétude microscopique des tissus; en troisième lieu, rétude des fonctions des organes. On a donc fait plus de progrès dans Vanatomie comparée, dans Vhistologie, dans la physiologie, que dans Fanatomie proprement dite.

Cependant quelques savants de notre siècle se sont illustrés en cette branche de la science : bbeschet (mort en i845), qui a étudié spécialement les vaisseaux lymphatiques, les canaux veineux des os, Forgane de Fouîe; isnoRE Geoffroy 8AIHT-HILAIRE, qui a recherché surtout les cas exceptionnels, les monstruosités, ce qu'on appelle les anomalies, chez Fhomme et les animaux (1832); Pierre-Auguste béglard,, Fauteur des « Éléments d'anatomie générale » (1832) et Fun des fondateurs du Nouveau journal de médecine; Antoine LOUIS, qui a fait plus de cinq mille dissections. Au reste, la plupart des savants médecins dont nous allons rappeler les travaux ont été également des anatomistes distingués.

La cJwire â^anatomie pathologique, à la création de laquelle Dupuytren avait consacré 200 000 francs par testament, fut occupée par d'illustres titulaires, notamment par CRUVEiLHi£R« à partir de 1835. N'oublions pas une autre création de Dupuytren : le Musée anatomique.

Mentionnons la réorganisation (1826) de la Société anatomique, autrefois ébauchée par Dupuytren ^.

Vhistologie a pu accomplir de très grands progrès, grâce à Femploi du microscope ^, des réactifs chimiques et des injections colorées. En 1845, Fanatomiste lebert, se séparant sur ce point de Bichat, adjurait les médecins de faire grand usage du microscope, donhé publiait (1844- 1846) le M Cours et FAtlas de microscopie ». Dès lors, on a pu non seulement analyser les tissus, mais arriver à ce

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